Verre iile. Coton ou laine de verre
— Les propriétés de malléabilité du verre permettent de le filer en fils fins aussi ténus que de la soie, et on a fait longtemps à Venise des étoffes tissées avec du verre filé des couleurs les plus variées. Le verre présente pour cet usage l’inconvénient de ne pas posséder une élasticité suffisante ; ces étoffes, en effet, s’usent rapidement, les fils de verre se cassant à l’endroit où ils ont été pliés.
Pour obtenir le verre aussi fin qu’il le faut et suivant les usages auxquels il est destiné, on l’étire à la lampe d’émailleur en l’enroulant sur des tambours en bois ou en carton animés de la vitesse voulue.
Le verre a été préalablement préparé en fils ou baguettes de gros diamètre, qu'on réchauffe localement à une de leurs extrémités.
Le verre filé, qui se fait de toute couleur, sert pour des objets de parure et de modes, et en particulier pour des aigrettes.
Coton ou laine devenue. — Le coton ou laine de verre,
CHAP. AI
qui doit être vendu à un prix beaucoup plus bas que le verre filé, est obtenu par des procédés différents, plus économiques.
Pour le fabriquer on dirige un jet de vapeur surchauffée, de telle façon qu’il coupe en angle droit un filet de verre fondu, extrêmement fluide, tombant verticalement d’un creuset ou d'un four où il a été préalablement fondu; ce jet de vapeur animé d’une très grande vitesse divise la veine fluide et forme une série de petites sphères qui, entraînées elles-mêmes, étirent derrière elles le fil auquel elles sont attachées; il s’ensuit que le produit brut obtenu est composé de fils très fins, au milieu desquels sont dissiminées une multitude de petites boules de verre qu’on peut séparer ou non après coup.
On utilise un produit analogue obtenu avec des laitiers de haut fourneau à la confection d’enveloppes calorifuges.
Coefficients d'isolement
Poils
Laine minérale de lre qualité. . . .
Sciure de bois
Laine minérale de 2e qualité ....
Charbon de bois
Sapin coupé en travers
Terre
Asbeste
Enveloppe d’air
Les expériences dont nous donnons
ci-dessus
les
résultats montrent que ce produit, nommé « laine minérale », est un isolant de premier ordre, qui est d’autant
plus actif qu’il est plus ténu. Il présente,
en outre.
sur
la plupart des autres matières isolantes l’avantage de ne pas s’altérer à la chaleur.
Emploi du verre fdè pour la fabrication des mèches
de lampes. — On fabrique, on Allemagne, des mèches de lampes en verre filé; elles présentent sur les mèches ordinaires l’avantage de débiter plus régulièrement le liquide (pétrole ou alcool), de pouvoir être maniées avec plus de sécurité et de donner lieu à une odeur moins désagréable.
Verre diamantê. — On utilise encore la grande malléabilité du verre pour la confection d’un produit connu dans le commerce sous le nom d v diamantê, employé par les fabricants de fleurs artificielles.
Ce verre, qui n’a pas une épaisseur déplus de 1/20 de millimètre, est obtenu en soufflant fortement dans des tubes de verre minces, chauffés à une de leurs extrémités ; on obtient ainsi des vessies informes qu’on écrase ensuite entre deux linges.
La poudre très légère et brillante ainsi obtenue est analogue, comme éclat, aux plus belles lamelles de mica.
134. — Yeux artificiels. — La fabrication des yeux artificiels a une importance beaucoup plus considérable qu’on n’est porté à le supposer généralement, soit qu’il s’agisse de reproduire les yeux d’animaux, soit qu’on veuille reproduire les yeux devant servir à la prothèse •oculaire humaine.
La fabrication des yeux d’animaux se fait au moyen d’émaux des couleurs les plus variées, dont la composition doit être telle que l’accord soit complet entre eux, c’est-à-dire qu’ils aient tous le même coefficient de dilatation.
On commence par former à la lampe d’émailleur, en verre de couleur convenable, une sorte de lentille devant
former la cornée, sur laquelle on soude successivement les émaux destinés à former l’iris, puis la pupille ; le tout est ensuite recouvert d’un cristal très blanc, donnant à l’œil sa dimension définitive.
