‹ VerlaineChapitre 17 sur 33 · LA BONNE CHANSON · texte numérisé non relu

LA BONNE CHANSON

velles opinions catholiques ne permettaient pas d’accepter la

dissolution du mariage, accueillit avec colére la nouvelle de cette — ; eon ___brisure définitive ; il parla de « concubinage » ! . ; Jamais il ne revit sa femme. Ilrevit son fils, peu et trés rare-

ment. E. Lepelletier, pourtant bien informé, a pu écrire: « Nile pére ni le fils ne se sont connus » ; c’est inexact, mais il s’en faut — 4 de peu. Pendant longtemps, la mére s’opposa A toute entrevue; et il ne parait pas que le pére ait fait de grands efforts pour rompre cette opposition ; d’ailleurs il ne s’acquittait point des obli- | gations que lui avait imposées le jugement de séparation. Il finit par revoir son fils, lors de passages 4 Paris, quand celui-ci était un petit garcon de six ou sept ans.

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Et j'ai revu l’enfant unique ; il m’a semblé

Que s’ouvrait dans mon cceur la derniére blessure. Celle dont la douleur plus exquise m’assure

D’une mort désirable en un jour consolé.

(Sagesse, t. I, p. 232.)

Aprés cette bréve rencontre, les vies du pére et du fils se séparérent 4 nouveau. Quelque dix ans aprés (décembre 1886), Verlaine se heurtait &4 un nouveau refus de sa femme récemment remariée. -

Je pense, écrivait-il alors, que j’ai quelques droits 4 voir mon fils et a m’occuper de lui. Il a quinze ans passés... On lui a parlé de moi en bien et il

se rappelle trés bien mes visites d’il y a quelques années. (Corresp., t. I, p. 204.)

Ce désir ne dura point. Quelques vers de triste évocation suffisaient, pour l’ordinaire, 4 tromper et 4 apaiser ces bouffées d’amour paternel. Plus tard, ce fut le fils qui désira voir son pere. La mort était proche. Des obstacles, comme il était trop facile,

- furent mis a cette rencontre. Le fils, qui faisait alors son service militaire, ne put arriver 4 temps pour conduire les obséques de Son pére. Ce fut une si triste circonstance que la mére crut devoir s’en expliquer dans une lettre qui fut rendue publique ; mais, -gans doute, elle n’espérait guére convaincre, en disant la série

des hasards matériels qui avaient empéché jusqu’au dernier moment, une rencontre que jamais elle n’avait consentie.

Toute l’ceuvre de Verlaine, vers ou prose, est pleine du souvenir de son fils, du souvenir de sa femme, et méme de celui de ses beaux-parents. A la mort de sa belle-mére (1894), il écrivit de beaux vers, attendris et aimauts, ot il rappelait la douceur qu’elle avait eue en ces « tristes tempétes » ; mais il avait fallu, pour qu’il parlat ainsi, cette mort, et aussi l’¢motion des vers qu’on écrit, car il l’avait vilainement injuriée dans ses lettres. Ce n’était que par instants aussi, sur le Lard, qu'il songeait dou- . cement A sa femme, qu’il révait d’étre pardonné. En réalité, sa rancune ne désarma point jusqu’au bout. Le recueil posthume

des Invectives contient un Post-scriplum au Prologue, qui est,

sans précautions, dur et mauvais :

Je récuse comme ma Muse Celle qui ne sut m’aimer,

Celle &4 qui mon nom sut plaire, Quand j’avais un sou vaillant,

Et qui me lacha m’ayant

Ruiné, non en colére,

Non pour tel ou tel grief,

Sans nul doute un peu plausible, Mais de sang-froid, plus horrible Que tel criminel grief. —

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Récuse 4 titre de Muse Cette épouse sans pudeur.

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‘Tl le voyait bien alors : une des plus belles possibilités de sa vie avait été annulée. Ce bonheur, un peu terne, mais solide, qu’il avait eu en mains, et qu’il avait brisé tout le premier, il le regrettait. Il voyait, derriére lui, ses longues années noires, l’exil ; la solitude, sans rien pour le consoler, pas méme la gloire ; puis, quand la gloire était venue, la misére s’était faite pesante, la bohéme laide, les compagnes de vie revéches et peu sires, l’hdpital moins plaisant qu’on n’aimait a le dire en vers. L’avenir pou- ©

vait lui faire peur. Alors, par moments, aux heures de dépres-

sion, il faisait remonter de son passé ce réve impossible d’une vie calme et conjugale.

Je voudrais, si ma vie était encore a faire, Qu’une femme trés calme habitat avec moi,

Plus jeune de dix ans, qui portat sans émoi La moitié d’une vie au fond plutét sévére.

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Si le bonheur était d’ici, ce le serait !

Puis nous nous en irions sans l’ombre d’un regret, La conscience en paix et de l’espoir plein l’Ame,

Comme les bons époux d’il n’y a pas bien longtemps Quand I’un et l’autre d’étre heureux étaient contents, Qui vivaient, sans le trop chanter, l’épithalame.

(T. II, p. 265.)

Sa vie, certes, avait été « cassée », comme il I’écrivait dés 1873. Mais il est vraisemblable que, sans cette cassure, il n’aurait point été le poéte qu’il fut. Elle permit que, toutes les autres attaches rompues, il subit l’influence toute-puissante de Rimbaud ; sa vie fut bouleversée, sa conception de la poésie toute renouvelée. Grace a lui, grace aux nouveaux horizons de |’esprit qu’il apercut en sa compagnie, grace aux malheurs qui le frappérent alors, il écrivit les Romances sans paroles et Sagesse, ses deux plus belles ceuvres probablement, les plus originales en tout cas. La crise de 1871-1872 riva au pied du poéte un boulet de malheur ; mais il ne devint lourd qu’avecl’age ; Verlaine, d’abord, le tira fort gaillardement. En réalité, il était maintenant affranchi, hors de la vie bourgeoise, hors des cénacles, laché sur les grandes routes, libéré de toutes les formules, et, s’il le voulait, de toutes les conventions. On le voit bien aux premiers vers qui suivent cette crise ; l’Art poélique, annonciateur de temps nouveaux en poésie, date de la seconde année de cet affranchissement,

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