LES OEUVRES FRANÇAISES A DAMAS. — LE FAUBOURG DU MEIDÂN
LE CIMETIÈHE CHRÉTIEN. — LE COUCHER DU SOLEIL SUR DAMAS. — LES FRANÇAIS DEVANT DAMAS : LOUIS Vil; BONAPARTE ET KLÉBER ; FUAD-PACHA ET LE GÉNÉRAL d'uAUTPOUL. — LE GOUVERNEUR. — LES JARDINS DU BARADA. — LA NUIT A DAMAS. — DEUX OFFICIERS TURCS.
Damas, 23 septembre
Nous sommes arrivés à Damas, en pleine nuit, une nuit fraîche et claire. Descendus à une station de faubourg, toute chétive, des fiacres à Feuropéenne nous ont emportés vers la ville, le long du Barada, qui luit et murmure dans Tombre. Sous les platanes en quinconces qui bordent la rivière, des cafés sont installés : leurs kiosques de musique et leurs rangées de lumières éveillent une idée lointaine de Champs- Elysées. Ils sont pleins : après la chaleur du jour, au son de la musique arabe, devant les énormes chibouks et les tasses minuscules, les Damasquins prolongent le kief sous les étoiles.
Dès le soleil levé, par la rue droite, rancienne via reciade^ Ro ma iïi.s J'arrive au bazar. Dans toutes les villes fl'Orîent, r/f^s( là qu est le centre de la vie. Il n'en est pas de plus original, de plus complet et de plus vasle rpie celui de Dauias. Il emmêle au centre de la ville ses .immenses travées et ses étroites ruelles où le passant frôle les boutiques des deux côtés. Saut' exceptions rares, ces boutiques sont minuscules. A la fois ateliers et comptoirs , elles se groupent par corps d étals : selliers, tisserands, menuisiers, orfèvres, etc. Les artisans et les marchands travaillent et vendent dans Tombre ; alï'ajrés ou placides, ils appellent raeheteur ou le laissent venir. Les objets de pacotille s*entassent à côté des travaux précieux. D'immondes réduits, où grésillent des fritures, voisinent avec les étalages de soieries brillantes, et les magasins d où s'exhale une délicieuse odeur d'eau de rose avec les boucheries fétides. De loin en loin, les vestibules des bains turcs miroitent d'eau ruisselante.
Dans les travées et les ruelles grouillent les robes jaunes et les tarbouchs rouges, les grands voiîes blancs et noirs. Les chameaux fendent lentement la foule et les cavaliers passent au grand trot. De vieux fiacres véhiculent, sur le pavé disjoint el la terre inégale, les f^ros fonctionnaires turcs et les Levantins à figure blafarde. Les types sont superbes ou répugnants : jeunes Syriens au visage de bronze clair, vieux juifs à nez crochu, soldats en hnillons, mendiants aveugles, Bédouins dont la botte éperonnée relève les grands manteaux. Par terre dorment
des chiens au museau aigu et au poil jaunâtre. Une poussière épaisse flotte dans Tair et, par les fentes des voûtes, les fenêtres des coupoles, le débouché des rues, le soleil projette ces larges pinceaux de lumière dorée qui font la joie des peintres orientalistes.
Naguère Damas possédait encore une des plus belles et des plus célèbres mosquées de FOrient, la Grande Mosquée, le sanctuaire des Ommiades. Là se trouvaient le tombeau de saint Jean-Baptiste, adopté par les musulmans comme un de leurs prophètes, et celui de Saladin. La Grande Mosquée a été complètement détruite, en 1893, par un incendie; seul, le tombeau de Saladin, séparé de Tédifice principal, a été préservé. Il faut que la vénération des Turcs pour ce sanctuaire soit bien grande, car ils le reconstruisent. Autour du minaret resté debout, modèle de la Giralda de Séville et du campanile de Saint-Marc, un immense chantier est en plein travail. L'édifice sera rétabli dans sa splendeur première. En attendant, des imans déguenillés promènent les infidèles pour quelques piastres dans l'enceinte qui, longtemps interdite, n'était franchie avant l'incendie que moyennant un fort bachchich^
Il est neuf heures et le marché bat son plein, lorsque éclatent des chants nasillards, rythmés par les coups sourds du tambourin arabe. C'est un enterrement. Il n'interrompt pas le mouvement et le trafic. Le défunt était un personnage considérable, car le cortège est nombreux. Des gamins ouvrent la marche sous la conduite d'un gamin-
major; un chœur d'aveugles les suit; puis les tambourinaires. Flanqué de drapeaux et surmonté du turban vert, le cercueil tangue et roule comme une chaloupe sur le flot, car les porteurs se remplacent sans cesse ; il est méritoire pour un bon musulman de porter un mort. Le long cortège va cheminer ainsi, tambourinant et chantant, jusqu'à Tun des immenses cimetières qui entourent Damas. Là, le mort sera couvert d'une mince couche de terre et, avant do quitter la fosse, Fiman prêtera roreiUe pour entendre la voix lointaine de Tûmc admise dans le sein d'Allah»
Nu liis d(} range pas, 11:3 L^appelJemenl ctiîen; Ne les méprise paa, car ils Le yaieni bien.
