‹ Vernon: Vingt minutes d'arrêt; heures noires et nuits blanches. Poésies d'unChapitre 14 sur 45 · PRELUDE · texte numérisé non relu

PRELUDE

Le doux printemps renaît, le doux printemps ravive Terre et cieux, germe obscur, blonds ceps et noire olive, Les blés restés six mois un brin d*herbe hésitant, Et Tajonc, sous le givre accoutré d'or, prêtant Au flanc nu des hivers sa parure vermeille.

Tout ce qui semblait mort fait voir que tout sommeille. Abeille active et pâtre oisif, grillon chantant, Tout tressaille, s'anime, aime et vit, militant. L'avenir partout rit, tout aux espoirs convie...

byGoogk

L'avenir... âmes yeux, quand j'entrai dans la vie,

C'était un vasteespace au sol vierge, aux cieux chauds,

Une Délos flottante, un royaume à Sanchos ;

Un nid de sylphes blonds, de Galypsos, de fées,

D'où, sur l'aile d'azur des brisés étouffées.

Rumeurs de fête, échos du rire et des baisers

S'échappaient, apportant à mes sens embrasés,

A mon âme en délire, aux rêveuses tendresses,

Une musique chaste, aux voix enchanteresses ;

Hymne suave et pur, céleste, intime et doux

Où vibrait mieux en moi ce qui vaut mieux en nous.

Maintenant tout se tait, ma pensée est muette ;

A peine par instants me sens-je encor poète,

Et je compte si peu par ce qui compte en moi,

Qu'un noir dégoût profond énerve tout émoi

Et tarit en mes flancs mon audace et ma sève.

La lutte pour le pain du jour remplit mes jours ;

En vain je tends ailleurs, une aile en vain soulève

Mon âme qui languit et s'affaisse toujours,

Et je doute en marchant du but même où je cours.

byGoogk

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