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Fabrication des verres doublés

Nous venons d’indiquer plus haut comment sont obtenus les verres doublés à l’or.

Pour les autres verres, beaucoup moins coûteux, on fait usage d’un autre procédé qui consiste à cueillir d’abord une certaine quantité de verre coloré (400 gram. environ pour une feuille de 1 mètre carré et de 2 millimètres d’épaisseur) qu’on arrondit sur le marbre et qu’on recouvre ensuite par un nouveau cueillage de la quantité de verre blanc nécessaire à la confection de la pièce.

On continue le travail comme pour le verre à vitres, et on obtient finalement une feuille de verre dont une des surfaces est formée d’une couche de verre coloré.

Verre coloré plaqué sur verre blanc. — Le mode, cidessus décrit, de préparation des verres doublés ne permet pas d’obtenir des feuilles de dimensions considérables. En outre, si l’on veut obtenir des verres fortement colorés, on est amené à faire un fort cueillage de verre de couleur et, dans ce cas, on éprouve les plus grandes

400 § 3. — strass. — email, etc.

difficultés pour obtenir l’uniformité cle teinte sur toute la surface de la feuille.

La méthode suivante, d’une application peu coûteuse r supprime tous ces inconvénients et produit un verre coloré qui a partout la même épaisseur et la même intensité de coloration.

Les feuilles de verre à plaquer ou glacer sont recouvertes d’un enduit composé de trois parties de térébenthine et d’une partie de gomme-laque additionnée d’une petite quantité de glycérine, pour empêcher un séchage trop rapide. Elles sont ensuite placées sur un chariot qu’on introduit dans une caisse. Dans cette caisse on fait arriver un courant d’air chargé d’une poudre impalpable d’émail coloré. La couleur se dépose lentement et régulièrement sur les feuilles de verre ; en vertu de la pesanteur, les poussières les plus ténues tombent les dernières, produisant ainsi une couche très fine et parfaitement homogène. Quand le depot est terminé, on vide le chariot et on place les feuilles de verre dans une galerie de séchage d’où on les prend ensuite pour les passer dans un four spécial.

Ce mode d’opérer permet d’obtenir aisément toutes les colorations: notamment le jaune d’argent et le noir, si difficiles à produire jusqu’ici sur de grandes feuilles.

126. — Verres marbrés. — Ces verres, dont le fond peut être opaque ou transparent, s’obtiennent en mélangeant au moment de leur fabrication, par moulage ou soufflage, des verres de coloration différente, et plus généralement un verre incolore à un verre coloré.

On obtient un verre opaque veiné, marbré de bleu, en fondant :

D’une part :

Sable blanc 000

Cryolithe 300

D’autre part :

Sable blanc 900

Cryolithe 300 N° 2

Oxyde de cobalt 5

Quand ces deux compositions sont devenues liquides, on verse le verre n° 2 dans le creuset contenant le verre n° 1, on brasse la masse pendant quelques instants, puis on coule le mélange dans des moules ou sur une table.

Si, au lieu de couler immédiatement le mélange des deux verres, on le laissait pendant quelque temps à la chaleur du jour, on obtiendrait un verre bleu beaucoup moins foncé.

Au lieu de veines bleues, on peut obtenir des veines violettes, en remplaçant l’oxyde de cobalt dans la composition n° 2 par 80 grammes de borate de manganèse ou 50 grammes de bioxyde de manganèse.

On produirait des veines vertes en employant 80 grammes de bichromate de potasse.

Verre marbré rouge au cuivre. — On opère comme il vient d’être dit le mélange des deux compositions suivantes :

Sable

Carbonate de soude ....

Carbonate de chaux ....

Battitures de fer

Protoxyde de cuivre. . . .

CHAP. VI

L’addition d’oxyde de fer a pour but de maintenir le cuivre au minimum d’oxydation. On pourrait employer l’étain, mais il a l’inconvénient de donner de l’opacité.