Je ne les ai ni méprisés, ni dérangés* Ils m'ont appelé chien tout de môme, A plusieurs reprises, des pierres ont ricoché devant moi; d assez loin, car si <* le Franc » est souvent insuîté k Damas, on n*ose pas encore Tatlaquer. Mais, à la suite de Tenterrement, je m'étais aventuré seul, loin du centre* Damas est la ville la plus fanatique de T Orient, Jusqu'à ces derniers mois, avec les souvenirs de 18G0, elle détenait le record des massacres. L'Arménie l'a dépassée, mais la ville sainte est prête, au premier signal, à reprendre Tavancc.
Pourtant, nulle part, mt^me h Bcyrout, les Européens, et surtout les Français, ne font plus de bien qu'ici. Nous avons a Damas un collège de Lazaristes qui instruit deux cents garçons et une école où les Sœurs de Saint-Vinceut-de-Paul reQoiyent
cincf cents filles. Les Sœurs ont aussi un orphelinat, où les ménages sans enfants viennent en adopter, et deux dispensaires, où se donnent, en moyenne, cinq cents consultations par jour. J'ai retrouvé là le type amusant et touchant de notre Sœur de charité, brusque, cordiale et autoritaire, rudoyant les hommes et maternelle aux enfants. L'une d'elles avait rangé sur un 'lit de camp une trentaine de gamins atteints d'ophtalmie et, le compte-gouttes à la main, elle suivait la file, dosant à chacun l'oxyde de zinc avec une rapidité et une adresse merveilleuses, tandis que les petits malades baisaient sa longue manche.
Ces œuvres prospèrent avec de modiques subventions du gouvernement français, malgré l'hostilité que le gouvernement turc ne leur a jamais témoignée plus visible et plus maussade que dans ces derniers temps. Les Sœurs veulent fonder un hôpital de vingt-quatre lits, avec le matériel que leur ont abandonné les ambulances du chemin de fer. Elles sollicitent en vain depuis trois ans le firman d'autorisation. Cependant un hôpital anglais obtenait toutes les facilités nécessaires. Il s'élève, superbe, en face du terrain que nos Sœurs ont acheté et qu'elles ne peuvent même pas entourer d'une clôture.
J'ai suivi le long faubourg du Meidân par où, chaque année, la grande caravane se met en route pour la Mecque. La saleté de la rue défie toute description. Partout des infirmes rongés d'épouvanlables maladies et des enfants aux yeiix cerclés de
mouches. A Tombre d'un mur, deux hommes écorchent un cheval, dont la tôte, encore intacte, aux reflets roses comme un cou de tourterelle, est étendue sur lu poussière, avec une expres.«ion pitoyable de grâce insuUée. Dès la Lonibée du jour^ les chiens, seuls pr<5 posés à la salubrité publique^ viendront fouiller ses entrailles. Au seuil des portes se cuisinent d*i mm ondes nourritures* Des hommes emportent sur leurs turbans crasseux les crêpes dégoûtantes d'huile qui sont le mets favori du peuple damasquin.
Toutes les maisons ont le même aspect misérable : murs aveugles et enduits lépreux. Le musulman riche réserve son luxe pour Tin teneur. Les rares étrangers qu'il admet h franchir sa porte y trouvent des cours ornées de fontaines jaillissantes et de fleurs, des murs décorés de stucs rayonnants, des tapis sans prix, des meubles exquis de forme et de décoration, car la vie d'été se passe dans ces cours. Malheureusement, l'Orient commence à imiter TEurope et un affreux clinquant se m^lc à ces délicates splendeurs.
J'ai longé le cimetière d*Es-Saghir , où sont enterrées les deux femmes de Mahomet et sa petitefille Falime,les vieux remparts aux courtines arabes élevées sur Tappareil romain, et le chemin fameux qui vit la conversion de saint Paul, mais il paraît que la tradition a changé rendroît « pour la commodité des voyageurs *». Ce chemin conduit au quartier chrélicn, que borde un cimetière. Ici, les tombes sont humbles, sans inscriptions ni orne-
menls. Cette modestie ne les préserve pas des insultes musulmanes : la plupart sont écornées, renversées ou môme ouvertes. Au bord du chemin, la voûte d'un caveau est largement éventrée. Le soleil illumine l'intérieur et j'aperçois, parmi les pierres et les ordures, les cercueils rompus et les ossements épars.
