TABLEAUX DIVERS
Les motifs choisis par les peintres varient avec chaque époque et avec chaque pays. A eux seuls ils pourraient suffire à nous renseigner sur les caractères
I. Cette Madone a été achetée en iS5j comme une œuvre de Domenico Ghirlandajo. Plus tard, elle a été attribuée tour à tour à Piero délia Francesca et à PoUauiolo. Aujourd'hui elle est classée parmi les inconnus de Técole florentine du XV® siècle.
VERROCGHIO
généraux de Tart et sur le caractère même des diverses civilisations.
Le début du xv^ siècle, encore très profondément religieux, très grave dans ses pensées, se plaît aux représentations de la Genèse et de la Vie du Christ. Les artistes de la fin du xv^ siècle choisissent des motifs plus tendres : la représentation de la Madone^ et les scènes de la Vie de la Vierge, ont toutes leurs faveurs. D'autre part, ils sont très épris des sujets empruntés à la vie réelle et ils aiment à introduire des personnages contemporains dans toutes les scènes religieuses. Ils furent ainsi tout naturellement conduits à s'intéresser de préférence aux motifs religieux qui pouvaient se rattacher à quelques faits de la vie florentine. C'est ce qui explique que le motif du Voyage de Tobie ait eu pendant quelque temps une si grande vogue. Au xv® siècle, les riches Florentins avaient, par leurs maisons de commerce et leurs maisons de banque, des relations avec le monde entier. Pour gérer leurs comptoirs, ils envoyaient leurs fils à l'étranger ; c'est alors que l'idée leur vint, pour recommander leur fils à la protection céleste, de placer dans leurs chapelles des tableaux représentant le jeune Tobie voyageant avec l'envoyé du Seigneur. Ce motif avait ce rare avantage d'être en même temps religieux et réaliste, de permettre aux artistes de donner au jeune Tobie les traits de ce jeune homme qui quittait sa famille, et pour lequel on invoquait la protection des anges.
LES MAITRES DE L'ART
Pollaiuolo a traité ce sujet dans une œuvre admirable du musée de Turin où il se montre avec toutes ses qualités de précision, de force et en même temps d'élégance.
Le musée de Turin possède aussi un autre Tobie non moins célèbre, une œuvre exquise, très différente de Tart énergique de Pollaiuolo, plus fine, plus délicate et d'une coloration extrêmement adoucie. Par la simplicité des draperies, la forme allongée des personnages, le type mièvre; elle se rapproche étroitement de l'art de Botticelli.
A côté de ces deux tableaux, de type très défini, il en est quelques autres dont il n'est pas facile de déterminer les auteurs, mais qui ont avec l'art de Verrocchio de grandes analogies, et qui ont dû être exécutés sous son influence, par des maîtres sortis de son atelier.
Le Tobie et les trois archanges de l'Académie des Beaux-Arts de Florence est le plus significatif de cette série. L'influence de Verrocchio y est si grande que d'éminents critiques, tels que M. Bode, n'ont pas hésité à le lui attribuer. Mais il semble que MM. Crowe et Cavalcaselle ont définitivement résolu la question en prononçant le nom de Francesco Botticini. La comparaison du Tobie avec les Anges de Botticini, de la collégiale d'Empoli, d'un style très individuel, est tout à fait convainquante. Botticini adopte, pour son Tobie et ses archanges, les types de Verrocchio, les figures rondes, aux traits
un peu forts, encadrées de longues chevelures bouclées. Le sentiment en est très doux, mais on n'y trouve pas la vivacité d'expression de Verrocchio, et cette froideur, cette immobilité des visages, suffit à écarter le nom de ce grand maître. Un trait particulier à Botticini est le style des draperies qui, collées par le vent, se moulent sur les jambes et se plissent d'une façon un peu monotone. Chez Verrocchio, les draperies sont plus flottantes, plus libres, plus variées et plus compliquées. Il faut enfin noter la prédilection de Botticini pour les étoffes brodées.
Un Tobie de la National Gallery peut être rapproché de celui de Florence. Les deux figures d'anges semblent copiées Tune sur l'autre, et le terrain est traité de la même manière avec de petits cailloux que séparent des touffes d'herbe. Les deux œuvres doivent être attribuées au même maître.
Nous savons que Verrocchio a peint des portraits % mais aucun n'a pu encore lui être attribué avec certitude. S'il en a peint, on peut supposer que, dans sa jeunesse, il a continué la tradition de ses prédécesseurs, surtout celle du grand portraitiste Piero délia Francesca, dont il avait conservé le style précis,
I. Vasari ne cite pas de portraits de Verrocchio, mais l'inventaire dressé à sa mort par son frère Tommaso nous apprend qu'il fit le portrait de Lucrezia Donati, l'amante de Laurent le Magnifique {Andréa del Ven'occhio ai seryi^i de' MedîciSj par Corn, von Fabriczy. Arch, stor. delV arte^ 1895),
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la finesse de modelé et la clarté de coloris. Par conséquent, si l'on trouve des portraits qui rappellent Fart de Piero délia Francesca, mais qui semblent d'un style un peu plus avancé, on pourrait être conduit à les attribuer à Verrocchio. C'est ce que M. Berenson a fait pour le Portrait de femme ^ vu de profil, de la collection Poldi Pezzoli de Milan, précédemment attribué à Piero délia Francesca.
D'autre part, Verrocchio, en avançant en âge, a adopté un style plus personnel, créant cette manière nouvelle qui servit de point de départ à Léonard de Vinci. Et la discussion que nous avons abordée, à propos des anges du Baptême du Christ^ à propos de r Annonciation et de la Madone à l'œillet, pourrait être reprise devant un Portrait de femme de la galerie Lichtenstein, à Vienne, que l'on a tour à tour attribué à Léonard et à Verrocchio. C'est une charmante tête de jeune femme au visage arrondi, délicatement encadré par les fines boucles de la chevelure. Au second plan, les feuillages légers d'un massif de genévriers servent de fond à la tête et, sur la droite, une échappée laisse entrevoir une rivière bordée d'arbres. C'est là pour nous, faute de points suffisants de comparaison, un problème difficile, mais il semble qu'on ne doit pas trop s'égarer en attribuant ce portrait soit à la jeunesse de Léonard, soit plutôt, selon mes préférences, à Tâge mûr de Verrocchio.