Les yeux qu’on fabrique ainsi sont aussi variés de couleur que de dimension; ils sont généralement recuits.
La fabrication de ces produits spéciaux se fait principalement à Paris et donne lieu à un commerce important : ces yeux servent non seulement à la naturalisation, mais encore pour des jouets, des poupées et des objets de mode.
Les yeux servant à la prothèse oculaire humaine doivent être fabriqués par des spécialistes avec des soins tout particuliers ; pour ne pas fatiguer celui qui les porte, ils doivent être aussi légers que possible et fabriqués en verre peu altérable, les liquides sécrétés dont ils sont baignés ayant une tendance à en altérer la surface et à la dépolir. Pour les obtenir, on commence par faire à la lampe d’émailleur une coque en émail de la forme de l’œil à imiter et d’une épaisseur analogue à celle d’une coquille d’œuf ; sur cette coque on rapporte après coup des émaux de couleur destinés à former l’iris et la pupille.
Ces objets fabriqués avec grand soin sont d’une imitation parfaite ; ils sont toujours d’un prix relativement élevé.
§ 4. — Vitraux
Quoique le verre ait été employé à la décoration des monuments presque en meme temps pour ainsi dire qu’il a été découvert, comme l’attestent les mosaïques trouvées à diverses époques en Assyrie, en Phénicie, en Égypte, en Grèce, en Italie, il est à peu près certain que ce n’est qu’au vie siècle qu’on paraît avoir pensé à l’utiliser pour la décoration des fenêtres des édifices religieux, sous la forme de vitraux, sortes de mosaïques translucides, formées de morceaux de verre diversement colorés, juxtaposés et réunis entre eux. Il résulte d’une étude très intéressante qu’a faite M. Lucien Magne, que c’est en France, dans les Gaules, que la pratique de cet art paraît avoir pris naissance. Par le développement qu’il a pris du vu6 au xyi6 siècle, par l’importance et le nombre des oeuvres qu’il a enfantées, dont malheureusement une trop faible partie nous a été conservée, on peut dire qu’il a été l’un des éléments décoratifs les plus précieux de l’architecture française.
Ce n’est qu’en petit nombre qu’on trouve des vitraux anciens dans quelques monuments des divers États de l’Europe, et encore ont-ils été exécutés, le plus souvent, sous l’inspiration d’artistes français.
Le vitrail est une sorte de mosaïque ou d’émail cloisonné; il serait aussi logique de le comparer à une tapisserie transparente ; on peut assimiler une verrière rigoureusement décorative à un tapis d'Orient, comme on peut ranger le vitrail de style moins archaïque dans la
famille des grandes tapisseries d’origine flamande, où les figures, dont l’ensemble constitue un sujet unique, se superposent de manière à faire comprendre une surface à peu près plane, sinon un seul plan.
Les procédés de fabrication mis en œuvre dans l’art de la peinture sur verre depuis 800 ans et que l’on n’a pas la liberté de changer, ne se prêtent nullement d’ailleurs à une assimilation entre le vitrail et le tableau.
La multiplicité des plombs et la petite dimension des pièces de verre sont indispensables à la solidité et à l’effet; elles entraînent à leur suite un système d’exécution tout particulier et dans lequel un dessin clairement indiqué, des figures aux gestes simples, mais peintes largement, produisent de vigoureux et puissants contrastes. En résumé, le plomb qui assure la solidité en divisant le verre en petits fragments et qui accuse fortement les silhouettes, le verre coloré dans la masse, seul moyen d’obtenir une coloration franche et transparente, sont, en sus des nécessités de composition dont nous venons de parler, les conditions essentielles du véritable vitrail.
La manufacture de Sèvres exécutait autrefois de& vitraux dans lesquels le plomb était à peu près supprimé, et la coloration obtenue au moyen d’émaux peints sur le verre blanc; mais ce procédé, d’un emploi fort difficile et fort coûteux, se trouvait si impuissant, qu’un vitrail ainsi compris n’avait guère plus de valeur qu’un beau store et constituait une œuvre excessivement fragile.
