‹ VerlaineChapitre 23 sur 33 · I. — Prison et conversion · texte numérisé non relu

I. — Prison et conversion

Et six ans passés a plaire a Dieu (t. II, p. 217).

Le 10 juillet 1873, 4 Bruxelles, —il vient de blesser Rimbaud, —— Verlaine est conduit dans un poste de police ; de la, on l’enyoie A la prison des Petits Carmes, ouil reste prés de trois mois. En octobre, il demande, pour diminuer le temps desa détention, 4 étre soumis au régime cellulaire ;ilest transféréa Mons. I] en sort. le 16 janvier 1875, aprés un peu plus de dix-huit mois de prison. Le méme jour, il est conduit a la frontiére francaise. Alors commence, dans sa vie, bien traversée d’épreuves, une longue période d’efforts et de sagesse.

Un projet de mon Age mfr Me tint six ans l’ame ravie, C’était d’aprés un plan bien sar,

De réédifier ma vie.

(T. II, p. 241.)

« Vai été extrémement sérieux de 1875 A 1880 », aimait-il a~ répéter plus tard (Corresp., t. II, p. 61). Pendant ces années, il fut professeur libre, d’abord en Angleterre, puis dans un collége ecclésiastique 4 Rethel ; ensuite, il essaya de se faire paysan ;

il mit quelques fonds dans une entreprise de culture, qui ne réussit pas, et qui hata la venue de la grande misére ; il connut

-alors et aima d’une amitié passionnée, qu’il s’appliqua A croire paternelle, un grand garcon de la campagne, Lucien Létinois, qui lui a inspiré de bien beaux vers (Amour). :

En 1881, Verlaine publie Sagesse. C’est comme s’ilmettait un sceau sur ces années de vie, trop sages, trop ternes; ilest « bondé - deconvenance et sodl de chasteté » (t. III, p. 21) ; il selassed’étre

Une sorte a présent d’idyllique engourdi, Qui surveille le ciel béte parla fenétre Ouverte aux yeux matois du démon de midi.

Le Démon, qui entend sonner le midi du poéte, et qui voit bailler cette fenétre, louvre toute grande et entre dans la -demeure. Alors Verlaine vient 4 Paris ; l’alcool, la femme et la bohéme le reprennent.

Le poéte a conté dans Mes prisons (1893) l’histoire de ses mois de prison et lacrise de catholicisme qui permit les six années de vie chaste, modeste et’ chrétienne. Ce récit est fort tardif, écrit en un style souvent bien filandreux ;les événements d’autrefois, vieux déja de vingt ans, s’y transmuent singuliérement grace a de nouvelles habitudes de penser et d’écrire. I] vaut mieux, pour étre strement informé, lire surtout les poésiesque Verlaine écrivit alors et les quelques lettres qu’ona conservées decette période. | :

Il apparatt bien nettement, d’abord, que la prison fut moins dure 4 Verlaine qu’elle n’aurait pu l’étre, moins dure qu’elle ne -Paurait été pour un autre condamné, quin’aurait point eu l’argent nécessaire 4 payer ia « mise a la pistole », et quin’aurait pas pu, comme lui, se réclamer d’illustres amitiés parisiennes. L’auménier fut vite bienveillant, le directeur courtois ; le poéte eut de grandes facilités ; 4 la fin, ces trois hommes formérent dans la prison une sorte de petite société littéraire ; on passait des livres 4 ce rare détenu, on piochait ensemble ses classiques, on ag seréunissait pour des lectures communes ! C5; Ce séjour en prison a inspiré 4 Verlaine quelques poésies. Il ne les a publiées que trés tard, dans Parallélement (1889), 4 une époque ou, sa légende étant bien établie, le fait d’avoirconnu la vie ee du prisonnier n’était pour lui qu’un surcroit de gloire. Impression

oF ; 8 — VERLAINE

i fansite tt. II, ss 148) dit les menues impressions airy premier soir Bee détention : ;

Dame gsouris trotte Noire dans le gris du soir, Dame souris trotte Grise dans le noir.

On sonne la cloche ?

Dormez, les bons prisonniers, : S On sonne la cloche : : oes au Faut que vous dormiez.

eeceeeeeoeeseeoaeeser SEG ev.

