‹ Vérité;Chapitre 16 sur 21 · I .i.,<i ■.■Gooj^lc · texte numérisé non relu

I .i.,<i ■.■Gooj^lc

VÉRITÏ

— Mère, je t'en prie, ne songe pas à moi. qu'une douleur, celle de te perdre.

— Non, non, ma fille, chacun s'en va i son I fait ou désespéré, selon la vie qu'il a su se faii ne faut pas que ceux qui restent, s'entêtent à &a tilement, quand ils peuvent encore être heure

Et, joignant les mains, les élevant dans un dente prière :

— Oh I ma fille, je t'en supplie, ne reste pas plus dans cette maison. Hàte-toi, prends tes retourne près de ton mari.

Geneviève n'eut pas même le temps de répo grande ombre noire s'était dressée, madame venait d'entrer sans bruit. RêdanI toujours par elle se tourmentait dès qu'elle ne savait plus Geneviève et Louise, hantée par le continuel s péché. Si elles se cachaient, était-ce donc qi saient le mal? Ëtj surtout, elle n'aimait pas trop longtemps ensemble près de madame B' dans la crainte de tout ce qui pouvait se dire fendu. Elle était donc montée en étoufTant se: l'oreille tendue, ayant surpris certains mots, ouvert la porte doucement, pour constater 1 délit.

— Que dis-tu là, ma fille? demanda-t-elle sèment, de sa voix sèche, outrée de colère.

Cette brusque intervention fit p&lir la malac paie, tandis que Geneviève et Louise restaient st inquiètes de ce qui allait se passer.

— Que dis-tu là, ma ûUe ? Ne sais-tu pas t'entend ?

Madame Berthereau s'était renversée sur ses en fermant les yeux, comme pour reprendn Elle espérait tant parler à Geneviève seule, ne combat à la redoutable aïeule I Toute sa vie,

...ooj^lc

6S0 LES QDITRE tVAHGlLES

iiitt ce choc, cetle latte, oà elki se samit taincue i

l'avance. Hais il ne lui restait que qi«lques besres pour

èlre brave et bouue, elle rouvrit Us ;eux,,«Ue oaa parler

eofitt.

— Que Dieu m'enlendie, oa mèrsl Je croift remplir tout mon devoir, je dis à ma fille de prendre ses ea£ants et de retouraer près de aeu mari, car aa bonne aanté et son unique bonheui' sont là, à ce foyer qu'elle a quitté sî imprudemment.

D'un geate violent, madame Duparque avait d'abord voulu l'interrompre, dès les premiers mote. Puis, frappée peut-être par la majeMé de la mort qui emplissait ddjà la chambre de son souEBe, génâe de ce m d'une psuivre créature aiservie dont la raison et l'amour se libéraient i l'heure dernière^ elle laissa la meuranU achever. £t il y eut ensuite une angoisse infinie, et les quatre fesames, les quatre géDérations étaient eo présence.

Toutes quatre avaient tm air de famille, grajides de (aille, la face longue, avec le nez un peu fort. Mais madame Duparque, les mâchoires duces, les joues couples de plis rigides, Agée de soiiante-dix.-huit ans, avait maigri el jauni, dans les pratiques de son étroite dévolies; tandis que madame Berthereau, qui venait d'atteindre sa cinquante-sixième année, plus grasse et plus souple, malgré la maladie, gardait sur son visage blême la Aouceur de cet amour goûté un instant, dont elle avait gardé l'éternel deuil. Puis, de ces deux femmes brunes et sévères, Geneviève était née, affinée pas son père, blonde, gaie, amoureuse et désirable, encore délicieuse à trente-sept ans passés ; et Louise, la dernière, dans sa dii-buitième année bientôt, était redevenue brune, du brun doré de Marc, qui lui avait aussi donné son front large, ses grands yeuK de flamme, où brûlait la passion de la vérité. Et, de même, au m(»al, révolution se poursuivait : la grand' mère serve absolue de l'Eglise, la chair et l'esprit domptés,

ViRITË 551

instmmenl passif d'erreur et de domination; la fille, restée pratiquante, conquise toujours, mais troublée, torturée d'anir connu le bonheur humain ; la pelite-riUe en latte, paurre cœur, pauvre raison où le catholicisme livrait son dernier combat, déchirée entre le néant menteur de 9MI éducation mystique et la réalité vivante de Bon amour d'épouse, de sa tendresse de raére, ajanl besoin de toutes les forces de son être pour se libérer; l'arrière-petite-ûlie, libérée enfin, échappée à la mainmise du prêtre sur la femme et sur l'enfant, revenue à l'heureuse nature, à la gloTieuse bienfaisance du soleil, dans un cri de jeunesse et de sanlé.

