NAUPLIE ; CANONS, FANFARES ET SERPENTEAUX. — ARGOS ; LE THÉÂTRE
— LA aiOMTÉE DE MYCÈNES. — LA PORTE DES LIONS; L*AG0RA; LES FOUILLES DE SCHLIEMANN. — LES ATRIDES; L'HORIZON DE MYCÈNES.
— LE TRÉSOR d'ATRÉE.
Nauplie, 4 avril
Enfin, voici le soleil et la lumière de Grèce ! Au réveil, lorsque nous montons sur le pont, à l'appel de la cloche annonçant l'arrivée en rade de Nauplie, nous avons la très agréable surprise de trouver un temps superbe. Pas un nuage dans le ciel, pas une vapeur à l'horizon. Un azur profond enveloppe la mer et la terre comme une coupe parfaite, sans une tache, d'une couleur plus intense au sommet, plus nuancée sur les bords. La côte dessine un vaste arc de cercle, bleuissant sur le vert de la mer. Au-dessus, un amphithéâtre de collines roses et de montagnes brunes, couronnées au loin par des cimes blanches de neige. C'est une fête de la lumière; c'est aussi la première révélation de celte limpidité de l'air qui, en Grèce, dessine les formes
avec un relief unique. L'œil embrasse l'ensemble et les détails sans confusion ni mirage ; il apprécie la différence des plans et la longueur des distances, la valeur propre de chaque élément du spectacle, avec une netteté de vision qui n'a d'égale en amuii pays, disent les voyageurs. Sous cette clarté vive et douce, dans cette tiède atmosphère, renchantement est complet. Pour la première fois, baigné par elle, on apprécie l'amour des Grecs pour Vrfih «pwç, la « douce lumière »; on compreml riH inslinct et ce besoin de netteté qui étaient le fond de leur esprit-
A mesure que le navire se rapproch<* (h' la cMe^ le profil de Nauplie se précise. Au fond du gQin% marquant l'entrée du port, se dresse lu fort Houzî, où habite le bourreau. A droite, le fort Palamèdc surmonte une falaise abrupte, à mi4iîniteur de laquelle, par un contraste pacifique, im ermile a installé sa cellule, surmontée d'une grande croix, peinte à la chaux sur la roche grise. A droite, au second plan, la montagne de Larissa, que couronnent les ruines, encore imposantes, d'un de ces chA* teaux francs, si nombreux en Grèce. La ville s clage sur la pente d'une presqu'île rocheuse ; elle ne regarde la mer que de côté et se tourne vers la plaine d'Argos.
A peine conduits à terre par les petiles^ barques, dont les mariniers nous démontrent une lois de plus la vérité de l'épithète homérique sur les w paroles ailées » dés Grecs^ eirea TTrepoévra, nous sommes au milieu d'une population en fête. Par une coinci^
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dence assez rare, la Pâque orthodoxe coïncide avec la Pâque catholique. Les dates de cette même fête, qui se poursuivent à travers les deux calendriers, grec et grégorien, se sont rencontrées cette année : c'est le samedi saint et Christ va ressusciter; grand prétexte à réjouissances, auxquelles prennent part toutes les classes de la population. Sur le rivage, devant une porte fortifiée que surmonte le lion de saint Marc — sculpté à profusion, depuis Morosini, sur les murs de la ville, — une batterie tire des salves, sous le commandement d'un superbe capitaine à longues moustaches. Les artilleurs en grande tenue, un peu plus propres que les soldats rencontrés jusqu'ici, servent avec assez de précision leurs pièces de montagne, toutes petites, puis ils s'attellent aux bricoles et rentrent en ville, trompettes en tête.
Partout éclatent des serpenteaux dont la grosseur semble vouloir compenser la petitesse des canons. Ils sont redoutables, car ils dessinent de longs zig* zags et Tun de nous en reçoit un qui endommage fortement son pantalon. Il leur arrive de causer des blessures assez sérieuses, mais c'est un chapitre prévu de ces sortes de réjouissances. Une fanfare, copieusement galonnée de jaune et précédée d'une bannière reluisante, s'engage dans la rue principale, avec un cortège d'amateurs; au milieu des gamins, abondent les fustanelles des grands jours, presque blanches.
