‹ Vergniaud, le drame des GirondinsChapitre 20 sur 41 · DEPART DES GIRONDINS POUR LE SUPPLICE · texte numérisé non relu

DEPART DES GIRONDINS POUR LE SUPPLICE

D'après une gravure de Duplessi-Bertaux .

(Bibliothèque Nationale. Estampes.)

EXECUTIOf4 DES GIRONDINS

D'après une gravure des Révolutions de Paris, n" du 4 mruembre i/')^.

t Bibliothèque Nationale. Estampes.)

PI. 7, p»gc 264 .

LE DENOUMENT DU DRAME

Williams; — la patrie en danger défendue à coups d'éloquence, avec des Marseillaises de tribune volant au-devant de l'autre, contre tous les ennemis du dehors et du dedans, émigrés en armes, fanatiques insurgés, Austro-Prussiens envahisseurs; — le beau rêve de l'esprit paraissant tout près d'être réalisé en fait par la République fondée, mais avec le cruel baptême du sang royal sur elle, sur lui, sur eux tous, amis et ennemis, tache fatale qu'on voulut éviter, qui fut inévitable et qu'on lavera de son propre sang; — l'expiation à contresens infligée par les régicides sans phrases, si hâtive, démesurée au bout du compte; — la pitié et l'admiration de la patrie reconnaissante et de l'histoire impartiale, au besoin indulgente, le long des siècles, pour le bon et grand Français qu'il avait été.

Il pouvait mourir tranquille. Il mourut tel, par « la hache de la loi scélérate », en ce morne après-midi du 31 octobre 1793, premier de l'ère de la Terreur rouge, couché sur la planche gluante du sang des amis qu'il allait rejoindre dans « le grand Peut-être » ; tout près de cette tribune retentissante qu'il avait illustrée, et qui, pour lui, s'était trouvée de plain-pied avec l'échafaud ; sous le roulement du tambour terroriste, couvrant cette vaillante voix qui faisait encore peur aux assassins. « Vergniaud, dit Rétif de la Bretonne, a voulu parler au moment de l'exécution : les tambours l'en ont empêché » : c'était, sans doute, un surcroît de précaution pris contre cette éloquence sur sa dernière tribune. On voulait être bien sûr que si un tel orateur, redoutable jusque sous le couteau, parlait, ce serait, comme les autres, ^f en phrases entrecoupées qu'on ne pourrait saisir ». Depuis l'exécution de Louis XVI, ce roulement — qui s'emploiera encore contre Guadet et Salle, autour de l'échafaud de Bordeaux, — devenait une tradition des bourreaux pour fermer les bouches, avant de couper les têtes. Ainsi fut ravie à Vergniaud la consolation suprême que nous l'avons vu demander si pathétiquement à la Convention, du fond de sa prison, celle que rêvera l'historien-

poète des Girondins, en une strophe qui valait d'avance le meilleur de ses chapitres :

L''échafaud pour le juste est le lit de sa gloire; Il est beau d'y mourir, au soleil de l'histoire,

Au milieu d'un peuple éperdu, De léguer un remords à la foule insensée, Et de lui dire en face une mâle pensée,

Au prix de son sang répandu.

Avec le monceau de ses amis égorgés par cette « calomnie » que dénoncera bientôt, pour « attendrir l'histoire », la muse vengeresse du frère d'André Chénier, parmi ces têtes et ces troncs jetés pêle-mêle, dans la promiscuité sanglante du tombereau où gisaient ces ambitions et cette éloquence, tant de jeunesse défunte et d'idéal déçu, il fut emporté vers la terre qui avait déjà bu le sang des rois et restait altérée de celui des régicides. D'après le plan du cimetière de la Madeleine, il fut enterré avec eux, tout près du lieu dit « le trou à Mirabeau ». C'était bien sa place, en attendant le Panthéon d'oii on n'aurait pas eu à l'exiler, lui ! Ainsi vécut, parla, mourut

Vergniaud dont la tribune a gardé la mémoire.

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