‹ Vernon: Vingt minutes d'arrêt; heures noires et nuits blanches. Poésies d'unChapitre 31 sur 45 · LA POÉSIE DE L'ORAGE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DE L'ORAGE

En sursaut je me dresse, une plainte à la lèvre Et les flancs secoués d'un lourd frisson de fièvre : Les maux, qui de mes jours sont le faix et Tennui, Se font noirs cauchemars et m'obsèdent la nuit. L'aube tarde, il èstvrai, mais la plaine est couverte De fraîcheur et de paix dont ma fenêtre ouverte Laissera jusqu'à moi le baume pénétrer :

Ame en peine debout et, fût-ce pour ta perte. Pense et vis ; c'est Tinstant de gémir et d'errer : L'homme encor est oisif, la terre encor déserte.

L'approche du jour radieux Rend plus diaphanes tes voiles,

Nuit aux voiles silencieux !

L'essaim des sereines étoiles.

Qui fourmille et flamboie aux cieux,

Entraîne vers les quiétudes,

Mon âme, ivre des solitudes,

Avide d'espace et cherchant

Une aurore, une extase, un champ

Et de rêverie et d'études ;

Un secret d'où s*exhale un chant

Dont les harmonieux préludes,

Plein d'un charme exquis ou touchant.

Emportent toutes mes pensées

Sur leurs traces vite effacées.

Loin, bien loin des traces laissées

Par le stupide ou le méchant...

Mais quoi île ciel lui-même est instable et tout change : Frangé d'or, le voici qui d'ombre au loin se frange. La nuit au lieu du jour renaît à l'orient ; Un nuage y gravit et ressemble, effrayant.

Au chaos en travail de quelque monde énorme Qui d'un rêve confus a l'indécise forme.

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LA POÉSIE DE l'orage 219*

Le ciel est obscurci de lourds entassements ^

Qui croulent du zénith en noirs éboulements : L'ouragan y mugit, y creuse et bouleverse ;

Y construit d'une haleine et d'un souffle renverse Maint horizon géant, fantastique, imprévu,

De noirs monstres hanté, d'affreux spectres pourvu : C'est quelque Thessalie errante, aux monts étranges, Où, pour s'en prendre à Dieu, luttant contre les anges,^ Les démons dans la nue et la foudre, à tous vents. Juchent sur cent Ossas, cent Pelions mouvants ; Par leurs pieds secouée et par leurs poings étreinte L'arène montueuse, où survit leur empreinte.

Change à toute minute et de forme et de lieu : Masse immense où la nuit se heurte avec le feu. Un val béant s'y creuse, un pic géant s'y lève, L'éclair, comme un fouet s'y détend, comme un glaive

Y vole, y tranche, y mord et siffle en y mordant... Le fer rouge ainsi pousse un cri rauque et strident S'il plonge au Styx glacé sortant de la fournaise.

Là glisse un soufre vert sur la pourpre et la braise. Soudain, frappant muet, éclatant après coup,

e bondit en allongeant le cou

Python qui sort en rampant de son antre urs d'en haut revêt l'aile à son ventre, agon : il plane ; un lion : il rugit ; lance, ardent ; et pensée, il agit ;

surhumain, il atteint sans poursuivre, s menacer, sûr de vaincre et survivre, ge un courroux — trop longtemps muselé lie horrible cri brusquement exhalé ; ifîn, sinistre, et grondant par saccade, en sa nuit comme en quelque embuscade..

retourné vers Dieu même ou Satan?

1 s'il s'endort ? — Au souffle d'un autan l'occident la nue amoncelée j et découvre une berge étoilée moutonneux s'émiette dans Tazur.

i paix y berce un disque immense et pur nant au loin sur la nue orageuse, quelque nef céleste et voyageuse...

î'est le désert immobile, étendant d'un roux fauve et là bas, débordant,

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LA POÉSIE DE l'orage 221

Une chaîne d'Etnas, éparse en sombres mornes, Dresse ses rocs ardents, creuse ses gouffres mornes. Un fleuve lumineux s'ouvre en leurs profondeurs Une arche ténébreuse où croulent ses splendeurs ; Son flot de flamme et d'or, dont la pourpre est Técume, Noie, embrase, dévore et la nuit et la brume ; C'est Tastre qui surgit; c'est le jour qui reprend Sur l'orage et la nuit ses droits en conquérant.

foyer où la vie et le jour étincellent î

Tout avec lui s'éveille et renaît avec lui...

