I .i.,<i-,Gooj^lc
LES QUATRE ËVACiGlLES
de silence, la grand'mére eut un cri.
]ue vous n'allez pas vous occuper de ■toire !
it-il simplement, j'espère bien aussi ccuper, à moins que mou devoir ne
;ervi une omelette, puis des tranches sur une purée de pommes de terre, ait, il donna tous les détails. Genenissante d'horreur et de pitié, tandis le Berthereau, très émotionnée elle larmes, en jetant de furlifs coups jparque, comme pour savoir jusqu'où pouvait aller. Mais celle-ci était retle désapprobation de tout ce qui lui i la règle. Elle mangeait posément,
sse, je me souviens très bien qu'un Beaumont. On le retrouva sous le ence, le corps coupé en quatre mort que le cœur qui manquait... On ir eu besoin de ce cœur, pour le pain
ardait.
pas sérieusement, grand'mére, vous
tupidités infâmes?
li ses yeux froids et clairs ; et, sans
directe :
ent un vieux souvenir qui me relersonne, bien entendu.
apportait le dessert, osa se mêler à . sa familiarité d'ancienne servante.
raison de n'accuser personne, et le comme madame... Le quartier est en
crime, on n'a pas idée des hislotres
affreuses qui circulent, et je viens d'entendre un ouvrier crier qu'il faudrait brûler l'Ecole des Frères.
Ce mot tomba dans un grand silence. Harc, frappé, avait eu un geste vif, qu'il réprima tout de suite, en homme qui juge préférable de garder pour lui ses réflexions. Et Pélagie put ajouter :
— Madame me permettra d'aller assister à la distribution des prix, celte après-midi. Je crois bien que mon neveu Puljdor n'aura rien, mais ça me fera plaisir tout de même d'y être... Ah! ces bons Frères, cane va paa être gai pour eux, cette fête, le jour où on leur tue un de leurs meilleurs élèves.
Madame Duparque consentit d'un signe de tête, et l'on jiarla d'autre chose, le déjeuner s'acheva, un peu égayé par les rires de la petite Louise, qui regardait avec étonnement les visages bouleversés de son père et de sa mère, si clairs, si souriants d'habitude. Il y eut une détente, la famille un instant causa dans une cordiale intimité.
L'après-midi, à l'Ecole des Frères, la distribution des prix souleva une grande Émotion. Jamais cette solennité n'avait attiré un pareil concours de foule. D'abord, le fait qu'elle était présidée par le père Philibin, le préfet des études au collège de Valmarîe, lui donnait un éclat tout particulier. Le recteur de ce collège, le père Crabot,' un jésuite fameux par ses influences mondaines et la toutepuissance qu'on lui prêtait dans les événements contemporains, se trouvait également là, désireux de donner aux Frères un témoignage public de son estime. Puis, il y avait encore un député réactionnaire du département, le comte Hector de Sanglebœuf, te châtelain de la Désirade, un admirable domaine des environs, que sa leinme, fille du grand banquier juif, le baron Nathan, lui avait apporté en dot, avec quelques millions. Mais, surtout, ce qui surexcitait les esprits, ce qui emplissait d'une cobue
M) LES QUAXRS. ÉVANGILES
fiévreuse la> piofsa- des C»puoiR&, sii déserte' al sk calme d'habilude, c'âlaît le monstrueux orima découvert le m»l\n, ce pauvra eufiiitt; eeb élèv» d£s Ftièxes. wioleuté, étrangla- Et il élaiti comme présent, iL o'ji aviail que lui, dang la cour onbragéo.o.û se dressait l'esbraâa, devant les rangs pressés des chaises, peaMut- que^ te pare Phllihùi faisait l'éloge dâ^l'établissemefil, d» soadireGlaitr, le très distingué itère Falgence, et' de aias trois, adjoii^r les fiières,Iisiiloi»i^Lazarus ab, Gocgiasi. GeUe^hadiaft s'aoentti eqconei locsquents^dernUr, un b«aini& maigre.t^t noueai., aui frast ba& et éaf sou& des dMweujRnsirsicréinia, au grand nez en bec d'aigle entre des^ pomjnettes.saillamlies, à la, llouche.. émisse' laissant voir dca-dsnte de lo«{^. se leua pouE lirsi le priiUMFés. Zépbùin âlaii \S'. mo^lLeur ^ve.de &% classe^ dont i] avaùt rem^âPlà: tous tne {(l'a; et sfia^n«in'r&i'enaU9ai)S;ces8ev eb l0:fi^ie Gorgcas, dons sa.IoaguQSCutaiije noice, anee la> tadie blanehu de- son rabott avaibune teUc tasoii* lente ol lugnbre, du. laisser tomber ce nom, que, chaque fois, un Trisson cnoiscant onuFiait ,parnti> la foule.. Clia((u« fois, le pauure-pctiihnioi'l seinfaliaU sa-, dresser h eat^a^pal^ poac vcmiE, recervin sa caurotui&ft sonJijKne à tiancbs: dorée. Les caiinonBos et la» Livra; sîajmonBclaientsurla. tabte^ rieti aa dsvenail plus poignantiquele siltnfie et le. vidB wt clai en ta jetées tanL dfi. récso^enses^ k cet: enCinit. ia»dèl&^ si Erugiqueraeot disparu, dMtti le- trisls, oorps^ torturé et; souillé, gisait & i^belquQs.maigons delài L'étnolioa.da l'assiâadce fut bientôt trop forte, l«si sanglot». Sniiwnt par ddaler, tandis que le frère Gorgias. continuait. à<. lancorilensm, avec son tiaUitual retroussemjcnl.de l*»res quidiiuouïrajl, àgauctis, un peu. do. sas dents blancbxSr dans uR'.riotus iuvoliuitajre où il. y avait- de la goguenardise' et- det la cruauté.
Lasolenaité s'âfluera. au milieu d'un grand malaise. Mslgrà la belle assislance, accourue pour exaltw tes
Frères, une angoisBe avait grandi, cffmine une inquiétude qai passait sur tontes Ves tâtes, en une lseoa«e veime de loin, fit le pis fut ta sortie, parmi les nmnnures et l«s soBrdcs imprâeali«ns «Aes groupes nomfereui 'd''oii'Wiers et de paysans, muasses sur ta ^ttace. Les 'histoires altoini- ; naUes tfonl ^la^ ie ^^it parlé eircnlaïent "dans "cette fcmle, rrémJBsante ^s crime. On se «tuYcnait d'une sate s^ hi^otre étouffén i'aiinée ppécédiente, d'en Frère que ses sopérieuiTs avaient foit disparaître, pour lui ^éviter la cour d'assises. Tont«s Mrtesile vîImits bruits couraient depuis c&tte S|ioqu«, des -mMntrwosltés qui se passaient dans cette Eoote, des «Hfmrts qui ^ef^saient de parier, sous 1b «Mip d'une terreur profonde. Naturellement, ces mjelfrroaises afcominatiniiG s'étaient encore exagérées en passant de bouche en bouche. Et l'indignation des genï eirtaseés surlaplaoe était feilë des meneurs réveitlJ'es, eiasf>épées dans 1«s niémoires par le Ttol et le ttienrlre d'un élève des bons Prëres. Des aocusatioiTE cDmiRen" faienl à se préciser, des «lots du' vengeance volaient : est-ce qu'on taieserait cette fais encore échapper le coupable? eat-ce qu'on n'allait p»s fermer cette baraque A sanglantes ordures? Et, quand la belleaasisbiAees'écdttla, quand parurent des ilxtbes de raolne et des soutanes de prétn, des pom^ se iciidirent, des cris de mort s'élevèrent, tout un groupe poursuivit de huées les péfea Cnbot et PhililMfl, blêmes et inquiets, tandis qac Ifl frère Fulgenoe faisaJl verrouiller solidement les portes de un Ëcole.
Marc, par curiosité, avait suivi la scène, d'une fenêtre de la petite maisende madame Duparquej et, intéressé mement, il était même sorti un instant sur le seuil, afin de mieux voir et entendre. Que disait donc Férou, avec sa prophétie que le juif serait chaîné de tout le crime, ijae t'institutenr l^tpie deviendrait le bouc émissaire de Inate la déricaille enftellée? Loin de tourner ainsi, les
LtS QUATRE ÉVANGILES
avaient l'air de très mal s'annoncer pour les bons . Celte colère montante de la foule, ces cris de ndiquaient que l'aventure pouvait aller loin, rer du coupable à la communauté, s'étendre, ébranler e elle-même, si vraiment ce coupable était un de embres. Et Harc s'interrogeait, ne trouvait encore
aucune conviction arrêtée, à ce point que même Dple soupçon lui aurait paru une chose hasardée
honnête. L'attitude du père Philibin et du frère ice lui avait semblé absolument correcte, d'une iillitê parfaite. Il s'efforçait d'être très tolérant, ste, par crainte de céder à sa passion de penseur
libéré de tous les dogmes. Et il attendait . d'en
davantage, au milieu des ténèbres de l'effroyable
;, comme il était là, il vit revenir Pélagie endiée, ayant avec elle son neveu, Potydor Souquet, un
de onze ans, qui tenait sous son bras un beau e, à la couverture gaufrée et dorée.
C'est le prix de bonne conduite, monsieur! criaenorgueillie. Ça vaut encore mieux qu'un prix de s ou d' écriture, n'est-ce pas?
■érité élait que Polydor, paisible et sournois, éton- ;s Frères eux-mêmes par sa prodigieuse paresse. . un enfant gros et blême, de cheveux pâles, avec ingue figure obtuse. Fils d'un cantonnier toujours lyant perdu sa mère de bonne heure, il vivait au [, pendant que son père cassait les cailloux sur les ns. Et, par haine de tout travail, terrifié à l'idée de
des cailloux à son tour, il laissait sa tante faire : de le voir un jour ignorantin, il disait comme elle,
souvent à sa cuisine, dans l'espoir d'attraper lebon morceau.
endant, Pélagie, malgré sa joie, se retournait ftéite, regardait la foule d'un air de fureur et de défi.
