LES ŒUVRES
Pour étudier cet art, il faut se borner à n'en considérer que les œuvres dont l'authenticité n'est plus contestée. A l'heure présente, on n'en compte point quarante. Et elles sont disséminées aux quatre coins du monde.
On a, depuis les recherches de Bùrger, beaucoup discuté autour de certains tableaux. Bùrger lui-même, dans la généreuse passion avec laquelle il avait entrepris la tâche de ressusciter un grand artiste, s'était laissé entraîner par le désir de reconstituer le plus complètement possible la personnalité de celui qu'il appelait le Sphinx. Et il lui a attribué, dans le travail qu'il donna en 1866 à la Gazette des Beaux-Arts, soixante-seize tableaux. Quelques années plus tard, Havard, complétant les recherches de Bùrger, réduisit à cinquante-six le nombre des œuvres attribuées à Vermeer, en tenant compte de certains tableaux dont la trace est demeurée dans des catalogues de ventes publiques, mais dont on ignore le sort, et qui, peut-être, étaient faussement attribuées au peintre de Delft. Aujourd'hui on a définitivement revisé certaines attributions de Bùrger et de Havard, notamment en ce qui concerne de petits paysages qui n'étaient évidemment pas de notre peintre, mais de son homonyme de Haarlem.
Et Ton s'en tient aux œuvres admises par MM. Bredius et Hofstede de Groot. A leur liste, certains ajoutent le portrait d'homme identifié en igo5 par M. A.-J. Wauters, nous verrons dans quelles conditions. Mais cette liste demeure ouverte. Il y a quelques mois, on y inscrivait encore une étude de jeune femme découverte, par M. Bredius, à Bruxelles, chez le Jonkheer de Grez. Et Ton fera, certes, d'autres découvertes encore, puisque, au cours de deux siècles d'obscurité, tant de changements d'attribution ont frustré Vermeer de son bien et puisque, en le seul catalogue de la vente de 1696, figurent des tableaux jusqu'ici point retrouvés.
Cette vente de 1696 à Amsterdam n'était point, comme on l'avait supposé d'abord, la vente mortuaire du maître. C'était une vente de tableaux de divers peintres ; Vermeer, à ce moment, s'était éteint depuis vingt et un ans. Et l'on suppose aujourd'hui qu'il s'agissait de la vente après décès du vieux Vermeer de Haarlem, mort en 1691, et qui, en même temps que peintre, était marchand de tableaux.
Le catalogue de cette vente comptait plus de cent numéros. Et parmi cette centaine de tableaux, il y en avait vingt et un de Vermeer de Delft.
En voici la liste, avec les prix atteints par chacun d'eux, prix ridiculement modestes si l'on se rappelle ceux obtenus à cette époque par des peintres très inférieurs à Vermeer. Mais il y a vingt ans que l'ar-
La Liseuse.
Rijksmuseum, Amsterdam.
tiste, qui avait connu la vogue, a disparu, et nous touchons à l'heure où le goût hollandais va s'altérer.
On vend à Amsterdam, en 1696 :