Pour la préparation du verre marbré ci-dessus, on peut fondre ensemble les deux compositions dans le même creuset en ayant soin toutefois d’ajouter à la masse fondue, si la coloration vient à disparaître, une pincée de charbon de bois ou mieux des battitures de fer.

Le verre obtenu par ces procédés est d'un vert foncé, parsemé de larges veines d’un rouge pourpre. On en peut mouler des objets d’un très bel effet, des plaques qu’on substitue avec avantage au marbre pour les dessous de pendules, garnitures de cheminées, etc.

127. - — Avent urines. — Aventurine jaune . — L’aventurine jaune est un verre qui contient, disséminés dans sa masse, des cristaux excessivement ténus de cuivre métallique et de silicate de cuivre.

Jusqu’en ces derniers temps, ce verre était exclusivement fabriqué à Murano par quelques verriers qui en gardaient jalousement le secret.

Grâce aux travaux de Frémy et Clémandot, on est arrivé à le produire très facilement en chauffant, en présence d’une masse vitreuse, un mélange de protoxyde de cuivre et de silicate de protoxyde de fer (ou simplement des battitures de fer au lieu de silicate).

D’après M. Hautefeuille, les cristaux triangulaires et hexagonaux qui se trouvent dans l’aventurine et qui lui donnent sa couleur jaune ne seraientpas du cuivre métallique, mais bien du silicate de protoxyde de cuivre.

Quoi qu’il en soit, ce verre est obtenu avec toutes les qualités que possède l’aventurine de Murano, en fondant

le mélange suivant:

Glace de Saint-Gobain. ' •» .

Nitrate de potasse

Battitures de cuivre . . . .

Peroxyde de fer

00 (Ilautefeuille)

Quand la fusion est complète, on ajoute 38 grammes de limaille de fer, on màcle et on laisse refroidir très lentement.

Les deux compositions ci-dessus donnent également de bons résultats en présence d’une atmosphère réductrice :

Sable blanc 250

Carbonate de soude sec 100

Carbonate de chaux . . 30

Battitures de fer légèrement calcinées . . 100 à 115

Battitures de cuivre 20 à 25

Sable blanc 250

Carbonate de soude 100

Carbonate de chaux 50

Battitures de cuivre 15 à 25

Sanguine 150

L’aventurine nous paraît être moins le produit de la fusion que du refroidissement; aussi doit-on attacher une grande importance au refroidissement, qui doit être lent et gradué.

Aventurine verte à base cle chrome. — En 1865, Pelouze a découvert un verre analogue à P aventurine, mais dans lequel les cristaux sont formés par l’oxyde de chrome, ce qui donne à cette aventurine une couleur verte d’un très bel effet.

Voici le dosage indiqué par Pelouze :

Sable 250

Carbonate de soude sec. . . . 100

Carbonate de chaux 50

Bichromate de potasse .... 40

Il est à remarquer que les cristaux sont plus nombreux à la surface qu’à l’intérieur des pièces ; aussi est-il recommandé, pour obtenir de cette aventurine tout l’effet qu’elle est susceptible de produire, de la couler en plaques de faible épaisseur.

128. — Verres filigranés. — On donne ce nom à des verres dans la masse desquels se trouvent, sous les formes les plus variées, des émaux opaques blancs ou colorés.

Les procédés employés pour la fabrication de ces verres ne sont bien connus que depuis les recherches auxquelles Bontemps s’est livré et qu’il a publiées sous le titre d 'Exposé des moyens employés pour la fabrication des verres filigranes.

Qu’ils soient à simple filet ou à ornementation compliquée, les verres filigranés sont formés par l’assemblage d’un certain nombre de petites baguettes de forme cylindrique, préparées à l’avance, disposées dans un ordre préalablement déterminé, et souvent alternées avec des baguettes de verre incolore et transparent, réunies ensemble par la chaleur et par le soufflage ; elles sont ensuite façonnées en vases de formes variées, comme toute autre pièce de verre ordinaire. Ces baguettes sont d’une fabrication fort simple, mais qu’il est nécessaire de faire connaître avant d’aller plus loin.