: Le grand clair de lune | | Sy On ronfle ferme a cété, ba Le grand clair de lune yee En réalité ! ry 2

Un nuage passe, Sg Il fait noir comme en un four, = Un nuage passe :

Tiens, le petit jour |

Autre (t. U1, p. 150, et Corresp., t.{I, p. 130) évoque «le cirque effaré » des prévenus tournant silencieusement dans les préaux :

La cour se fleurit de souci sane :

Comme le front a De tous ceux-ci.

Qui vont en rond

En flageolant sur leur fémur Débilité Le long du mur Fou de clarté.

weeoceeoesecese

Ils vont | et leurs pauvres souliers Font un bruit sec, Humitiés, La pipe au bec.

Pas un mot ou bien le cachot, Pas un soupir, Tl fait si chaud Qu’on croit mourir.

Seer ereresscevesece

ee ’ Allons, fréres, bons vieux voleurs, ;

Be” -Doux vagabonds, : ,

Filous en fleurs, ae Mes chers, mes bons,

Fumons philosophiquement, i Promenons-nous i ee Paisiblement: ; Rien faire est doux.

Réversibilité (t. 11, p. 152, et Corresp.,t. 1, p.123)est des pres miers temps du séjour dans la prison cellulaire de Mons. a

Entends les pompes qui font Le cri des chats.

Des sifflets viennent et vont Comme en peurchas.

Ah !| dans ces tristes décors Gees Les Déjas sont les Encors } i, Quels réves épouvantés, Vous, grands murs blancs !

Que de sanglots répétés, 2 Fous ou dolents !

Ah ! dans ces piteux retraits Bs Les Toujours sont les Jamais !

Ce sont, on le voit, de petits poémes, écrits selon le systéme des Romances sans paroles, alors toutes prétes pourl’impression: : de-bréves notes qui fixent de menues sensations et traduisent

-simplement, mais de fagon confuse, des émotions trésindécises; les rythmes sont volontiers impairs. ce ~ __Le-temps passa vite. Verlaine’ finit par aimer sa prison. Du © - moins, il le crut et il le dit dans une piéce composée peu de temps aprés sa libération (t. II, p. 8, et Corresp.,t. 1, p, 221).

J’ai naguére habité le meilleur des chAteaux.

wee meer ee evneseresseeeeseeeeeaesreeoeeeneoe

Une chambre bien close, une table, une chaise,

Un lit strict ot l’on pit dormir juste a son aise, aoe Du jour suffisamment et de l’espace assez, Te} fut mon lot durant les longs mois 1a passés.

wee eae reese ese eaves ses sores eeesseonrerese

Maintenant que voici le monde de retour, Ah F vraiment j’ai regret aux deux ans dans la tour |

Chateau, chateau magique ol mon 4me s’est faite, Frais séjour ou se vint apaiser la tempéte De ma raison allant 4 vau-l’eau dans mon sang,

eee errr erasers eee eee eee eeeeeeeseeeeee eeecve

O sois béni, chateau d’ou me voila sorti, Prét 4 la vie, armé de douceur et nanti De la Foi. ;

La grande affaire de ce temps de prison et la raison pour laquelle Verlaine en conservait un souvenir si attendri, ce fut en. effet sa «conversion ». [1 l’a contée longuement dans Mes Prisons comme une espéce de coup brutal et miraculeux ; on croit recommencer la lecture de la page ot l’auteur du Génie du Christianisme décrit les voies de son retour a la foi : « J’ai pleuré et j’ai cru »... Une heure ou deux aprés avoir appris le jugement qui accordait 4 sa femme la séparation, Verlaine fait appelerl’auménier et demande un catéchisme. « I] me donna aussitét celui de persévérance de Mgr Gaume » (t. IV, p. 410).

Une vraie bibliothéque que ce livre! Le Catéchisme de persévérance ou Exposé de la religion depuis lorigine du monde jusqu’d nos jours, de J.-J. Gaume s’étendait tout le long de huit gros volumes in-octavo. Paru pour la premiére fois en 1838, il avait été déja souvent réédité ; on le réimprimait encore il y a quelques années. Ce fut, dans le second tiers du xrx® siécle, un livre de choix pour les conversions d’intellectuels : Flaubert n’a pas manqué de le mettre aux mains de Bouvard, au temps ov celui-ci, en compagnie de Pécuchet, tache de s’initier 4 la foi et aux pratiques religieuses ; l’abbé Jeufroy le lui« avait ordonné » pour triompher des derniéres résistances de son esprit, Mais Bouvard fut tellement « dégotité » par cette lecture qu’il retomba dans ses doutes. Verlaine s’est affligé, plus tard, de cette « laide boutade » (Ciuvres posth., t. II, p. 110) ; sur le moment, il partagea les sentiments de Bouvard ;-« l’art déplorable » de Mgr Gaume, sa « syntaxe a peine en vie », ses « preuves assez médiocres »rebutérent le poéte malgré sa grande bonne volonté. L’auménier fit la part du feu ; il permit que ce pénitent, qui devait lui faire honneur, sautat tous les chapitres qui précédaient celui de l’Eucharistie.

