LE BAPTEME DU CHRIST
Deux peintures seulement peuvent être attribuées avec certitude à Verrocchio : le Baptême du Christ, que cite Vasari, et la Madone de Pistoia, attestée par un document. Nous étudierons tout d'abord ces deux œuvres, dont l'une est une des premières peintures du maître, et dont l'autre appartient aux dernières années de sa vie.
Le Baptême du Christ est une peinture à l'huile, et c'est le premier point sur lequel il faut insister. La peinture à l'huile, importée par Domenico Veneziano, était encore une grande nouveauté à Florence, et il semble que ce soit Verrocchio qui ait le premier compris toutes les ressources de ce nouveau procédé. Le Baptême du Christ va nous montrer les recherches de Verrocchio dans cette manière de peindre, qui présentait encore aux Florentins tant de difficultés, parce qu'ils n'avaient pas l'expérience des artistes du nord dans l'art de composer les couleurs.
LES MAITRES DE L'ART
de préparer les huiles et de rendre les effets de clair obscur ^
Le Baptême du Christ est une œuvre de recherches, de tâtonnements, dont les différentes parties sont de qualité inégale, où il semble que nous pouvons suivre l'évolution de la manière du maître, s'élevant de la figure sèche de saint Jean-Baptiste aux modelés précis du Christ et aux merveilleuses souplesses des têtes d'anges (Pl. p. loi).
En examinant ce tableau, il faut nous rappeler ce que dit Vasari de la méthode de travail si lente de Verrocchio, qui laissait reposer ses œuvres pour les reprendre plus tard, se délassant de ses travaux de sculpture par des travaux de peinture, que souvent il laissait inachevés.
Le groupe principal du Baptême a été certainement conçu le premier et, des deux figures qui le composent, on doit tenir le saint Jean pour la première à laquelle il ait travaillé. C'est une figure très expressive, tant par l'acuité du regard que par la vivacité de l'attitude, mais c'est surtout une figure où Verrocchio a voulu préciser le dessin des nus, des bras, des jambes et des mains. Son amour de la nature, et sa volonté de lui être fidèle, s'affirment dans le dessin de ces formes, dont la maigreur est si patiemment étudiée. Le bras baissé, notamment, et
I. Les préparations du Baptême du Christ ont été faites a tempera^ mais les parties les plus fines du modelé sont peintes à l'huile.
Cliché Alinari.
Deux Anges. Détail du « Baptême du Christ ». Académie des Beaux-Arts, Florence.
VERROCCHIO io5
la main qui tient la croix, semblent comme des préparations anatomiques. Il est permis de croire que le maître, dans cette exagération des fibres et des veines saillantes, ne voyait qu'un dessous ; un travail ultérieur devait mettre un peu de chair sur ce squelette. Par comparaison avec toutes les autres figures du tableau, non seulement les formes sont ici trop dures et trop raides, mais Texécution est plus pénible et moins achevée.
Du saint Jean-Baptiste au Christ le changement est tel qu'on se croirait en présence de l'œuvre d'un autre artiste. Sans doute, Verrocchio est encore loin d'avoir trouvé la belle figure du Christ de Vlncrédîilité ; nous sommes évidemment ici à la première période de sa vie, mais déjà on voit apparaître la recherche de la tendresse dans le regard du Christ, dans l'attitude générale du corps, dans la position des mains, unies dans un mouvement d'humilité, de reconnaissance et de prière. Cette figure nous dit que l'art de Verrocchio sera un art plus tendre et plus délicat que puissant.
Et c'est là, en effet, un des grands changements qui marquèrent la seconde moitié du xv^ siècle. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer le Baptême de Verrocchio au Baptême de Piero délia Francesca% où nous voyons un Christ noble, grave, impassible, tout concentré en soi-même, dont tous les traits produisent une impression de saisissante grandeur.