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LA LUMIÈRE NATIONALE ET LE SOLEIL

Encore un mot, encore un fait avant de quitter le travail national.

Tous ceux qui ont lu les écrits de Bastiat, connaissent la pétition des marchands de chandelles. C'est au gouvernement du roi Louis-Philippe qu'elle était adressée par ces honorables industriels et par leurs confrères, les fabricants d'huile, bougies, lampes, mouchettes, éteignoirs et autres accessoires de l'éclairage. ^>

Travailleurs nationaux et grands partisans, en cette qualité, du travail national, du leur en particulier, ces diverses catégories de citoyens représentaient au roi qu'ils se trouvaient exposés, pour la production de la lumière fournie par eux à leurs compatriotes, à la concurrence d'un rival étranger, tellement supérieur que toute lutte était impossible avec lui. A peine, disaient-ils, ce producteur de lumière incomparable, mis à même par la nature d'en inonder gratuitement la France, apparaissait-il à l'horizon, que l'on cessait de s'adresser à leurs boutiques. Ce rival, étranger non seulement au pays, mais à notre globe, et dont le travail, si travail il y avait, n'avait

rien de national, pas même d'humain, c'était le soleil. En conséquence et pour assurer à leur travail national la protection à laquelle tout travail national a droit, lesdits marchands de chandelles, bougies, huile, lampes, candélabres, abat-jour, mouchettes et éteignoirs, suppliaient le gouvernement du roi d'ordonner qu'à l'avenir, du lever du soleil à son coucher, toute porte, fenêtre, lucarne, soupirail ou jour de souffrance quelconque, par lequel pourrait pénétrer quelque rayon de lumière naturelle, serait hermétiquement clos et fermés de bons volets, derrière lesquels l'obscurité serait complète. Naturellement, pour échapper à cette obscurité, les Français seraient obligés de recourir aux services des susdits marchands de chandelles et autres. Ceux-ci, vendant beaucoup et gagnant beaucoup d'argent, répandraient autour d'eux l'aisance et l'activité; et le travail national, en leur personne et en la personne de leurs ouvriers et fournisseurs, serait encouragé, excité et surexcité, dans des proportions qui feraient bénir le gouvernement par tous ceux qui en profiteraient.

On a cru, généralement, que cette amusante pétition n'était qu'un jeu d'esprit du plus aimable des économistes, et, après s'en être plus ou moins amusé ou indigné, selon qu'on était ou que l'on n'était pas protectionniste, on n'y a pas attaché plus d'importance. C'est une erreur. Bastiat n'a eu d'autre mérite, ou d'autre tort, que de mettre en scène avec plus d'agrément un fait parfaitement réel, et In pétition des marchands de chandelles a eu, il y a bientôt trois quarts de siècle, sous un nom bien peu différent, les honneurs d'une discussion en règle dans le Parlement d'alors.

C'élail en 1853. M Victor Modeste a jadis reproduit et commenté le débat dans le Journal des Écononusles. Des industriels et cultivateurs du département du Nord, producteurs de colza et fabricants d'huile, usant de ce droit de pétition dont on sait en général si mal se servir, représentaient au gouvernement que Ton commençait à employer un produit, indigène il est vrai, et même extrait du sous-sol de leur région, mais dont ils n'étaient point, eux, les producteurs, et qui menaçait de leur faire une concurrence redoutable. Le gaz, puisqu'il faut l'appeler par son nom, donnait, d'après les pétitionnaires, un éclairage plus beau et moins cher que celui que l'on obtenait par l'emploi de l'huile végétale. Il fallait évideniruent mettre ordre à cela. Si le gouvernement, ce qu'on avait peine à croire, était impuissant à empêcher les particuliers de préférer la lumière qui éclaire bien à celle qui éclaire mal, il pouvait, tout au moins, et l'on comptait bien qu'il n'y faillirait pas, en interdire l'emploi dans toutes les administrations, au nom de la routine qui est leur tradition, et refuser aux sociétés ou compagnies perturbatrices qui songeaient à mettre cette lumière h. la disposition du public, les autorisations nécessaires pour se constituer et pour faire les travaux indispensables.