La lecture de cette’ derniére « centaine miracle, « un certain petit matin de juin (1874) », *

moe BO

Je ne sais quoi ou Qui me souleva, soudain, me jeta hors de mon lit, sans que je pusse prendre le temps de m’habiller et me prosterna en larmes, en sanglots, aux pieds du Crucifix... Je croyais, je voyais. Ilme semblait que je

savais, j’étais illuminé. Je fusse allé au martyre pour de bon, — et j’avais d@’immenses repentris. (T. IV, p. 412.)

Il fallut que l’auménier, sceptique, habitué 4 desconversions

de prison, menteuses ou bien éphéméres, calmat son pénitent

et lui demandat un « petit crédit » avant-de le faire rentrer, par

les sacrements, dans la famille chrétienne depuis bien longtemps

désertée. ©

La réalité, telle qu’on peut l’entrevoir 4 travers les quelques renseignements sirs qui sont actuellement produits au jour, est évidemment moins simple. Il y eut une longue période de préparation, des signes prémonitoires. Verlaine avait déja fait dix mois de prison, dont sept de cellule ; les réglements des prisons belges imposaient aux détenus des pratiques religieuses, le Benedicite et les Graces aux repas, la messe chantée du dimanche, partout le crucifix, jusque dans les cellules ; puis les visites de Vauménier... « Pratiquez d’abord », avait dit ’abbé Jeufroy 4 Bouvard et Pécuchet qui voulaient obtenir la foi ; et ils « pratiquérent » quelque temps avant d’étre admis 4 la lecture du Catéchisme de Gaume. Verlaine « pratiqua », sans croire ; sans croire aussi, il composa des poésies religieuses. Dés novembre 1873, a peine arrivé 4 Mons, il s’amusait 4 rythmer des Cantiques d Marie

-(Corresp., t. 1, p. 121 et 124), dont il parle fort légérement comme

d’un exercice purement littéraire, « d’aprés le Systéme » de sa poétique nouvelle.

Ces pratiques, ces lectures, les influences de la prison et du malheur, tout cela prépara une période de crise et d’émoi religieux, qui va du mois de mai ou du mois de juin Jusqu’a la fin du mois d’aott 1874 : trois ou quatre mois. C’est seulement le 15 aott 1874, le jour de l’Assomption, que Verlaine, aprés un

long temps de retraite imposée, fut regu a la table de commu-

de pages» déclencha le

-nion ; et c’est de ce temps de retraite et d’attente émue, ou bien desjours qui suivirent immédiatement, que datent la plupart des beaux poémes pieux de Sagesse : les dix sonnets au Christ de la seconde partie sont datés, tout primitivement, sur le manuscrit, du 10 aotit 1874. Le 8 septembre, Verlaine les envoya 4 son ami Lepelletier (Corresp., t. I, p. 140 et suiv.), en les faisant suivre de ces lignes :

Et c’est absolument senii, je t’assure. Il faut avoir passé par tout ce que j’ai vu et souffert, depuis trois ans, humiliations, dégofits,— et lereste, — pour sentir tout ce qu’ad’admirablement consolant,raisonnablementlogique, cette religion si terrible et si douce. — Ah ! terrible, oui! Maisl’homme est si mauvais, si vraiment déchu et puni par sa seule naissance !— Jene parle pas des preuves historiques, qui sont AVEUGLANTEs, quandon a cet immense bonheur d’étre retiré de cette abominable société pourrie, vile, sotte, orgueilleuse et — damnée !!1! (Corresp., t. I, p. 146.)

Et il continue, en post-scriptum :

Sil’on te demande de mes nouvelles, dis que tu sais que je me porte mieux et que je me suis absolument converti a la religion catholique, aprés mires réflexions, en pleine possession de ma liberté morale et de mon bon sens. Qa, tu peux le dire trés hautement, la suite ne te démentira pas... Je ne seraipas un dévot austére, je le crois ; toute douceur envers les autres, toute soumission 4 /’ Autre ; tel est mon plan. (T. I, p. 157.)