Nous traversons Nauplie avec la foule, poui* gagner la garei La ville est bien bâtie et pitlo-
resque, avec ses murs peints à Titalienne, entremêlés d; encorbellements turcs. Au sortir d'un baslion, voici la gare, sans clôture. Comme à Katakolo et à Pyrgos, on pénètre de la rue sur la voie sans barrières. De même, aux passages à niveau. Lorsqu'un obstacle, voiture ou troupeau, se trouve sur la voie, le train, qui va toujours lentement, ralentit encore et attend pour passer.
La ligne court sur Argos, à travers une large et riche plaine. A droite, nous apercevons bientôt un monticule grisâtre : c'est Tirynthe, que nous visiterons au retour et dont, ainsi vu, l'importance s'apprécie mal. En quelques minutes, nous sommes en gare d'Argos. Sous cet antique et illustre nom, s'est formée une ville toute moderne et sans histoire. Elle s'étale largement, en trois tronçons, au pied de la montagne de Larissa. Il faut la traverser de bout en bout pour gagner le théâtre antique, seul reste de son passé. Elle est coupée de places et de jardins, autour desquels s'égrènent comme au hasard des maisons sans caractère, riches ou pauvres. En ce matin de fête, il n'y a d'autre animation qu'une sortie d'église et, vers le centre, un marché en plein air. A la mairie, quelques beaux fragments de sculpture forment un petit musée.
Selon la coutume constante des Grecs, le théâtre d'Argos était aménagé au flanc d'une colline. 11 a suffi de tailler les gradins dans le roc, en profitant d'une dépression naturelle de Larissa. Le mur de scène n'a laissé aucune trace, mais une partie des
gradins est bien conservée et le tracé des autres est encore apparent. Comme à Delphes, les vingt mille spectateurs qu'il pouvait contenir avaient devant les yeux, en suivant la représentation, une admirable nature. Devant eux, jusqu'à la mer, la vaste et fertile plaine; à droite les montagnes d'Arcadie; à gauche Tirynthe et l'âpre massif dont Mycènes garde l'entrée. Nulle part en Grèce, même à Athènes, au théâtre de Bacchos, le paysage et les souvenirs qu'il éveille n'encadraient mieux le poème dramatique. Ce cirque de montagnes a été l'arène des passions légendaires qui fournissaient une matière inépuisable à la tragédie grecque. Depuis les temps héroïques, des images superbes de passion et de beauté, de grandeur et de crime, flottent sur ces campagnes. Agamemnon traversait cette plaine en revenant de Troie, pour gagner le nid d'aigle où l'attendaient le filet de Clytemnestre et la hache d'Egisthe. Là-bas, sur cette montagne, (3reste et Electre réalisaient les plus terribles ou les plus touchantes formes du parricide, de l'amour filial et de l'amour fraternel. A chaque instant, au bas de cet amphithéâtre, les paroles prononcées par les acteurs nommaient des Ueux que les spectateurs voyaient au même moment.
Formés par la culture grecque, malgré ce qu'elle eut d'incomplet ou d'indirect pour la plupart d'entre nous, l'émotion nous rend silencieux, et sur ces gradins, il nous semble entendre une voix, la voix de la Melpomène antique, qui, après deux mille ans, vibre encore dans l'air. Nous regardons longuement
la mer qui brille à Thorizon, la tache grise que fait Tirynthe sur le vert de la campagne, le pli sombre de montagne où se cache Mycènes, la suite de cimes d'où les veilleurs de nuit guettaient les feux annon* çant la prise de Troie.
Il faut plusieurs appels pour nous décider à descendre. L'impression est si vive que, ici comme à Olympie, nous ne songeons même pas au contraste du présent et du passé. Quitter le théâtre d'Argos pour regagner la gare, cela ne provoque pas les plaisanteries faciles qui devraient venir en pareil cas. Nous sommes très loin de la Belle Hélène et de» Grecs d'opérette. Il en est ainsi depuis le début du voyage : cette forme de « la gaîlé française » perd ses droits et je crois bien qu'il en sera de môme jusqu'à la fin.