Les artistes de nos jours s’efforcent, en tenant compte des qualités qui appartiennent à ces deux modes de compositions des vitraux, de les combiner de façon à réunir la force et la souplesse, les nuances correctes du modèle et la vigueur d’un puissant cloisonnage.
Ce résultat n’est évidemment pas aisé à obtenir, mais il n’en donne que plus de valeur aux conceptions hardies de ceux qui entreprennent ce difficile assemblage.
135. — Fabrication clos vitraux pour décoration. Vitraux peints. — Pour la peinture du verre on a recours à:
1° Un fondant vitreux, sorte de cristal, plus fusible que le verre;
2° Une matière colorante formée par un ou plusieurs oxydes métalliques.
Voici la composition de divers fondants :
Sable
Minium
fondant
Acide borique cristallisé. . .
Fondants
Sable
Minium . . .
Borax
Quartz
Minium
Salpêtre
KOCO2
Les oxydes métalliques colorants sont ordinairement obtenus par précipitation. Ainsi pour l’oxyde de cobalt et l’oxyde de fer, dont l’emploi en mélange doit donner une matière colorante, on en fait deux dissolutions en chlorures contenant exactement la proportion relative des deux métaux. On précipite les solutions par un excès de NaOCO2, on lave et on calcine en présence de chlorure de sodium ; on lave de nouveau et on soumet à une nouvelle calcination, mais cette fois sans addition de chlorure de sodium.
CHAP. VI
Voici la composition des diverses matières colorantes :
Couleurs brunes
Brun
Bois
Sépia
Noirâtre
Fer
Zinc
Mélange d’oxydes de cobalt et de nickel
Oxyde de cobalt. .
Noir
Fer métallique (em
iployé
en oxyde)
Bleu
Carbonate de cobalt. 60
Alumine hydratée. . 135 à 180
Rouges
Colcothar ) quantité Pourpre de Cassius ( variable
Verts Verts bleuâtres
Oxyde de chrome . ..... 76 38
Alumine hydratée 135 135
Oxyde de cobalt » 38
On obtient l’oxyde de chrome en mélangeant du bichromate de potasse avec du soufre. Ce mélange est placé dans un têt d’argile au centre duquel on dispose un morceau de soufre auquel on met le feu. Quand la combustion est complète, on lave et on recueille l’oxyde de chrome. Pour l’application, on fait un mélange de vingtcinq parties de fondant pour dix parties d’oxyde métallique qu’on broie ensuite et qu’on délaye dans l’essence.
136. — Exécution d’un vitrail. — L’artiste opère d’après un tableau ou dessin dont il fait, au préalable, une copie ou « carton » à grandeur d’exécution.
Sur ce carton sont indiquées les grandes barres, c’està-dire les lignes transversales qui représentent la place qu’occuperont les fers destinés à soutenir le vitrail dans la baie de la fenêtre.
L’artiste doit, dans l’étude du croquis, ou « maquetté »,
•s’être arrangé de manière que le passage de ces barres ne coupe aucune partie intéressante de son sujet. On ne saurait apporter trop de soins dans le placement des barres, car c’est le seul noir qui nuise dans le vitrail, et l’on ne peut malheureusement s’en dispenser. Lesplombs, en accusant les contours ne font, quand ils sont bien placés, que donner plus d’énergie au dessin.
Sur le vitrail terminé on met assez fréquemment, sur la face opposée à la peinture, une couche de « dépoli », qui a pour but d'en diminuer l’éclat, pour se rapprocher de l’effet produit par les vitraux anciens.
Ce dépoli est composé de :
Porcelaine pilée 300
Fondant n° 2 200
On prépare également des vitraux à l’aide de verres colorés, doublés ou triplés, sur lesquels on enlève ensuite à la roue ou à l’acide, aux endroits voulus, tout ou partie de la couche colorée. Pour les objets de fabrication industrielle on procède à cet enlevage par impression d’une réserve et par immersion dans l’acide fluorhydrique.
C r ayons pour écrire sur le verre. — M. Lacroix a su combiner les matières colorantes avec un support qui puisse les maintenir. Chaque trait laisse sur le verre assez de matière colorante pour qu’on ait un dessin par la cuisson. On fait ainsi des paysages, des portraits, etc.