CHARLEROI
@oeeeessreeoreeorFoose®
Quoi done se sent ?
L’avoine siffle.
Un buisson gifle L’ceil au passant.
Plutét des bouges Que des maisons.
- Quels horizons - De forges rouges !
On sent done quoi ?
Des gares tonnent Les yeux s’étonnent, Ou Charleroi ?
Parfums sinistres !
Qu’est-ce que c’est ?
Quoi bruissait Comme des sistres.
Sites brutaux ?
Oh! votre haleine, Sueur humaine,
Cris des métaux ?
Cercerrererssesr oes eee
Et l’on peut noter enfin, comme effort supréme de la nouvelle poétique de Verlaine, comme marque, trés probablement, de la plus grande influence de Rimbaud, une petite piéce qui d’abord le Corresp., t. I, p. 295) dut s’appeler Escarpolette.
Je devine, a travers un murmure, Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes, Amour pale, une aurore future !
Et mon 4me et mon cceur en délires
Ne sont plus qu’une espéce d’ceil double Ou tremblote a travers un jour trouble L’ariette, hélas ! de toutes lyres !
O! mourir de cette mort seulette
Que s’en vont, cher amour, qui t’épeures, Balancant jeunes et vieilles heures |
Q! mourir de cette escarpolette. —
Les transpositions et le brouillement des sensations sont ici fort subtils ; tout s’emméle : la venue de la nuit et celle du souvenir, les sensations de lignes et de sons, de lueur et de musique, l’espérance et le désir de mourir ; c’est comme un lent balancement de la pensée, entre le passé et le futur, entre les vieilles et les jeunes heures ; la sensation présente apparait, pour ainsi dire, 4 la seconde ot le mouvement d’escarpolette est le plus rapide ; rien d’étonnant qu’elle ne puisse se fixer ; tout de suite la pensée est ramenée, une fois encore, vers les deux extrémes de sa course, leson des voix anciennes et ]’aurore future,
Mais la principale originalité du recueil est dans ses nouveautés rythmiques. Ici Verlaine semble avoir été fort docile 4 l’ influence de Rimbaud. II lui était difficile de changer sa maniére de voir le monde extérieur ou de saisir les idées ou les images qui passaient, pour les muer en des visions fantasmagoriques ; il lui était plus facile de diversifier et de renouveler ses rythmes.
Les Romances sans paroles ont vingt et une piéces, — vingttrois en réalité, car deux sont comme dédoublées : ce sont vingttrois systémes de strophes différents, vingt-trois combinaisons de rythmes, dont aucune n’est tout 4 fait semblable a aucune autre. Des distiques, des tercets, des quatrains, des quintils, des sixains ; des quatrains surtout. Vers de 12 syllabes, de 11 syllabes, de 10, de 9, de 8, de 7. de 6, de 5, de 4. Despiéces courtes, des piéces longues... C’est déja une singuliére variété ; mais elle n’a pas suffi 4 Verlaine. La plupart de ces rythmes ont été employés au x1x¢ siécle, retrouvés et rénovés plutét que créés ; des audaces nouvelles les transforment. Verlaine écrit des séries de strophes 4 rime uniquement masculine ou bien féminine, des
-séquences de trophes ot la stance. eaeculine Bema avec la
tenter de l’assonance ; il a des espéces de contre-rimes, des fausses
rimes, vraies pour Voreille, ainsi que dans les chansons popu--
laires, fausses tout a fait pour les yeux :
C’est le chien de Jean de Nivelle, Qui mort sous l’ceil méme du GuET, Le chat de la mére Michel ; Frangois-les-bas-bleus s’en "AGAIE,
féminine. Il abandonne méme, an besoin, la rime pour se con-
Ailleurs des rimes restent sans échos ; ainsi la deuxiéme rime
de chaque strophe dans JI pleure dans mon ceur... que j’ai cité un peu plus haut.
Tout cela témoigne bien de l’intention de faire des Romane sans paroles une sorte d’album de spécimens de tous les meilleurs rythmes poétiques, un cahier d’exercices sur des airs nouveaux. C’était créer 1A une tradition; et nous allons avoira suivre son développement dans l’ceuvre méme de Verlaine. Cet effort pour
libérer le vers de la plupart de ses entraves, si bien affirmé dans
l’ Art poéiique, et si curieusement réussi dans les Romances sans
paroles, est, je crois, ce qui frappa le plus la jeune génération de
poétes qui, -quinze ans aprés, ouvrirent le petit recueil de l’année
1874, si peu lu et si peu admiré au temps qu’il parut.