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LES SCULPTEURS

ERRoccHio, qui a joué un rôle si important dans Técole florentine, qui a créé tant d'œuvres admirables, n'a cependant pas été le chef d'une grande école de sculpteurs. Son art est comme l'aboutissant de toutes les recherches faites par les artistes du xv® siècle, mais il semble disparaître avec lui.

Respectueux de la tradition florentine, Verrocchio avait suivi fidèlement les préceptes des grands maîtres, ses prédécesseurs, de Ghiberti, de Donatello, de Luca délia Robbia. Il avait agi dans le même sens qu'eux, n'ayant eu d'autre volonté que de rester fidèle à la nature, de lui demander toutes ses inspirations et, en perfectionnant son art, de se rapprocher plus intimement d'elle.

LES MAITRES DE L'ART

Or, à la fin du xv^ siècle, cette école de sculpture céda la place aux imitateurs de l'antiquité. Du vivant même de Verrocchio, Laurent de Médicis avait recueilli dans son palais ces collections d'antiques qui eurent tant d'influence sur l'art italien. Mais on se contentait alors d'admirer ces œuYr0 et de leur demander quelques rares conseils, presque toujours limités à des questions techniques ; on ne songeait pas encore à s'inspirer de leur esprit.

Ce sont les successeurs immédiats de Verrocchio qui créèrent l'école nouvelle, dont le caractère essentiel fut d'être inexpressive, de se désintéresser de l'âme pour n'étudier que les formes du corps.

Néanmoins, Verrocchio eut quelques élèves parmi les sculpteurs : le plus grand fut Léonard de Vinci.

La première œuvre importante de Léonard fut une sculpture, la statue équestre de Francesco Sforza, duc de Milan. Il y consacra seize années de sa vie et, à en juger par les récits des contemporains, l'œuvre devait égaler en beauté, sinon surpasser, le chef-d'œuvre de son maître, le Colleone. Malheureusement, cette statue, que Léonard ne put couler en bronze, fut brisée peu de temps après avoir été terminée, et nous ne la connaissons plus que par quelques croquis du maître. Depuis lors, Léonard ne fit plus aucune grande œuvre de sculpture; soit qu'il n'en ait pas eu l'occasion à Milan, où la sculpture était en moins grand honneur qu'à Florence, soit que la

Cliché Alinari.

lERGE. 'Détail de ((l'Annonciation».

Musée des Oliiccs, Florence.

VERROCCHIO iSy

mode du jour eût abandonné déjà Técole de Verrocchio pour favoriser les novateurs qui marchaient sur les traces de Sansovino^ et de Michel-Ange. Nous savons, il est vrai, que Léonard a exécuté quelques sculptures, mais aucune des œuvres qu'on a voulu lui attribuer, la Discorde^ un Saint Jean-Baptiste, une Madone (toutes trois au South Kensington), ne me paraît être de sa main.

L'élève préféré de Verrocchio fut Lorenzo di Credi ; il resta auprès de lui jusqu'à sa mort et l'aida dans la plupart de ses travaux de sculpture, et surtout dans les ouvrages en marbre. On est porté à lui attribuer un rôle prépondérant dans l'exécution du Monument Forteguerra^ et peut-être faut-il reconnaître aussi sa main dans la Madone du Bargello et dans la Madone de la collection Quincy Shaw. Mais, après la mort de Verrocchio, il semble que Lorenzo di Credi ait renoncé à sculpter pour se consacrer entièrement à la peinture.

Je ne dirai rien d'Agnolo di Polo, que Vasari cite parmi les élèves de Verrocchio : il ne subsiste qu'une oeuvre authentique de lui, une tête de Christ au lycée Forteguerra, à Pistoia.

Il convient, au contraire, de retenir le nom d'Orsino, le célèbre modeleur en cire. Vasari s'étend longuement sur le modelage en cire, nous disant comment cet art, qui était resté longtemps fort grossier, se développa et devint excellent entre les mains d'Orsino ; il ajoute que Verrocchio exerça sur lui une

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réelle influence. Nous avons indiqué précédemment rhypothèse qui ferait de la Tête de cire de Lille le fruit de la collaboration de ces deux maîtres.