Il ne tint que trop, par la suite, cette promesse de n’avoir pas la dévotion « austére » ! D’ailleurs, son ardeur de néophyte se calma trés vite ; pendant une courte période, son enthousiasme et la chaleur de son inspiration nouvelle furent entretenus par les livres pieux que lui faisait passer l’auménier, par sa claustration ; mais bientdt sa veine religieuse diminua, puis tarit ; cette source, qu’il avait pu croire d’abord trés abondante, ne réapparut plus qu’en de rares intermittences.

On a rassemblé, en 1904, sous la garde d’une préface d’Huysmans, un choix de Poésies religieuses de Verlaine. C’est surtout Sagesse qui a alimenté cette anthologie de pieuse intention; les vers venus d’Amour, de Bonheur, de Liturgies intimes paraissent, a cété, des actes de foi ou des piéces vraiment bien tiédes. Jamais Verlaine ne retrouva cet élan du cceur et de la pensée que

lui avaient donné, dans J’été de 1874, l’attente, puis la joie de la communion qui devait le régénérer.

Mais a-t-on le choix ? Les poétes catholiques, purement catholiques, et qui comptent, sont rares au x1x@ siécle ; Lamartine, le plus en vue, le plus avouable, est trop occupé de pensées mondaines, trop sensuel, trop incliné aussi au doute. Verlaine, moins

ambitieux dans ses desseins, offrait des cantiques, des vers édi- —

fiants, des poémes qu’on pouvait chanter jusque dans une église de campagne ; sa conversion, aprés de grandes erreurs, était d’un haut exemple... Les milieux catholiques lui marquérent, vers 1890, quelque sympathie. Un jésuite, auteur d’un De Dante a Verlaine(1897), reconnut en lui « une Ame ow passa la grace », des vers« de pure inspiration chrétienne et de franche orthodoxie»; il admettait d’ailleurs que ce pécheur n’était « resté que sur le seuil ». Aujourd’hui, il semble qu’on soit, dans le milieu du moins des poétes catholiques, peu confiant dans la vertu et la piété du poéte de Sagesse ; s’il fut le prince des poétes de son temps, on ne songe plus a le dire un prince des poétes catholiques. L’action

delagrace en lui fut trop bréve.

IJ. — Cellulairement (1875).

Sagesse ne parut qu’en 1881, mais ce n’est pas ce livre que Verlaine comptait publier, lorsqu’il quitta Mons, au début de 1875. En prison, il avait réuni les éléments d’un livre qui devait s’appeler Cellulairement. Le manuscrit, tout préparé pour l’impression, comprenait vingt-deux piéces ; deux furent, trés vraisemblablement, arrachées ; en cet état, le manuscrit fut vendu par Verlaine, en 1890, au peintre F. Bouchor. M. Ernest Dupuy!’a étudié avec une parfaite sagacité (Poétes et critiques, 1913) et l’a décrit minutieusement dans la Revue d’histoire liitéraire de la France

1913). 5 Ce ae qui ne fut point ‘publié, a été, par lasuite, comme rompu, et ses morceaux dispersés dans plusieurs desvolumes que le poéte fit paraitre plustard. On peut en avoir quelque regret, bien

- que ce soit la un souci, non pas d’artiste ou simplement de lec-

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teur, mais @’historien ! Cellulairement est vraiment le livre dela - prison de Verlaine ; il rassemble les inspirations de ce temps d’épreuves, diverses et quelquefois contradictoires ; l’ordre des piéces est A peu prés l’ordre chronologique : elles sont datées, les premiéres de juillet 1873 et les derniéres d’aott 1874; sur le manuscrit, Verlainea modifié quelques dates; il a postdaté notam- ment ses sonnets au Christ, en les recopiant 4 la fin du recueil, afin de les rapporter 4 la période de sa libération ; il voulait signifier ainsi qu’un poéte était entré en prison dans l’été de 1873 et qu’il en était sorti, moins de deux ans aprés, un chrétien.

Ce sont ces vers chrétiens, groupés dans Cellulairement, sous letitre de Final, qu’il faut présenter d’abord, pour faireconnaitre le livre de la prison, et aussi pour donner lameilleure idée de la piété de Verlaine. Ils sont d’ailleurs, avec le poéme intitulé Via Dolorosa, les seuls vers du manuscrit qui soient d’inspiration vraimentchrétienne, Chacun de ces sonnets est comme une partie d’un grave dialogue entre Dieu qui pardonne et la créature quia péché ; voici, simplement, le premier et le dernier; tout commentaire serait, avec les meilleures intentions du monde, ou naif ou irrespectueux.