Pour faire une baguette de verre coloré, l’ouvrier prend

avec sa canne une certaine quantité de ce verre dans le creuset et le roule sur une plaque de fer ou de tôle nommée marbre, de façon à en former une masse cylindrique de 6 ou 8 centimètres de longueur. Quand cette masse, qui reste adhérente à la canne, est assez refroidie pour offrir une certaine résistance, on la plonge dans un creuset, qui renferme le verre incolore destiné à faire au premier une enveloppe transparente ; on roule de nouveau cette matière sui* le marbre, et on en forme une espèce de tronçon de colonne de 7 à 8 centimètres de diamètre.

Ce tronçon ayant été réchauffé, on l’étire de manière à lui faire gagner en longueur ce qu’il perdra en circonférence ; pour arriver à ce résultat, un ouvrier colle un pontil à la partie du verre non adhérente à la canne, et, marchant toujours à reculons en sens inverse de l’ouvrier qui tient la canne, il arrive, grâce à l’extrême ductilité du verre, à obtenir un fil ou baguette mince qui peut avoir jusqu’à 380 mètres de longueur, et dont le diamètre varie suivant qu’il a été plus ou moins étiré.

Ces baguettes sont alors brisées en plusieurs parties égales, de la grandeur de l’objet à exécuter, et forment, par l’aplatissement qui a lieu pendant la fabrication, ces filets simples plus ou moins larges, dont sont ornés un grand nombre de verres.

La confection des filigranes torsinés, des cannes ritortes, offre plus de difficultés ; voici, d’après Bontemps, comment on les fabrique: « Pour obtenir des baguettes à fils en spirale rapprochées, qui, par leur aplatissement, produisent des réseaux à mailles égales, on garnit l’intérieur d’un moule cylindrique, en métal ou en terre à creusets, de baguettes de verre coloré, à tilet simple, alternées avec des baguettes de verre transparent ; puis, le verrier prend au bout de sa canne du verre

GH AP. VI

transparent, dont il forme un cylindre massif qui puisse entrer dans le moule garni de ces petites baguettes, et chauffé préalablement un peu au-dessous de la chaleur rouge.

En chauffant ce cylindre fortement, il l’introduit dans le moule, où il le refoule, de manière à presser les baguettes, quijadhèrent ainsi contre le verre transparent ; il enlève la canne en retenant le moule, et entraîne ainsi les baguettes avec le cylindre ; il chauffe encore, et il marbre, pour rendre l’adhérence plus complète ; enfin, chauffant l’extrémité du cylindre, il tranche d’abord cette extrémité avec les fers, il la chauffe de nouveau, la saisit avec une pincette et la tire de longueur avec sa main droite, pendant que de la main gauche il fait tourner rapidement la canne sur les bardelles (bras) de son banc. Pendant que l’extrémité de la colonne s’allonge, les filets de verre coloré s’enroulent en spirale autour d’elle (fig. 125).

Quand l’ouvrier a amené une baguette à la dimension voulue, environ 0m,006 de diamètre, et que les filets sont suffisamment enroulés, il la tranche avec la pincette, chauffe à nouveau le verre adhérent à la canne, et, le saisissant et l’étirant pendant qu’il roule rapidement la canner il procède ainsi à la production d’une nouvelle baguette, et ainsi Fig. 125. Fig. 126. de suite, jusqu’à ce que toute la

colonne soit étirée.

« Pour fabriquer des baguettes qui, par leur aplatissement, produisent des filets en quadrilles (fig. 126), on place dans le moule cylindrique, aux deux extrémités

d’un seul diamètre, trois ou quatre baguettes de verre coloré à fdet simple, alternées avec des baguettes en verre transparent ; on garnit ensuite la capacité intérieure du moule de baguettes transparentes, afin de maintenir les baguettes à filets colorés dans leur position, et on opère comme pour les baguettes précédentes.

