‹ Vernon: Vingt minutes d'arrêt; heures noires et nuits blanches. Poésies d'unChapitre 15 sur 45 · LA VOIX QUI ME PARLE EN MES RÊVES · texte numérisé non relu

LA VOIX QUI ME PARLE EN MES RÊVES

Ml triomphe suprême on va de chute en chute ;

Il faut avoir rampé pour gravir en haut lieu.

La vie est une joute obstinée, une lutte

Contre tout, contre tous, contre soi, contre Dieu .. .

— Et Jacob te dira d'où lui vint sa puissance

Et le nom dlsraël. — C'est le fort qu'on encense,

Lui qu'on craint, qu'on vénère et qu'on estime ; c'est

Lui qui donne la gloire et revêt l'innocence

Et fait aux innocents, aux héros le procè*

Sois juste, mais sois fort : ménage-toi l'accès

Du prétoire où s'assied l'aréopage illustre

Qui conserve ou ravit aux héros tout leur lustre.

Et résume, consacre ou détruit les succès.

MOI

Quand mon âme et mon corps débattent leur divorce. Tu viens parler d'espoir et d'audace et de force, De lutte, de succès, de but vaste et lointain * Et, quand je touche au soir, de projets du matin. .

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5 sent mourir vaincre est-il une amorce !

-tu me tromper ou tromper mon destin ?

LA VOIX

onnais-toi : le vrai gît dans ce rêve, le naît ébauché, c'est Torgueil qui Tachève.

grand savoir-faire orgueil est le levain ignorerait serait Dieu même en vain, n toi la fierté, sel que n'a pu corrompre tact ; la fierté, ressort mâle et divin in a fait plier et que rien n'a su rompre, ;u n'as la foi tout le reste est sans fruit ; utes de Dieu, du sort et de ton âme, point de lumière où n'est aucune flamme :

ne croit en soi n'y fera croire autrui.

D'est faiblir ; ose et tends où t'emporte ie né de moi qui dans ton âme avorte.

1 d'autres n ayant que tes droits pour tous droits lé dans la lice où meurtri tû te traînes :

hartier, baisé par la lèvre des reines, [ mis par un roi fort au-dessus des rois...

précieux dons sont aussi les plus frêles ;

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L'aiglon, comme un chat-huant, nai Qu'a-t-il de plus ? l'instinct; que lui La proie encor vivante aux serres m Et l'éclair, éperon des nuages flottai Qui stimule à dompter la foudre et h Enseigne à convoler aux grands ess A traverser Pespace, à fréquenter le A plonger comme un trait dans la ni A nager dans les feux de Taube et d A planer au-dessus des dangers all( A confondre, — à l'envi de l'aigle el En ses dédains jaloux les gouffres et Les îles et les mers, les cités et les c" Et planer dans les cieux au roulis d

MOI

Toute conquête est éphém Toute gloire a vite vécu ; Le Sphinx lutte avec la Gh Et par la Chimère est vain Chaque instant remet tout

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L*eflfet à son tour devient cause,

Éternelle métempsycose ;

Le sage y marche à pas craintif,

En dépit de l'homme chétif

Le hasard seul recueille et sème ;

Naissance et mort sont un problème.

Dans la vie et la tombe même

Rien n'est vraiment définitif...

— Je cherche là haut qui scintille

Aux plis du bleu manteau des nuits

Un joyau cher à mes ennuis :

Terne paillette, à peine il brille

Et son bruit meurt loin de nos bruits.

A peine s'il compte aux noirs dômes

Parmi les mondes, ces atomes,

Lui, ses monts, ses mers, ses royaumes,

Le double anneau qui ceint son front.

Les sept lunes qu'il amoncelle.

Fleurs d'or d'un invisible tronc,

Les splendeurs dont son flanc ruisselle,

L'immensité qui s'y décèle,

Ne sont qu'un point, qu'une étincelle

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Dans Tœil de l'homme et du eiro — gloire, ainsi l'oubli t'efface Ainsi la distance amoindrit :

Qu'importe au voyageur qui pas Le passant dont le pied s'inscrit Sur la voie où meurt toute trace

LA VOIX

Ne descends pas des cieux ouver Au vaste essor de tes pensées :

Laisse à ces voûtes embrasées, Parmi ces essaims d'univers, Errer tes regards et tes vers.

poète aux veilles fécondes, Dieu fit-il l'échelon des mondes Pour que nul n'y pose le pied ?

La raison, — celle qui te sied. — Est en ces sublimes démences Où ma plainte à ton cri s'unit, Et c'est une aire que ton nid.