Mon Dieu m’a dit : Mon fils, il faut m’aimer. Tu vois Mon flane percé, mon cceur qui rayonne et qui saigne Et mes pieds offenses que Madeleine baigne

De larmes, et mes bras douloureux sous le poids

De tes péchés, et mes mains ! Et.tu vois la croix, Tu vois les clous, le fiel, l’6ponge, et tout t’enseigne A n’aimer, en ce monde amer ov la chair régne, Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.

Ne t’ai-je pas aimé jusqu’a la mort moi-méme, O mon frére en mon Pére, 6 mon fils en l’Esprit, Et n’ai-je pas souffert, comme c’était écrit ?

N’ai-je pas sangloté ton angoisse supréme Et n’ai-je pas sué la sueur de tes nuits, Lamentable ami qui me cherches ou je suis ?

* om

— Ah! Seigneur, qu’ai-je ? Hélas, me voici tout en larmes ~ D’une joie extraordinaire : votre voix F Me fait comme du bien et du mal a la fois, :

Et le mal et le bien, tout ales mémes charmes.

Je ris, fe pleure, et c’est comme un appel aux armes D’un clairon pour des champs de bataille ot je vois Des anges bleus et blancs sur des pavois,

Et ce clairon m’enléve en de fiéres alarmes.

J’ai Vextase et f’ai la terreur d’étre choisi. Je suis indigne, mais je sais votre clémence. Ah, quel effort, mais quelle ardeur ! Et me voici

Plein d’une humble priére, encor qu’un trouble immense Brouille l’espoir que votre voix me révéla, ~ Et j’aspire en tremblant...

: -~— Pauvre 4me, c’est cela !

(T. I, p. 253 et p. 259.)

Ces sonnets pieux ‘ne sont qu’une des inspirations de Cellulairement. Il y en a plusieurs autres : de grands contes en vers : Crimen amoris, La Grdce, Don Juan pipé, L’impénitence finale, Amoureuse du diable,les quatre premiers écrits en juillet et aodt 1873, le dernier en aodt 1874 ; rien ne les caractérise mieux que de dire qu’ils sont des contes « diaboliques », 4 la maniére de Barbey d’Aurevilly, des histoires extraordinaires sur des thémes brouillés d’amour, de religion, de magie et de mort, desaventures macabres, fantastiques et infernales. Ces poémes sont écrits avec facilité et de la verve ; mais on est géné, pour les bien apprécier, parla connaissance des parties plus originales de l’ceuvre de Verlaine. — Puis ce sont quelques souvenirs de prison, dont ona vu plus haut des spécimens;—des paysages tristes ; —des pastiches railleurs de Coppée ; — des fantaisies sur des thémes populaires. Images d’un sou fait défiler et brouille les histoires grossié-

rement coloriées d’images d’Epinal.

Toute histoire qui se mouille De délicieuses larmes,

Fit-ce a travers des chocs d’armes, .Aussit6t chez moi s’embrouille, Se méle 4 d’autres encore, Finalement s’évapore

En capricieuses nues,

Laissant a travers des filtres Subtils talismans et philtres Au fin fond de mes cornues

Au feu de l’amour rougies, Accourez a mes magies !

L’inspiration de Cellulairement est, on le voit, — quelques piéces mises 4 part, — toute proche de celle des Romances sans paroles ; et c’est aussi la méme fantaisie dans Pusage durythme ; le sonnet n’y est point traité, 4 la maniére parnassienne, comme un fétiche : L’Almanach pour l’année passée : IV (appelé dans Jadis ef Naguére : Sonnet boiteuz, t. I, p. 308) est écrit en vers de treize pieds ; les stances masculines alternent avec les féminines ; point de correspondance de rimes d’une stance a l’autre ;

ala fin, il n’y a plus la moindre apparence de rimes ; impossible

de mieux violer les régles! D’ailleurs Art Poétique avait, tout naturellement, trouvé sa place dans ce recueil, qui en était comme une exacte application.

Les vingt piéces de Cellulairement que nous connaissons ont été dispersées par la suite : deux ont été morcelées ; des dix-huit autres, cing ont été insérées dans Sagesse (1881), neuf dans Jadis el Naguére (1884), quatre dans Parallélement (1889).

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