« Pour obtenir des baguettes produisant, par leur aplatissement, des grains de chapelet, on fait une paraison soufflée, dont on ouvre l’extrémité opposée à la canne, de manière à produire un petit cylindre ouvert; on l’aplatit afin de ne donner passage qu’à des baguettes, et on introduit dans ce fourneau cinq ou six baguettes à filets simples, colorées, alternées avec des baguettes de verre transparent; on chauffe, on ferme l’extrémité opposée à la canne, puis l’ouvrier presse sur la paraison plate, pendant qu’un aide aspire l’air de la canne, de manière à le faire sortir de la paraison et à produire un massif plat, dans lequel sont logées les baguettes à filets. L’ouvrier rapporte successivement une petite masse de verre chaud transparent sur chacune des parties plates de sa paraison, et il marbre pour cylindrer sa masse. Il obtient ainsi une petite colonne dans l’intérieur de laquelle sont rangés, sur un même diamètre, les filets colorés ; il procède ensuite comme pour les baguettes précédentes, en chauffant et étirant l’extrémité, pendant qu’il roule rapidement la canne sur les bardclles. Par ce mouvement de torsion, la ligne de filet se présente alternativement de face et de profil, et produit des grains de chapelet [fig. 127). On conçoit que les baguettes de verre coloré placées au cenlre de la colonne étant, par le mouvement de torsion, croisées les unes sur les autres, semblent présenter comme un grain de chapelet formé de fils, qui laissent entre eux un espace incolore me-

nagé par les baguettes de verre transparent, qui alternent dans la paraison avec les baguettes de verre coloré.

' « Il arrive souvent que l’on combine les grains de chapelet avec les quadrilles des baguettes précédentes en se servant, pour introduire dans le moule préparé pour les baguettes à quadrille, du cylindre préparé pour les grains de chapelet.

« Quelquefois on ménage au centre d’une baguette un filet en zigzag (fig. 128). Pour cela, on prépare un premier cylindre massif en verre transparent, de moitié du

diamètre de celui que l’on veut étirer, et on fait adhérer, parallèlement à l’arête de ce cylindre, une petite colonne colorée ; on recouvre le tout d’une nouvelle couche de verre transparent, pour produire un cylindre de la dimension voulue pour entrer dans le moule des baguettes à filets. La petite colonne colorée, n’étant pas au centre du cylindre, tournera en spirale autour de ce centre par le mouvement d’étirage et de torsion, et produira un zigzag par l’aplatissement. »

<( Voici maintenant, toujours d’après les indications de Bontemps, publiées par M. Labarte, les moyens employés pour fabriquer avec ces baguettes les verreries à dessin de couleur, soit en simple laticinio, soit en filigrane :

« Lorsque le verrier est en possession de baguettes de verre coloré, de baguettes à dessin filigranique et de baguettes de verre transparent et incolore, il peut procéder comme il suit à la fabrication des vases. Il range

circulairement contre la paroi inférieure d’un moule cylindrique de métal ou de terre à creusets, plus ou moins élevés (/ vj . 129), autant de baguettes qu’il lui en faut pour recouvrir exactement cette paroi. Ces baguettes sont fixées au fond du moule au moyen d’une petite couche de terre molle qu’il y a placée. 11 peut les choisir de plusieurs couleurs ou de plusieurs modèles, présentant autant de combinaisons filigraniques différentes: il peut les alterner ou les espacer par des baguettes de verre transparent et incolore. Les baguettes étant ainsi disposées, on fait chauffer le moule auprès du four de verrerie, non pas pour les ramollir, mais pour les rendre susceptibles d’être touchées par du verre chaud ; alors le verrier prend avec sa canne un peu de verre transparent et incolore, pour en souffler une petite paraison, qu’il introduit dans l’espace vide, formé par le cercle des baguettes qui couvrent la paroi du moule ; il souffle de nouveau pour presser celte paraison contre les baguettes et les y faire adhérer, et retire le tout du moule.

L’aide verrier applique à l’instant sur les baguettes colorées ou filigranées, qui sont ainsi venues former la surface extérieure de cette masse cylindrique, un cordon de verre à l’état pâteux, afin de les fixer davantage sur la paraison.