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— Vous enleivdez, monsieur, vous entendez ces anarchistes! Des Frères si dévoués, qui aiment tant les entants, (]ui ont pour eux des soins si maternels!.. Tenez ! Polydor habile avec son père, sur la route de JonvlUe, à un kilomètre d'ici. Eh bien ! hier soir, après cette cérémonie, on a craint quelque mauvaise rencontre, le frère Gorgias t'a accompagné jusqu'à sa porte... N'est-ce pas, Polydor?
— Oui, répondit laconiquement le gamin, de sa voix sourde.
~ Et c'est eux qu'on insulte, qu'on menace I continua la sei-vante. Vous voyez ce pauvre frère Goi^as faisant deux kilomètres, allant et venant dans la nuit noire, pour que rien n'arrive à ce petit homme-là. Vrai ! ca dégoûterait d'être prudent et gentil !
Marc, qui examinait l'enfant, était frappé de sa volonté de silence, de la somnolence hypocrite où il semblait se faire un nid de doux refuge. Et il n'écouta pas davantage Pélagie, dont il négligeait d'habitude les propos. Mais, comme il rentrait dans le petit salon, où Geneviève lisait, tandis que madame Duparque et madame Berlhereau s'étaient remises à leur perpétuel tricot, pour des œuvres religieuses, il s'inquiéta en voyant sa femme, le livre abandonné, très émue de ce qui se passait sur la place. Elle vint à lui, se jeta presque à son cou, dans un élan de tendresse peureuse, adorablement jolie en son émoi.
— Que se passe-t-il donc? demanda-t-elle. Est-ce qu'on va se battre 7
Et il la rassurait, lorsque madame Duparque, levant les jeux de son ouvrage, répéta sévèrement sa volonté.
— Marc, j'espère bien que vous n'allez pas vous mêler de cette vilaine histoire... Soupçonner, outrager les Frères, vraiment c'est de la folie ! Dieu finira par venger les siens,
DoiiîHihvOoogle
La nuit, Marc ne put dormir. II était hanté par les événements de la veille, ce crime monstrueux, mystérieux, dont la redoutable énigme se posait à son intelTigence. Et, pendant que Geneviève, sa Temme adorée, reposait paisiblement à son côté, et qu'il entendait venir du petit lit voisin le soufUe régulier de sa chère Louise, il revivait chaque détail, il classait les renseignements, s'eSÔrçait de pénétrer les ténèhres et de faire éclater la vérité,
Marc était un espritdclogiqueetde lumière. La raison, 1res nette et très solide en lui, avait le besoin de tout baser sur la certitude. Et de là venait son absolue passion de la vérité. Il n'y avait à ses yeux de repos possible, de bonheur vrai que dans la certitude, lorsqu'elle se trouvait complète, définitive et décisive en son être. Il n'était pas un grand savant, mais il tenait à bien savoir ce qu'il savait, à ne plus douter de la possession de Ta vérité, une vérité expérimentale, acquise à jamais. Sa soulTran cessailce avee son doule, il redevenait très gai, très bien portant, et sa passion de la vérité n'avait ensuite d'égale que sa passion de l'enseigner aux autres, de la faire entrer dans les crânes et dans les cœurs de tous. Alors, se manifeslaient ses dons merveilleux, il apportait la méthode qui simplifie, classe, inonde tout de sa clarté. Sa conviction IraaquiLle s'imposait, les notions obscures s'éclairaient, paraissaient aisées et simples. Il donnait un intérêt, une àme, une vie aux éléments les
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plus arides. Il arrivail à passionner la grammaire et l'arithmétiqae, les rendait pour ses élèves inléressanles comme des contes. Et il était vreiment l'inslituleur-né.
Ce don de l'enseignement, il ratait découvert en lui, lorsque, bachelier à dix-aept ani, il était venu terminer son apprentissage de dessinateur lithographe, chei les Papon-Larocbe, à Beaoïitont. Chaîné de l'eiëoution de tableaux scolaires, il s'était ingénié à les simplifier encore, il avait créé de véritables cbefe-d'œuvre de clarté et de précision, qui lui avaient indiqué sa voie, son bonheur k instruire les petits d« ce m(md«. C'était ausN chez les PapoB-Larocbfl qu'il avait connu Salvan, le directesr actuel de l'Ecole nonnale, et que celui-ci, fra)»pé de sa vocation, l'avait approuvé d'y céder complé~ tenrent, en devenant l'humble instituteur pi'imaire qu'il était aujoard'hHi, convaincu de la nohte utilité de son rAle, heurem de le remplir au fond d'un village ignoré. Son amour des paorres intelli^encesensonimeillécs avait fait sa vie. Aussi, dans sa fonction modeste, stf assion de la vérité ne faisail-elle qae grandir, eotnme un be»o>S de plus en plus impérieux. Elle fraisail par être sa santé, MB existence etle-Méme, car 0 ne vivait normalement ^'en elle. Et c'était ajpsi que, du moment oà il ne possédait pas la vérité, il tombait ea détressej en angoèsse, torturé par la néiessilé immédiate de la con^értr, de l'avoir à lui toni eatiére, poor l'enseigner aux autres, sous peine de ne plus vivre, de passer les jours dans nn intolérable malaise mora) et même physique.
Et de là était »é i coup sAr le lourmcDl qai le faisait vnller, près ée sa femme endormie. Il souffrait de ne pas savoir, de oe pas compvendre, 6garé dans les affreuses ténèbres de te viol et de re meurtre d'uo enfant. Et lin' étaitpas seulement en préaGnced'uBcrime ignoble, il ventait derrière des pnrfondenrs confuses et menaçantes, teut sn abtnneobe'RQr. A tl»il-tl donc souffrir ainsi,
M LES QUATRE ËVAHCILES
tant qu'il ne saurait pas, ei snurait-il jamds, devant cet amas d'ombre qui semblait s'épaissir à mesure qu'il voulait le dissiper? Pris d'incertitude et de crainte, il finit par souhaiter de voir le jour paraître, afin de se remettre le plus tAt possible à son enquête. Mais, dans son sommeil, sa femme eut un léger rire ; elle rêvait de joie et de tendresse sans doute; et' la Hgure de la terrible grand'mère s'évoqua, il l'enlendil redire qu'il ne devait pas s'occuper de cette vilaine affaire. Un conflit certain avec la famille de sa lemme lui apparut, acheva de le rendre hésitant et malheureux. Jusque-là, aucun ennui grave ne lui était venu de celte famille dévole, dans laquelle il était allé prendre une jeune fille, pour en faire l'épouse et la mère, la compagne de son existence, lai qui ne croyait pas, qui ne pratiquait pas, libéré de tonte religion. Sans pousser la tolérance jusqu'à suivre ■a femme à la messe, comme le père de celle-ci, le libre penseur Berlhereau, suivait la sienne, il avait pourtant laissé baptiser leur fillette Louise, se désintéressant de la question religieuse, simplement désireux d'avoir la ' paix avec ces dames. D'ailleurs, sa femme ajant cessé de pratiquer dans son adoration pour lui, dés les premiers jours du mariage, nul froissement n'avait pu se produire encore. Parfois cependant, il remarquait chez elle des réveils de la longue éducation catholique, des idées d'absolu qui heurtaient les siennes, des superstitions, des abandons aux mains d'un Sieu d'égoisme et de cruauté, dont le malaise lui glaçait le cœur. Mais c'étaient des souffles à peine, il croyait leur amour assez fort pour triompher de ces divergences, ils se retrouvaient aux bras l'un de l'autre, après s'être, un instant, sentis étrangers, comme tombés de deux mondes différents. Elle était une des bonnes élèves des sœurs de la Visitation, elle avait quitté leur établissement avec son brevet supérieur, de sorte qu'elle avait eu d'abord l'idée de
se faire elle aussi inslilulrice. Puis, ne pouvant se placer à JoQviile, où l'excellenle mademoiselle Mazeline dirigeait l'école des filles, sans adjointe, elle n'avait naturellement pas voulfi quitter son marij et, prise par son ménage, ayant maintenant sa fillette, elle remettait son pr mier désir à plus tard, à jamais sans doute, N'était-ce pas là le bonheur, l'entente parraite, où nul orage re semblait devoir les atteindre? Si le brave Saivan, l'ami fidèle de Bertliereau, avant de marier la fille du cher disparu, cette petite élève des bonnes sœurs, que sa grand'mère et sa mère avaient confite en dévotion, à ce garçon émancipé, ne croyant plus ni à Dieu ni à Diable, professant la suppression salutaire de l'Eglise, avait eu un instant la pensée, pour leur bonheur futur, de se mettre en travers de l'irrésistible amour qui les emportait, il devait commencer à se rassurer, en les voyant toajours tendrement unis, après trois ans de mariage. Et, cette nuit-là, pendant que la femme dormait dans un rêve de joie tendre, le mari était pris pour la première fois d'inquiétude, devant le cas de conscience qui se posait, prévoyant bien qu'il entrerait en querelle avec ces dames et que toutes sortes de fâcheuses conséquences s'ensuivraient dans son ménage, s'il cédait à son impérieux besoin de vérité.
Hare pourtant finit par dormir d'un bon sommeil, et il s'étonna le matin, en se réveillant an plein jour clair et joyeux, d'avoir eu ainsi des cauchemars tout éveillé. C'était sûrement la hantise de l'affreux crime. Geneviève, la première, lui en reparli), émue et apitoyée.