La Chambre des pairs fut saisie de cette affaire importante, et, malgré la plaisanterie de mauvais goût d'un de ses membres qui se permit de dire que les pétitionnaires n'étaient point amis des lumières, elle la discuta avec autant de gravité et de passion que s'il se fût agi du salut de l'État. Un ministre, M. de Bourienne, dut intervenir en personne pour faire écarter la prise en considération ; encore n'y parvint-

il qu'en déclarant, avec une assurance un peu téméraire, que la nouvelle invention n'avait guère d'avenir. Il affirmait d'ailleurs que, dans le cas où par impossible elle en aurait, les plantes qui produisent l'huile n'auraient pointa s'en préoccuper. Ne seraientelles pas, au moins autant que le noir combustible qui les alarmait, à même de se transformer en gaz ?

Je le demande ou plutôt je le répète après M. Modeste, qui, le premier, en a fait la remarque, n'était-ce point là littéralement mettre en cause la lumière du soleil et demander protection contre la supériorité de ce brillant concurrent? N'est-ce pas le soleil, comme l'a admirablement remarqué le grand Stephenson, qui a permis aux plantes des siècles passés de s'assimiler le carbone qui a formé la houille ? Et lorsque, pour nous éclairer ou pour nous chauffer, nous brûlons cette houille, n'est-ce pas l'antique chaleur et l'antique lumière que nous rappelons au jour pour notre usage ?

C'est le soleil des pays tropicaux également, plus chaud et plus vivifiant que le nôtre, qui mûrit loin de nous le cacao, le café, la banane, l'orange, l'ananas ; c'est lui qui entretient la végétation de l'acajou, du quinquina, du caoutchouc et de tous les produits que nous empruntons à l'Afrique, à l'Amérique ou à TAsie. C'est sa chaleur et sa lumière que nous importons lorsque ces produits passent notre frontière. Les frapper de droits, pour les empêcher d'écraser de leur supériorité les produits indigènes plus ou moins analogues dont nous voulons soutenir les prix, c'est faire la guerre au soleil.

Bastiat avait donc raison et n'exagérait rien quand, avec sa bonne humeur et sa bonne grùjc habituelles

il prenait oour types des protectionnistes conséquents, les marchands de chandelles, bougies, moucheltes et éteie;nou's, coaUsés pour conserver Je monopole de Véclairagei et leur faisait réclamer, au nom de leur travail national, comme les cultivateurs et fabricants u huile de Lille au nom de leur travail personnel, la suppression, dans la plus large mesure possible, de la lumière du soleil. Supprimer le soleil, supprimer les machines, supprimer Tintelhgence, supprimer l'adresse, supprimer l'activité, supprimer tout ce qui fait l'homme, c'est le dernier mot du système. On n'y échappe que par Tinconséquence.

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Il n'y a peut-être pas d'illusion plus trompeuse et plus féconde en funestes conséquences que celle qu'expriment ces mots. Il n'en est pas non plus qui soit plus explicable, plus naturelle, en présence de certains faits ; et c'est pourquoi il est de la dernière importance de ne rien négliger pour la dissiper.

« Toute peme, dit un des proverbes les moins contestables qui existent, mérite salaire. » Toute peine ; encore faut-il s'entendre ! Toute peine utile ; toute peine aboutissant à un résultat profitable à celui pour qui elle est prise, et motivant, de sa part, le prix auquel il la paye ou le service qu'il rend en échange.

Donner des coups de bâton à son voisin est un acte qui exige une certaine dépense de force, et qui, par conséquent, est une peine. Peine compensée, cela est possible, et au delà, pour celui qui la prend, par la satisfaction qu'il éprouve à exercer une vengeance ou à infliger un châtiment. — Mais si cette satisfaction peut, à la rigueur, paraître, à celui qui se la donne, un salaire qu'il se paye à lui-même pour sa peine, elle ne saurait, assurément, l'autoriser à réclamer du battu une rétribution. Si, parfois, il le

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fait ; si la morale politique, qui est. rimmoralité par excellence, autorise l'agresseur victorieux à exiger du vaincu ce que l'on appelle le remboursement des frais de la guerre ; et s'il a pu devenir vulgaire de dire que les battus payent l'amende, ce n'est pas, assurément, du consentement des battus. Si on les consultait, ce seraient eux qui réclameraient une indemnité.