La pièce étant ainsi disposée â l’extrémité de la canne à souffler, le verrier la porte â l’ouvreau du fourneau pour la ramollir, en faire adhérer toutes les parties, et lui

donner une élasticité capable de la faire céder facilement à l’action du soufflage; puis, il la roule sur le marbre, et, lorsque les différentes baguettes réunies pour le soufflage et la fabrication sont arrivées au point de constituer elles-mêmes une paraison dont toutes les parties sont compactes et homogènes, il tranche avec une sorte de pince un peu au-dessus du fond, de manière à réunir les baguettes en un point central.

La masse vitreuse ainsi obtenue est alors traitée par le verrier par les procédés ordinaires, et il en fabrique à son gré une aiguière, une coupe, un vase, un gobelet, où chaque baguette, soit colorée, soit à dessin filigranique, vient former une bande.

« Si le verrier n’a donné aucun mouvement de torsion à la paraison pendant la fabrication, les fdets de verre

coloré ou les dessins filigraniques restent en ligne droite, partant du bas du vase à la partie supérieure, ou du centre à la circonférence. Mais si, après avoir fait adhérer les baguettes, il a imprimé un mouvement de rotation à la canne, en retenant l’extrémité inférieure des baguettes avec les fers, il en est résulté une torsion imprimant aux différents filets colorés ou à dessins fîligraniques, qui sont entrés dans la composition du vase, cette direction en spirale qu’on rencontre fréquemment dans les verreries vénitiennes ( fig . 130). Les verreries de Murano don-

Fig. 130.

naicnt à ce travail de torsion le nom de « ritorcimenta ».

Les vases ainsi fabriqués étaient appelés autrefois en Italie vasi a ritorti , et plus anciennement a virtortoli , on les nomme aujourd’hui a (iligrana ritorta.

129. — Millefiori. — On connaît ces objets en verre, presse-papiers, boules, dans l’intérieur desquels on voit une multitude de fleurs aux couleurs les plus variées, souvent même des images, des figurines, etc.

On les obtient en recouvrant d’une paraison de verre blanc des verres filigranés disposés dans les rainures d’une plaque de fonte ; on donne ensuite à l’ensemble la forme sphérique, demi-sphérique ou aplatie.

Il est certains de ces objets dans lesquels on a incrusté des matières absolument étrangères au verre, des figurines en terre cuite, des têtes de pipes. Ces pièces ne peuvent être incorporées au verre qu’après avoir été chauffées au préalable, en outre il faut employer un verre parfaitement affiné et très chaud et éviter d’emprisonner des bulles d’air dont la présence enlèverait à l’objet le quelque peu de valeur qu’il possède.

190. — Perles. — L’industrie des perles est une de celles qui avaient pris à Venise la plus grande extension. Outre les perles quiétaientfabriquées pour l'Afrique, où elles servaient et servent encore de monnaie, on en faisait d’autres qui étaient employées à la confection de chapelets, qu’on expédiait à Rome, à Jérusalem, partout où on avait institué des pèlerinages. On en fabriquait également des colliers, des bracelets et mille autres fantaisies que l’habileté des verriers savait varier à l’infini.

Cette industrie avait précédé, à Venise, celle de la fabrication des glaces ; elle a survécu à cette dernière.

car, aujourd’hui encore, de nombreuses usines s’occupent de la fabrication des perles.

On distingue les perles en perles ordinaires ou « conteries » et en perles de choix ou orientoïdes.

Les premières sont obtenues avec des tubes de verre creux qu’on découpe à l’aide d’un couteau d’acier en leur donnant une longueur égale au diamètre que devra avoir la perle. Ces petits cylindres creux sont jetés dans un mélange de chaux et de charbon en poudre fine, et le tout légèrement humecté. On brasse ces morceaux de verre avec le mélange qui, pénétrant à l’intérieur, obture momentanément la partie vide. Cette pratique a pour but d’éviter que, pendant le ramollissement auquel ces verres sont soumis, les vides intérieurs ne s’obturent par le verre lui-même. On porte le tout dans un appareil analogue aux brûloirs à café, auquel on imprime un mouvement de rotation dans un four chauffé au rouge cerise. Sous l’action de la chaleur et de ce mouvement rotatoire, les arêtes s’émoussent.