— Ce pauvre Simon, il doit être dans une grande peine. Tii ne peux l'abandonner, je te conseille de retourner le voir, ce matin, et de te mettre à sa disposition.
m'embrassa, heureux de la trouver si bonne et si brave.
— Mais grand'mère va encore se fâcher; la vie deviendra impossible ici.
...ooj^lc
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Elle -eut on léger rire, avec un doux faausscment d'épaulpâ.
— OU 1 igmnd'mèreipsl en quei-eJle avec les anges eux- Biém«s. Quand qd fait Ja moitié de ce qu'elle «xige, on en tiil encore aesez.
Cela les égafa tous les ^deux ; et, Louise s' étant 'é><cïllée à son tour, ils goùlèreet, à jouer avec elle, dans son petit lit, quelques minules .iJélicieuEes.
Marc résolut-donc desortir et de refvendrc seii enquête, après le pramier d^jeuuur. Il réHëchissait tranquillement, saiDcmanl, lonleniaisaHl s& toilette. Le gros bourg de MaHlebois lui était i^ien-eonna, avec ses dense nûMe h«Mtante, sa population e«iap«B6e de petite bour^eis, d« petits boutiquiers, «t de iiuît teats «uvriers environ, répartis dans les ateliers de'quatne eu cinq grands entroprimeurs, qui pTo»péi»ient tous, gr^e au voî&kiage de Beauiaent àinïi eeupée presque en deux, eciîe po^lation «e disputait l'autopité, et le oonsicil municipal «n étaill'ima^ fidèle, eoupë lui aussi par moitié, une moitié cléricale et rêacliojnnaire, use moitié républicaine ^ progressiste, toujours en laUc. On n'y oom^riait encore que deuK DU trois soeialisles, lellement aofés dans le flot, que leur action était nulle. Pourtant, Je maire, l'entrepreneur de maçonnerie Darras, était un républicain avéré, qui faisait même profession d'anticlériealisaw ; et il devait justement son élection à l'état d'équilibre où les partisse trouwâejit dans le eonseil. Aune majorité de daiu vois, on l'avait préféré lui, riche, actif, ayant pvËs d'une centaine d'ouvriers sous ses ordres, au petit rentier Philis, retiré d'une fabrication de bâches avec dix à douze mille francs de rente, mais de vie étroite et sévère, clérical militant enfermé dans la plus étroite dévotion. Et Darras devait donc se montrer d'une grande prudence, en se sentant à la merci d'un déplacement de quelques voix. Ah I s'il avait eu une majorité républicaine solide.
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comme il aucaît agi bravement, pour la>HbeElé, la-, vérité et la justice, au lieuid'ea klte réduit au plus^diplomati§ae Aes opportunismesl ,
Ce q.ufi Hlaec n'ignorait pEt» non plus, e.'itaiique:ce partaga de ttaillebois eu, deui. camps opposés s'aggravait de )a puiseaiuft! cnoissaaie d» parti «léricaL, qui-mesacaitde ceiHiuéDir le pafgaatter; Bepuiâdix ans, la petit« coainiunauté de GapueiBâ„ ëlKblia d^ius. l'aueien uuvenl dont elle avait afaafldenaâ: une; partie^ aJix.Fxèiv«s des Ecoles ob(é^ tiennes, j piiatiiiuîHt 1« oultc de plnseiii plli&' audacieux de saiot Auloûie'deiPadoue^ a^eft.uii,succëS'tbly que^ les béuéficea deirenaientfirodigieflx. P«iidaqtqfie ka^Froreaj tùrant profit eusi. austiâe^ee'SiiceèE^ vnjaieot leur. Ecole proapÂ^ner, &'efnplir d'an ftot laenHuït d'élïivcsy. à l'omlJHe de; la, Ghapella. voisinei, les. Capuci*» ex^loitAient- cette Cbepelia coiumeon expibite. tue distillerie d.'aJcsol,.en liraienL tous les poisons, imaginablf». Le^ Suint toônait . sur un autel d'or sans cesse fleuri, étinselant de ciange», etid£Sitrooc3iS^iivi<adeiiI-^rtoub,. et ujii bureauicommereial ét»iitiioa parmaBance. à la^- saeriatia,, oà Iic3> eMcnts faisaifioti queue da.i!iatin^aB soin; Qe-n'Alaitiplust^ule^ ntenl' Ibs e^ptt ptidusique le. Saint retnauvait^ iL aroait £lut8vs«in DO nunensflj.ilL s! engageait, poun quelques francs, àiuiate.pttfiEarilcHTs.esamefls auH. pire^'CaucraSy à rendue eKcellBntes^ Ie«.ailbire8:vii:eu8esv à dispenser mémo du service oiilgtaice les enfanta ricbes>dei fainiUes patriotes^ sauscampler uiie:roiilr.d:'au[lteatiqaes-njiraQlcs, gudrisoi) dea.maladeset des oslirogittSr proteetioiii certainie- contre la mise et. In raoclj, jusiju'Ét: lOirésurriecUon- d'une jeune fllle, décédée: depuis, dauxijoura.. E^ naUurelbement^ à chaque nouvelle histoire, l'angent. afAuaili davantage, la clientèle s'éteadajl daHaillebois réactionnaire, des^ bourgeoiset desi bouMquicrs^autHaillebois républicain,, aux Diuvrierst,que Icpaison. flnifisait par gagner. L^abbé Quandiea, ,1e curé de Saiat-Marlin, l'église paroissiale, s'éJevuit
a LES QUATKt ÉVANGILES
bienavec force, dans ses prônes de chaiiue dimanche, contre le danger des basses superslilions : on ne l'ëcoulaîl pas. Lui, de foi plus éclairée, gémissait sur le tort que l'exploitation rapace des Capucins causait à la religion. D'abord, ils le ruinaient, la paroisse avait vu se tarir lus sources de ses revenus, toutes les aumônes et toutes les offrandes allant désormais à la Chapelle. Puis, c'était eu lui une douleur plus baute, le chagrin du prèlre intelligent, qui ne s'inclinait pas quand même devant ïtome et qui croyait encore à la possibilité d'une Eglise de France, indépendante et libérale, dans le grand mouvement démocratique moderne. Il faisait donc la guerru aux vendeurs du temple qui tuaient Jésus une seconde fois, et l'on disait que l'évàque de Beaumont, monseigneur Bergerot, pensait comme lui, ce qui n'empêchait pas les Capucins de multiplier leurs triomphes, de con- - quérir Haitlebois et de le changer en un lieu saint, à coups de miracles.
Marc savait encore que, si monseigneur Bergerot était derrière le curé Quandieu, les Capucins et les Frères avaient pour les soutenir le lout-puissant père Crabot, le recteur du fameux collège de Valmarie. C'était ainsi que le préfet des éludes, le père Pbilibin, avait présidé la distribution des prix, afin de donner à l'établissement un témoignage public de haute estime et de haute protection. Les Jésuites étaient dans l'affaire, comme disaient les mauvais esprits. Et l'instituteur Simon, le juif, se trouvait donc pris entre ces inextricables querelles, eu plein pays de passions religieuses déchaînées, à ce moment dangereux où la victoire allait appartenir au plus impudent. Tous les cœurs étaient troublés, une étincelle devait suffire pour incendier et dévaster toutes les intelligences. Cependant, l'école laïque communale n'avait pas perdu un élève, elle balançait encore par le nombre et par le succès l'école congréganiste des Frères; et cette
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vicloire relative étail certainement due à l'adresse prudente'de Simon, qui ménageait chacun, soutenu d'ailleurs ouvertement par Darras et sourdement par l'abbé Quandieu. Mais là, sur ce terrain de la rivalité des deux écoles, était à coup sûr la vraie bataille, le terrible et décisif assaut qui serait donné lAt ou tard,, car les deux écoles ne pouvaient vivre c&te à c6te, il fallait de toute nécessité que l'une dévor&t l'autre. L'Eglise ne pourru vivre, lu jour où elle perdra l'enseignement, l'asservissement obscur des humbles.
Pendant le premier déjeuner avec ces dames, dans l'étroite et morne salle à manger, Marc, que ses réflexions avaient de nouveau rendu soucieux, sentit augmenter son malaise. Madame Duparque racontait tranquillement que, si Folydor avait obtenu un prix, il le devait à une précaution pieuse de Pélagie, qui avait eu le soin de donner on franc à saint Antoine de Padoue. Et madame Berthereau semblait approuver d'un hochement de tâte convaincu. Geneviève elle-même ne se permit pas un sourire, l'air intéressé par ces contes merveilleus. La grand'raëre continuait, citait des faits extraordinaires, des vies et des fortunes sauvées, grâce à des deux francs, à des trois francs encaissés par l'agence des Capucins. Et l'on comprenait comment des fleuves d'or finissaient par couler chez eux, ainsi versés par petites sommes, tel un impôt qu'on lèverait sur la soulfrance et sur l'imbécillité publiques.
Mais c le Petit Beaumontais >, imprimé dans la nuit, venait d'arriver, et Marc fut heureux d'y trouver, à la suite d'nn long article sur le crime de Maillebois, une note très favorable k Simon. On y lisait que l'instituteur, estimé de tons, avait reçu les plus touchants témoignages de sympathie, dans le grand malheur qui le frappait. Evidemment, quelque correspondant avait du écrire cette note la *cillc, après la sortie tumultueuse de la di»ilribution des
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prix, &a- v«j«nt camtneal les faitS' allEUent toamw. Persmine ne s'élail trompé alors sur la poussée hostile de l'opinioii' contre ]es> Brimes,, et tontes I«s soundies iwmcw» qui avaicnti couru, toutes les vilaines hi^oire» étoutlUes jedis, aggravaiont' aujourd'hiti leor oas, medo- Citient d'aboulir à um Horrible scandale,, oui» parti cathoc lique et réattwnnaicc eaticB pouvait sombrer.