Faire un travail inutile, tourner une meule qui ne moud rien, mettre en mouvement une pompe qui rejette à mesure dans le réservoir où elle la puise l'eau qu'elle élève, c'est prendre une peine encore; mais prendre une peine qui n'aboutit à rien, et de laquelle, si elle n'a pas un objet utile comme la démonstration de la supériorité d'un mécanisme, on ne recueille aucun avantage personnel, de même que l'on ne confère à autrui aucun avantage, autorisant à recevoir de lui une rémunération.

La peine qui mérite salaire, c'est la peine qui, par le résultat auquel elle conduit, épargne à celui qui la prend, ou à celui pour qui il la prend, une peine au moins équivalente. Si je pompe de l'eau pour mon alimentation, pour l'arrosage de mon jardin, pour le lavage de mon linge, j'ai, dans le service que je me rends, un salaire que je me paye à moi-même. Et si c'est à un autre que je rends ce service, cet autre trouve dans ce service l'équivalent, le payement, le salaire en d'autres termes, du service qu'il me rend à son tour ou du salaire qu'il me paye: peine pour peine; service pour service.

Supprimez l'un de ces deux termes ; supposez que Ton exige de moi un service sans m'en rendre, ou que je prétende recevoir un service sans en rendre,

donner de la peine aux autres sans en prendre moi même, leur faire dépenser leur temps, leur argent ou leur intelligence, sans leur en tenir compte: c'est une absurdité et une injustice.

Si cette iniquité et cette injustice s'exercent d'homme à homme ou d'un groupe d'hommes à un groupe d'hommes de façon visible, c'est un vol et une oppression qui tendent manifestement à l'appauvrissement et à la ruine de l'opprimé.

Si elle est exercée par un homme ou un groupe d'hommes à l'égard de lensemble de la société, c'est un impôt, un tribut, levé par cet individu ou ce groupe sur leurs concitoyens et qui tendent, qu'on le voie ou non, à diminuer l'ensemble des ressources sociales, c'est-à-dire, en réalité, à faire peser sur chacun de ceux qui contribuent à alimenter cet impôt, une charge non justifiée.

Qu'un service soit rendu par un homme à un autre, ou par la société sous le nom d'État, à tels ou tels de ses membres, il faut toujours que ce service soit payé. S'il n'est pas payé par celui qui le reçoit, c'est qu'il est payé par d'autres à sa place. Gratuit pour celai qui le reçoit, c'est possible ; rendu pour rien par celui qui le rend, c'est impossible.

Mais pourtant, dira-t-on, il y a dans toutes les sociétés, en nombre plus ou moins considérable, selon les temps et suivant les lieux, mais en nombre toujours considérable, des services pour lesquels on n'a aucune rétribution à fournir, des services gratuits et officiellement désignés sous ce nom.

L'instruction primaire en France est gratuite ; et gratuite aussi, dans une large mesure, l'instruction supérieure. On suit gratuitement des cours de la plus

haute valeur, et gratuitement on a à sa disposition les collections les plus remarquables de machines, de modèles, de tableaux, d'antiquités. Les parcs et les jardins publics sont gratuits. L'usage des routes est gratuit. Et c'est gratuitement que Ton passe sur la plupart des ponts. Beaucoup ont commencé par être à péage. On a demandé partout leur rachat; et dans la plupart des cas, on l'a obtenu. On pourrait multiplier ces exemples et mentionner encore l'assistance gratuite, la médecine gratuite, etc.