Encore quelques minutes de chemin de fer jusqu'à la station de Mycènes. C'est une maisonnette, isolée en plein champ, au pied d'un monticule sur lequel se hérissent les pauvres maisons du village de Kharvati. La ligne passe assez loin de la cité d'Agamemnon, comme si le prosaïsme de la civilisation moderne voulait respecter la grandeur du passé. Nous allons payer ce respect assez cher.
Il est onze heures et le soleil brûle. Quelques voitures sont venues d'Argos pour transporter les dames. A nous, les hommes, il faut une heure de marche pour gagner Mycènes. La roule monte, elle est durement pierreuse et bientôt nous sommes en nage. Des plaintes à moitié ironiques, à moitié sérieuses, s'élèvent de la colonne, qui s'allonge sur
le ruban jaunô et poudreux. Bientôt, c'est une lamentation générale, coupée de silences résignés.
A mesure que nous avançons la contrée prend un aspect sinistre; une ligne de montagnes se dresse bientôt devant nous, grise, nue et abrupte. Autant la plaine que nous venons de quitter est fertile et riante, autant cette chaîné est stérile et sombre, A droite court le lit desséché d'un torrent ; à gauche des murs de pierres sèches zèbrent le flanc des montagnes; devant nous, plus haute à mesure que nous avançons, se dresse la cime qui porte Mycènes. Déjà nous apercevons les énormes murs pélasgiques qui formaient Tenceinte de Tacropole et, comme les sentinelles avancées de la citadelle, partout se montrent des ruines confuses. La végétation devient plus rare; encore quelques pas, elle se réduit à de maigres broussailles. Une malédiction semble peser sur ce coin de terre, souillé par tant de crimes. La montagne est comme vêtue de deuil ; la terre et les rochers sont couleur de rouille, de cendre et de sang. Bientôt la route est devenue un sentier difficile; nous sommes en pleine montagne. Tout à coup, ce sentier fait un coude brusque sur la droite et, au fond d'une allée formée de deux énormes murailles, la fameuse porte des Lions apparaît.
Il est plus de midi ; nous mourons de fatigue, de chaleur et de faim. Les organisateurs du voyage avaient prévu le déjeuner pour cette heure-là et en cet endroit. Une triste nouvelle nous attend : un accident est arrivé à la charrette des provisions et il faut attendre deux ou trois heures qu'elles soient
montées à bras. C'est d'abord un cri unanime de fureur et de désespoir. Puis il faut bien se résigner. On souffle un peu, dansTombre de Tallée colos^^le; on laisse aux retardataires le temps d'arriver el^ en les mettant au courant, on les console. Puis s'élève la voix de M. Monceaux, monté sur le linteau de la porte. Jamais conférencier n'escalada pareille tribune. Il raconte la légende des At rides cl co que rhistoire en retient ou y ajoute; il expose les Ton [Iles de Schliemann en cet endroit et leur merveilleux succès.
L'écueil, devant les monuments trop décrits et trop représentés, c'est que la vue directe soit inférieure à l'attente escomptée. Ici, l'impression e^t plus forte que tout ce que l'on a pu voir ou lire. Au fond de l'allée pélasgique, la porte s'ouvre, colo^saie et surbaissée. Sur le linteau, les lionnes arehaïqucs se dressent, décapitées, les pattes de devan t nppuyécs contre une base de colonne, dans une po.^e qui les étire, les allonge et accuse leur caractère félin, La colonne serait l'autel de la cité, et les deux lionnes le garderaient, comme les animaux héraldiques (jui accotent les blasons du moyen âge. Cette sculpture est gauche et puissante dans son réalisme primitif. Elle évoque le souvenir des œuvres assyriennes. On songe à la Lionne blessée qui traîne en rugissant ses pattes de derrière paralysées et à la Chasse du roi, avec ses quatre lions morts, le mufle contre terre et le corps allongé.