Aussi Mtire.rirt-il-surpiû8 de l'air^illeret et^iunpbaM de^Pcisg^e, lecsqu'elleTÎnt deâserrirla^table. Il s'attarda, la fit causera l'aise. .
— Ah-! rai)nsieue,.e.'esB'^'il y a>d« InorKS nomelfes. 6e matin, en Itiistnt! luesoomaiissionsi. j'en ai appns de clieses^! Jo savu»<bie», inoi>qaB GesaDantbislesid'Ùap soin, qui insoltaienl [eS'Frâres,, étatMtl d«8 menteiusi
Et PËJagie débutU leE>GBininira$es>djeâ boutiques^, tout 00 qu/élltt. awût ramasié sur leS' tnVoiarsj dei pwte en peeH. Doua 1^ lourde âpouvantb, dan» Ife mystère; angoissan-tqù pesaient suris ville depuis-laiTeillei Ies>iinaginatioiM leaplMiS'foUes germaieui peu &.p«i. 11 semtifôil qie, d&fant la nuil^ toutr une; vt^tation nonstsnasse eût {uiussé.. D'abord, ce: n'étaient que dA vagau. bypo^ thfiBe^ de prétende» léinoignages, âi peina, des sciuSes rasant- !«- sal. Puis, des euplieations risquées^ au^haeand devenaient det- certUud^s, des ooïoeidenoes' ioeestaines se- chai)geai4:iH bientôt en d«s>poeiives.irGéfuUibUai Et il était à remarquer <[ua tout ce travail souitdj l«ui<nùt en f;iveur des Frères, contre Simon, un revirement diG«ret et !ùi, pactant on ne savait d'où, gagnant d'henre: en heure,JeUnl le dout&eble trouble dans les esjHilsi
— VouR save8, monsieur, il est bien certain que. le maître d'éeole ni'aimait guèie'sonnevea-.U le maltcaitait, des gens l'ont vu- qui le.dirent>..v E^ puis, ça le venait, de ne pas l'avoir dans sa classe. Quand le petit a tait sa pvemière camm union, il ne. décolérait pas,, il lui montrait le. poing, en< blasphémant.'.. Snfin, c'est bien extraordinaire
i;u'au ait taé ce ^il Ange, presque au soi^ir de la sainte Table, lorsque le bon <Dieu habitait enoore eo Jui.
Le .cœur serré, Marc écoulait ta servante «vee stwpifaciîDD.
— Hue vouI^-Toos idire ? erf-ee qa'an aocuse Simon d'avoir jué«0B aevea?
— Dame 1 il y en a qui ne se féaenl pas pour le croire.... Ça semble kiuobe, oet bomme ipâ s'en va iaire lafjtei BevuBont,.^» mam}fie lelttàoÀe ia ixenres «t tlemie et qui fevienl :à pied. Il «st motné i minw;! >iB«iss ïiDgt, dit'il. Mais fterseaiie «e Ta vu, il peut 1res bien être EeatréjkarleLcbeiaindeifer,:iiae^iB« plasibi, juste au jBoai6»J 41) ie mime 'a été eoramis. Alors, le coup f&it, il lui a suffi de aoufOer h. bougie ed de laiesBr -la teaèlte ^eande «ojesie, ipourf^ire icnoîre'que iressacsin étitil teuiidu flebws... UadNnot&elle fiMiaiire, l'iostisu- Irice, secs nMm hetwes moins un 'fuart, * parlailcmenl entendu des bruite «de jns 'dass l'Ëcale, ides plainMs «t desciùs, dieej)*rte6 qu'on euvraiitÊti^'oQfenaail.
— ConuBenl, siademoiselLe ^BsusaireJ s'iÉcria Marc. Elle ji'a pas svifllë .ua mot de eela dans sa première déf osijioiu .J'éltM préseBt.
-^ Je «DUS demande pardos, miHtsienr. Towt à l'heure, chez le iMMicher, madejsoiselle Rwiiaire le frusAlaiit i an cbuuD, «Ije J'ai«iileadue.
Effara, lejeuae homme la laissa pourtuivrc.
— L'adjoint, monsieur Mignot, dit bien lui -aufisi Ba sarpriee du {nos sommieil^u nwltne d''école, le matin ; et ça parait exfraordiaaire, «n effet, un homme qu'on est obUgé 4'aJJet- réveiller, le jour oà l'on assassine dans sa maison. S>aais »»epilef, parail-il, qu'il n'a pas été toucbé du tout et qu'il a regardé le petit cadavre en itremtiiaBl comme la feuiMe.
De nouveau, il voulut protester. Hais elle continuait d'un air inauvaig^t téSu :
— D'ailleurs, c'est lui sûrement, puis'ju'on a trouvé dans la bouche de l'enfant un modèle d'écriture, qui venait de sa classe. N'est-ce pas? le maître seul pouvait l'avoir dans sa poche, ce modèle. On le dit même signé de lui. Et, du reste, chez la fruitière, une dame assurait que la justice avait trouvé, dans son armoire, une quantité de modèles tout pareils.
Cette fois, Marc opposa la vérité, parla du paraphe illisible, expliqua comment Simon jurait n'avoir jamais eu le modèle entre les mains, bien quo, d'usage courant, il pût se trouver dans toutes les écoles. Mais, Pélagie ayant affirmé de nouveau que, le matin, pendant une descente de justice, on avait découvert des preuves accablantes, il finit par éprouver un grand trouble, il cessa de protester, en sentant l'inutilité de toute discussion, au milieu de l'effroyable confusion où tombaient les esprits.
— Voyez-vous, monsieur, quand on a affaire à un juif, on peut s'attendre à tout. Le laitier me le disait à l'instant : ces gens-là, ça n'a ni famille ni patrie, ca n'a de commerce qu'avec le démon, et ca pille, et £a tue pour rien, pour le plaisir de faire le mal... Alors, vous aurez beau dire, vous n'empêcherez pas le monde de croire que ce juif a eu besoin de la vie d'un enfant, pour quelque sale besogne avec le diable, et qu'il aura sournoisement attendu la première communion de son neveu, afin de le souiller et de l'égorger, encore tout blanc et tout parfumé de l'hostie.
C'était l'accusation du meurtre rituel qui reparaissait, cette hantise de la foute, venue de si loin à travers les siècles, toujours renaissante au premier désastre, traquant les juifs empoisonneurs de fontaines e^ bourreaux de petits enfants.
A deux reprises, Geneviève, qui souffrait de voir Marc si frémissant, avait voulu interrompre, pour protester avec lui. Mais elle s'iitail tue, de crainte d'irriter sa grand'-
mère, en la sentant très heureuse de ces commérages de la servante, les approuvant d'un hochement de tête. Madame Duparque triomphait; et, sans daigner sermonner davantage le mari de sa petile-fille, le jugeant vaincu, elle sS contenta de dire à madame Berthereau, toujours silencieuse : .
— C'est tout à fait comme pour cet enfant mort qu'on a trouvé jadis sous le porche de Sainl-Maxence : une femme, qui servait chez des juifs, a failli être condamnée à leur place, car personne autre qu'un juif ne pouvait être l'assassin. Quand on fréquente ces gens-là, on est sans cesse sous le coup de la vengeance divine.
Marc préféra ne pas répondre, et il sortit presque tout de suite. Hais son trouble était grand, un doute (inissail par l'eflleurer, est-ce que Simon pouvait être le coupable? Ce soupçon l'envahissait comme une mauvaise fièvre, gagnée dans lin milieu pernicieux ; et il éprouva le besoin de réfléchir, de se remettre, avant de se rendre chez l'instituteur. Pendant de longues minutes, il s'écarta, il s'en alla par le chemin désert de Valmarie, revivant la journée de la veille, discutant les faits et les hommes. Non, non ! Simon ne pouvait être raisonnablement soup çonnë. Les certitudes se levaient de partout. D'abord, l'ignoble crime apparaissait sans motif de sa part, illogique, impossible. Simon était sain d'esprit et de corps, sans tare physiologique, d'une douceur gaie qui disait la régularité normale des fondions. Et il avait une femme d'une resplendissante beauté qu'il adorait, aux bras de laquelle il vivait dans une extase tendre, !a remerciant des beaux enfants nés de leur amour, devenus leur vivant amour et leur culte. Comment supposer un instant que cet homme ait pu céder à une crise brusque d'abominable folie, avant d'aller retrouver au lit, près du berceau des enfants, la bien-aimée épouse qui l'attendait ? Puis, quel accent de simplicité et de vérité, chez cet
5t LES QUATRE ÉVANGILES
liomme fuetlé par tant d'ennemis, ftiinaol son màUer jusqu'à l'héroïsme, s'accommodant de sa pauvreté, ^qb jamais se plaindre. Son récit de l'emploi dp ea soirée était très nel, sa femme avait confirmé îles ihevree qu'il indi* quait, aucun des renseignemenis looroifi par lui ne semblait disculable. El, même, si des obscurités demeuraient, si ae modèle d'écrÉtufe, froissé, 'roulé ei tampon avec un numéro An € P-etil Beaumostais ï, tiaii U comme une énigme indâchiffrable, la itwite-^puissante rmon disait (fu'ii faB*it chercher ailleurs, .Simoa «e trswvant ftatureJlement faorg de cause, ^ar son étre^ par sa vie, par les conditions oi U se tFouvaàt. Ce fut aJorti, daite l''esprit de ilarc, ime eeffitude 'liEsée sor le raieooA&ment, la vérité mêriie, inÈbcaninble, lorsque il'(^Eervatiaa £t la déduction des faits J'iont Atahlie- Bésormais, sa OMviicIiiMi était faite, il avait <des ipoinls aeqiits, awïfuelfi il ramènerait lout ; «t loules les <enteurs, 'Ions les mensoi^ges pouvaiejit se firoduire, H tes Lécanberait, s'ils ne Bittifaî. soient pas aux parties ile ^rilé déjà loonnuss si dâmamtiiéeB.
