UNE PLAINTE
Et souffler en nos cœurs sur le céleste feu, Tu restes aux souffrants quand tout les abandonne; Toi qui sais combien peu la vie aux hommes donne Et combien la mort leur prend peu !
Seule tu nou3 dis vrai... viens, sois ma seule amante! Sois ma muse I fais-toi pour moi douce et charmante, fantôme sinistre au noir flanc décharné I Reçois-moi dans tes bras : voici ma dernière heure ; Toi qui vins me bercer dans notre humble demeure Quand j'étais petit nouveau-né I
Mais obscur même, et même en ce siècle où nous sommes. Le poète encor donne à ses frères, les hommes, Sa pensée et son bras, son sang et ses sueurs ; Il doit chanter sa mort, il doit gémir sa vie. Et quand à son flambeau Tétincelle est ravie Son front verse plus de lueurs.
Des langes au linceul, chrysalide avortée.
L'âme se traîne ; l'âme, avide et dégoûtée.
Trouve partout mécompte, imposture et douleurs ;
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Mais aux maux d'ici-bas il est un prix céleste ; Mais Dieu demeure à ceux à qui la vertu reste : Dieu, la foi, la tombe et des pleurs !
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A M. DE Brunhofp
Vernonsemper viret.
Le merveilleux certes abonde
Aux climats que vous visitez,
Et le site où vous habitez
Offre un spectacle unique au monde ;
Mais si, de loisirs rebuté,
Tout au changement qui ranime
Vous allez, en flâneur hâté,
A toute vapeur emporté
De Paris, la cité sublime,
Vers Rouen, superbe cité,
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Dès que vous entendrez qu'on crie :
« Vernon I Vingt minutes d'arrêt ! »
Prenez terre, ami, je vous prie.
C'est l'escale ! le lazaret !
C'est la cité blanche et fleurie ; Le coin le plus gai, le plus vert Du plus doux ciel d'azur couvert Au seuil de ma chère Neustrie.
Depuis vingt ans c'est la patrie Où mes pas se sont attachés Moins que mon cœur. Ici j'habite Des murs bien nus de cénobite ; Mes jours y rayonnent, cachés.
Là sont mes fraisiers, mes abeilles.
Mes bouquins et mes manuscrits, Mes semis de roses vermeilles ; Quelques oiseaux, l'hiver nourris, Sur mon seuil vendangeant mes treilles ï trouvent, l'été, des abris.
Comme en joie ils se mettraient vite Le cœur du poète et son gîte Si, pinson moins familier.
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Donnant vos chansons pour loyer Vous preniez, ami que j'invite, Mon foyer demain pour foyer I
A fuir son Louvre ou sa chambrette Et Paris, — l'ardente prison, — Le temps qu'il fait et la saison Tout pousse, et vous que rien n'arrête Laissez au clou la clé des champs !
Aux extra-muros alléchants Prêtez-vous donc, quand tout s'y prête.
Si vous saviez la fraîche paix Et les verts ombrages épais Au centre même de la ville I Le bois, par couple de tilleuls.
Descend jusqu'au fleuve tranquille ; Par couples aussi, seuls à seuls.
On a, du fleuve aux rives nues.
Le choix entre les avenues Pour monter jusqu'aux bois remplis De sources, d'oiseaux et de nids.
Il en est jusque dans l^s rues Des sources, des nids, des oiseaux; Partout des feuillages, des eaux, Et vous apprécîrez le charme Que fauvettes, chardonnerets, Rossignols même des forêts.
Jusque sur notre Place d'Armes, Si furtifs aux heures du bruit, Viennent boire et jaser la nuit. . .
Aimez-vous et trouvez-vous gaies La hêtrée aux dômes mouvants Où les lueurs tremblent aux vents, Et les sombres châtaigneraies ?
Aimez-vous les grands pins altiers.
Et les âpres et doux sentiers Qui conduisent sous les futaies Très loin de tout vestige humain?