La porte des Lions est l'entrée colossale d'une ci Lé de géants et tous les drames qui ont passé par là
semblent réglés par un tel décor. Ici, les passions devaient ôtre surhumaines; l'action et la pensée, le geste et la voix n'y pouvaient être que terribles. Et ceci n'est pas une impression ressentie après coup : on ne saurait rien de la légende qu'en cet endroit, devant une telle architecture, l'imagination formerait d'elle-même des rêves effrayants.
La porte franchie, nous sommes dans une enceinte ciruulaire que limite à gauche un haut rempart pélasgique et, à droite, un abîme bordé d'un mur semblable. En face et au-dessus, des ruines s'étagent sur une pente raide. Cette enceinte serait l'ancienne agora. Tout autour, une double rangée de dalles est plantée droit en terre. Sur celles-ci, d'autres dallrs posées à plat formaient comme un énorme banc de pierre. On suppose que là, se tenait l'assemblée des chefs du peuple, en présence du roi, telle que la décrit Homère : « Les hérauts réclament le silence et les anciens, assis dans l'enceinte sat!rée, sur des pierres polies, empruntent les scep- Irea des hérauts à la voix retentissante. Ils s'appuient sur ces sceptres lorsqu'ils se lèvent et donnent tour à tour leur avis. » Ces « pierres polies » ont été dégagées par les fouilles de Schliemann.
L(^s mêmes fouilles ont creusé, au milieu de l'encrinte, une profonde excavation, où se trouvaient les tombes dont la découverte eut un si grand retentissement. Schliemann était déjà tout joyeux d'avoir déblayé le banc circulaire de l'agora, qui lui semblait confirmer de si exacte manière la description donnée des assemblées héroïques par Homère, son
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dieu, sa loi et son guide, lorsque la pioche des ouvriers mit successivement à découvert cinq tombeaux. C'étaient autant de trésors et eux aussi vérifiaient Homère, qui parle de « Mycènes abondante en or ». Ils contenaient dix-sept cadavres, les uns réduits à l'état de squelettes, les autres partiellement conservés. Ces cadavres étaient littéralement bardés d'or — masques, diadèmes, cuirasses, bijoux, — et, au fond des sépulcres, ils brillaient comme des idoles d'une fabuleuse richesse. Schliemann s'empressa de télégraphier au roi de Grèce et à l'univers qu'il venait de découvrir les tombeaux d'Agamennon et de sa suite, de Cassandre et du cocher Eurymédon, égorgés par Clytemnestre et Egisthe, puis ensevelis dans l'agora avec les honneurs dus au roi des rois, à sa captive et à ses fidèles. Cela lui plaisait à dire : l'enthousiasme qu'il éprouvait de sa découverte était la seule preuve dont fût appuyée l'hypothèse. Ce qui est certain, c'est que l'heureux chercheur venait d'exhumer toute une civilisation, conservée par son art. Il y a désormais un art mycénien.
Nous verrons ce trésor au musée d'Athènes. En attendant,^ nous parcourons Mycènes, où la Société archéologique d'Athènes a continué les fouilles de Schliemann. Depuis l'agora jusqu'au sommet de la montagne, les constructions s'échelonnent, profondément ruinées et, cependant, de destination assez reconnaissable pour offrir un vif intérêt, un guide archéologique à la main. Depuis le début du voyage, nous ne quittons pas le Joanne, dont les auteurs
sont tous d'anciens membres de TÉcole d'Athènes. On ne saurait être plus clair, plus judicieux et plus impartial, en des questions aussi malaisées, qu'il s'agisse de fouilles françaises, comme à Délos, ou allemandes, comme à Mycènes. M. Monceaux ajoute ' la vie de la parole au témoignage du livre. Ce qui nous appartient en propre, c'est l'impression, qui est saisissante pour tous.