Kasséréné, «oulaoédii poids de son tdoute, Marc nenln dans MaJIlebois en<passaiit devaiH la gaiie,:au momenX oâ les «myageurs descendaient â'm train. H ea jfit iwrtir l'inepeKteur 'primaire, Je beau Mauraisû, ua petit ibogune de trente-huU asts, «oquet, très ibrun, A»at la ibarba :toiginée cachait la bouclie minoe, «I qui aibrrtait ees ^enix mifs derrière vn étern^ binocle. Ancien pMifesseur à l'Ecole normale, il appartenait à la nouvelle géni^atioD des arrivistes, lonjoiirs.aux ap;uels de l'arvancemeiâ, ayant l'anime souci de se mettre du c6té des phw forts. Il avait, disaiton, ambitionné la direc^n ^e l'Ecole normal«, léchueià Salvan, et il pwureuivait oeliui-ci d'ujie exécration soNrd«, tout en le ménageanl, cor il n'ignorait pas 'Son >graad crédit EUT l'inspecteur d'académie Le Bararer, dont luimême dépendait. B'ailUears,Juaque-tà, devant ('«équilibre
TËRITK Si
det partis ^ui ee dtepulaient s«n arroDâcssemenl, il avait eu l'&dresse de ae pas se prononcer d'une façon trop ouverte, malgré son goût perBonnel po»r les déricanx, les prêtres «t les moines, iqu'il déclarait diablement fj»'ts. El Marc, quand il l'aperçut, put croh^ que Le Baraeer, dont il connaissait le bon esprit, l'envoyait & l'aide de Simofi, dans la catastrophe i<edouteble qui ai>emi$ail d'emporter fimtitnleur de Hailleboîs et son école.
Il h&taii le pas, désireux de le saluer, lorsqu'un incident l'arrêta. One sotïtaoe avait wo'gi d'nne rue -voisine, el il recennul le reoteur du <eal%e àt Vclmarie, le père Crd»t eu personne. Grand, be'l hiosiine, saik un cheveu blanc à ip»r»nte-oinq ans swings, -il «uht nn large visage régulier, afec un nez fert,4eETeux aimables, une boach« apaisée et caressanle. Qa lui repneehait simpdefneat d'ui peu trop se <prodig)uer, dans ses alluites de neligienx moji* dain, ifa'il s'«ffar¥atl de rendre arâstecratiques. Majs sa punsanoe n'avait fait que s'en élargir, «n disait avec qocllque rateon qu'il AsH le maKre oceulte du âépartemeitl et -que la <ncle«e de l'Eglise, certainement prochaine, n'j dépendrait que de lui.
Itarc resta âurppîsct inquiet <de le rencontrer ainsi le matÎM à IfoMiei)*!». ll:avait<donc quitté Valmorie de bien bonne berne? Qiielile affaire urgente, quelles visites pressées le faisaient accourir? D'où venul-il, oi allait-il, par les rués du èourgi 4(Hites ■enfiévrées de rumeni^ et de commérages, distribuant des saints et des sourires? Et, tMtid'un coup, jlarc le vit qui s'arrêtait en apercevant Mauraisin, el qui lui tendait la main avec une cordialité ohasmante. La ODuveraotion ne fut pas longue, sans doute les banaUtés d'usage ; mais lee deux bommes paraissaient fort bten ensemble, d'intelligence discrète et naturelle; et, lorsque J'insçedleor primaire quitta le J^ésuite, il ge redressait d»nB sa petite lajlle, évidemment très fier de cette ^oàg-nàe de main, y paisant une opinroi, une dé*
■ 56 LES CUATFtE ÉVAKCILES
eision qu'il hésilait peut-être encore à prendre. Puis, comme le père Crabot conlinuail son chemin, il aperçut à son tour Mare, le reconnut pour l'avoir vu chez madame Dup^rque, où il daignait entrer parfois, le salua d'un grand coup de chapeau. Il fallut bien que le jeune homme, planté au bord du trottoir, lui rendit sa politesse; et il le regarda s'éloigner, emplir la rue du vol de sa soutane, au milieu de Maillebois, très honoré, flatté et conquis.
Lentement, Marc reprit sa marche, se dirigeant vers l'Ecole. Ses réflexions avaient changé, elles s'assombrissaient de nouveau, comme s'il rentrait dans un milieu contaminé, peu à peu empoisonné et devenu hostile. Les maisons ne lui semblaient pas être les mêmes que la veille, les gens surtout prenai((nt d'autres figures. Et, quand îl entra chez Simon, il fut tout surpris de le trouver tranquillement en famille, occupé à ranger des papiers. Rachel était assise devant la fenêtre, les deui enfants jouaient dans un coin. Sans la profonde tristesse . qui pesait sur eux, on aurait dit que rien d'inaccoutumé ne s'était passé dans la maison.
Simon, pourtant, s'avanga, lui serra les deux mains avec une émotion vive, en sentant ce qu'il y avait d'amical et de dévoué dans sa visite. El, tout de suite, il fut question de la perquisition du malin.
— La police est venue? demanda Marc.
— Oui, c'est bien naturel, je m'y attendais. Naturellement, elle n'a rien trouvé, elle est repartie les mains vides.
Marc retint un geste d'étonnement. Que lui avait-on dit? Pourquoi ce bruit de trouvailles accablantes, entre autres de modèles d'écriture tout semblables au modèle ramassé dans la chambre du crime? On mentait donc.
— Et, lu vois, continua Simon, je remets un peu d'ordre parmi mes papiers, qu'ils ont bouleversés. Quelle
affreuse aventure, mon ami, nous ne savons plus si nous vivons.
L'autopsie du petit ZéphtHn allait avoir lieu le matin même, on attendail le médecin envoyé par le parquet. Les obsèques ne pourraient sans doute se faire que le lendemain.
-— Alors, tu comprends, je suis comme dans un cauchemar, je me demande si tant de malheur est possible. Depuis hier matin, je ne puis pas penser à autre chose, je recommence toujours la même histoire, mon retour à pied, ma rentrée tardive, si tranquille, dans la maisen endormie, et l'elfroyabie réveil, le lendemain matin!
L'occasion se présentant, Marc crut pouvoir risquer quelques questions.
— Tu n'as rencontré personne en chemin? Personne ne l'a vu rentrer ici, à l'heure que tu as dite?
— Ma foi, non! Je n'ai rencontré personne, et je crois bien que personne ne m'a vu rentrer. Â cette heure de nuit, Maillebois est absolument désert.
Il y eut un silence.
— Mais, si lu n'as pas pris le chemin de fer, pour revenir, tu ne t'es pas servi de ton billet de retour. L'as-(u encore, ce billet?
— Mon billet de retour, non ! j'étais si furieux de voir filer le train de dii heures et demie devant moi, que je l'ai jeté dans la cour de la gare, 'en me décidant à faire la route à pied.
Il y eut un nouveau silence, pendant lequel Simon regarda fixement son ami.
— Pourquoi me demandes-tu ces choses?
. Marc lui reprit afi'eclueusement les deux mains, les garda un instant entre les siennes. Se décidant à le prévenir du danger, à tout lui dire.
— Oui, je regrette que personne ne l'ail vu, et je regrette plus encore que tu n'aies pas conservé ton billet
ir. 11 fa tant d'imbéciles ot de mécha«iils. On fait le bruit que la police a découvert chez toi défi aecablaiitBS, des exrem^laires du modèle d'^rignôs du même paraphe ; et JMffiot s'étonnerait du sommeil où il t'alrouTé Le matin ;elinadem,oiselle e se rappellerait maintenant que, vers onze moins un quart, «Ile a entendu ivs v«ii et des nme si quelqu'un rentrait ici.
lituteur, très pâle, mais inès calme, s« mit à goahaussaiM les épaulea,
1 ! c'est djjnc e», on es est à me soupçonner, je ndâ la figure dee gens ^i paeseot et ^quî lèvent \a. epuis ce ra^nU. Mignot, un brave gaiiçon au ira comme tout le monde, par eraiate de se coio- K avfec le juif que je sais. Et, qnaoi à .mademoiouzaire, elle aie ^aacntfiQra ^ii fois, Bi s»n cou- Le lui a souSé et si elle ifouve A ce bel acte un s quelconque d'avamoenienl ou de »mplie consi- 1... Ah ! l'on me soupçoaae, et foilA toute la cléricale lancée!
it presque. Mais Hiiclml, dans âoa indoLenoe habique son .grc» chagrin semblait accrpllpe, venait de ' brusquement, son beau visage enflamme A'une -euse révelte.
