I. Léonard, Adoration des Mages; Botticelli, le Printemps
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des Médicis et, d'autre part, cette représentation de la mer est vraiment illogique dans la scène de TAnnonciation. De fait, c'est la première fois qu'on voit une vue de la mer associée au motif de l'Annonciation. Il n'y a à cela qu'une explication, ce me semble, c'est que Verrocchio voulait utiliser les études qu'il avait faites pour le Baptême. Dans le motif du Baptême^ le fond est nécessairement occupé par un fleuve. Verrocchio qui avait de nombreuses et belles études sur ce sujet, voulut sans doute les reprendre et les reproduire plus belles ; il fit œuvre d'artiste, sans se préoccuper de ce qu'il y avait d'irrationnel dans son décor. Nous sommes en pleine Renaissance, et bien loin des scrupules de pieuse exactitude des artistes du moyen âge.
On peut citer encore, dans cette œuvre, divers détails très caractéristiques de l'art de Verrocchio : les longs cheveux bouclés de l'ange et de la Vierge, le soin avec lequel les mains sont étudiées, l'écartement des doigts — et, en particulier, le petit doigt soulevé, — les plis de la robe de la Vierge, le manteau relevé sur le siège, comme dans les Vertus du monument Tornabuoni ; la manche de l'ange, bouffante et serrée par un nœud près de l'épaule, comme dans les anges du monument Forteguerra.
Enfin, un dernier détail doit fixer notre attention et va nous fournir un argument nouveau en faveur de l'attribution de P Annonciation à Verrocchio : c'est le prie-Dieu de la Vierge, tout couvert d'ornements
Tête de femme.
Dessin au crayon noir. — British Muséum (collection Malcolm).
sculptés. Songeons que les maîtres nés après Verrocchio négligeront la représentation de ces ornements et que Léonard n'en dessinera jamais. Remarquons, en outre, combien ces parties sculptées ont ici d'importance ; cela est déjà une probabilité pour que le tableau soit l'œuvre d'un peintre qui était en même temps un sculpteur. Mais la force de l'argument grandit, lorsque nous constatons que le motif reproduit sur le prie-Dieu n'est autre qu'un motif de Verrocchio, celui qui décore le sarcophage dans la tombe de Pierre de Médicis ; c'est la même disposition de la patte de lion surmontée de feuilles d'acanthe ; seulement, dans la tombe de Pierre de Médicis, les ornements étaient placés aux deux extrémités du sarcophage ; ici, dans ce prie-Dieu étroit, ils se sont trouvés rapprochés et il a fallu créer de nouvelles formes décoratives pour donner de l'unité au petit monument. Avec un art consommé, les deux motifs ont été reliés l'un à l'autre par des tiges enroulées se terminant par une fleur; une belle guirlande a été attachée aux volutes du sommet; enfin, une coquille a rempli l'espace resté vide dans le haut.. Nous ne sommes pas ici en présence du travail d'un peintre copiant le motif d'un sculpteur ; c'est une oeuvre originale, une véritable création d'architecte. En mettant un tel bijou dans son œuvre, c'est comme si Verrocchio l'avait signée.
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