‹ VerrocchioChapitre 20 sur 27 · I. Voir p · texte numérisé non relu

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désir et leur besoin de tout connaître? Nous sommes les premiers à provoquer ce geste qui cause à notre cœur paternel un plaisir toujours nouveau ; nous aimons à leur présenter des objets qu'ils ne connaissent pas encore, pour jouir de Témotion qui fait frémir tout leur corps, agiter leurs jambes et tendre leurs bras, aux gestes incertains, quand ils s'essaient à saisir l'objet nouveau qui s'offre.

Je ne sais pas de Madone où ce geste soit traduit avec plus de vérité et de science que dans celle de Munich ; et ce charme de l'enfance, joint à la noblesse du visage de la mère, nous oblige à prononcer, devant cette œuvre, le nom de Verrocchio.

De tous ses élèves, un seul aurait été capable de créer un tel chef-d'œuvre, c'est Léonard de Vinci. Plusieurs critiques le lui ont, en effet, attribué, mais je ne crois pas que Léonard se soit jamais assimilé d'une façon si absolue l'art de son maître. J'imagine que, dès ses premières œuvres — dont il est si difficile de parler, puisque nous n'en connaissons aucune qui soit certaine, — il a dû montrer quelques traits personnels. L'œuvre est trop exclusivement liée à l'art de Verrocchio, pour qu'on puisse l'attribuer à un autre.

Comme détails secondaires, je citerai le bijou ovale, composé d'une pierre fine entourée de perles, exactement semblable à celui de la Madone de l'Hôpital et de la Madone de Pistoia^ et surtout la robe, toute pareille à celle de la Madone de Pistoia^ bordée

LES MAITRES DE L'ART

d'un galon autour de son échancrure, et laissant voir un vêtement de dessous décolleté et légèrement entr'ouvert.

Un dernier point, enfin, a ici une véritable importance : le style de l'architecture. Nous sommes dans un palais florentin ; on peut même préciser davantage, nous sommes dans le palais construit par Michelozzo pour Cosme de Médicis. Les fenêtres qui occupent le fond du tableau peuvent être, en effet, très nettement reconnues : ce ne sont plus les fenêtres à une seule baie de Brunelleschi, les fenêtres du palais Pitti, du palais de la Parte Guelfa, ou de la chapelle Pazzi, et ce ne sont pas encore les fenêtres d'Alberti et de Rossellino qui, au palais Ruccelaï de Florence, et au palais Piccolomini de Sienne, mettent une architrave sur les chapiteaux. C'est le style particulier de Michelozzo, tel que nous le voyons au palais Médicis et dans la cour du Palais-Vieux. Verrocchio, ami de Michelozzo et de Laurent le Magnifique, a placé cette Madone dans le palais même de ce prince et il a reproduit, avec le soin le plus scrupuleux, les fenêtres géminées, avec leurs colonnettes élancées, leurs chapiteaux décorés de rainures et la retombée des arcs sur les pilastres latéraux. Cet amour des architectures est un des rares traits de Verrocchio qui n'aient pas été conservés par Léonard.

Si cette Vierge rappelle très étroitement l'art de Verrocchio, il faut cependant reconnaître que, dans son exécution, elle est loin d'avoir la beauté de la

Tête de femme.

Dessin au crayon noir. — Musée des Offices, Florence.

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Madone de Pistoia et de r Annonciation, II serait donc possible que le tableau, après avoir été dessiné par Verrocchio, ait été exécuté par un de ses élèves, ou bien encore qu'il ne soit que la copie d'un original perdu.

Une intéressante Madone du musée de Berlin, où la Vierge tient assis sur ses genoux l'Enfant Jésus qui lui tend les bras, se rapproche du st3^1e de Verrocchio par la vivacité du mouvement et des expressions, mais elle est vraiment de qualité trop inférieure pour être attribuée à ce maître. Lui qui observe les mains avec tant de soin et qui s'applique toujours à varier la position des doigts, il n'a pas dû dessiner ces deux mains trop semblables, et dont les doigts s'écartent avec une symétrie si régulière qu'elle fait sourire.

La Madone aux anges de la National Gallery est une œuvre beaucoup plus belle, mais, quoique se rattachant à l'art de Verrocchio, elle ne doit pas lui être attribuée. C'est bien son style que nous admirons dans cette exquise figure de Vierge, au port si noble, à l'expression douce et profonde, à la coifiùre artistement ornée, et c'est sa tendresse que nous retrouvons dans le petit enfant qui approche la main de sa bouche pour envoyer un baiser à sa mère. Toutefois, l'œuvre n'est pas assez parfaite pour être du maître lui-même. L'Enfant Jésus est maladroitement placé ; les jambes ont une position trop symétrique, le dessin des nus est insuffisant.

L'œuvre est assurément d'un des plus habiles

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et des plus fidèles élèves du maître. Si, comme on l'a supposé, elle est de ce Francesco Botticini, inconnu jusqu'à ces derniers temps, et auquel on attribue tant de beaux tableaux qui passaient pour des Botticelli ou des Filippino Lippi, telles que r Assomption de la National Gallery ou la Vierge aux 7^oses du Palais Pitti, cet artiste mériterait d'occuper une très grande place dans Tart italien ^

Le musée de Berlin possède une Madone tenant l'Enfant Jésus debout devant elle, qui est aussi une très belle œuvre et qu'il faut sans doute attribuer au maître qui a peint la Madone aux anges de Londres.

Dans V Histoire de la peinture en Italie^ MM. Growe et Gavalcaselle citent et étudient un grand nombre de Madones qui ont des points de contact avec l'art de Verrocchio, mais il ne semble pas qu'aucune de ces madones puisse lui être attribuée.

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