Après refroidissement on tamise le tout pour recueillir les perles dont on dégage ensuite la partie centrale par agitation dans un sac.

Les perles sont ensuite classées par grosseur et d’après leur aspect plus ou moins satisfaisant, puis on procède à leur polissage en les agitant dans un sac avec du sable, puis avec du son.

Les perles communes plus grosses sont obtenues par soufflage sur le tube de verre lui-même. Ce procédé de soufflage est dû au Vénitien Andrea Viadore, il remonte à l’année 1528. C’est le seul qui soit employé pour la fabrication des perles fines.

Ces dernières affectent diverses formes : sphères parfaites, poires plus ou moins allongées pour boucles

d’oreilles. Elles doivent ressembleraux perles naturelles; aussi leur exécu ( ion demande-t-elle, de la part de l’ouvrier, une très grande habileté.

Un bon souffleur doit connaître les perles naturelles, généralement irrégulières déformés, pour n’exécuter sur les siennes que les défauts qui peuvent faire valoir l’œuvre sortie de ses mains. Pour obtenir ce résultat important, le souffleur frappe avec une petite palette sur certaines parties de la perle encore malléable, qu’il vient de fabriquer ; il produit de la sorte : ici une saillie, là un méplat presque imperceptibles, qui, enlevant à l’objet sa régularité mathématique, en fait une imitation plus ou moins parfaite de la perle naturelle.

Perles colorées. — Autrefois la coloration était donnée par le verre lui-même. On les fabrique maintenant en garnissant la surface intérieure avec les matières colorantes convenables, rendues adhérentes par de la colle incolore.

Les belles perles dites « orientoïdes » reçurent d’abord un orient factice à l’aide d’une couche de mercure, jusqu’au moment où un perlier de Paris nommé Jaequin, trouva, en 1686,1e moyen de remplacer le mercure, dont les émanations sont très dangereuses, par la matière nacrée provenant des écailles de l’ablette.

Les écailles d’ablette sont mélangées à de l’eau salée et à de l’ammoniaque, de façon à constituer une pâte fluide qui, soumise à plusieurs purifications, donne finalement une liqueur d’un reflet et d’un éclat magnifiques, à laquelle on donne le nom de liqueur d’orient.

On estime qu’il faut environ cinquante mille ablettes pour fournir 1 kilogramme de cette essence.

Ainsi préparée, la liqueur d’orient est introduite par

insufflation dans chaque perle, dont la surface intérieure a été au préalable recouverte d’un peu de colle incolore.

131. — Verres murrhins. — On donne ce nom à des objets ayant l’aspect de mosaïques. Ils sont formés de verres de différentes couleurs, agglomérés, soudés les uns aux autres par du verre incolore, puis travaillés, polis de manière à leur donner généralement la forme de coupes ou sébilles.

Ces objets n’ont de valeur qu’autant que le mélange des verres a été fait avec un goût parfait.

On fabrique depuis quelque temps un produit industriel qui, sans avoir, à beaucoup près, la valeur des verres murrhins, présente avec eux une grande analogie de fabrication.

Le procédé, dénommé « procédé de fabrication des marbres factices et vitraux », consiste à agglomérer à chaud et par voie de soudage des morceaux ou déchets de verres de toute nature et couleur.

Une des particularités du procédé gît dans l’association aux fragments de verre, de cristal, de faïence, de porcelaine, de roches naturelles volcaniques et vitrifiables telles que le basalte, les trachytes à texture compacte et à couleurs variées.

Les morceaux dénaturés diverses, broyés ou concassés à grosseur déterminée, sont introduits dans un moule, qui est ensuite chauffé à la température voulue pour amener l’agglomération.