Madame Berthereau reprit de sa voii basse et lente :

— Écoule, ma Geneviève, ne reste pas id davantage. Dèi que je ne serai plus, va-f en, va-t'en bien vite.. . Mon mslheur, à moi, a commencé le jour où j'ai perdu ton père. Il m'adorait, les seules heures où j'ai vécu sont celles que j'ai passées près de lui, entre ses hras. Et je me suis souvent reproehée de ne pas les avoir goûtées plus profondément, car j'ignorais leur prix, dans ma stupide erreur, et je ne les ai senties si délicieuses, si uniques, que lorsque je suis retombée ici, veuve, sans amour, retranchée du monde... Ah! le froid de gtaee de celle maison dont j'ai tant frissonné, le silence et l'ombre où je ■uis morte heure par heure, sans même oser ouvrir une fenêtre pour respirer un peu de vie, tant j'étais imbécile et lâche I

Debout, immobile, madame Dnparque n'intervenait pas. Ce cri de douloureuse révolte lui arracha ponrtani an geste de protestation.

— Ha fille, je ne f empêcherai pas de parler, qnotque le mie«i serait, si tu as une confession à faire, d'appeler le père Théodose... Mais, puisque tu n'étais pas toute â Dieu, pourquoi est-tu venue le réfugier cheï moi? Tu savaia bien que tu ; troaveraïs I^eu seul.

-. . ... ...ooj^lc

— Se me suis conTessée, répondit doucement la moarante, je ne m'en irai pas sans recevoir rextrëme-onction, car j'appartiens à Dieu tout entière, je ne puis que lui appartenir maintenant... Si j'ai tant sourTert de la perte de mon mari, je n'ai jamais eu le regret d'être venue ici. Où serais-je allée? Je n'avais pas d'autre refuge, j'étais trop acquise à la religion, pour tenter même un instant de chercher ailleurs le bonhenr. Et j'ai donc vécu l'eiistence que je devais vivre... Mais ma fille souiïre trop à son tour, et elle qui est libre, qui a encore un mari dont elle est adorée, je ne veux pas qu'elle recommence ma triste histoire, dans ee néant où j'ai si longtemps agonisé. Tu m'entends, lu m'entends, n'est-ce pas? ma fille.

Et, d'un geste de tendre supplication, elle avait tendu ses deux pauvres mains de cire, et Geneviève était venue tomber à genoux près d'elle, si remuée par cette scène extraordinaire, ce poignant réveil de l'amour dans la mort, que de grosses larmes roulaient sur ses joues.

— Mère, mère, je t'en prie, ne souffre pas davantage de ma souffrance. Tu me déchires le cœur, à ne songer ainsi qu'à moi, lorsque nous sommes tous là, avec l'unique désir de te donner un peu de joie, & toi qui veux partir si désespérée.

Hais madame Berthereau était soulevée d'une exaltation croissante. Elle lui avait pris la tête, elle la regardait de tout près, dans les yeux.

— Non, non, écoute-moi encore... Je ne puis plus goûter qu'une joie, avant de te quitter, celle d'emporter la certitude que tu ne vas pas recommencer ici mon sacrifice et mon tourment. Donne-moi cette dernière eonsolation, ne me laisse pas partir sans une promesse formelle... Tu entends, je te le répéterai, tant qu'un peu de force me restera pour le dire. Sauve-toi de cette maison de mensonge et de mort, retourne à ton foyer, près de ton mari. Rends-lui lei enfants, aimez-vous de tout

v£ritë Toire être. La vie est là, et la vérité, e( le bonhei t'en prie, ma tîUe, promets-môi, jure-moi de te re mon dernier désir !

Puis, comme Geneviève, bouleversée, éloufTée j sanglots, ne répondait pas, elle se tourna vers j éperdue elle aussi, qui était venue s'agenouiller de cCtté de la chaise longue.

— Aide-moi donc alors, ma bonne petite-fille, les idées, à toi. J'ai bien vu Ion travail, Ion elTo p»ur remmener ta mère chez elle. Tu es une pelî une petite personne très sage, qui a beaucoup f.iî le désir de nous donner un peu de tranquillllé, & les quatre... Et il faut que ta mère me promette, a' pas? Dis-lui donc de me faire une grande joie, promettant d'être heureuse I

Louise avait saisi les mains de la triste femme, les baisait, elle bégayait :

— Ohl grand'mëre, grand'mëre, que tu es bo que je t'aimel... Hère se rappellera la volonté de Elle réfléchira, elle agira selon son cœur, sots-e laine.