A vrai dire, le seul élève de Tatelier du Verrocchio qui fit une carrière de sculpteur fufFrancesco di Simone, dont les œuvres ont été parfois confondues avec celles de son maître. Ce n'est pas qu'il Tait jamais égalé, mais il a passé sa vie à l'imiter. Dans ses principales œuvres, dans le Monument Tartagni et dans le Tabernacle de Monteluce^ il le copie naïvement, sans apporter la moindre note personnelle et sans même chercher à dissimuler ses emprunts.

Ce n'est pas ici le lieu d'insister et de faire la preuve de toutes ces imitations, mais je voulais les signaler et indiquer en passant le parti qu'on en pourrait tirer : en étudiant les œuvres de Francesco di Simone, on trouverait peut-être des copies d'originaux perdus de Verrocchio, par exemple dans les Anges du tabernacle de Monteluce, ou dans les Anges et la Madone du Monument Tartagni.

Plus jeune que les artistes que nous venons de citer, Francesco Rustici a reçu les conseils de Léonard, mais peut-être aussi ceux de Verrocchio. Quoique les trois figures en bronze du Baptistère de Florence, représentant la Prédication de saint Jean-Baptiste^ appartiennent à la haute Renaissance, néanmoins, par le caractère compliqué des draperies, par la précision du dessin, par la beauté de l'exécution en bronze, elles se rattachent à Tart de Verrocchio et

VERROCGHIO iSg

pourraient être considérées comme en étant, à Florence, la dernière manifestation.

L'atelier des délia Rt)bbia ne fut pas insensible à l'art de Verrocchio. Son influence est très visible, postérieurement à 1480, dans les oeuvres d'Andréa, notamment dans V Annonciation de l'Hôpital des Innocents, dans les Apôtres de la Madone délie Carceri^ à Prato, et surtout dans ses Vierges où nous retrouvons le type même des petits enfants de Verrocchio. — Quant à Giovanni délia Robbia, ce sont parfois de véritables copies qu'il fait des œuvres de Verrocchio, par exemple dans V Incrédulité de saint Thomas du couvent des Quiete ou dans la Madone de la sacristie de Santa Croce.

Enfin, si Vasari cite, dans sa vie de Verrocchio, Benedetto Buglioni, qui, par son alliance avec la famille des délia Robbia, connut le secret des terres cuites émaillées, c'est sans doute parce qu'il le considérait comme ayant subi, lui aussi, cette influence de Verrocchio qui fut si grande sur tous les membres de la famille.

Si nous sortons de Florence, il faut noter l'action exercée par Verrocchio à Venise, par suite du long séjour qu'il y fit depuis 1483 Jusqu'à sa mort. Leopardi, surtout, qui l'aida dans la fonte de la statue équestre du Colleone et qui, plus tard, fit le piédestal du monument, se montre son fidèle disciple dans % ses travaux décoratifs : particulièrement dans les bronzes de la chapelle Zeno, à Saint-Marc, et dans

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les merveilleuses bases des porte-étendards de la place Saint-Marc, qu'on peut considérer comme étant, au point de vue de la décoration, la plus belle œuvre dérivée de l'art du maître florentin.

Nous l'avons dit, la venue de Michel-Ange mit fin à l'influence de Verrocchio. Sans nul doute, Michel- Ange sut faire son profit des perfectionnements apportés par le grand artiste. Plus que tout autre, il hérita de sa science : à une certaine époque, au début de sa carrière, dans la Pietà de Saint-Pierre de Rome, par exemple, il se montre, par le soin minutieux avec lequel il étudie les plis compliqués des draperies, véritable disciple du sculpteur de V Incrédulité y mais cette ressemblance ne tarda pas à disparaître. Les modifications qu'il introduit dans l'art sont telles, qu'au lieu d'être considéré comme le successeur de Verrocchio, Michel-Ange doit être tenu pour l'initiateur d'un âge nouveau. Avec lui, c'est l'influence de l'antiquité qui triomphe ; c'est le nu, c'est l'étude du corps humain qui prend la place prédominante. Si, par suite de circonstances exceptionnelles, il reste encore, comme les sculpteurs du xv^ siècle, un maître puissamment expressif, ses élèves ne gardent rien de l'émotion tragique qui anime son œuvre et ne retiennent de son enseignement que sa passion pour l'anatomie et les corps en mouvement. Au xvi^ siècle, la Renaissance a définitivement accompli son œuvre et, en reléguant au second plan l'expression des pensées et des senti-

ments, elle a mis fin à cette grande école florentine qui, de Giotto à Léonard, avait brillé pendant deux siècles d'un incomparabie éclat.

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