Dès que cette première fusion — incomplète — est terminée, on passe le moule dans un four à recuire en garnissant d’abord le fond du moule de verre très ordinaire et appliquant sur cette matière commune du verre riche teinté ; on réalise un produit d’une seule masse très homo-

gène et d’un effet décoratif des plus séduisants, quoique d’un prix de revient très réduit.

Pour faire les marbres, on trace au préalable des sinuosités en creux sur la couche du fond, sinuosités qui sont remplies de matières colorées dans les tons du marbre à imiter.

Dans le même ordre d’idées, M. Gros a préparé des verres polychromes, qui sont la reproduction de pièces du même genre qui ont été recueillies à Pompéi et en Égypte. Les résultats qu’a obtenus M. Cros, à l'aide de procédés qui lui sont particuliers, permettent de prévoir que l’industrie pourra obtenir des effets décoratifs présentement inusités, mais familiers aux verriers de l’antiquité.

132. — Mosaïque. — Les anciens connaissaient ce mode de décoration, et l’application en était très répandue dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, pour la reproduction des tableaux des maîtres de l’époque : témoin la célèbre mosaïque qu’on voit au musée de Naples et qui est la reproduction d’un tableau représentant la bataille d’Arbelles, gagnée, en 331 avant Jésus-Christ, par Alexandre sur Darius.

Vers le ive siècle, la mosaïque devient le mode de décoration par excellence des édifices religieux, aussi bien en Orient qu’en Occident, et conserve son prestige jusqu’à la Renaissance, époque à laquelle cet art s’efface devant la peinture.

Actuellement, la mosaïque revient en faveur et tout fait prévoir que cet art* qui se relève en France, sera apprécié comme il mérite de l’être et se généralisera.

L’artiste mosaïste doit avoir à sa disposition des

émaux de toutes couleurs et aux nuances les plus variées. Il exécute ses compositions de la façon suivante :

Dans une caisse ayant la dimension du dessin à reproduire on coule du plâtre en couche bien plane, sur laquelle on trace ensuite le dessin au crayon. A l’aide d’un outil spécial, l’ouvrier enlève peu à peu le plâtre, saupoudre la partie creusée d’un peu de pouzzolane, puis y encastre un fragment d’émail de la couleur voulue.

Quand le dessin est complètemen t reproduit, on détermine l’adhérence de tous ces fragments vitreux, en collant à la surface une feuille de carton ; cela fait, on retourne la caisse et on applique l'ensemble de ce dessin sur une couche déciment. Après solidification, on enlève le carton, et la mosaïque est constituée à l’état de panneau que l’on applique là où elle doit être placée. Le procédé porte en Italie, où il est très en honneur, le nom de mosaïca a rivoltatura.

Les mosaïques communes sont fabriquées par un procédé beaucoup plus expéditif qui consiste à décalquer à l’envers le dessin sur un papier qu’on colore ensuite ; les fragments d’émaux sont collés sur le papier en se guidant sur la coloration. Quand le dessin est exécuté, on retourne l’ensemble pour l’appliquer dans le mastic.

Les émaux de mosaïque sont généralement préparés avec la composition :

Sable 1,300

Nitrate de potasse 60

Fluorure de calcium 300

Carbonate de soude 400

Émail broyé 500

Minium 600

Cette composition est colorée par des oxydes métal-

liques. Les émaux destinés aux fonds d’or ou d’argent sont préparés à Murano en plaçant une feuille d’or ou d’argent sur un disque en verre incolore légèrement concave. On fait chauffer, puis on recouvre d’émail en fusion ; on aplanit et on réchauffe lentement.

Dans ces derniers temps, ona eu l’idée d’appliquer les émaux composant une mosaïque ou un dessin quelconque directement sur étoffes. Les émaux, préparés en plaquettes très peu épaisses, sont collés sur le tissu auquel ils sont rendus adhérents au moyen d’une dissolution de caoutchouc dans la benzine.

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