Rigide, madame Duparque n'avait pas bougé. Lt seuls vivaient, dans son visage glacé, coupé de graui Et tonte une furieuse colère s'y était rallumée, à i qu'elle se violentait pour ne pas brutaliser la moi Elle finit par gronder sourdement :

— 'faisez-voas toutes les trois! Vous êtes de m reuses impies, en révolte contre Dieu, et que les 11 de l'enfer puniront... Taisez-vous, je ne veux pi tendre sn seul mot! Ne suis-je donc plus la maître l'aïeule? Toi, ma fille, c'est la maladie qui t'ég veux la croire; et toi, ma petite-fille, lu as Sa: loi, je t'exjcuse de n'avoir pu l'en chasser complë encore, malgré ta pénitence; et toi, mon arrièrefille, j'espère toujours l'empêcher d'aller à ta dam

".oogk

SH LES QUATRK tVÀHGlLES

quand je me sentirai liWe de le corriger... Taises-vons, mes filtes, vous qui at seriez pas sans moit C'est moi qni commaiule, et ce serait ua péché mortel de plns^ si TOUS M m'obéissiei pas!

Elte avait grandi, elle parlait aT«c an gesis fanoaeh*, an non de son Dieu de eolère et de vengeaocQ. Hais la fille, sentant bien que la mort si proche l'avait d^vrôe déjà, osa cootinaer, malgré sa défense.

— Voi)& plas de TÎngt ans que j'obéis, na m^, ToiM pins de vingt ans que je me tais, et si ma dernière benra n'était pas venue, j'aurais penl-étre la lâcheté d'abéir et de me taire encore. .. Cesl trop. Towt ce qui m'a torturée, tout ce que je n'ai pas dit, m'étnafferail dans la terre, i* n« peux l'y emporter. Et, quand même, le cri, si longtemps étouffé, sortirait de mes lèvres... Ohl ma fille, je t'en conjure, promets-moi, promets-moi I

Hors d'elle, madame Duparque répéta, f une vaJi plu rude:

— Geneviève, c'est mm, ta grand'mère, qui te défende de parler.

Louise, en voyant sa mère toujours sanglotante, Hvrtt an ptos affreux des combats, la lace abinée dans la eenvertnre, sur U chaise longue, se permit de répondre, de son air résola, plein de détéreoee.

— Grand'mère, il tant élre bonne pour grand'maman ■i malade. Mère aussi est bi«n souffrante, et c'est «nel de la bouleverser ainsi... Chacun ne doit-il pas j^tr selon sa conscience?

Alors, sans laisser i. madame Duparque le tempe d'intervenir de nouveau, Geneviève, le cœur fondu par cetio douceur courageuse de sa fille, releva la tMe, embrassa la mourante éperdument.

— Mère, mèfe, dors tranquille, je ne venx pas quota emportes une amertume, à eause de moi... Oui, j« te promets de me rappeler ton désir, je te promets de taira

VARIT£ 5S&

toolcc ^oe ■»■ anwttrpctF toi me Mnseilkra... Oui, oui, il a'j a qae li boM6, il a'j a fie l'amour, c'est U T^rité aiiiqB«.

Et, CMOim madame Berthersaa, épuiséa, k Cue UUiiiin6« d'a& ditia sourire, serraîl sa âUa centre sa poitrine, madaine Duparqve eat an dernier geste menaçant. Le crépaKole était confilèteraeDit Tenu, la dianbre ne ae trouvât plus édAirée que par la faille Inenr d» grand eiel pur, lemé des premières étoiles; tandis que la fenêtre ooverte laissait monter le profond silence de la petite place déserte, oi sonnait senl le rire d'wi enfant. Et, dans cet apaîsemeat des choses, traversa de l'augwle sooffte de la mort prochaiaey l'alciile titue, aveugle et Mnrde, dit encore :

— Vous n'êtes plus de moi, ni fille, ni petite-fille, ni arrièr«-petit«-âlle. L'une poaasaal l'autre, v«us vous aohemioes à la damnation éternelle. Ailes, allez! Dieu Toui renie, et je vous renie I

Puis, elle partîtî elle refeirma rudement la porte. Dana la douce pièce ^cure, II ne restEot^uela mère agonisante, entre sa fiUe et sa petite-fille, réiuiies en une seule étreinte. Et, looguement, tOBtei trois plenrèrenl des lanses oA beauco«p de délices se mêlaient i beaucoup de douleur.