Le terme de celte longue promenade est le faubourg d'Es-Salayèh d'où Ton voit le soleil se coucher sur Damas. La ville se découvre tout entière, émergeant d'une mer de verdure dont les sables du désert forment les rivages. On ne soupçonne pas en la parcourant l'existence de ses innombrables jardins, car on chemine entre les maisons ou les clôtures de terre séchée au soleil. D'Es-Salahyèh, on domine ces fraîches splendeurs. Dans les jardins, sous les peupliers au feuillage d'argent, brillent les canaux du Barada. A mesure que le soleil baisse, Tombre gigantesque du Djebel -Quasioùn s'étend comme un voile bleu sur le paysage. Deux montagnes, l'une violette, l'autre rose, forment comme les paupières de cet « œil de l'Orient ». Les Arabes placent ici le paradis terrestre ; ils disent qu'Adam fut formé avec la :< terre rouge » de cette plaine, et ils montrent un tombeau, une tourbe musulmane, qui serait une de ses nombreuses sépultures.
Avec l'histoire sacrée, que d'histoire profane tient dans cet horizon! Trois fois les armées d'Europe ont menacé Damas et, toujours, Damas les a bravées. Après son embarquement à Adalia, le pieux et triste Louis VII avait gagné An tioche, puis marché
sur Damas : « Quel beau spectacle, dit le chroniqueur Odon de Deuil, présentaient les chrétiens avec leurs nombreux pavillons et leurs tentes toutes neuves, où flottaient au gré des vents tant de bannières dilTérentes par la forme et la couleur. Les Turcs frémirent, en voyant, du haut des remparts de Damas, approcher une armée aussi formidable, ^i En un jour, les croisés emportaient les abords de la ville. Ils se crurent vainqueurs; mais au Heu de pousser leur conquête^ les chefs s'en disputaient le partage, tandis que les soldats^ après la longue et pénible traversée du désert, jouissaient avec délices, dans les jardins, de Tombre, de Tcau et des fruits. Bicnlôt, Jes maladies ravageaient larmée; il fallait lever le siège et reprendre la route du désert. Mourant de fatigue et de soiI\ Tarmée semait d(; cadavres la roule qu*avaient suivie ses bannières orgueilleuses. Six cents ans plus tard, une autre armée française marchait sur Damas, Elle était Tavant-garde de Bonaparte et Klébcr la commandait. Au Mont- Thabor, les deux généraux avaient écrasé Tarmée du pacha de Damas, Le 17 avril 1799, « Napoléon médita sur sa position n. Marcherait-il sur Damas, avec sa petite armée, en laissant derrière lui Saint- Jean-d'Acre où les Turcs tenaient toujours? Le récit de cette méditation, dans les Campagnes d' Egypte et de Si/ne, dictées à Sainte-Hélène, est beau comme du Goroeille :
ÉlaiL'il raisonnable d'envoyer Kléber avec trois mille hommes dans une grande capitale doat la population est de
cent mille habitants, les plus méchants de l'Orient? N'étaitil pas à craindre qu'aussitôt qu'ils auraient compté le petit nombre des Français, ils ne les entourassent de tous côtés? Cependant, la prise de Damas pouvait avoir lieu au plus tard le lendemain 18, ou le 19 au matin; cela était bien tentant. Quels avantages ne retirerait pas l'armée de cette conquête!... Quel éclat cela ne jetterait-il pas sur les armes françaises!... Que serait-ce si au Caire, à Tripoli, à Alger, à Acre, on apprenait que le pavillon tricolore flottait sur la sainte, antique et riche Damas!... Mais puisqu'il n'était pas possible, avant la prise d'Acre, de s'emparer de Damas, Kléber ne pouvait-il pas au moins la mettre à contribution, ce qui n'exigeait que quarante-huit heures! Demander une contribution etrepasser-sur-le champ le Jourdain était une expédition peu avantageuse, qui nuirait aux opérations ultérieures; cela pouvait entraîner la perte des dix-huit mille chrétiens qui habitaient cette ville.... Kléber reçut l'ordre de repasser le Jourdain.
En 1860, un autre Napoléon faisait marcher encore des soldats français sur Damas. Les musulmans avaient égorgé les chrétiens, avec la complicité des autorités turques, pendant une série dç journées qui laissèrent bien loin comme atrocité les Vêpres Siciliennes et la Saint-Barthélémy. Mandataire de TEurope, la France s'était chargée d'arrêter les massacres. Le gouverneur turc Fuad-Pacha tenait par-dessus tout à éviter Tentrée des Français dans la ville sainte. C'était un homme de génie, resté profondément turc après s'être assimilé la civilisation occidentale. Passionné d'action et de plaisir, érudit et poète, on disait de lui en Europe qu'il avait l'esprit de Talleyrand et la galanterie d'un Abencérage. II employa toutes les ressources de la diplo-
matie orientale à retenir le général de Beaufort d'Hautpoul dans le Liban. Il s'était chargé de châtier les massacreurs ; il le fit vite, durement et au hasard. Ses victimes, au premier rang le gouverneur Ahmed- Pacha, acceptèrent leur sort avec une abnégation de victimes expiatoires. Comme Saladin aux temps héroMjueSj et par les moyen*^ dv tiolro lemjis, Fuad avait sanvé Damas, La ville sainto est toujours inviolée.