}i ! toi ! le soupçonner d'une igneminte ^retUe, i es rentré hier, -si i)aa, ai dons, qui m'as tenue 5 bras, avec de si tendres paroles ! .C'est de ']» tîolie e. Ëel'-ce ifu'il ne suffit pas que je dise la vârilé, où tu es revenu, la nuit que nous avons passée le?
le se jeta à son cou, pleurante, ii^iùse de sa faile femme caressée, adonée. Déjà, il la serrait va ' ir, la rassurait, la calmail.
e l'in({uiète donc pae, chérie! C'est stapîde, ces s, ca ne lient pas debout. Va, je »uis bico Iran-
quitte, an ft-ox (odI fetournev ià'f (M peut tenMter dans ma vift, on i» trouvera rien 'de coupable. Jfe n'ai qn'à dire la vérité, et, vois-tn^ rien ne lient contre .la. vérité, elle est la grande, I''éteraieUe' vrcterieuEe. Pois, le lauviiaM v«rg son ami r*
— N'est-ce pas, mow boft Mme, lorqu'^on' a la'vériti! »vec;8f>i, 011 est'innneibl&î
Si iaceflïiclionidft Mstg' n'avait paa été faite, ses ëternicrs (tontes B'eaisaraéenl aHéa, dine t'^fmelAanié «elle seéte'. Il fiDiH par etder à- lul' &sn de sen ccew, il' embrassa le ménage, comme pour se donner tout entier it'Uû. et Vaiéar danS' iff crises grave ^il prévoyait. St, veuiant agir RMMtMiaHment, il Femii la> coaversali&iï sur le; nndUe é'^éeeitme, car il geniait bien qtfe c'éttift la piéee importeHle, uiiqt^ sur laquelle tci«l& l'af^ir» densit s^éobabndiei'. ItaH quelle pi^e' éiïismat^uev ee< ' iDo^e. Eroi!«£,: roordu, dont les' dents d»la vioiime^aTâient: sans doute en^rtén» CDU»,! tout iHacolé de salive, aveC' so« pavage (H1 saai pSié dTenere k demi effacé' T Lefi' motflfd'tm*! belle' anglaisa iaipeFSoaaelte : c A-imez-vous^ les>iiii8 les aoOte» >,■ seinMa^nt eoi-^éines d'une' t^Fri4deiioi»e. lyoïivenflit^i^t'quiide l'enfeolou cUi meur-' trierl'afail apport*?' comme»* sotoït; lorsque les dames lItlkoniiiiis>,. les pB^iènes voisineg, vendtatent eouFSinnent des modèles pareils ? EH ^nmn> ne pof que répéter sa oonvûtion' d« nf avoir jamais eu' C«lui<-là' dans sa clasae.
—' Tons mes éVàVes le diîatent, ce médite n^'est janrats entré à rBeoi«v n'ai jamais été mis Sens leur yeux.
Ce fut pour Uitc une indication' ppëcieuse.
— JUms, ils: pouri'ai'eni en iimoi^nuT, s'écria't-ilV Piàeqn'aD fait cotu'ip 1« faux bénir que la police a saisi chez loii iee- ppenves aecabUntes, des modèles lont Bflmbliiblss, il faut rétablir sur-le-champ ta vérilé, voir tes éliveS' chep' l^urs parents, exiger leur lémoi-
LES QUATRE ËVAMGILES |u'on trouble leur petite mémoire... Donnede qudques-uns, je me charge de la déferai cette après-midi, lail, fort de son innocence. EnTm, il voulut lier le fortnier Bongard, sur la route de la ïrier maçon Doloir, rue Plaisir, et l'emue Fauche. (]es trois-là suffiraient, à moins . aussi tes papetiëres, ces dames Milhomme. nvenu, Marc s'en alla déjeuner, en proenir le soir, pour dire le résultat de son
s, sur la place, Marc se heurta de nouveau 'aisin. Cette fois, l'inspecteur primaire se 'ande conférence avec mademoiselle Rou-
d'habitude très correct, très prudent avec is, depuis qu'une jeune adjointe avait lailli
gros ennuis, en criant comme une petite l'il voulait l'embrasser. Bien que laide,
Itouzaire ne criait pas, elle, disait-on, ce
ses notes excellentes, l'avancement rapide , l'attendait. A la porte de son petit jardin, ec volubilité, elle faisait de grands gestes, oie voisine des garçons, tandis que Mauit avec attention, en hochant la tële. Puis, nétrèrent dans le jardin, et la porte se air de douceur discrète. Evidemment, elle 3 crime, son rôle, les bruits de pas et de lisait maintenant avoir entendus. Et Marc n du malin revenir et l'efltcurer, le malaise ile, le sourd complot des ténèbres en train du s'amasser comme un orage, et dont l'air t de plus en plus. Cet inspecteur primaire iliére façon de venir au secours d'un insti- S, en prenant d'abord l'avis de toutes les
toutes les haines environnantes.
Coo'ilc
YSlUTB SI
Dès deux heures, Marc se trouva sur la route de la Désirade, à la porte de Haillebois. Bongard possédait là une petite ferme, quelques champs qu'il cultivait lui-même, à grand'peine, tout juste pour manger du paia, comme il disait. Et Marc eut la chance de le trouver, au moment où il rentrait avec une charrette de foin. C'était un gros homme, roui, carré et fort, les yeux ronds, la face placide et muette, se rasant, mais la barbe rarement fraîche. Et la Bongard, elle aussi était là, faisant la soupe pour sa vache, une longue femme blonde, osseuse et pas belle, avec un air fermé, les pommettes rougies, le visage criblé de taches dé rousseur. L'air , méfiant, tous deux regardèrent entrer dans leur cour ce monsieur qu'ils ne connaissaient pas.
— Je suis l'instituteur de JonvîUe. Vous avez bien un petit garçon qui fréquente l'école communale de Maillebois?
Fernand, le gamin, en train de jouer sur la route, ' accourait. C'était un gros garçon de neuf ans, comme taillé à coups de serpe, le front bas, le masque lourd. Et il était suivi de sa sœur Angèle, une fillette de sept ans, de môme face épaisse, mais plus délurée, les jeux vifs, où s'éveillait une intelligence qui lâchait de percer sa rude prisun de chaii'. Elle avait entendu la question, elle cria d'une voix aigué :
— Moi, je vas chez mademoiselle Rouzaire, et Fernand va chez monsieur Simon.
Bongard, en effet, avait mis ses enfants à l'école laïque : d'abord parce que ça ne coûtait rien, et ensuite parce qu'il n'était pas avec les curés, d'une façon instinctive, sans raisonner la chose autrement. Lui, ne pratiquai! pas, et si la fiongard allait à l'église, c'était par habitude et pour la distraction. Il était complètement illettré, savait à peine lire et écrire, n'estimait en sa temme, plus ignorante encore, que l'endurance de bétc
eà LES QUATRE fiVArvGILES
dé soniMe, qui la faisail travailler du ntalin an s«if, sans une plainie. Anssii ne s'iiifiiifél^iH-il ptéve ies pri^ffès de ses enfants, te petit FerDané, travailkinr.se donnant un reraj lerriUe, sans pouvoir se rien entrer 4a*ts ht tête, e1 la petit» Angèle prenant plus de peine encore, lèlue, finissant par 4tre une élève paisaUe. On eât dii la matière bumaine brate, prise d« ta veille an liman. s'éveiltant & l'intelligence par un lent et '<lDnlonr«ux dftwrt.
— J« aiiiï l'ami de monsieur SiiaenT roprk Hare, et je nens de «a part, & propos de ce ijiii sc-pass». Vons aves bien enlendu parler <tii on/ma ?
Certcrs, ild en avaient enienja psr\er. fomqueineat, leurs visages, inquiets dêj&, se feTiBèreat dawKtage, n'exiprimèrenl p)as ni senlimente ni pensées. Poarquoi donc les venait-on ifAestionner ainsi? Ça n« regardail personne, leurs idées sur les choses. Et il fallait ébre prudent, dans tes histoire» où sooïcniun motie irop snffeait piBwr Mrt cMidanner itn Iwnnnt;
— Alors» centinua Man, je vowinit savtât n ifftn fietU garçon a vn^ dans sa. cktaee, un moiéle d'écriture pareil & celui-oi.
il avait pris 1« Boia d'éerire hii-intme, sor une bande et papier, les nets ; < Aitnot-vonn i^ uns les autres s, en belle anglaise, de la grosseor youJu«. 11 acheva sei cfipiicBtiens, il montra le ^upier à Feniaad, qui le regardait ahuri, la cervelle lente, sans eompitertdrfi encore.
-^ Regafde bien, mon petit ami, as-tn vu an modèle pareil ù l'Ecole?
Mais, avant (pie te gamin se iiït détidé, Bon^rd iotervint, de son air circonspect.
— I) ne sait pas, cet earanl, comment vonlei-voufiqu'ii sache ?
£t la Boni^d, l'ombre de son homme, répéta :
— Bien sOr qu'un enfant, ga ne p«ul jamais savoir.
VÉRITfi 63
SaiiE lee écouter, Harc insista, mil le modèle (Uns leg ^ [naine de Feroand qui, eraigaant d'être puni, faisant ua L'iTcrt, finit par dire :
— Nan, monsieur, J€ ne l'ai pas td. . ' Il avait levé la tète, ii reneoatra les jeux de son père,
si m^ement £iés eut Les siens, (ju'il jse bâta d'i^uter, égayant :
— A iB«inE tout de mima qae je l'aie va. Je ne sais pas. Et rien ne psi Je faire sortir d« là, Marc n'en tira plus
qne des rëpiNises tncothârenties, tandis quie les pareals enx-mèffleE disaiecit oui, disaient non. ft« hasard de ee qu'ils tFoysieal être Leur iatërèt Boa^oii arail ainsi La sage faaj)itude de bo&her la tête, appnmvant tontes les opinions de ses int«rloe«teufs, pour ne pas se compromellre. Ont, pai, c'était bien affreux, ee crime, et si l'on prenait ie oatpikle, qd aurait bien raisoB de )ui couper le e«u. Chacun sot métier, Leg gendarmes savaiejut le leur, il ; avait des gredins partout. QuadI- aux curés, ils srai&nt du bon, iBaîs on «vait tout de même le droit de faire à son idée. Et Hare dut s'^n aller, sous Je reisard curieux des enfants, poursuivi par la voix aiguë de la petite Ançèke, qui jacassait mec son &ére, naaintenanl (pte le noonieur à'âtait plue ta pour les enrtendne.