Ce que voyant et se figurant que cette gratuité ne leur coûte rien, ne comprenant pas que « aux frais de l'État » veut dire « aux frais des contribuables qui alimentent la bourse de l'État », se payant en un mot d'apparence, et s'arrétant à ce qui se voit sans aller jusqu'à ce qui ne se voit pas, une foule de gens demandent, à l'envi, que l'on étende, pour leur grand profit, la sphère de ces services gratuits. Chacun, naturellement, se préoccupe de ceux dont il a le plus habituellement besoin. Et c'est ainsi que les uns réclament la gratuité de la circulation sur les chemins de fer ; les autres, la gratuité des canaux ; d'autres, la gratuité des théâtres, de certains tout au moins qui seraient transformés en administrations publiques. Si bien que, de proche en proche, si l'on écoutait tout le monde, l'État, les départements et les communes se chargeraient de pourvoir à tous nos besoins, et naturellement ne nous demanderaient rien pour leur peine.

Rien pour leur peine ! Il faut s'entendre, encore une fois.

Et c'est ici que se rencontre le sophisme ou l'illusion, comme je le disais en commençant. C'est ici que

derrière ce qu'on voit, on néglige ce qu'on ne voit pas et ce qu'il faut voir.

Non, assurément, lorsque nous entrons au Jardin des Plantes, au Conservatoire des Arts et Métiers, au musée du Louvre, on ne nous fait pas payer à la porte en tant que visiteurs. Mais que nous y allions ou que nous n'y allions pas, que nous y allions peu ou beaucoup, on nous fait payer, ailleurs, dans d'autres endroits, en qualité de contribuables. Car ce n'est pas sans qu'il en coûte cher que l'on entretient les bâtiments où l'on abrite les machines, les tableaux, les animaux et les plantes. Et il y a, pour administrer ces établissements, toute une série de fonctionnaires gros et petits, directeurs, inspecteurs, professeurs, jardiniers, gardiens et employés qui ne vivent point de l'air du temps.

Le tout monte à un assez joli total. — Pour qu'on ait pu l'inscrire au budget des dépenses, il a fallu l'inscrire au budget des recettes, autrement dit le prendre par francs et par centimes, dans la poche de tout le monde, tout le long de l'année au lieu de le prendre, à certain jour et par somme déterminée, dans la poche de ceux-là seuls qui, jouissant de l'institution et appréciant le service, auraient payé volontairement et sciemment leur quote-part, au moment où ils le réclamaient. C'est encore ainsi que tous, dans une ville, nous contribuons, peu ou beaucoup, selon nos ressources, aux frais d'éclairage, bien que jamais on ne nous présente la note pour les réverbères, le gaz ou l'électricité de notre rue ou de notre quartier, comme on nous la présente dans la maison dont nous sommes propriétaires ou dont nous sommes locataires, à moins que

le propriétaire, qui en fait Tavance, n'en mette la restitution dans sa facture qui s'appelle le loyer.

De même pour tout le reste. Nous ne payons pas quand nous passons sur la route ou quand nous franchissons une rivière sur un pont; mais que nous en usions ou,que nous n'en usions pas, que nous en usions peu ou beaucoup, nous payons le service des ponts et chaussées et le service vicinal, par les soins desquels routes, chemins et ponts sont entretenus.

A vrai dire, cette manière de subvenir à la dépense n'est pas absolument irréprochable. Elle fait payer même ceux, qui ne profitent pas du service, et elle ne fait pas payer ceux qui en profitent dansla mesure exacte de la part qu'ils en reçoivent. Le système du pont à péage est, au point de vue de la rigoureuse justice, l'idéal du genre.