Deui jours pin» tard, nadaRM Berthcrcaa monmt très calh«ilqnemeat, après avoir re^u reitréme-^BCtMi, comme elle l'avait déùrA. A l'Élise, on reaarqna l'attitude sérére de madame DnptuNjue, tAMte noire, en gnai deuil. Louise seule raccompagnait, Gencviëve avait dâ reprendre l« lit, i la suite d'une telle secousse nerveuse, qu'elle semblait ne plus voir et ne plus entendre. Pendant trois joan encore, elle demenra ainsi, couchée, le visage toané vers le mnr, ne voulant répondre à pei^ sonne, pas mène i sa fille. Elle devait souffrir affrcusemeat, des soupirs loi éch^tpakat, des crises de larmes

s» LES QUATRE ETAHCILES

la secouaient toute. Lorsque la graad'mëre montait, s'entëtant à rester li des heures, la sermonnant, lui démontrant la nécessité d'apaiser la colère de Dieu, des crises plus violentes se déclaraient, des convulsions el des cris. Et Louise, désireuse d'éviter à sa mère celte aggravation de tourment, dans le débat suprême dont elle était déchirée, finit par fermer la porte et par se tenir là, en senlinelle, aitn d'interdire l'entrée de la chambre à tout le monde.

Le quatrième jour, le dénouement se produisit. Seule, Pélagie réussissait â forcer la porte, pour certains besoins du service. Agée de soixante ans, elle s'était amai- (rie, comme desséchée, avec sa face maussade, au ^aod nez et aux lèvres minces. Devenue insnpportable, toujours à m&chonner des paroles aigres, elle tyrannisait sa terrible maîtresse elle-même, elle jetait dehors les onvriëres que celle-ci se permettait de prendre pour l'aider. D'ailleurs, madame Duparque la gardait comme un vieil instrument & elle, l'ayant toujours eue sous la main, ne s'imaginant pas pouvoir vivre, si* elle n'avait plus cette créature, cette serve, qu'elle atilisait ainsi qu'un prolongement de sa domination sur tout ce qui l'entourait. Elle en faisait son espionne, l'exécutrice de ses basses volontés, el elle devait en retour supporter de lui appartenir aussi, de tolérer ses méchantes humeurs, le surcroît d'ennuis et de tristesses dont elle emplissait la maison.

Le matin du quatrième jour, après le premier déjeuner, Pélagie, qui était montée desservir, accourut tout effarée dire i sa maltresse :

— Madame sait ce qui se passe là-haut ?... Elles font leurs malles.

— La mère et la fille î

— Oui, madame. Oh I elles ne se cachent pas, la fille sort, va dans sa chambre, rapporte des brassées de linge... Si madame veut monter, la porte est grande ouverte.

VËRlTfi 6G7

Sans une parole, l'air glacé, madame Duparque monta. Et elle trouva, en effet, Geneviève et Louise qui s'activaient, emplissant deux malles, comme pour un départ immédiat, tandis que te petit Clément, âgé de six aas à peine, bien sage sur une chaise, regardait ces préparatifs. Elles levèrentsimplemenl la tête, elles continuèrent.

Au bout d'un silence, madame Duparque, pins froide et plus dure, sans qu'un pli de sa face eût bougé, demanda :

— Alors, Geneviève, tn te sens mieux?

— Oui, grand'mëre. J'ai encore de la fièvre, mais jamais je ne guérirai, si je reste enfermée ici.

— Et tu as décidé d'aller aîUears, je le vois. Où vastu?

Elle leva de nouveau la tête, les yeux encore meur tris, toute frémissante.

— Je vais où j'ai promis à ma mère d'aller. Voici quatre jours que je me débats et que j'en meurs.

Il y eut un silence.

— La promesse ne m'avait pas semblé f i, j'avais cruà unesimple consolation... Alors, tu r< ^s chez cet homme. Il faut vraiment que tu aies pea d'orgueil.

— Ah I l'orgueil! oui, je sais, c'est p.ir l'oi^eil que depuis longtemps tu me retiens... J'en ai en, de l'orgueil, jusqu'à pleurer les nuits entières, sans vouloir avouer mon erreur... El puis, je viens de comprendre la stupidité de cet orgueil, la misère où je suis tombée est trop grande.

