I . The Drawings ofthe Florentine Painters, Londres
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être le dessin, en raison de la dureté de certains traits, doit-il être tenu pour une copie plutôt que pour un original ; je ne sais ; mais il me paraît difficile de ne pas y voir plus que dans tout autre l'esprit et l'art de Verrocchio. C'est lui qui a dessiné avec tant de soin, autour de ce charmant visage, le réseau des jolies mèches de cheveux bouclés, qui les a délicatement tressés, entremêlant aux frisures et aux tresses les bijoux, les rubans et les voiles légers. Là vraiment nous trouvons ce type de figure con bel' aria ed acconciatura di capelli, dont parle Vasari (Pl. p. 129). A défaut de toute peinture, ces dessins suffiraient à nous dire ce que fut Verrocchio comme chantre de la grâce et de la beauté.
l'annonciation
En possession de ces données, connaissant Verrocchio par ses nombreuses sculptures, par ses peintures du Baptême du Christ, de la Madone de Pistoia et par ses dessins, nous pouvons aller à la découverte et tenter de déterminer les tableaux qu'il semble logique de lui attribuer.
Je vais tout de suite au plus important de tous, à l'Annonciation des Uffizi. Je n'ai pas l'intention, dans ce livre, de discuter longuement toutes les peintures qu'on donne à Verrocchio, mais ici la question
est si capitale, elle entraîne de telles conséquences, qu'il convient de l'examiner d'une façon aussi approfondie que possible (Pl. p. i33 et 141).
Lorsqu'on étudie une œuvre d'art et que Ton rencontre de grandes difficultés pour découvrir le nom de son auteur, il est des recherches préliminaires que l'on peut faire, semblables à des travaux d'approche. On doit tout d'abord se rendre compte de sa valeur. Il est permis à la critique de ne pas toujours reconnaître l'auteur d'une œuvre d'art, mais elle ne devrait pas se tromper sur la qualité de cette œuvre. Ici, aucune hésitation n'est possible et tout le monde s'accorde pour affirmer que l'Annonciation des Uffizi est une œuvre d'une très grande beauté.
Quand la valeur d'une œuvre d'art est déterminée, il faut en fixer la date. Toutes les époques ont des caractères propres, qui ne permettent pas de les confondre entre elles.
L'Annonciation est de traits si nets, si particularisés, soit par la composition, soit par la facture, qu'il semble qu'on ne puisse se tromper en la classant dans la décade de 1470. C'est le style précis et minutieux des maîtres qui ont précédé immédiatement Botticelli et Ghirlandajo. C'est leur art de draper les figures, de dessiner les mains, d'ordonner le paysage^ de détailler les fleurs et les brins d'herbe et de ciseler de jolis motifs de sculpture.
Si l'on est d'accord sur la date à donner à cette peinture, il semble que, pour son auteur, on ne
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puisse plus hésiter qu'entre deux noms, VerroccRio et Léonard ; et si la critique hésite encore entre eux, il faut reconnaître qu'elle a déjà singulièrement restreint le champ de ses recherches. C'est beaucoup qu'elle soit arrivée à écarter des noms tels que celui de Ridolfo del Ghirlandajo, maître du xvi® siècle, que proposait Morelli.
Le catalogue des Uffizi et la généralité des écrivains attribuent cette œuvre à Léonard. Il me paraît plus logique de l'attribuer à Verrocchio, comme M. Berenson a, le premier, proposé de le faire. En analysant les diverses parties de cette œuvre, j'essaierai d'indiquer successivement les divers arguments qui plaident en faveur de l'attribution à Verrocchio.
L'Annonciation a toujours été un des sujets préférés de Part chrétien, et il était bien fait pour plaire aux Florentins du xv^ siècle, à ces artistes qui s'intéressent par dessus tout à la tendresse des sentiments et à la beauté des formes. Quel motif plus séduisant que celui qui met en scène un beau jeune homme s'agenouillant aux pieds d'une femme ?
Les artistes chrétiens, et à leur tête Fra Angelico, empruntant leurs modèles aux chastes recluses des cloîtres, ont dit tous les sentiments d'humilité et d'obéissance que peut éprouver la Vierge Marie. L'élève de Fra Angelico, Filippo Lippi, commence à modifier le motif en insistant complaisamment sur la beauté de l'ange et de la Vierge.
Avec Verrocchio, le motif tend de plus en plus à
Tête d'ange.