Le soleil plonge sous l'horizon, au moment ûù je desciMid *hi Djèlx^l-QuaRÎoiin. Un nuage de poussière, euihnruïié par ses derniers rHyonvi, mule sur la roule blimche et bientôt je croise une voilure escorlée par des dragons, le mousqueton sur la cuis^^e. Le gouverneur de Damas vientde quiller le vieux Serai auK tours ma^^sives pour passer la nuit dans son frais palais d'Es-Salayèh, Il était nagutVe ministre de la police à Constanlinople, Après les massacres, il lui envoyé ù Beyroul, en disgrâce apparente, L'Europe a réclamé. Le voilà maintenant gouverneur de Damas, c'est-à-dire élevé au poste le plus important de rem pire, après celui de grand vizir.
Le soif, la musique arabe grince cl nasille sous les platanes^ au bord des ruii^seaux dVnu courante. Les chibouks s'allument et le cale fume sur les pcliles tabh^s entourées de lourds divans. Un parfum singulier^ qui (lotte partout dans la ville, se concentre ici, i'apiteuK et énervant, suave avec une arrièreodeur de corruption. Je n'avais pu le définir; je le reconnais enfin, aux épis de tubéreuse qu'offrent
des enfants. Des danseuses juives, parées comme des châsses, les yeux grandis par le khôl et la figure blanche de céruse, attendent les amateurs. C'est le paradis de Mahomet, mais l'Européen fera bien de ne pas s'y attarder : la fièvre monte du Barada.
A mesure que la soirée s'avance, un concert de hurlements grandit par la ville. Il va durer toute la nuit. Les chiens, endormis le jour, commencent à dévorer les charognes. Des batailles s'engagent et toutes les variétés de l'aboiement montent dans l'air, sourdes et aiguës, modulées et monotones, plain* tives et menaçantes. Ces concerts nocturnes inspiraient aux anciens une horreur superstitieuse : il semble, en effet, qu'Hécate, reine des morts, prenne possession des carrefours, jusqu'à ce que le soleil levant vienne chasser les terreurs de la nuit.
J'ai quitté Damas au point du jour, après un dernier regard sur la ville, blanchissante dans la lumière rose. Tous les bruits se sont tus; l'Orient s'assoupit à l'heure où l'Occident s'éveille. Une grande paix s'étend du Djebel -Quasioùn aux casernes turques, où les clairons, comme enroués de sommeil, reprennent à deux fois une diane lente.
Tandis que nous attendons le train, deux officiers, un artilleur et un dragon, sortis de la caserne voisine, viennent lier conversation avec nous. L'artilleur est long et maigre, les traits aigus, l'œil intelligent; il tremble de fièvre. Le dragon, trapu et bien portant, a le nez épaté, les yeux bridés et les lèvres épaisses. Tous deux parlent l'anglais, savent
quelques mots de français et étudient rallemand. Le dragon, quoique polyglotte, est d'une rare ignorance. L'artilleur est assez instruit et, surtout, très fier de ce qu'il sait. Un petit atlas de Schrader sort de mon sac de voyage; il le prend, le feuillette et, avec un bonheur d'enfant à montrer sa science, nomme les pays et \es grandes villes, tandis que le dragon, sérieux et supérieur, ne dit mot et, visiblemenL, envie son camarade. Tous deux nouis inlerrogent avec une curiosité avide sur la guerre iurcogrocque. Ils savent que le Padiscliah estrainciueur, mais ils ignorent \&^ délai ï s de la campagne. 11 faut bien leur confirmer que les Grecs écrasés ont demandé la paix. Leurs yeux brillent d'orgueil et, dès que le train s'ébranle, nous les voyons regagner la caserne au pas accéléré. Ils vont apprendre à leurs camarades les nouvelles qu'ils tiennent des roumis, enveloppés à leurs yeux dans le désastre grec»
l'histoire de BAALBEK. — LES FIACRES DE MOU'ALLAKA. — LE « LYS ». — l'acropole de BAALBEK. — l'eNCELNTE ; LES COURS; LE GRAND ET LE PETIT TEMPLE. — LE COLOSSAL DANS l'ART ROMAIN. — LK CULTE DU SOLEIL A ROME. — LE JOUR LEVANT A BAALBEK; LA JEUNE FILLE AU VOILE. — LE TrilUkon,
Au milieu de la Cselé-Syrie, à Baalbek, THéliopolis des Grecs, les premiers hommes dont l'histoire ait conservé le souvenir avaient élevé un temple au Soleil. Pour les Grecs, Phoibos était la divinité bienfaisante entre toutes, le vainqueur du serpent Python, c'est-à-dire la chaleur purifiante, Tétre charmant d'où naît toute fécondité, toute joie et toute beauté. Le Baal de. Syrie était terrible, comme la flamme céleste qui brûle éternellement ce pays calciné. Rayonnant à travers l'azur implacable, ses flèches d'or répandaient la mort et la stérilité, en même temps que la fécondité et la vie. De lui descendaient la torpeur fiévreuse qui accable les hommes
et la sécheresse qui épuise la terre. Il allumait dans le sang les passions qui tournent à la férocité l'instinct par lequel la vie se continue.
