LES DESSINS
Pour connaître Verrocchio comme peintre, auprès de ces deux tableaux, les seuls certains que nous possédions de lui, il faut placer ses dessins. Ils aideront à nous révéler le sens de ses recherches et son idéal. Ces dessins étaient célèbres. Vasari, qui est assez sévère pour Verrocchio, les a loués en des termes tout à fait exceptionnels :
J'ai, dit-il, quelques dessins de lui faits avec beaucoup de patience et une remarquable intelligence, au nombre desquels il y a quelques têtes de femmes, charmantes par leur air gracieux et par l'arrangement de la chevelure, dessins que Léonard, en raison de leur beauté, imita toute sa vie K
Si l'on songe en quelle estime Vasari tenait Léonard, le considérant comme le créateur du style
I. «Sono alcuni disegni di sua mano nel nostro libro, fatti con molta pacienza a grandissimo giudizio; infra i quali sono alcune teste di femina con beir arie ed acconciature di capelli, quali, per la sua bellezza, Lionardo da Vinci sempre imito. »
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LES MAITRES DE L'ART
moderne, on comprendra l'extraordinaire importance de cet éloge. Ici, il ne nous présente plus Verrocchio comme un peintre incapable, connaissant moins bien son métier que les apprentis de son atelier ; il ne dit plus que le jeune Léonard a inspiré à son maître ses plus belles créations ; ces admirables figures de femmes, avec la distinction de leurs traits, la coquetterie de leurs atours, surtout la beauté de leur regard et la finesse de leur sourire, c'est Verrocchio qui les a créées, et elles pourront servir de guide à Léonard lui-même pendant toute sa vie.
Les dessins de Verrocchio que nous possédons encore sont malheureusement très rares, mais les trois ou quatre que nous pouvons lui attribuer avec une presque certitude suffisent à justifier les éloges de Vasari.
C'est d'abord la Tête d'ange des Uffizi, où nous trouverons le type de visage qu'il a préféré (Pl. p. 1 2 1 ) . C'est une tête ronde, aux joues pleines, qui contraste avec les traits allongés chers à Botticelli. Le nez est court et un peu gros vers les narines 4 les paupières sont grandes et saillantes, les lèvres fortes, et la tête est encadrée d'une longue chevelure à boucles frisées. L'expression est d'une grande douceur, sans tristesse ni mélancolie. Peut-être sommes-nous ici à une période encore peu avancée de la vie du maître, au moment où il crée le David et les anges du Baptême, figures charmantes, qui sont empreintes du même caractère de vie calme et heureuse.
II faut également attribuer à Verrocchio la Tête de femme du British Muséum ; l'œuvre est plus tardive sans doute : nous y trouvons le même type général, — même attitude penchée, même rondeur de la tête, même bouche et mêmes paupières, — mais la pensée est devenue plus profonde, le sentiment plus intense. Le regard méditatif, les lèvres un peu serrées, donnent à la figure ce caractère particulier de beauté subtile et mystérieuse qui va devenir la caractéristique de Tartde Léonard. Ce dessin a été considéré comme une des plus belles oeuvres de ce dernier maître. Jusqu'au jour où Morelli en a revendiqué l'attribution pour Verrocchio, attribution que personne ne songe plus à contester (Pl. p. i25).
Nous avons enfin quelques croquis de petits enfants du musée du Louvre qui sont certainement de Verrocchio. Ils nous montrent avec quelle sûreté de main, avec quelle fermeté et quelle simplicité il dessinait d'après nature.
Ces trois dessins sont les seuls qu'ait retenus, comme étant de Verrocchio, M. Berenson dans son beau livre sur les dessins des maîtres florentins ^ Toutefois, parmi les nombreux dessins qui sont classés dans l'école du maître, il en est un qui me paraît avoir une importance exceptionnelle. C'est une Tête de femme du musée des Uffizi, qui a été attribuée à Léonard et que Morelli considère comme une copie flamande d'après un original de Verrocchio. Peut-