Dessin au crayon noir. — Musée des Offices, Florence.
perdre son caractère religieux. Ce n'est plus Thumble Marie qui s'incline, muette d'étonnement, à Tannonce du miracle céleste, c'est une reine aux pieds de laquelle se prosterne un adorateur, une reine parée de tous les dons de la vie : jeunesse, beauté, richesse. Elle est devant nous, non pas confinée au fond d'un cloître, dans une ardeur de foi religieuse, mais toute ornée de riches atours, devant son palais, au milieu d'un parterre couvert de fleurs, près de son prie- Dieu, merveille artistique ciselée pour elle : c'est une princesse, une grande dame florentine, qui, gentiment, quitte sa lecture et regarde droit devant elle, sans manifester aucune surprise à la vue de cet ange prosterné à ses pieds. Elle écoute les paroles du messager céleste : « Je vous salue Marie, pleine de grâce ». Mais elle ne répond pas : «Je suis la servante du Seigneur », elle n'abaisse pas ses beaux yeux limpides, elle ne courbe pas la tête : rien ne Tétonne de ce qu'on peut lui offrir. Elle est la reine du monde et elle reçoit l'ange du ciel comme une Médicis reçoit les ambassadeurs qui viennent lui offrir un royaume.
Elle est belle et elle est heureuse : c'est une jeune fille à l'aurore de la vie, dont aucune inquiétude n'a effleuré l'esprit, dont aucun trouble n'a remué le cœur. Comparée à d'autres types de femmes, aux Vierges de Botticelli et de Léonard, elle nous frappe par le calme de son âme. Botticelli, plus ému, plus violent, ne peut se contenter de formes aussi simples ; Léonard, plus subtil, dit les tourments de sa pensée
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et met sur le visage de ses Vierges une mélancolie que Verrocchio ne connaît pas.
La figure de Tange conserve chez Verrocchio son type traditionnel, mais avec quelques légers changements. Il n'y avait pas ici à modifier Tidée. C'est toujours un ange, mais c'est surtout un jeune homme qui rend hommage à la beauté de la femme. Il s'agenouille devant Marie, mais il ose la regarder et le motif de TAnnonciation tend à devenir non seulement un poème d'humilité, mais un poème d'amour.
Ce qu'il faut marquer dans cette attitude de l'ange, qu'il s'incline devant la mère du Christ ou devant la beauté d'une femme, c'est l'ardeur de son respect, c'est le servage de l'adorateur, c'est le prestige de la femme; et ici Verrocchio, pour rendre plus frappante cette idée, a imaginé une disposition à laquelle nul n'avait pensé avant lui. Par une merveilleuse intuition d'artiste, il a compris quel effet saisissant pouvait résulter du fait de la distance établie entre les deux personnages. Seul de tous les maîtres qui ont traité le motif de r Annonciation^ il a vu que ce devait être un motif en largeur et que rien ne pouvait mieux marquer le respect, la vénération de l'ange, que de le placer très loin de la Vierge, comme s'il trouvait peu respectueux de s'approcher d'elle ^
I. Dans la petite Annonciation du musée du Louvre, le panneau est de même très allongé ; mais le sens de cette
Le style du paysage rappelle les œuvres exécutées vers 1470. Verrocchio reproduit, dans le lointain, des arbres tels qu'on les taillait dans les villas florentines ; et il ne serait pas surprenant que nous ayons dans ce tableau la représentation d'un jardin d'une des villas de Lorenzo de Médicis, peut-être de cette villa de Carregi, pour laquelle Verrocchio fit la fontaine avec V Enfant au dauphin. Après 1480, les artistes, Botticelli et Léonard, par exemple, ne se contenteront plus de représenter les arbres au dernier plan, ils les rapprocheront pour pouvoir étudier avec plus de détail les feuilles et les branches*.
Il est pourtant une partie du paysage qui n'est pas florentine, c'est le fleuve, avec ses navires, son port, les montagnes qui le dominent. Il y a là quelque chose d'anormal, car ni un grand fleuve, ni une partie de mer ne se voient de la terrasse d'une villa
forme est perdu. L'artiste, au lieu de laisser un grand espace entre les deux personnages, met cet espace sur les bords du cadre, ce qui est un contre-sens, un arrangement sans signification et sans beauté. Dans aucun cas on ne devra considérer cette Annonciation du Louvre comme antérieure à celle de Florence. C'est une imitation faite dans l'atelier de Verrocchio, une œuvre de faible valeur où l'on remarque bien des fautes de dessin ; par exemple, dans le nez delà Vierge, qui est trop fort, ou dans les yeux, qui sont trop éloignés l'un de l'autre. Si elle est de Léonard, comme la critique actuelle le suppose un peu témérairement, il faudrait la tenir pour une œuvre de sa première jeunesse, très inférieure à tout ce qu'il a fait dans la suite.