Jamais temple d'une divinité ne s'éleva dans un lieu plus convenable à son culte que le site de Baalbek. Si les sources du Litâni et de l'Orontès entretiennent en cet endroit une fraîche oasis, c'est une terre brûlée qui conduit à la ville du Soleil. Les pentes rapprochées du Liban et de l'Anti-Liban concentrent et réverbèrent la chaleur. Le sol de la vallée est fertile, mais poudreux et pierreux. Les hommes n'auraient pu vivre et célébrer le cul Le sans les eaux qui reproduisent en petit, dans un pli tU] terrain^ la fraîcheur féconde de Damas. CVst donc là qu'ils ont élevé le sanfluaire, mais on n'y arrive que plein du Dieu et accablé par le sentiment de sa i'orcc.
Baalbek n'a dUiisLoire que depuis le itr siècle après Jésus-Christ, mais la légende fait remonter sa fondation aux premiers jours du rtionde. Selon les Arabes, Caïn, mourlrier d'Abel et maudit par Dieu, se serait construit un roiuge en cet endroit. Ils disent aussi que Nemrod avait élevé cette cita* délie pour escalader le cieL Puis, Salomon, le grand roi voluptueux, aurait fondé, autour des bases gigantesques amoncelées par Gain et Nemrod, un entrepôt du commerce juif avec la Mésopotamie et érigé sur elles, en Tlionneur de Haal, un temple magnifique ^ pour complaire à ses favorites syriennes.
Baalbek appartint aux Romains dès le temps de
César, et Anlonin y élevait, vers 138 après Jésus- Christ, un double temple cité comme une des merveilles du monde. Caracalla, sur le désir de sa mère Julia Domna, continuait Tembellissement du sanctuaire. Théodose le ruinait et le remplaçait par une église. Mais Tœuvre d'Antonin et de Caracalla était si colossale qu'elle défiait les hommes, le temps et la nature. Depuis Théodose, les Arabes ont fait de Baalbek une forteresse prise et reprise, les Croisés Font pillée, Tamerlan l'a ravagée, les tremblements de terre l'ont secouée plusieurs fois. Rien n'a pu achever la destruction. Les ruines colossales de ses temples, signalées dès le xni® siècle parles voyageurs, se dressent toujours à la lisière du désert syrien.
Des voitures nous attendent à la station dô Mou'allaka. Ce sont des fiacres hors d'usage, dont Marseille fournit toute la côte de Syrie. Ils sont attelés de chevaux lamentables. Comment ces équipages nous conduiront-ils à Baalbek par la route qui s'étend à perte de vue, raboteuse et caillouteuse, coupée de ponts éventrés qui bâillent sur les torrents à sec? Aussitôt montés, commence une course folle. Les cochers syriens font la fantasia avec ces débris de voitures et de chevaux ! Ils s'excitent de cris et de tapage ; ils luttent de vitesse. Dans les tourbillons de poussière qui nous brûlent les yeux et la gorge, nous cramponnant aux ferrures pour n'être pas jetés bas par les cachots, nous sommes piles les uns contre les autres, parmi nos valises qui jouent au volant. Mais rien n'est solide comme de vieux fiacres : ceux-ci iront jusqu'au bout et nous
ramèneront, <}uanl aux chGvaux, ils ont un ibnd surprenant. Ces rosses couronnées et rogneuses galopent avec Une ardeur endiabliie à travers Tempierrement el les orni^^ires. La route ne suffit, pas à, notre course de chars : quoiqu'elle soit bordée de fossés asscïî profonds ^ nos conducteurs se lancent dans \q^ champs, où ils ont plus d'espace et uaterrain guère plus mauvais.
Les accidents sont inévitables dans ces conditions. Les voitures s'enchevêtrent et s'accrochent, Aus* sitôt dégagées^ les cochers recommencent à galoper vers la t<>te de la colonne. Des roues sautent de Tessieu et se brisent ; ils les raccommodent avec des bouts de corde. La voiture où je me trouve est attelée de trois chevaux, et les deux sou s- verges tirent an renard, si bien que, perdant réquilihre, le plus penché des deux tombe en entraînant les deux autres. C'est alors, dans la poussière rouge, une milice de croupes et de fers, un cnchcvtUrcmrnt de formes équestres, rappelant les furieux combats de cavalerie qu'imaginaient les peintres de la Renaissance* 11 faut du temps pour dégager et relever tes pauvres bêtes, réparer les brancards et les traits brisés. On en vient à bout et on repart.
