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TOUT HOMME A LE DROIT DE VIVRE

Tout homme a le droit de vivre, dit-on souvent; et l'on en conclut que tout homme a le droit d'exiger de la société, c'est-à-dire de ses semblables, qu'ils le fassent vivre. Ce n'est pas du tout la même chose. Et Malthus, qui a pu commettre plus d'une erreur, mais que l'on accusera vainement de barbarie et d'inhumanité, n\i fait que constater une vérité de pur sens commun, lorsqu'il a dit: « Oui, tout homme a le droit de vivre mille ans s'il le peut ; et nul n'est fondé à l'en empêcher. Mais il faut qu'il le puisse. »

Pareillement, tout homme a le droit de travailler. C'est même, comme l'ont remarqué Turgot et Adam Smith, le premier de tous ses droits. « Dieu en donnant à l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme. Et cette propriété est la première, la plus sacrée, la plus imprescriptible de toutes. *

Mais (à où il n'y a de quoi manger que pour dix, aucune puissance humaine ne peut faire que cent trouvent à se nourrir ; et là où il n'y a du travail que pour un, c'est en vain que d'autres voudront en

obtenir. Le. droit de travailler n'est pas le droit au travail, et le droit de vivre n'est pas le droit à être nourri quand "même.

C'est, malheureusement, ce que l'on a peine à comprendre. On s'imagine qu'il dépend de la puissance publique de fournir à volonté des aliments à ceux qui en manquent, et du travail à ceux qui en cherchent. Sans doute, en un sens, la puissance publique, qui est la force, peut, jusqu'à un certain point, prendre de l'argent à ceux qui en ont, des aliments à ceux qui en ont, du travail à ceux qui en ont, pour en donner à ceux qui n'en ont pas. Mais, du même coup, elle les enlève à ceux qui les avaient ; elle déplace le mal, elle ne le supprime pas. Le seul moyeu de venir eu aide à ceux qui sont dénués, sans dépouiller ceux qui sont pourvus, c'est de développer la richesse et d'exciter le travail. Et le seul moyen de développer la richesse et d'exciter le travail, c'est de laisser à chacun' le libre exercice de son activité et la libre jouissance du fruit de son activité. Tout autre procédé ressemble à la naïveté d'un homme qui croirait doubler sa récolte en transportant d'un grenier dans un autre le produit de sa moisson. Il aurait du blé aujourd'hui, là où il n'en avait point hier ; mais il n'en aurait plus là où il en avait, et il en aurait, en perdant son temps, perdu une partie en route.

Dernièrement, en Hollande, les Sans-Travail qui, là comme ailleurs et plus qu'ailleurs, faisaient de bruyants appels à l'assistance publique, formulaient, dans un manifeste, ce qu'ils appelaient leurs revendications. Entre autres mesures, soi-disant pratiques, qu'ils invitaient l'administration à prendre, ils demandaient que la confection des vêtements des

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agents de police fut confiée à ceux d'entre eux qui étaient tailleurs. Très pratique, en effet, la mesure, et d'un soulagement certain et immédiat pour ces tailleurs inoccupés; à supposer que réellement ce fût du travail qu'ils désiraient, et qu'ils fussent en état de le bien accomplir. Mais mesure fort peu pratique, et d'un effet déplorable pour les tailleurs occupés qui avaient, à ce moment, la pratique de l'administration. Les Sans-Travail de la veille auraient eu du travail le lendemain ; mais les occupés de la veille auraient été sans travail le lendemain. Auraient-ils été fondés à reprendre pour leur compte la requête de ceux qui les auraient dépossédés, et à réclamer, sauf à voir recommencer indéfiniment la même comédie, la restitution de remploi qui leur aurait été enlevé? Déplacer n'est point produire, et il ne sert de rien de prendre à l'un pour donner à l'autre. C'est même, le plus souvent, aggraver le mal en le doublant d'une injustice. Pour améliorer réellement l'état social, pour fournir de quoi vivre à ceux qui manquent de ressources et de quoi travailler à ceux qui manquent de travail, je le répéterai indéfiniment, il n'y a qu'un moyen : c'est de développer la production en laissant à chacun la libre initiative de son activité et l'entière responsabilité de ses conséquences.

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