De tes flancs, ô soleil, joie, amour, paix ruissellent ;

Tout s'éteignait, voyez : tout rayonne : il a lui !

La sève dans les troncs et le sang dans ma veine

Ont leur source en ses feux ; la brise est son haleine ;

Dans l'homme et l'univers il répand la clarté.

La pensée, indécise et ténébreuse et vaine,

Devient à son contact aube et réalité.

Tout en lui dut germer et tout lui doit d'éclore ;

Sans lui, tout reste informe et rien ne se colore :

Il donne Texistence, il prête la beauté...

— C'est l'âme de notre âme et c'est celle du monde,

ime et féconde nous la vérité.

vie ont des charmes !

;e et mes larmes...

t toi m'absorber trébuchant, retomber i convoitises,

au fond de leurs sottises, ipir, y ramper, riens m'occuper !

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Oui, vous êtes ui A deviné mes ph Oui, n'étant de s Vous savez sans

Je ne sais que m A vouloir me vei A moi-même en '.

Et j'ai l'âme ule(

Vous me trouvez Avec grâce il fai La douleur et la

Mon cri lasse, dé Mais lui seul viei Et seul vaut le p

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xxx[:

A M. PAUI

Ivre d'espoir, vous essaye mon cher Paul ; jeune Cœur franc, loyal, fier, a Vous méritez d'être aime Tout vous y pousse et Di Il faut pourtant ne comp Sur les succès, le bonheu Ils vous sont dus ; or c'es Vous l'expiez ; l'homme j L'homme entre vous et v Il n'admet pas qu'on me Il lui déplaît que vous so^ Et vous voyez qu'un grig

lelque rival à naître , sache aller plus avant il voudrait seul connaître...

omme ; égoïste et sans frein, : corrosif travaille, ladre et sot, rien qui vaille, froid, dur comme l'airain ; 1 n'est seul, il a crainte; iil, de n'être le premier, our sa case restreinte et cieux pour damier...

cette engeance humaine le meilleur est maudit.

[1 qu'une nature vaine iu penseur interdit, et tout se contredit :

: il est fait d'étroitesses, vit de petitesses ; e et baver sur nos fronts, ignobles affronts , au prix d'efforts ignobles,

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A des grandeurs moins hautes et moins nobles Qu'indépendance, exil et liberté... L'amour, qu'envie et nous dispute l'ange, L'amour, extase, ivresse et volupté, Où Dieu mit tant de joie et de clarté, L'homme s'en sert comme d'un piège étrange.

Qu'y trouve-t-il ? Débauche, obscénité, Honte, douleur, le fiel, la nuit, la fange... Et qu'en fait-il? un opprobre, un affront, Un ridicule, un ulcère, le crime.

Le vice... L'homme est sa propre victime.

Puis se plaint, — lui qui nuit, rampe et corrompt, ■ Qu'on le déprave, on le souille, on l'opprime !

L'homme... voyez que la société Est exécrable et faite à son image I — « Paix à quiconque a bonne volonté ! »

A dit d'en haut la voix parlant au mage...

« Paix » ont redit rois et peuple après eux.

Soit ; mais en fait, les brouillons, les hargneux. Le fourbe armé, quelque reître, un corsaire, Ont seuls la paix, aux bons seuls nécessaire,

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JITS BLANCHES

5 a tort.

le étant fort ;

at à la justice,

, Laubardemont

1 supplice

l'Arc, Michel Ney;

d traîné.

e, et fausse,

inte, la loi

a à sa fosse :

t pour soi ;

r Caïphe ;

toujours

e de velours

rd la griffe...

les dans les mains

au des humains.

! î Le rire je dirai mieux, LU des vieux, tout dire

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Et, disant tout ce qui vous tient à cœur, Objectez-moi « que j'ai l'âme farouche ; Que le a Progrès » luit et règne, vainqueur, Et touche à tout, guérissant ce qu'il touche Ainsi qu'un roi les écrouelles >>... Soit !

Ahl le Progrès !... C'est un mot vaste et louche.

C'est un appât mystique et qui déçoit ;

Ce siècle y mord en parfait gobe-mouche.

