LES MADONES
La Madone à l'œillet^ du musée de Munich, parmi toutes les Madones d'attribution douteuse, me paraît être celle qui présente au plus haut degré les caractères de l'art de Verrocchio. On y retrouve le type favori du maître, le visage rond, les joues larges, le front élevé, les yeux baissés aux lourdes paupières et l'arrangement si caractéristique de la chevelure. Il y a une grande analogie entre cette tête et le dessin de Londres, dont il a été question plus haut^, surtout dans la forme de la coiffure. La main de la Vierge est très belle, avec des mouvements précieux des doigts et des raccourcis difficiles. Mais l'Enfant surtout, avec ses chairs potelées, ses fines jointures, le raccourci des jambes, la torsion du corps, le mouvement de tous les membres, l'élan des bras et la variété dans la position des doigts, représente Part même créé par Verrocchio (Pl. p. 149).
On remarquera le joli motif naturaliste de la mère cherchant à distraire son enfant en lui tendant une fleur dont il s'efforce de s'emparer. Qui de nous n'a observé, comme une des premières manifestations de la vie, cet élan des petits êtres, qui les porte à saisir tout ce qu'ils voient, et qui exprime leur