— Malheureuse, ni la prière ni ia piiiiitence n'ont donc pu te débarrasser du poison ? C'est le poison qui te reprend et qui achèvera de te jeter aux peines éternelles, si lu retombes dans ton abominable péché.

— De quel poison parles-lu, grand'mère? Mon mari

m LES QUATRE ÉVANGILES

n'aime, et j'ai beau faire, je l'aime toujours : est-«e done li le poisoDf... J'ai lirité cinq ans, j'ai voulu me donner tosle à Dieu, pourquoi Dieu n'a-t-il pas comblé I« néant affreux de «on être, »ù je m'efforçais de faire le vide eoniplel, pour l'y recevoir seul, en maître unique? La retigion n'a sadsfait ni mon bonhcord'éponse ni ma tendresse de mère, et si je retourne à ce bonheur e( à cette tendresse, c'est dans l'efiendrementde ce ciel où je n'ai trouvéque déception et que mensonge.

— Tu blasphèmes, ma fille, e( tu en seras ch&tiée par de plus cruelles sonffrances... Si le poison qui t'a torturée m venait pas de Satan, il faudrait doncqu^l vint de Dieu. La foi t'abandanne, lu es sur k chemin de la négation, de la perdition UAtih.

— C'est vrai, voici des mois que j'ai cesse de croire on peu chaque jour. Je n'osais me l>voucr à mol-mfime, mais c'était, au milieu de mes amertomes, nn trarail lenl qai emportait mes croyances d'enfant et de jeune fille... Est-ce singulierl toute cette enfance chimérique, toute celte jeunesse dévote s'étaient réveillées en moi, wree les beaux mystères, les cérémonies du culte, l'ardent désir de Jésus, lorsque je sais venue me réfu^r rei. El, ^and j'ai pu de nouveau re'abtmer dans l'au delà idei mystères, quand j'ai voulu me donner à Jésus, au tailien 4ts chants et des fleurs, ces rêves ont peu à peu pftli, Mnl devenus des invaginations décevantes ou rien de bmq •Ire vivant ne se contentait pitrs... Oui, le poison, ce serait done cette éducation première, celle errwr où j'«i (randi, dont un réveil pins tard m'a fait tant souffrir, et dont je ne guérirai que le jour où le ferment mauvais en sera complètement éliminé... Guérirai-je? je suis si eombatlue encore I

Madame Duparque se contenait, comprenant qu'une violence de sa part achèverait la rupture entre die et les denx femmes, les seules créatures qui restaient de sa

TËRITB SU

raee, avec le p«lU garçon, très attentif sur sa chaise, écoutant sans comprendre. Aussi voulut-elle tenter un dernier effort, en s'adressant à Louise.

— Toi, pauvre eoTaol, tu es la plus à plaindre, et je frâBMS, quand je peose dtna quel abfaoç d'abomiaations tu te jettes... Si ta nais (kit ta prenière comouinion, toQs^ces mani nous seraient tiTilés. IMea doub ^ailde n'aTftir pai su vaiien ta résistance impie. El il serait temps encore, qtwllcâ ^rices tn obtiendrais de sa miséricorde infinie, pour la maison entière, te joiu- oà tu te soumettrais, aà tu t'approcbcrats de la sainte table, en humble servaote d« Jésusl

Doucement, la jewie filU réponde :

— Pourquoi revenirsartela, graad'mère. Tusaisbien la proses» formelle que j'ai faite 1 moa père. Ma réponse ne pe«l pas varier, je me déciderai à vingt ans. j« verrai si j'ai la foi.

— Hais, misérable obstinée, si tu retournes chez cet homme qui vous a perdues toutes les deux, (a i^ponse est certaine à l'avance, la resteras sans crejance, sans religion, comme une bétel

El, devant le silence àttéreotie la fille et de la mère, qui, poar ne pas prsioager nne dtscosàon inutile et pénible, s'étaient renises i Icrts Bkalles, elle exprima un inprème désir.

— Eb Inenl si vous êtes résolues à partir toutes les deni, taisses-moi aa moîns ce petit gargon, laissez-moi Cnèmeat. Il sera la rançon de votre folie, je relèverai dans ranear de Dieu, j'en ferai on saint prêtre, et je ne resterai pas seale, noss serons deux ici & prier pour que la colère diviae vous épaifae, an jour terrible du jugeneiTl.

Geneviève, vivement, s'était redressée.