Nous allons ainsi pendant quatre heures dans le soleil, le bruit et la poussière, entre les deux chaînes parallèles» Aux flancs des montagnes et dans la plaine blanchissent les groupe^ de maisons cubiques. Des vignes échevelées rampent sur ïo sol, chargées de raisins Idonds ou pourpres, aux grains énormes. De superbes plantations de mûriers décou^^
pent les champs en quinconces. Sur la route, les Bédouins aux grands manteaux noirs à raies blanches, les Syriens en robes de couleurs vives, les w\rabes coiffés d'énormes turbans et les jambes nues, cheminent conduisant des files de chameaux ou montés sur de petits ânes.
Au sortir du village de Tamnin, deux cavaliers, arrêtés au bord du chemin, nous regardent venir. Hommes et montures sont d'une égale beauté, les hommes drapés de laine et de soie rayées, ne montrant que le visage bronzé, mais laissant deviner des corps d'athlètes, les chevaux caparaçonnés de filets aux houppes flottantes. Ce sont des chrétiens, nous apprend notre cocher, les jeunes fils d'une riche famille. Ils nous disent en français : « Voulezvous nous voir courir? » Ils partent au galop, manteaux et harnais flottants, botte à botte et en ligne droite, puis ils se séparent, décrivent chacun une courbe et se rejoignent, après avoir dessiné une fleur symbolique; ils reviennent ensuite vers nous, en répétant la môme figure. C'est un reste des tournois chevaleresques, le « lys », un souvenir des Croisés. Vieilles gloires de la patrie lointaine!
Mais les deux chaînes qui forment la vallée se resserrent et tout à coup surgit à l'horizon, comme une borne colossale, dorée d'un côté, noire de l'autre, une colonnade qui domine d'une hauteur énorme une oasis pressée autour d'elle : ce sont les ruines du Grand Temple, surmontant l'acropole de Baalbek. Le soleil va bientôt se coucher, et, sur ces ruines, le déclin de Baal répand une splendeur
triste. L'heure et le spectacle sont en harmonie.
A mesure que nous approchons, la colonnade grandit encore et Tacropole, quoique élevée, contrairement à l'usage antique, dans un bas-fond, domine d'une hauteur écrasante la plaine qui fuit. Cet ensemble, loin d ôlre rabaissé par lesiDonlagacs voisines^ les réduit clles-mt^mes. Je doute qu'aucun monument romain puisse donner h un pareil de^vé rimpression du colossal.
Un village turc est groupé autour des ruines» Nous le traversons rapidement, car nous n'avons plus que deux heures de jour et, parmi les jardins arrosés d'eau courante, les frais vergers, les ruelles bordées de misérables maisons, nous arrivons au pied de l'acropole. Les premières assises sont formées do ces blocs énormes, dits c}iclopMn^ ou pélasgifjues, dont les premiers hommes, sur toute la terre, bâtissaient leurs édifices- Ceux de Baalbek ont vu des milliers d'années mourir à leurs pieds et ils ne portent même pas la marque du temps. Leur surface est aussi polie, leurs joints sont aussi nets que s'ils étaient placés d'hier. Au-dessus, un appareil de beaucou [> poslé rieur, plus petit, mais colossal encore, est formé de fragments rapportés, bases et chapiteaux de colonnes, morceaux de frises, etc. : c'est une partie romaine. Les créneaux de la forteresse arabe couronnent le touL
L'enceinte, orientée du levant au couchant, se compose de trois parties successives ; un vestibule hexagonal, une cour quadrangulairc et une seconde cour eu pentagone irrégulier. Jadis, un escalier
monumental et un portique analogue aux Propylées d'Athènes donnaient accès dans Tacropole par la cour hexagonale. Ils ont été complètement détruits, pour la facilité de la défense. Aujourd'hui, l'entrée se fait par un long et obscur souterrain, de construction romaine, colossal comme le mur d'enceinte, au bas duquel il ouvre sa gueule noire.
Au sortir de l'obscurité, sous la lumière du soleil, qui se couche avec une splendeur royale (c'est le moment, disent les Grecs, où il règne, pxdiXeuei), lé spectacle est d'une grandeur et d'une mélancolie dignes du dieu dont la nuit \a voiler la gloire, comme le temps a détruit son temple et aboli son culte. Le premier regard est pour les six colonnes ivsolées que l'on a vues de la plaine. Elles se dressent, surmontées encore de leur entablement, au-dessus d'un prodigieux amas de débris, couchés autour d'elles par les siècles, la guerre et les tremblements de terre. Elles mesurent, au total, A^ngt-trois mètres de haut, et sont, avec le mur qui les soutient et les élève au-dessus de l'aire, le reste du Grand Temple, le Temple du Soleil. Jadis, elles étaient au nombre de cinquante-quatre, et l'édifice avait quatre-vingtneuf mètres de long sur quarante-huit de large.