Aimez-vous les bruyères vierges ?
Les pèlerins portant leurs cierges Vers Saint-Mauxe, un rosaire en main,
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VERNON VINGT MINUTES d'aRRÊT i41
Ont Taspect et le voisinage
De ces trésors. Sur le chemin
Est un autre pèlerinage
A des tombeaux non moins sacrés
De non moins de culte entourés.
Là sont tombés, — est-ce une chute? —
Frappés en face dans la lutte
Entre deux graudes nations
Pour de mesquines questions
Quelques héros, soldats de France.
Là, Vernon recueillit leur os :
Vernon leur a dû sa défense ;
Eux, ils lui devront le repos
Ensemble, à l'abri de l'offense,
Gomme autrefois sous nos drapeaux...
Là tout parle un langage austère A Tâme en muette oraison.
Nul jamais sans y faire taire Son pas, son rêve, sa chanson, Ne hante ce lieu solitaire ; Et jamais le pâtre, attardé,
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Sur rinscription tumulaire, Sans frisson ne s'est accoudé...
L'œil de là voit au loin les rives Des deux fleuves mêlant leurs flots, Les coteaux rocheux, les îlots.
Les clochers, la Tour-des-Archives.
Le plus varié des tableaux Y déroule ses perspectives :
Voici les Valmeux devant nous, Grand- Val, sa gorge où, sous les saules, Les genêts d*or vont aux épaules Et les menthes jusqu'aux genoux.
Dans son moins bienséant chapitre.
Dont Voltaire a transcrit le titre
En laissant aux choses leur nom,
Rabelais a vanté Vernon
Pour sa « septembrale purée »
Dont le bouquet et le renom
Seraient allés jusqu'à... Chinon.
— Qu'en d'autres lieux soit Vernon autre
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Je n'en veux savoir qu'un : le nôtre ; —
Quoiqu'il en soit de ce point-ci
Ce n'est pas moins chose avérée
Qu'on court aux bouchons de Bizy
De tous les points de la contrée,
Comme ailleurs aux caves d'Ezy
Et qu'il s'y trouve, les dimanches,
Nombreux couples le bras aux hanches,
Danses, chansons, jeux et festins.
Rires, intermèdes clandestins,
Et jours lumineux et nuits blanches...
Nous tâterons ensemble aussi
Des distractions de Bizy :
Vous raffolerez de ses charmes ,
Et si vous êtes bientôt las
De grosse joie et de vacarmes
Une retraite est à vingt pas
Très riche en tout autres appas :
Nous y fuirons jeux, ris et danses ;
Nous reprendrons nos confidences
Avec la rêverie à deux...
Là ce sont gerbes jaillissantes
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Lappes liquides glissantes 3 de grands massifs ténébreux clairières resplendissantes ; rets sentiers, gîtes ombreux, ttes, noirs quinconques superbes, iselets épars dans les herbes :
t s'y trouve ; un vaste horizon léplace et s'y renouvelle haque pas sur le gazon, inx ailés, Chimères, Statues nousse ou de lierre vêtues, iques, terrasses, gradins, nt rêver à ces jardins e conteur arabe amène Hassans et ses Noureddins, ;'attardent les paladins 'ioste, oii la « Docte Reyne »
es Boccace a convié te une immortelle semaine iocte siècle émerveillé... *
larguerite de Navarre et l'Heptaméran.
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VERNON VINGT MINUTES d'aRRÊT 14S
La vaste et splendide demeure!..
Pour qu'on vienne en paix s'y grouper
A peine faut-il y frapper :
Elle est close, or, presque à toute heure,
En ce lieu de délices plein
On laisse à tous liberté pleine,
Et l'hospitalier châtelain
Est moins connu que son domaine...
A la bénir habitués,
Les souffreteux, les dénués,
Savent quelle est la châtelaine...
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Aimez pour être belle, aimez pour è