Un entrepreneur particulier, une Compagnie, une commune, un département ou l'Etat mettent à la disposition du public un moyen de communication qui n'existait pas. lis font, pour cela, des frais dont il faut qu'ils soient couverts. Et, pour s'en couvrir, ils perçoivent de chacun de ceux qui veulent se servir du moyen de communication nouveau, une rétribution légère. Quoi de plus équitable, de plus naturel et de moins arbitraire? Si c'est un impôt, on peut bien dire que c'est un impôt modèle, un impôt absolument volontaire; car personne n'est contraint de se servir de cette voie nouvelle; chacun peut, s'il le préfère, prendre les anciennes directions. Si, pour gagner un ou plusieurs kilomètres, celui-ci ou ceiui-là vient déposer ses dix ou quinze centimes au guichet du buraliste, c'est que, dans sa pensée, l'économie de temps et de fatigue représente, pour lui, un bénéfice

au moins équivalent. C'est la perfection, encore une fois, au point de vue de l'équité. Ce n'est point la perfection au point de vue de la commodité.

On peut, au moment de passer au bureau, s'apercevoir qu'on n'a pas dans sa poche le décime réglementaire, et, par suite, être obligé de retourner sur ses pas; c'est parfois un gros dommage. On trouve ennuyeux, à la longue, de toujours mettre la main à la poche ; et l'on finit par se figurer, en calculant combien de fois on a eu à acquitter le tribut dans le cours de l'année, que l'on paye bien cher pour un service dont l'habitude finit par faire oublier la valeur. Finalement, on demande le rachat, et on l'obtient. Mais on ne l'obtient pas gratis, encore une fois, puisqu'il faut d'abord que le concessionnaire évincé soit désintéressé, et ensuite que l'entretien du pont, dont il cesse d'être chargé, soit assuré par d'autres moyens. Même réflexion pour les routes qui, dans bien des pays, et notamment en Angleterre, ont été d'abord et pendant longtemps, entretenues au moyen de taxes perçues de distance en distance à des barrières qui interceptaient la circulation.

De même des jardins publics, aux portes desquels on payait (on paye quelquefois encore), comme on paye à la porte des établissements particuliers, et qui n'en coûtent pas moins cher pour être soumis au régime de l'entrée libre.

La commune, si c'était elle qui les entretenait, pour- Vàîyait à la dépense avec le prix des entrées payantes ; elle V pourvoit désormais avec le produit des impositions communales.

{■• - le voit donc. Pour certains services, par des coïiS'déralions de diverses natures, pour en faciliter

Tusage, pour en faire jouir indistinctement le pauvre comme le riche, pour encourager au profit de la santé, de la morale, des récréations de famille, le goût de la promenade ou celui des visites instructives, on peut préférer un mode de payement à un autre. On peut, au lieu de recourir à des perceptions spéciales et individuelles, au moment même où chacun use du service, recourir à une taxation générale, impersonnelle, et faire rentrer dans la catégorie des services publics ce qui, autrement, serait resté dans la catégorie des services privés.

Rien de mieux si, réellement, les raisons de cette préférence sont bonnes et si le public, qui est appelé à payer, les trouve bonnes et estime qu'on lui en donne pour son argent.

Mais qu'on ne lui dise pas qu'en le faisant payer autrement on le dispense de payer, et qu'il ne soit pas assez naïf pour se figurer qu'en cessant de lui dire ce que lui coûte le service mis à sa disposition, on lui fait cadeau du montant. On ne lui fait cadeau de rien ; il se pourrait bien même qu'au lieu de diminuer la charge on l'eût augmentée. Il se pourrait aussi que, sous le prétexte qu ils sont gratuits, on lui imposât, comme des cadeaux, des services dont il se serait passé, si on lui avait présenté la note à l'avance, et qui, en réalité, lui sont onéreux.

Il n'y a point de gratuité ; il n'y a que des façons différentes de payer. Et, quelquefois, hélas! la prétendue gratuité n'est qu'un artifice au moyen duquel on entretient un coûteux mécanisme administratif, et Ton développe les impôts. Les fonctionnaires émargent, les contribuables payent; mais ils ont la satisfaction de s'entendre dire que c'est gratis.

En honnêtes contribuables qu'ils sont, accoutumés à se nourrir de viandes creuses et à se payer de mots, ils applaudissent et ils demandent que Ton continue. Et c'est ainsi, Jacques Bonhomme, mon ami, que plus c'est gratuit et plus c'est cher.

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