— Te laisser Clément I mais il est la grande raison de mon départ. Je ne sais plas comment l'élever, je veux

le rendre k son père, puur nous enlendre et l&cher d'en faire un homme,.. Non, non, je l'emporte.

Louise, elle aussi, s'avança, très tendre et très respectueuse.

— Pourquoi dis-lu que (a resteras seule, grand'mère? Nous ne voulons pas t'abandonner, nous reviendrons te voir souvent, tous les jours, si tu le permets. El nous ; l'aimerons bien, et oous nous efforcerons de te montrer combien nous désirons te rendre heureuse.

Alors, madame Duparque ne put se contraindre davantage. Le flot de colère qu'elle dvait tant de peine i refouler, déborda, l'emporta en furieuses paroles.

— C'est assez! laisez-vous, je ne veur plus vous entendre! Et vous avez raison, faites vite vos malles et allez-vous-en, allez-vous-en tous les trois, je vous ' chasse I... Allez retrouver votre damné, votre bandit qui

a craché tant de hâve sur Dieu et ses ministres, pour lâcher de sauver l'immonde juif, condamné deux.loisl

— Simon est innocent, cria Geneviève, hors d'elle i son tour, et ceux qui l'ont fait condamner sont des menteurs et des faussaires.

— Oui, je sais, c'est l'arfaire qui t'a perdue et qui nous sépare. Tu crois le juif innocent, tu ne peux plus croire en Dieu. Ta justice imbécile est la négation de l'autorité divine... C'est pourquoi tout est bien fmi entre nous. Va-t'en, va-t'en vite avec tes enfants. Ne souillez plus celte maison, n'attirez pas davantage la foudre sur elle. Vous êtes la cause unique des malheurs dont elle a souffert... Et, surtout, n'y remettez jamais les pieds, je tous chasse, je vous chasse pour toujours. Dès que vous aurez franchi le seuil, ne revenez pas frappera la porte, elle ne s'ouvrirait pas. Je n'ai plus d'enfants, je suis seule aa monde, je vivrai elje mourrai seule.

El cette femme, de quatre-vingts ans bientôt, redressait sa haute taille avec une linergie farouche, la voii forte

encore, le geste domiaaieur. Elle maudissait, elle cliàtiail, elle exterminait, comme son Dieu de colère et de mort. Et elle redescendit de son pas impitoyable, elle s'enfenna dans sa chambre, en attendant que les derniers | enfants de sa chair fussent à jamais partis.

Justement, ce joar-l&, Marc reçut la yisite de Salvan, qui le trouva dans la grande salle de dusse, toute ensoleillée par un clair soleil de septembre. La rentrée des vacances devait avoir lieu dix jours plus tard; et, bien qu'il attendit d'heure en heure sa révocation, l'instituteur revoyait ses cahiers et ses notes, comme pour préparer la nouvelle année scolaire. Mais, à l'air grave et souriant du directeur de l'Ecole normale, il comprit immédiatement.

— Cette lois, ça y est, n'est-ce pas?

— Mon Dieu! oui, (a y est, mon ami... LeBarazera fait signer tout le mouvement nouveau, une véritable fournée... Jauffre quitte Jonville et vient à Beaumont, ui bel avancement. Le clérical Chagnat passe du Horeux & Dherbecourt, ce qui est scandaleux pour une brute de celte espèce... Quant à moi, je suis simplement mis à la retraite, pour céder la place ï Mauraisin, qui

Et vous, mon ami...

— Moi, je suis révoqué.

— Koa, non, vous tombez seulement en disgrâce. Or vous renvoie à Jonville, en remplacement de JaulTre, et votre adjoint Mignot, compromis et frappé lut aussi, va au Uoreux occuper le poste de Chagnat.

Marc, saisi, eut un cri d'heureuse surprise.

— Hais je suis enchanté I

Et Salvan, venu exprès pour lui apprendre plus t6t la nouvelle, riait maintenant d'un bon rire.