Mot qui n'est rien qu^un mot, mais qui fît souche^

11 veut tout dire et se résume... à rien :

Rêve et néant ! Le mieux distrait du bien.

De mal en pis tout va, tout mal s'aggrave,

Et Lamartine à dit : « ôtez l'entrave

Aux boucs rétifs, aux taureaux furieux,

Ils deviendront doux, satisfaits, joyeux.

Aux loups du lait ! plus de Jougs arbitraires '

La liberté ! l'égalité ! des frères !

Ni frein, ni hache I et ceux, ne valant rien,

Qui font le mal vaudront mieux, feront bien. »

Quatre-vingt-neuf ! Vous en rêvez peut-être 2

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i VOUS dites : J'y crois!

ine de nos droits, »

5 en seriez le prêtre ? vous mettrait en croix !

tre, ou plutôt renaître.

Tesclave fait maître, ayant ou non le cens, lé de paysans, t marchand, rustre ignare, sol, jusqu'aux passants, Ihon seul cria : « gare ! »

étaient les plus puissants ; le vint-il moins rare ?

[uité, de droit sens?

quelque nom qu'on nomme m grand peuple ? Parfait, duits... on a vu comme :

u'un rien satisfait.

ie souciait à Rome

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De la victoire ; aussi fut Sans le dessein qu'est le ] Qu'est le comparse ? un h En rapsodie avorta l'épo Et Lamartine... est poète

La France avait deux cei La gloire et l'or, vingt fl Et ce trésor faux ou vrai Quelqu'un surgit, jusqu'j Par son nom seul et d'oi Tout il convoite et de toi Pour perdre tout... — Q La proie immense afin q C'est en poussant un ser Les citoyens d'une nouv Dont j'ai parlé... — l'Hi — Remords ni honte...

Entre les mains d'un seu L'homme qu'on sait, on Puis aux meilleurs d'ent Débarrassés d'être homr

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îiits et des droits, un devoir, lut mourir: ils s'en moquèrent ; ^ea... puis il eut des autels I

ien, Monsieur : vils, toujours tels ; vent, sots toujours, fous quand même, lards, bravaches et valets...

ez pas que je raille ou blasphème, — Is, mesquins : connaissez-les !

il au temps de nos ancêtres ramas de robins et de prêtres u'un fers aux pieds, corde au cou ?

it-il aujourd'hui pour qu'un fou n sage et pour qu'on vous tracasse ;ent ? Par Platon rapporté pos à Socrate prêté et fit flamber la carcasse ; ez, quand nous nous emballons.

s c'est trois pas à reculons, ce, — en est-il bien quelqu'une? — foule à courir, fer au poing, , criblé dans son pourpoint,

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Au traquenard où Ton égorge Brune...

Raisonnons donc ; ne disons plus : « nos mœurs^ Les temps... nos pas faits dans la bonne voie...» Et n'allons pas, tout délire et tout joie, Nous étourdir de nos propres clameurs.

On n'a rien vu d'affreux qu'on ne revoie.

Vous naissez presque et moi quasi je meurs,.

Mais ce qui heurte et renverse, et qui broie. Heur ou malheur, il faut bien qu'on y croie.

Les jours affreux que Josèphe a décrits Sont revenus à vingt siècles de date.

Meurtres sans nombres ont dépeuplé Paris.

Vos yeux ont vu la flamme et les débris Tendre nos cieux d'un linceul d'écarlate, Joncher la terre, où les morts n'avaient plus Assez de place en d'atroces tueries. . .

Touchez du doigt : rien n'est flux et reflux Nos mœurs se font pacifiques, fleuries,

cesse, il n'empire jamais aommé l'homme ?... J'admets !

s, pensez-vous, nous demeurent :

de Judas, l'amitié ;

aous avons la pitié ;

ts, les hommes, mais ils pleurent,

t une fois attendris

lé parle et pousse des cris :

r en l'âme retentisse

a bonté, la justice...

îure où la réflexion

t stimule et relance

ctif dans le silence,

id, bien noir : leur passion,

m dessein en balance.

-vous, — la conscience est là, tout redresse et ne laisse violence ou faiblesse ; - Soit : examinons-la.

La conscience Fier tribunal Incorruptible Juste envers t N'en a pas m( Des impudeui Tant que sou En vient, can Ceux qu'il lui Ceux dont il

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