En Tieatcaat .k Uaillehais, le jeune homime réOéchissail tristement. Il venait de se heurter à l'épai&se couche d'ignorance, à :ia masse aveugle et sourde, énorme, endormie encore dans le sommeil de la terre. Derrière , les Bonear4, toute oelte masse des campagnes s'otstinail toujours en sa végétation obsouré, d'un éveil si ralenti. C'était font un peuple à inalruire, si l'on voulait enfin le faire naitre i. la vérité et à la ju^tce. Mais quel labeur colossal, comment le tirer du Jimoo où il s'attardait, que de çéjiérxlions il fasdmt peut-être pour libéFTâT la Taoe des ténèbres ! A cette heure, la grande majorité du corps social restait ainsi dane l'entanœ.
64 LES QUATRE ÉVAVCILES
dans la primilive îmbécillilé. Avec Bongard, on descendail k la matière brute, incapable d'être juste, parce qu'elle ne savait rien et ne voulait rien savoir.
■Marc prit à gauche, et après avoir traversé la Grand'Bue, se trouva dans le quartier pauvre de Maillebois. Des industries j empuantissaient la Verptile, toute une population ouvrière y occupait des rues étroites, aun maisons sordides. C'était là, rue Plaisir, que le maçon Doloir habitait un premier étage, quatre pièces assez grandes; au-dessus d'un marchand de vin. Et Marc, insuflisamment renseigné, le cherchait, lorsqu'il tomba just-ment sur un groupe d'ouvriers maçons, qui, venus d'unp consiru'tîon voisine, buvaient un verre sur le comptoir. Ils pa^-l-iient avec violence, ils discutaient sur le crime.
— Je te dis qu'un juif, c'est capable de tout, criait un grand blond. Il y en avait un au régiment, il a volé, et ca ne l'a pas empêché d'être caporal, parce qu'un juif, case tire toujours d'affaire.
Un autre maçon, un petit brun, haussait les épaules.
— D'accord, ça ne vaut pas grand'chose, les juifs, mais tout de même les curés, ça ne vaut pas mieux.
— Oh! les curés, reprit l'autre, il y a du mauvais, il y a du bon. Et puis, les curés, c'est encore des Français, tandis que les juifs, les sales bétes, ont déjà vendu deux fois la France à l'étranger.
El, comme le second, ébranlé, lui demandait s'il avait lu cela dans c le Petit Bcaumontais i :
— Non, pas moi, ca me casse la tête, leurs journaux. Mais des camarades me l'ont dit, tout le monde le sait bien.
Les maçons, alors convaincus, firent silence, vidèrent lentement leurs verres. Ils sortaient de chez le marchand de ïin, lorsque Marc, s'approchant, demanda au grand blond l'adresse du maçon Doloir. Et l'ouvriersemitàrire.
— Doloir, c'est moi, monsieur, j'habite ici, ces trois fenêtres que vous voyez.
VËRlTâ G]
Ce grand diable solide, qui avait gardé quelf-ue chose de l'allure militaire, était tout égayé de ravenlure. Ses Tories moustaches blondes se retroussaient, montrant ses dents blanches dans son visage coloré, aui larges yeux bleus de brave homme.
— . Hein? monsieur, on ne pouvait pas mieux s'adresser. Qu'est-ce que vous désirez de moi î
Marc le regardait, éprouvait uue sympathie, malgré les abominables paroles entendues. Doloir, qui travaillait depuis des années cbez l'entrepreneur Darras, le maire, était un assez bon ouvrier, buvant parfois un coup de trop, mais rapportant fidèlement sa paie à sa Femme. Il grondait bien contre les patrons, les traitait de sale clique, se disant socialiste, sans trop savoir ; et pourtant, il avait de l'estime pour Darras, qui gagnait gros, tout en s'efibrçant de rester le camarade de ses ouvriers. Ce qui l'avait marqué à jamais, c' Étaient ses trois ans de caserne, llavait quitté le service dans une folle joie de délivrance, avec des imprécations contre ce métier dégoûtant où l'on n'était plus un homme. Et, depuis celte époque, il avait continuellement revécu les trois années, il ne se passait pas de jour où quelque souvenir ne lui en revint. La main comme gfttée par le msil, il trouvait la truelle bien lourde,- il s'était remis au travail mollement, en gaillard qui n'en avait plus l'habitude, la volonté brisée, le corps habitué aux longues paresses, en dehors des heures d'exercice. Jamais il n'était redevenu l'excellent ouvrier d'autrefois. Puis, il demeurait haolé des choses militaires, en parlait sans un, à propos de n'importe quelle nouvelle, d'un bavardage d'ailleurs confus et mal renseigné. Et il ne lisait rien, et il ne savait rien, simplement solide et têtu sur la question patriotique qui consistait pour lui & empêcher les juifs de livrer la France à l'étranger.
— Vous avez deux enfants à l'Ecole communale, dit s.
Marc, et je viens de la part de rinstiluleur, mon camarade Simon, pour un renseignement... Mais je toîe que 'vous n'Ates guère l'ami des juifs.
Doloirconlirtua de rire.
— C'est vrai, monsieur Simon est juif, miis tout de même, jusqu'ici, je J'ai cru un brave hornihe... De quel renspignement s'agit-il, 'monsicLir?
Et, lorsqu'il sut qu'il s'agissait uniquement de ntontrer aui petits un medèle d'écriture poar ssmoït f'iU e'ea étaient servis, en rfasse.il s'écria-:
— Rien de phie aisé, miMisieur, si ceU wvs reed service... Hantez un instant afec moi, les <enfaftts doîivent être là-haut.
Ce fut madame ï)olloir'qai'vint-oufrjr. Petite, brane -et robuste, de pbjEionomie sérieuse etvelonlaire, eUe avait le front bas, les yeux francs, la mftchoirc carrée. A vingtneuf ans à peine, -elle étak déjà mère de Irois «nfanls, et elle en portait un 'quatrième, dans un état de grossEiaee très avancé, qui ne l'emp&chait pas de se lever la première et de se coucher la -dernière, toujours en nettajat^s, très travailleuse -et très économe. Elle avait quitté^oB atelier de couture ises troisièmes couches, elle ne s'tmcupaitplus qnedecon ménage, mais en femme qui^sçoail bien son pain.
— C'est monsieur qui 'est un ami du naUte 'd'école -et qui a ttesoin de parler aux enfants, «ipliqua Doloàr.
Marc entra dans une petite pièce, une salle i manger très propre. La -cuisine était à gancbe, grande ouverte. Puis, en face, se trouvaient la chambre des {tarenls el celle des enfants.
— Auguste 1 Charles I appela le père.
Auguste et -Charles aeeouirurent, l'un âgé de huit lans, Tautre de six, suivis de leur petite sœur iLuoile, qui £B avait quatre. C'étaient de beaux et gros enfants où se Andaient les ressemblances 'du père et de la mère, Je cadet
TËHIlt «I
piuE peliU «t l'air piiu talelligenl i{ae l'aîné, Ja /lUeite jolie déjà, avec un rire tendre de blondine.
Hais, eonune llfarc raontrsil le modèle aux deux garçons «t les ioterrogeaii, madame Doloh-, qui a'avait pas encore dit un mot, debout, s'aippayanl à mm chaise, éni>mne«t vaillance dai^ «a Isesitiule, se Mta-d'intervenir.
— Je vous demande pardon, monsieur, .je aie veux pas ipeunes enfaolEirois frondent.
Et elle disait cela très paHment, sans passion,. de J'air d'une bonne mère de famille qui remplit son devoir.
— Pourquoi doocf'demattda Marc BiirpriE.
— Mais, monsieur, pacce que sans n'avons pte besoin 4'ëtae mêlés ji «ne hislcûre qui manwie d« tourner tfès mal. Jl*ea ai les oreilles itebattnes depuis Jiier, et je ne veux pas en être, voilà tout.
Puis, comme il insi^iit, défendant £iman.:
— Je ne dis pas de mol de jnonsieoT Simon, les enfants n'ont jamais -eu à s'en plaindre. .Si on l'accuse, qu'il se défende, «'681 son sDaiFe. Hoi.ij'aiiloiijauESiempâeitèmos mari de faire de la politique, et s':ii vent bien m'^écouler, il-taira sa langue,itl ceprendra sa tnieUe, sans s'itseuper ni des juik, -ni défi curés. Tout {a,au fond, c'tet taome de la politique.
£lle n'allaH jamais fi l'église, bien qn^e'Ile «ùt faM baptiser ses enfants et qu'elle fût résolue ii leur laiaecr foire lenr première cammuuion. Ça se devait. D'iitstincl, elle était simplement «onserva}rice, acceptant ûe qui est, l'aixangeant avec fiavie étroite, danstla terreur des catastrophes q»i rogneraient encore le pain de la >faiaille. £1 elle dit encore, d'un air de volonté têtue:
— je ne vem pas que nous soyons «ompromis.
C'était le grand inat, il lit pHerDo'loir lui-même. D'habitude, bien qu'il se laissM guider en lontes choses par sa femme, il n'aimait pas qu'elle usât de sa puÎEsann devant le'monde. Vais, cette fois, H s'inclint.
I C.oo'{lc
es LES QUATRK ÉVANGILES
— Je n'avais pas réfléchi, monsieur, repril-il, elle a tout de même raison. Les pauvres bougres comme nous font mieux de rester couchés. Au régiment, il y en avait un qui savait des histoires sur le capitaine. Ahl ça n'a pas Irainé, ce qu'on vous l'a collé de fois au bloc !