— Voilà bien la politique de Le Barazer! C'était là ce qu'il préparait, lorsqu'il gagnait du temps, selon son habitude. Il a fmi par satisfaire le terrible Sanglebœuf, la . réaction entière du département, en appelant Mauraisin

HI LESQGlTREËViNGlLES

l mi aiiccessioB, ea douaaot de l'aTancemeiit â J»iiAr«-et i Chagnat. Et cela lui t permît de tmis conserver, vous et Higiot, ^h'îI senble bUmer, mais qu'il entend ae pas déiafoner conplètencnt. En outre, îJ a Uissé îd. mademoiselle Hazelinc et il a fatl nommer & Mire- place Joulie, DR d« mes meîllcun ilèves, l'inletli|geflc« la pins libérée, regf)rit le ploa uin; de sorte qie, désornais, llailleboit, Jonville et le Morenx ac (rauvent poomg d'eicellents ouvriers, ardents i. la mission de VavtMôt... Qat Toul«i-Tous? je vons U répète nne fois d« P'its, on ne changera pas Le BarafW, il faut l'accepter ainsi, bien beareux eneore de sa demi-beso^iM,

— Je suis enchanté, répéta Marc. Ua grande tristcsie était de quitter renseignement. Depuis ee malin, j'«vais le cœur bien $r99y ea soBfeant à la rentrée prKbaine. Oà seriis-}e allé? <|u'aurais-]'s fait? Certes^ ctkt me cba* ^iitera dn laisser ici d-es eafants que j'aime. Hais ma cansi^ion va être d'en retroarer d'autres U^s, qae j'aimerai. Et que m'importe l'humitilé de l'écvle, si je pais y continuer l'œurre de ma vi«, le bon travail d'ensemencement qni aeul doit donner la moîsMs future de vérité et de justice I... Ah ! retourner ft J«nTi4le, ce sera de grand cœur, avec un renouveM d'espoir 1

Gaiemonl.'il marchait dans la vaste classe, si ciaire, li pleine de soleil, comme pour reprendre possessiende •elle mission d'instilatear don! r>abandoD lui aurait taat coûté. Et il eut un geste cbarmani d« juvtoile allégnsse, il se jeta an eou de Salvan. Il l'embrassa. Justement, Uignot, qui, certain lui aussi d'être réroqaé, cherchait une siluatiMi depuis qu«h^es jours, rentra désespéré d'avoir encore essuyé aa refos, chez le directear d'usé nsine voisiné. Puis, quand il sut qu'il était Damméaii Horeax, il fut ravi i. son tour.

— Le Horeux, le Moreux, ua vrai pays d* uuvages. R'imporle, on tâchera de les civiliser an peo, et tuma ne

vEBrTÊ sn

nom qnilliMiE pas, quatre kilontètref 1 peine. Vous saiez, c'eet ça qui me fait le plas de plaisir.

Marc s'était calmé, une douleur se réveillait es t», gtBsombmsait de ntnvean tes jeux, il j e«t va silenee, les deux Mrires araisiil senti posser le frissM des espérances ajournées, des plaies toujours vîv«s, au milieu 4t Ual de raines. Combien U latte seriût dure encore, qa» de larmes elle coûterait, avant de retrouver les bonheurs perdnsl El Ils se taisaiest tons les trois, et Sahan, debout devant ta grande baie ensoleillâe donnant sur la place, semblait rêver tristement, dans sen impuissance i faire plus de jeie.

— Tiwsl denanda-t-il brusquement, vous attendes doae qiielqN\in ?

— Coronent, j'attends quelqu'un f dit Marc.

— Oui, voilà une petite charrette à bras, avec des ' malk*.

La porte s'ouvrît, et ils se reteurnërent. Ce hit Geneviève qui entra, tenant le petit Ckment par la main, ajaal Louise k son cAI6. La surprise, l'émotion furent si fortes, que personne d'abord ne parla. Marc tremblait. Geneviève fiiùt par dire, d'une votz enireceupée :

— Mon bon Marc, je te ramène ton fils. Oui, je te te rends, il est à toi, il est à noss deux. ^choDS de faire de lui un h«nme.

LVofant avait lenda ses petits bras, et le père éperdu reniera, le serra dans les siens, tandis que h mire, : l'épouse a}outai( :

— El j» te reviens avec Isi, aeo bon Ifarc. Tu me l'avais bien dit que je te le rendrais et que je te reviendrais... C'est la vérité qui, d'abord, m'o vaincue. Ensuite, ce qoe lu avais mis ea moi a san duule fermé, et je n'ai plu d'oi^eil, et me voici, parce que j« t'aime toiûonra— J'ai vainetncnt eheroU un antre bonheur. Ion ■moiv teal est vivant. H n'j a, en dehors de nous denx

664 LES QUATRE ÉVAHGILES

et de nos enfants, que déraison et qne misère... Reprends-moi, mon bon Harc, je me donne comme ta te donnes.

