HISTORIQUE
florissante, et les produits de Venise acquirent rapidement, dans le monde entier, une réputation justement méritée.
Jaloux de conserver une supériorité que cherchaient à enlever à l’industrie vénitienne les nations voisines, ses tributaires, et désireux tout à la fois de ne pas laisser échapper une source aussi féconde de revenus, le Conseil des Dix édicta les lois les plus rigoureuses.
C’est ainsi qu’après avoir relégué cette industrie dans l’île de Murano il décréta que, sous aucun prétexte, les verriers ne pourraient quitter l’île, et que la peine de mort serait prononcée contre tout artisan reconnu coupable d’avoir divulgué les secrets de la fabrication. L’impunité n’était même pas assurée au délinquant par sa fuite à l’étranger ; les émissaires du farouche Conseil des Dix savaient l’y retrouver et exécutaient la terrible sentence.
L’application de ces mesures sévères assura à Venise, pendant plusieurs siècles, la suprématie dans la fabrication du verre.
Au xvie siècle, des verreries s’établirent en Angleterre, en Allemagne et en France, et s’appliquèrent spécialement à la fabrication d’objets de gobeleterie.
En Bohême, où la gravure et la taille du verre prirent naissance, l’industrie du verre fit des progrès très rapides; dès le xvne siècle, la pureté incomparable de la pâte et la forme des produits leur donnaient une supériorité incontestée sur les produits similaires des verriers vénitiens.
Au xviie siècle, ces derniers n’étaient restés les maîtres que pour la fabrication des glaces.
A cette époque, Colbert chargea François de Bouzy, ambassadeur de France à Venise, de la difficile mission
INTRODUCTION
de dérober le secret qu’elle possédait depuis plusieurs siècles. Bouzy réussit, par de brillantes promesses, à décider quatre ouvriers vénitiens à partir pour la France. Il se forma aussitôt une société à laquelle Colbert donna des privilèges exorbitants : ainsi, elle avait droit d’expropriation dans tout le royaume. La première fabrique fut établie rue Saint-Antoine (Paris), avec Nicolas Desnoyers pour directeur.
Les débuts furent difficiles, par suite de la mauvaise volonté et des craintes exagérées que manifestaient les ouvriers vénitiens. Ils ne voulaient travailler que seuls et en cachette; quand l’un d’eux était malade, l’usine chômait.
L’œuvre commencée par Colbert menaçait de péricliter, quand Lucas de Nehou parvint à surprendre le secret des Vénitiens. Il fonda alors une société à Paris et alla, en 1695, s’installer au château de Saint-Gobain.
Comme le montre cet exposé sommaire, l’industrie du verre, malgré son développement à travers les âges, ne reposait que sur d’anciens procédés et ne vivait que de recettes mystérieusement transmises.
Depuis quelques années, elle entre dans une voie nouvelle et semble devoir suivre, comme perfectionnement de fabrication et comme applications, le mouvement que les besoins plus pressants et constamment renouvelés de la civilisation impriment à l’industrie moderne.
Des procédés nouveaux de fusion plus puissants et plus économiques, basés sur l’étude des phénomènes de la combustion; l’emploi de moyens mécaniques destinés à suppléer, à remplacer même le travail toujours épuisant et limité de l’homme, l’utilisation judicieuse des richesses naturelles ont permis de trouver au verre des applications