Uarc, à son tour, dut s'incliner; et il renonça à son enquête, en disant:
— Ce que je voulais demander à vos garçons, il est possible que la justice le leur demande. 11 faudra bien alors qu'ils répondent.
— Bon ! déclara de nouveau madame Doloir, de son air tranquille, que la justice les questionne, et nous verrons ce qu'ils auront à faire. Ils répondront ou ils ne répondront pas,- mes enfants sont à moi, et ça me regarde.
Et Marc salua, s'en alla, accompagné par Doloir, qui se hâtait de retourner au travail. Dans la rue, le maçon lui fit presque des excuses: sa femme n'était pas toujours commode, mais quand elle disait des choses justes, elle disait des choses justes.
Resté seul, Marc, découragé, se demanda s'il était nécessaire de faire sa troisième visite, au petit employé Savin. Chez les Doloir, ce n'était pas, comme chez les Bongard, l'épaisse ignorance. On montait d'un degré, l'espèce se décrassait déjà, l'homme et la femme, bien qu'illettrés, se frottaient aux autres classes, savaient un peu de la vie. Mais quelle aube indécise encore, quelle marche à tâtons au travers de l'imbécile égoïsme, et dans quelle erreur désastreuse le manque de solidarité maintenait les pauvres gens ! S'ils n'étaient pas plus heureux, c'était qu'ils ignoraient tout des conditions de la vie civique, la nécessité du bonheur dos autres pour leur propre bonheur. Et Marc songeait à celte maison humaine, dont on s'ellorce depuis des siècles de tenir les portes et les fenêtres hermétiquement closes, lorsqu'il
faudrait les ouvrir loules larges, pour laisser entrer à torrents le grand air libre, ta chaleur et la lumière.
Cependant, il avait tourné le coin de la rue Plaisir, et il se trouvait dans la me Fauelie, où demeuraient les Savin. Une honte le prit de son découragement, il monta chez eux, se trouva en présence de madame Savin, accourue au coup de sonnette.
— Mon mari, monsieur, il est justement là, car il a eu un peu de fièvre ce matin et n'a pu se rendre & son bureau. Si vous voulez bien me suivre.
Elle était délicieuse, madame Savin, brune, fine et gaie, avec de jolis rires, l'air si jeune à vingt-huit ans passés, qu'elle semblait la sœnr atnée de ses quatre en- Tanls. Elle avait eu d'abord une fi le, fiortense, puis deux jumeaux, Achille et Philippe, puis un gardon encore, Léon, qu'elle était en train de nourrir. On disait son mari terriblement jaloux, la soupçonnant, la surveillant, dans une continuelle crise d'inquiétude méchante, sans aucun motif d'ailleurs ; car, orpheline, perlière de son état, épousée par lui pour sa beauté, à la mort de sa tante, comme elle se trouvait seule au monde, elle lui avait gardé de la gratitude et elle se conduisait très honnêtement, en bonne épouse et en bonne mère.
Au moment de faire entrer Marc dans la pièce voisine, elle parut saisie d'un brusque embarras. Sans doute elle redoutait quelque mauvaise humeur de Savin, toujours 60 quéle de querelles, insupportable dans son ménage, et sons lequel, conciliante et charmante, eile préférait plier, pour avoir la paix.
— Qui dois-jD annoncer, monsieur?
Marc se nomma, dit le but de sa visite. £t, d'une souplesse gracieuse, elle disparut par une porte à peine entr'ouverte. Alors, il attendit, il examina l'étroite antichambre où il se trouvait. Le logenipnt, composé de cinq pièces, tenait tout l'étage. Savin, petit employé des
Finances, expéditionnaire chez le percepteur, devait tenir son rang, ee croyait forcé à un certain îuw de fafade. Sa femme portail chapeau, lui ne Bortkit qu'en redingote. El )« pis était la p6nibl« médiocrité de son existence cachée, derrière cette iofaie de classe supérieare, à Taise. Son amertume affreuse venait qa'îl sl' seniait, à trente et un ans, cloué h son humble €mplei, sans espoir d'avancement, condamné pour la vie à une besogne de bfite de manège, avec des apptnntemetfls dérisoires, juste de quoi ne pas mourir de faim. IC«De petite santé, aigri, il ne décolérait pas, bumble et rageur k la fois, ravagé d'autant de terreur que de colère, dans sa perpétuelle inquiétude de déplaire à ses chefs. Obséquieux ^ tftche à son bureau, il lerr-orisait chez <lat sa femme, par ses fin'onrs d'enfant malade. Elle en souriait gentiment, «Ile trouvait encore le moyen, après s'être occupée des enfants et du ménage, de Iravaitter pour une maison de BeaunKmt, des 'fleurs en perles, un travail délicat très bien 'rétribué, qui payait le petit luïe de la famille. Hais hii, vexé au fend, d'un orgueil de bourgeois, ne voulaK pas qu'il fût dit que sa femme était forcée de travailler, et elle devah s'enferma avec ses perles, elle reportait ses commandes en cachette.
Pendant un instant, Marc entendît une voix aiguë 4:]ui se fâchait. Puis, il y eut un murmure très doux, te silence se fit, et madame Savin reparut.
— Monsieur, veuille! prendre la peine d'entrer, A peine si Savin se souleva du fauteuil où il soignait son accès de fièvre. Un instituteur de village, ça n'était rien. Petit, chauve, il avait un pauvre visage terreux, aux traits minces et las, avec des yeux piles et une barbe très clairsemée, d'un jaune sale. Chez lui, il usait ses vieilles redingotes. El, ce jour-là, le foulard de couleur qu'il avait au cou achevait de lui don-
VÉRITÉ n
ner l'air é'aa petit vieux, accablé de maux et mU tenu.
— Ha femme me dit, monsieur, qu« tous venez pour c«Me abMnîJiabie histoire-, où Le maître d'éeoLe ^jinton Ta élra coaiprontis, à ce qu'on raconte, et mon premier DM«KeiaeB( a été ée se )ias vous recevoir, je i't.7oua...
Ataift il s'intenmaipiL II waail d'apereevoir,. sur la. table, les a«ui» en perles qne s* fcomie fobriqnak ptès de loi, les portM eliost», peiutaot qu'il lisait ( le Wtit Beaumonlais >. Il lui lança un terrible regard, ^a'elle camftH; d eU«se ti&Ift d* couaarii aw feomaii dajoaroal, aégUgefnineitt jeté.
~-Et, »onsieDr,rflpci(-A. im cvoytrpas b de lia réaction do ma put. Je sais répabltoain, répt^Hcain trte avaMté atém», et je ne le caïAe pas, m» zbeù le mrent bi«a. Qtumd ojt swt 1» rérnibiiqne, n'estHie pes ? èto-e répiiblioaii) dle«r»t Mre In snn^ k«iaât«té. ^afm, j« sois avec le lOuweriieinsnE e» Unt «t pmu- tmt^
Poivé d'éc«U«r pelûneiil, Han la ctmte>tait d'ap- [n>(rtn«r delaeen.
— Sor'la -(fueSlicm religieose, ma penséw est bien simple: tes earés doifeot reste? ebn eai. J^auis anlklérieal,«oiMHe je suisTépuMicain... MaM je l'ajoute bien vite, il ÙêM y moir, «l»n mm, ane P9hff»a pcar les enfants etpMir lei femmes, «( tm* que la religioa' catholique sffracelle du pays, eh biâo, mon Bieal anlant oellelà qu'une autre!... Ainsi, ma femme que vous voyee, je tai ai fait cemprendre qii'il était coavenaUe et nécessaire pour une femme de son âge, dans sa siinatioo, de pratvqucr-, d'avoir iriiigi aux yenx du monde une règle et une morale. Elle va ehas les Capncias.
Matfnne Savin devint gêné», la feoe rose, les yeux i terre. Celte question de la pratique religieuse avait longtemps été le gF»:tsi^6t de querelle dans le ménage. Elle y répugnait de toute sa délicatesse charmante, de
n LES QUATRE ÉVANGILES
tont son cœar doux et droit. Lui, fou de jalousie, la querellant sans cesse sui* ce qu'il appelait ses infidélités de pensées, voyait uniquement dans la conression et la communion une police, un frein moral, excellent pour arrêter les femmes sur la pente de la trahison. Et elle avait dû céder, elle avait pris le directeur choisi par lui, le père Théodose, dans lequel elle sentait sourdement un violateur. Aussi, blessée, rougissante, haussaiUelle les épaules, en obéissant comme toujours, pour la paix de la maison.
— Quant à mes enfants, monsieur, continua Savia, mes ressources ne me permettent pas d'envoyer au collège Achille et Philippe, les deux jumeaux, elje lésai mis naturellement à l'école laïque, comme fonctionnaire et comme républicain. De même, ma (ille Hortense va chez mademoiselle Rouzaire; mais je suis au fond très content que celte demoiselle ait des sentiments religieux el qu'elle conduise ses élèves à l'église, car c'est en somme son devoir, je me plaindrais, si elle ne le faisait pas... Les garçons, ca se tire toujours d'affaire. Et, pourtant, si je ne devais pas compte de ma conduite à mes chefs, croyez-vous que je n'aurais pas agi plus sagement en mettant les miens dans une école congrëganiste?... Us seraient, plus lard, poussés, casés, soutenus, tandis qu'ils végéteront ainsi que j'ai végété moi-même.
Son amertume débordait, il baissa la voix, pris d'une saurde peur.
— Voyez-vous, les curés sont les plus forts, on devrait quand-même être avec eux.
Marc fui pris de pitié, tant le pauvre être chétif, tremblant, enragé de médiocrité et de sottise, lui parut à plaindre. Il s'était levé, s'atlendant bien à la conclusion de tous ces discours.
— Alors, monsieur, ce renseignement .jne je désirais demander à vos enfants?