Lentement, elle s'était approchée, elle allait jeter elle aussi les bras au cou de son mari, lorsque la yoix gaie de Louise se fit entendre. n

— Et mot, et moi, père? J'en suis, tu sais... Ne m'ou- ' bliez pas. < i

— Oh! oui, elle en est, la chère mignonne 1 reprît Geneviève. Elle a tant travaillé i ce bonheur, avec tant de douceur et d'adresse I

D'un geste, elle avait pris Louise dans son étreinte, elle les embrassa, elle et Marc, qui tenait déjà Clément contre sa poitrine. Tous les quatre se trouvaient enfin réunis, serrés du même lien de chair et de tendresse, n'ayant plus qu'un même cœur, un même sonnie.Et, dans cette grande salle de classe, si nue, si vide, en attendant le flot d'enfants de la rentrée prochaine, quel frisson d'humanité proronde, de joîe féconde et saine I De grosses larmes emplirent les yeui de Salvan et de Mignot, bouleversés d'attendrissement.

Enfin, Marc put parler, tout son cœur montait à ses lèvres.

— Ah ! chère femme, si tu me reviens,' c'est donc que tu es guérie. Je le savais bien : tu allais à ces pratiques religieuses de plus en plus rigides, comme à des stupéfiants, à des doses de plus en plus fortes, pour endormir la nature en toi ; et la bonne nature, malgré tout, devait éliminer le poison, le jour ou tu te sentims de nouveau épouse et mère. .. Oui, oui, tu as raison, c'est l'amour qui t'a délivrée, le voilà reconquise sur cette religion d'erreur et de mort, dont nos sociétés agonisent depuis dix-huit siècles.

Mais Geneviève se remit i frémir, troublée, inquiète.

— Oh I non, oh ! non, mon bon Marc, ne dis pas celai

Qui sait si je suis bien guérie ? Jamais, sans doute, je ne gaérirai complètement... C^est notre Louise qui, tout entière, sera libérée. Chez moi, je le sens, la lare est ineffaçable, je frissonnerai sans cesse de la crainte de retomber au rêve mjslique... El, si je rentre ici, si je me donne de nouveau, c'est pour me réfugier & ton cou et pour que tu achèves l'œuvre commencée. Garde-moi, achève-moi, tâche de faire que jamais plus rten ne nous sépare.

Ils s'étaient ressaisis d'une étreinte plus étroite, confondus en une seule personne. N'était-ce point sa grande œuvre? reprendre la femme à l'Église, lui donner près de l'homme sa vraie place de mère et de compagne, car, seule, la femme libérée peut libérer l'homme. Son esclavage est le nfttre.

Brusquement, Louise, disparue depuis un instant, rouvrit la porte, ramenant avec elle mademoiselle Mazeline, essoufflée el souriante.

— Maman, il faut que mademoiselle soit aussi de noire joie. Si lu savais combien elle m'a aimée et comme elle a été bonne el utile ici I '

Geneviève s'était avanc^ et avait lendremenl embrassé l'institutrice.

— Je sais... Merci, mon amie, de tout ce que vous avez tait pour nous, pendant nos longs chagrins.

La bonne Mazeline riait, avec des larmes dans les yeui.

— Aht ne me remerciez donc pas, mon amie. C'est moi qui vous suis reconnaissante de loul le bonheur que vous me donnez aujourd'hui.

Salvan et Mignot, eux aussi, riaient- maintenant. Des poignées de main furent encore échangées. Et, comme, au milieu des paroles hautes qui partaient toutes à la fois, Salvan renseignait l'institutrice sur le mouvement iigné la veille, Geneviève eut un cri de joie :

« Cookie

G« LES QUITRE ÏVANGILES

— Eb qnoi, noufi rulournoos à JoaviUe, c'est bien vrai ?... Ah [ JooTille, c« cun perdu et cbamaot où nom mm somnes laat aimés, où bwu awiDS comiBeilcé à vivre, si heureoi ! Et quel bon présage d'y r«toarn«r, d'; retommeiMief une eiiatence de tenikene et 4e paâxl... Haiïlebois m'inquiétait, iMivjlle est l'espoir eerlain.

Un ooavou courage, ime infinie eonfiance en r«*«oïr (oulevèrenl Marc daas un élan superbe.

— L'amour est rentré cbez nous, nous voilà désormaiB toul-puiesBOte. Et le mensonge, l'iniquité, le crime ont beau triompher aojonrd'hui, c'est k nom quand mAme que sera d«»atn l'éternelle vicl»ire.

D,™i,îf<ihvGoOJ(lc

Page 1