Par comparaison, le temple voisin, consacré à Jupiter, s'appelait le Petit Temple. Cependant, lui aussi était grandiose. Ses colonnes ont près de vingt mètres de haut, et il mesurait quarante-neuf mètres de long sur vingt-six de large. Il a beaucoup moins souffert que le Grand Temple. Plus de
la moitié de ses colonnes sont encore debout et la cella est intacte. Sur le côté de l'édifice qui surplombe le mur d'enceinte, la plupart des colonnes se sont écroulées au bas de l'enceinte, mais Tune d'elles reste appuyée obliquement contre le mur de la cella; l'assemblage de ses parties est si solide qu'elles ne se sont pas séparées. La porte a pour linteaux trois pierres énormes; co]le du milieu sent affaissée et a glissé des deux tiers de sa longueur. Elle a conservé longtemps celte position menoeanle ; dans CCS dernières années seulement, a été construit, pour la soutenir, un piïier de maçonnerie. Sur ces pieiTes est sculpté un aigle gigantesque, aux ailes éployées, Taigle de Jupiter.
La cour rectangulaire et la cour hexagonale formaient comme deux vestibules dignes de la majesté des temples. On y voit encore les restes d*une décoration somptueuse, avec exèdres, niches superposées, colon nad es, promenoirs couverts, etc. Aussi, nul édifice ne donne-t-il une impression de grandeur et de richesse supérieure à celle que l'on reçoit a Baaliïck. La majesié somptueuse de l'Empire romain s*est étalée ici, dans l'ensemble^et dans les détails. Mais, cette impression longuement et fortement ressentie, comme le souvenir de lart grec nuit à ce faste! L'art de Baalbek est uu art de décadence. Ses colonnes corinthiennes exâgtV rent jusqu'à l'absurde les proportions rationnelles de Tordre primitif» Ou n y retrouve pas le sens de la destinalion, de la mesure^ de l'équilibre, surtout le goût* La richesse des détails et le soin de
rexécution sont inouïs, mais les modèles originaux sont dénaturés; ainsi la porte du teiûple de Jupiter, imitée de l'Érechthéion d'Athènes, est surchargée d'ornements et pousse à Ténormité une forme conçue pour des dimensions beaucoup plus petites; ainsi les caissons du péristyle, où des bustes sont engagés horizontalement dans un fouillis vermiculé.
La grandeur et la beauté de Tart romain consistent dans rimpression d'utilité et de force qui se dégagent de ses monuments typiques : le Colysée, le Panthéon d'Agrippa, le pont du Gard, le théâtre d'Orange. Lorsqu'il emploie ses formes propres, le plein cintre et la coupole, il atteint le plus haut degré de l'effet architectural. S'il veut forcer l'imitation des Grecs jusqu'à l'étalage du colossal et de l'inutile, il frappe encore, mais d'étonnement plus que d'admiration. C'est l'impression que reçoit le visiteur de Baalbek.
Il songe aussi à ce que ces temples représentent dans l'histoire de la décadence impériale, Rome respectait bu même adoptait les divinités des peuples qu'elle avait soumis. Cette large tolérance était d'une politique habile. Mais, lorsque la conquête se fut étendue sur l'Orient , les dieux sensuels et cruels de la Syrie troublèrent la raison romaine. Ils amenèrent à Rome leur cortège de prêtres corrompus. Ils vengèrent leur patrie esclave en jetant la pourpre sur les épaules d'Elagabal, qui entra dans Rome, vêtu en prêtre de Phénicie, menant avec lui la pierre noire d'Emèse, symbole de Baal,
et déshonorant les divinités austères de la vieille Rome, en les rangeant comme vassales autour de ridole étrangère. "
J'ai vu Baal se coucher sur les ruines de son temple. Je veux aussi contempler son lever. Avant le jour, je fais le loiir de l'acropole. Des jardins où court l'eau fraîche arrivent jusqu'au pied de Tenceinte. Dans la pénombre, les musulmans font leurs ablutions et les femmes chrétiennes descendent à la foniainÇi la cruche à 1 épaule, avec Je geste de leurs sœurs antiques. Au bord d'un fossé^ des chiens dévorent une carcasse de chameau, La beau(é et la laideur de la vie orientale sont inséparables à Baaibek comme à Damas.
