‹ VerlaineChapitre 28 sur 33 · IV. — La mort · texte numérisé non relu

IV. — La mort

Puisse un prétre étre la, Jésus, quand fe mourrai ! : (T. II, p. 237.) ee

La pensée de la mort prochaine revient assez souvent dans Zs les vers de ces derniéres années. La santé de Verlaine devenait = si misérable en effet que l’issue ne pouvait guére tarder & s’ouvrir subitement. Ce fut une bronchite qui l’emporta; elle était ancienne; des hivers successifs, péniblement supportés, avaient laissé le poéte sans défense ; il ne put dépasser le milicu de Vhiver 1895-1896 ; une congestion pulmonaire !e délivra le 8 janvier 1896. Il n’eut point la mort qu'il avait souhaitée, calme, bien ordonnée, avec l’assistance d’un prétre. La maison était momentanément sans argent ; le secours qu’on avait demandé au Ministére de l’Instruction publique n’arriva que pour aider

& payer les obséques. La compagne, brutale, comme elle l’était parfois, querella le mourant et l’abandonna; une révolte de son agonie le jeta sur le plancher. Claudel a évoqué de fagon exacte et émue cette mort et a voulu lui donner un sens profond :

Privation de la terre et du ciel, manque des hommes et manque de Dieu | Jusqu’a ce que le fond méme de tout, il te fat permis d’y mordre,

D’y mordre et de mourir dessus cette mort qui était selon ton ordre,

Dans cette chambre de prostituée, la face contre terre,

Aussinu par terre que l’enfant quand il sort nu du ventre de sa mére.

Le faire-part porta le nom de Georges Verlaine, le fils que le pére, autrefois, avait souhaité d’avoir prés de lui pour diminuer Vhorreur du dernier moment ; mais le fils, trop lointain, et mal prévenu, ne put venir. Le 10 janvier 1896, aprés un service funébre a Saint-Etienne-du-Mont, les amis de Verlaine conduisirent son corps au cimetiére des Batignolles; Maurice Barrés, Coppée, Mendés, Mallarmé, Moréas parlérent devant la fosse ; ils exaltérent l’ami mort ; surtout ils exaltérent la poésie et la jeune littérature, dont ils étaient comme les mandataires, Et, dés le lendemain, ils firent le projet d’élever un monument au poéte, afin de fixer, suivant les rites ordinaires, cette gloire dont la mort permettait de faire une dévotion pour plusieurs générations a venir. Cing ans aprés, en mai 1901, on inaugura, dans le jardin du Luxembourg, au milieu du quartier le plus aimé et le plus habité par le poéte, un buste discret, qui, sans choquer, a pris place parmi les grands arbres et les pelouses. L’image est celle de Verlaine, au temps de ses derniéres années, celle d’un faune qui serait triste ; sur la haute stéle qui supporte le buste, trois corps nus symbolisent les principales inspirations du poéte : le charme

équivoque de la jeunesse, l’ivresse de la bacchante, la sagesse chrétienne.

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