‹ Vernon: Vingt minutes d'arrêt; heures noires et nuits blanches. Poésies d'unChapitre 2 sur 45 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

je résolus d'adjurer le public de s'occuper un peu de poésie.

Je n'ignorais pas non plus que si l'on eût su autour de moi, et peut-être au-dessus de moi, que j'écrivais — et surtout en vers, — on fût parti de là pour m'imputer infailliblement toute chose à démérite. Je serais aussitôt devenu, par ce fait seul, incapable de bien m'acquitter de ma tâche et de quoi que ce fût au monde, et cependant le poète en moi n'a jamais nui au manœuvre : c'est le manœuvre qui a fait tort au poète. Je le demande en outre à tout homme impartial : quel est l'individu si affairé, si occupé, si laborieux qu'il puisse être, qui ne s'accorde forcément quelque relâche? Je n'ai jamais consacré à la poésie que le temps que j'ai

ceux qui ont des organes grossiers cherchent des plaisirs où Tâme n'entre pour rien et ceux qui ont un sentiment plus délicat veulent des plaisirs plus fins : il faut que tout le monde vive. »

Voltaire, notes de l'édition de Pascal, Pensées^ 1776.

PRÉFACE

e de mes pareils se laisser prenpuyrement et l'ennui, ou donner au DU et aux affaires du voisin K li cultive sa force cultive la force de le l'affirme l'auteur du livre éloquent té ', le poète qui s'adonne à la poésie voix sans écho ^), car la poésie aussi 1 dise, une force du plus grand nom-

lisance et à la calomnie, qui &'y rattache étroîîrveaux bornés et incultes demandent le plus I part des distractions que ne leur fournissent arts ou les sciences ; et cependant la médisance it assimilées par toutes les morales religieuses aux plus épouvantables crimes^ qui sont : « le sonnement. » Combien de personnes se croient >nnent à cœur joie de ces deux débauches dont sont si fâcheuses qu'elles contrebalancent à les avantages de la vie en société sur Télat

mesnil.

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PRÉFACE IX

bre; et si quelqu'un a plus d'esprit que Voltaire, et que ce quelqu'un soit vraiment Monsieur Toutle-Monde, ce Monsieur Tout-le-Monde est certainement un poète non moins inspiré qu'Homère, Shakspeare ou Victor Hugo.

Parmi ceux qui ont consenti à prêter leur concours à ma tentative, il en est qui se soucient médiocrement de poésie ; il s'en trouvent même quelques-uns qui m'ont demandé ce que c'était; certains autres ne le demandent pas et pensent le savoir, qui n'en sont pas plus avancés pour cela, et peut-être que moi-même je n'en sais rien qui ai, dans ce moment, l'air de viser à m'y connaître davantage.

On est loin d'être d'accord sur la signification de ce simple mot : « poésie » et on l'interprète souvent de façon diverse et même contradictoire. Je n'ai

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quoi que ce soit à liront cet ouvrage ns que j'ai données ie que je me fais, — mes, — de la chose Lx qui n'iraient pas dirai quelques mots avis, — qui est conns, — ce n'est pas aux et bons vers et tout si on y voyait jCS griffonneurs à la diots pour les caféses, et les stupidités alissent leur papier la poésie. La poésie )nie prétentieuse et ndes de sens, sous ureux de la phrase

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PRÉFACE XI

seule et qui enluminent leur style, d'où la pensée est absente, d'images accumulées et disparates. Nul n'est exclusivement poète et tout le monde Test plus ou moins : chacun a reçu en partage un atome de l'étincelle sacrée. Il n'est personne, ou presque personne, qui n'ait l'instinct du bien, le culte du beau, le sentiment et le souci de la perfection idéale ; et celui qui a cet instinct, ce sentiment et ce souci, à la fois très sublimes et très peu rares, possède à coup sûr des aptitudes poétiques. La poésie est partout et s'exhale de tout ce qui fait impression sur nous, de tout ce qui pense, sent, \it et agit sur nous ; c'est une musique « qui a pour instrument l'âme humaine tout entière ; » les fibres les plus intimes qui mettent «n branle nos cerveaux et agissent sur nos cœurs sont les touches de ce clavier, qui s'étend à toute l'humanité, à toute la nature. Il est poète et grand poète, sans doute, celui qui vient à bout de tirer de

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Xn PRÉFACE

cet instrument immense les ineffables mélodies dont nous raffolons, qu'elles aient nom : la Tristesse d' Olympia y le Crucifix^ Rolla^ Manfred ou Werther ; mais ils sont poètes aussi ceux que ces concerts sacrés émeuvent et passionnent, et plus d'un, qui n'a jamais touché à une plume, peut s'écrier à l'aspect des splendeurs de la palette des maîtres que « lui aussi est artiste S » et il Test en effet s'il ressent, dans toute leur étendue, la fièvre et les élans dont le poète était le jouet et l'organe quand il écrivait ce qu'ils lisent. N'est-elle pas éternellement vraie d'ailleurs cette pensée profonde du Sanzio, qui allait jusqu'à dire que « comprendre c'est égaler » ?

La poésie c'est surtout l'amour ; celui qui aime devient poète, soit qu'il fasse des vers ou non, soit

1. C'est, comme en sait^ le cri même du Gorrège : ÂnctCio son pittore.

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