Je suis arrêté devant un de ces jardins par la porte fermée. Une jeune fille m aperçoit et elle vient ouvrir à Tétrangeri en soulevant du doigt le secret d'une serrure primitive. Elle ne parle pas le français; mais ses yeux sourient et comprennent. Elle me précède, sur les pierres croulantes, le voile flottant et la démarche légère , ouvrant les clôtures du mftme geste rapide et gracieux. Lorsque j ai fait le tour el gagné la porte de Tacropole, elle reçoit le bachchich en baisant Ja pièce de monnaie et en la mettant sur sou cœur.
Au cours de cette visite extérieure, j*ai vu, sur la face occidentale du mur, les trois énormes blocs qui avaient donné son nom au sanctuaire, le temple des troi.s pierres, TfiXi^ov. Chacune délies mej^ure environ vingt mètres de long sur quatre de haut. Elles sont à près de six mètres au-dessus du sol et
lû scîen<îe se demande comment elles ont pu être amenées près de là, comment elles ont pu être élevées à cette hauteur. A quelques cents mètres de là, dahs la carrière d'où elles ont été tirées, l'une d'elles est encore à moitié engagée dans la masse rocheuse. Un de nos guides escaladera tout à l'heure Ce piédestal gigantesque et courra sur la plate-forme, en criant et en agitant son manteau de ses deux bras levés.
, Du haut des Propylées en ruines, jai vu Baal reparaître au-dessus de son temple, rayonner autour de la grande colonnade, inonder de lumière la cella de Jupiter. Il continuera de briller lorsque, depuis longtemps, les plus durables de ces pierres seront tombées en poussière. Du jour où les premiers hommes l'ont vu paraître et disparaître, où il a éclairé leur naissance et leur mort , fait sortir la vie de leur poussière et répandu sa force sur tout ce qui existe, ils l'ont adoré, tantôt avec une piété pure, tantôt avec une exaltation sensuelle. Ils lui t)nt donné bien des noms; ils ont cherché, par la ifoi et la science, par la raison et lé sentiment^ à deviner le mystère de cette force qui crée et détruit. Baalbek est le roi de ses temples, et, inalgré le faux goût de l'édifice, la main de l'homme n'a rien élevé de plus digne de lui.
DE JAFFA k JÉRUSALEM
LEfl BATELIBTIS DB 4At'fA. — LA PLAINE DE SAFlON, — BON A FAUTE A HAJHLÈH* — LES MaNtAÛSEl M JUDÉKi — KN VLK DE JÉBUBALEM-
2S septembre
Ce matin, vers cinq heures, le Sént^gal a mouillé devant .la (Ta, après une manœuvre longue ut prudente. La ville n'a qu'unes rade^ largement ouverte aux veuts d'ouest^ avec une passe étroite au milieu d'une ligne de récifs, sur lesquels la lame brise avec force. Elle s'élève en amphithéâtre^ toute blanche, serrée dans une ceinture de jardins et fei'mée de remparts, cuits par le soleil et croulants de vieil-lesse. Çà et là, parmi les terrasses et les coupoles, des restes d'arceaux gothiques sont la marque de l'Occident sur cette clef de la Palestine, que tous les peuples du vieux monde ont essayé de saisir.
De même, les légendes se succèdent et se pénètrent autour de Tan tique Joppé. Les Grecs plaidaient ici l'exposition d'Andromède et sa délivrance par Persée, A cette heure indécisCj Timagination peut
évoquer la forme blanche de la nymphe, ses blonds cheveux flottant au vent de mer, les bras liés au rocher et détournant les yeux du monstre, tandis que le héros libérateur se hâte à son secours. Persée est devenu saint Georges et de vieilles images le représentent délivrant, lui aussi, une vierge exposée aux flots. C est d'ici que Jonas s'embarqua pour le voyage qu'il devait terminer de si miraculeuse façon.
A gauche de la villç s'étend une plaine mamelonnée et comme moutonnante. Elle s'élève jusqu'aux montagnes grises qui annoncent la tristesse de la Judée et la désolation de Jérusalem. Le jour grandit et les détails du paysage ressortent. Au milieu des orangers d'un vert intense, des oliviers pâles, des caroubiers au port robuste, des grenadiers au feuillage luisant, un toit à l'européenne s'allonge et fume. C'est la gare du chemin de fer qui conduit à Jérusalem.
On peut regretter que la vie moderme n'ait pas épargné à la Ville sainte l'affront d'une telle arrivée. Monter à Jérusalem en caravane, à dos de chameau, à cheval, ou, mieux encore, à pied, avec le bourdon du pèlerin, serait-il d'une piété plus respectueuse? Oui, si l'on parvenait aussi à changer son ûme imprégnée de présent. Il faut accepter son temps tel qu'il est et on ne remédie pas à ses vulgarités par des tartarinades. Tel qui gagne la route de Jérusalem par le désert et couche sous la tente, a mis dans sa valise un guide Joanne et un nécessaire de toilette perfectionné. Les bateaux à vapeur et