Il faut, pour des œuvres immense

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Dronze et fer au granit ; 3 que 1 été jaunit ide les semences, 'invite à grandir ;

crier anathème ?

pulsion suprême

croître et resplendir la matière même.

)i qui les conçus, Ludace et de gloire ; ours, pour y mieux croire,

toujours déçus, lont j'eus les prémices !

ix de tes sacrifices, ils tant d'artifices, s pour les racheter ?

x-mêmes ils restent vides :

►méthée avides, ir vous rend livides ?

3 il faut remonter 1

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MOI

J'avais fait ce rêve nagi D'être éloquent, d'être i De boire aux divines aig Convive du festin sacré.

Mais l'ambition nous ab Des moindres et des plu Le contact m'avilit, il ui Le meilleur qu'en mon f La nécessité qui me bris Courbe ma tête et stéril Mon génie ; un noir sou Jusqu'à mes pleurs et m Insensible au joug qui e Du désespoir j'ai l'allégr Et, quand j'ai raillé ma Mes tourments en sont r

LA VOIX

A ceux dont l'orgueil te Et te voudraient dimini

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Impose, bruyante ou muette,

Ton admiration, poète :

Ne sens-tu pas sourdre et muer

A tes flancs une aile inquiète ?

Que la tourbe aux abois végète

Où la brute vient échouer...

Leur âme est au corps asservie ;

Ils vont au hasard dans la vie

Et, comme étrangers à leurs pas,

Ils errent, détresse profonde,

Loin de leur pensée inféconde

Comme si toute chose au monde

Eux-mêmes et Dieu n'étaient pas.

Qui charme en ceux que rien ne charme ?

Leur existence et leur trépas

Yalent-ils une seule larme ?

Vos maux, à vous, ont des appas.

Les obstacles étant vos preuves

Votre œuvre est souvent tout un pleur ;

Vous avez, serfs de la douleur,

Par vos talents droit aux épreuves,

Par vos vertus droit au malheur.

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Il ne dépend pas de vous-mêmes De renier ces dons suprêmes :

C'est un gage qu'humilité ; J'ai toujours vu que le plus digne Plus facilement se résigne A plus d'ombre et d'indignité î

MOI

C'est tout ce que m'offre la muse Planer très haut, aller très loin, Pour que, revenu, l'on s'amuse A prendre qui rampe à témoin D'un essor qui lui porte ombrage.

Pousser l'envie à cette rage Dont il lui prend de noirs accès En face de tous les succès.

Et, s'exposant à maint outrage.

Humble, mendier le suffrage De l'envie, hargneuse en son coin, J'aurais ce néant en partage :

Montrer de l'esprit davantage

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Pour avoir des sots mieux besoin.

Je prendrais ce stupide soin De m'offrir au monstre en otage...

Est-ce assez vain, stérile assez :

Prendre les vaincus distancés Pour arbitres de sa victoire ; Dire aux grimauds qu'on a froissés :

« Faites-moi ma part de mémoire î »

Je vous ai domptés, méprisés Très justement, donc soyez justes :

Décidez à quel point augustes Dignes d'estime et de bravos Sont mes vertus et mes travaux.

Couronnez Hercule, ô Procustes !

Versez, ô mes obscurs rivaux.

Sur mon œuvre et mon existence La lumière, et vous que Toubli Aura ce soir enseveli.

Vous que j'ai tenus à distance.

Vous Tabsurdité, l'inconstance.

L'opprobre et l'erreur, accourez ; Et quand vous vous déshonorez

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Et VOUS VOUS oubliez vous-mêmes, Rendez-moi des honneurs suprêmes ; Donnez-moi l'immortalité, Tourbe éphémère... ô vanité !

— Laisse de côté toute ruse Comme j'y laisse tout espoir.

Mais reste-moi fidèle, ô Muse, Que je retrouve chaque soir A mon foyer désert et noir !

Chaque soir, avec ou sans rimes, Quelques instants entretiens-moi Des vertus rares et sublimes; Verse en mon âme un peu d'émoi.

Le rossignol se tait ou cherche Un écho qui, loin, dans les champs Et les âmes, porte ses chants ; Sur la plus haute branche il perche Du plus grand arbre du vallon ; L'humble alouette du sillon Sur nos fronts, de la nue, égrène Ses vocalises de sirène Qui tombent d'où vient le rayon ;

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Mais moi, plus chétif oisillon,

C'est de mon trou que je fredonne,

Gomme le rustre et le grillon.

Des chants qu'à l'oubli j'abandonne

Et certain lourdaud persiffleur

Sans les connaître, — avant d'apprendre

A s'y connaître, à les comprendre, —

Critique, stupide et railleur ;

Mais qui, féconds, ont su me rendre

Plus calme, moins triste, meilleur.

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