AVANT-PROPOS
que dans les calomnies de leurs adversaires^ notamment dans les pamphlets de Camille Desmoulins ^ dans les invectives de Marat, dans les diatribes de Robespierre^ dans le rapport tendancieux deSaint-Just^ surtout dans l'acte d'accusation forceiîéd'Amar contre « la faction girondine » dont il fit pour les jurés « feu-de-file » le premier des cycliques « amalgames ». S'ils ont paru depuis avoir été un parti unifié, c'est grâce à l'imagination de certains historiens passionnés, de romanciers et de poètes qui sont devenus par là, à leur insu, les complices des « persécuteurs », comme les appelle Vergniaud. La légende des Girondins, la voilà.
1 Elle est née des réquisitoires de leurs bourreaux et de la
'Communauté de leur supplice. Leur prétendue solidarité
est posthume. Elle est l'effet d'un mirage sanglant : ils
n'eurent que celle de l'échafaud; ils ne firent bloc que
dans le tombereau de Sanson.
Au reste, pour mettre Vergniaud dans son jour, — au lieu de voir en lui<(. le chef de partiit des Girondins, comme l'appelle encore le dernier en date de leurs soi-disant historiens, M. Biré, — on doit le situer un peu à l'écart de leur groupe, plus ou moins fictif et toujours confus, en le séparant même de ses deux amis intimes, Ducos et Fonfrède, qui siégèrent en fait à mi-côte de la Motttagne.
Il nous y est apparu non seulement le plus éininent par l'éloquence, mais encore le plus sympathique par le caractère, ayant été jusqu'au bout le plus éloigné de l'intrigue par la fierté de son talent et par la. modestie de ses goûts, et surtout le plus rapproché de l'idéal par la sagesse de son évolution politique, par les élans de son patriotisme, par la sincérité et la constance de ses appels à la fraternité .
Mais, pour faire voir combien cette figure du passé mérite d'arrêter les regards du présent, il fallait la soustraire au faux jour de la légende et V éclair er de près . Nous y avons tâché, de bonne foi.