Il n'est pas de Français un peu cultivé, de si médiocre bachelier, dont la mémoire ne soit ha^ntée par les grandes ombres de la tragédie grecque. Ces héros ont gravi ces escaliers de pierre noirâtre ; ils ont vécu entre ces murs farouches. Voici, dans une cour, trois grandes jarres de terre cuite, où ils conservaient l'huile et le vin. D'innombrables débris de poterie racontent leur vie domestique et religieuse. Cette anse, où paraît un reste de peinture, servit à des libations funèbres. Parmi ces débris, la plupart d'entre nous glanent des souvenirs. Je regrette beaucoup certaine panse d'amphore que j'avais déterrée avec effort. Elle avait son élégance barbare et offrait de curieux dessins. Je l'ai perdue de vue un moment, et je ne l'ai plus retrouvée. Elle doit, à cette heure, figurer en bonne place dans une collection. Nous trouvons quelques poupées en terre cuite, semblables à celles que les enfants de tous les temps et de tous les pays dessinent sur les murs ou aux marges de leurs cahiers d'école, mais les enfants qu'ont amusés celles-ci sont morts depuis des milliers d'années et la poussière que nous soulevons est faite de leur cendre.
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Du sommet de l'acropole, la vue embrasse le cirque des montagnes, la plaine et la mer. Isolée par des ravins profonds et ne communiquant avec la chaîne que par une bande de terre fortement défendue , ceinte de murailles colossales partout où Fescalade était possible, la forteresse semble régner encore sur la contrée que ses maîtres avaient asservie. Au loin, c'est la terre fertile et la mer par où viennenf les richesses. Les rois de Mycènes mettaient eti In^n sûr, dans cette forteresse, leurs récoltes et leur or. Du sommet de ce rocher, leur regard fouillait au loin. Les sentiments qu'éprouvaient ces âmes orgueilleu*4e*i et féroces, mais ouvertes à la tendresse et à la pi<Hé, les grands poètes de la Grèce nous les raconient, mais en visitant leur séjour, la tristesse sauvage ri l'âpre beauté du site doublent l'impression «les vers où survirent les passions des Atrides.
La visite a été longue, sous le soleil toujours plus ardent et, malgré la fatigue croissante, pi!rsorin« n'a lâché pied. Enfin, du bas de la montagne, un signal nous'apprend que les vivres sont arrivée. H est plus de trois heures et, depuis cinq heures \\u matin, nous n'avons rien pris. Nous desi^enduns bien vite et nous suivons, à droite, le chemin du monument appelé le trésor (TAtrée ou le tombeau d'Agamemnon, qui s'ouvre au flanc d'une colline, â quelque cent mètres de la porte des Lions. L'entrée rappelle tout à fait celle-ci; la nature des matériaux et l'appareil sont les mêmes. L'énorme porte s'ouvre sur la nuit du souterrain, mais, avant d'y pénétrer, nous songeons au repas. Ce monument était cerlar*
nement un tombeau , ou plutôt une nécropole, comme en témoignent les fouilles. Depuis le jour où les dernières funérailles y furent célébrées, jamais des hommes ne mangèrent en cet endroit, aussi nombreux et de plus grand appétit. Puisque ces agapes faisaient plaisir aux morts, les mânes des Atrides doivent être contents; ils sont largement honorés.
Le trésor d'Atrée semble postérieur aux tombeaux de Mycènes et, comme construction, il représente un art beaucoup plus avancé. Il consiste en une grande salle en forme de ruche, de quinze mètres de haut, construite en assises annulaires de pierres énormes, posées les unes sur les autres en encorbellement. A côté se trouve une autre salle, plus petite, carrée et taillée dans le roc. C'est la chambre sépulcrale proprement dite, la première servant de temple funéraire.
Le moyen par lequel ces pierres ont été mises en place est, comme pour tous les monuments pélasgiques, un problème d'architecture. M. 'Henri Poincaré, le célèbre géomètre, qui est du voyage, étudie ce problème. Puisque, dit-il, le tombeau est bâti dans le flanc évidé d'une colline, il est probable que les constructeurs cyclopéens ont ménagé un noyau de terre, sur lequel ils ont construit. Le mur édifié, ils auront enlevé la terre qui avait servi de support à la construction. Ainsi la difficulté aurait été diminuée de moitié. Elle reste suffisante pour leur honneur et pour exercer encore la curiosité des architectes.
Le soleil descend vers la montagne de My cènes, mais notre journée n'est pas finie, \ous avons encore à voir Tirynthe. Cette visiU; a été suivie d'incidents qui ont prolonge 1res tard une expt'^dition commencée de très bonne h<*ure. Après la \io antique, nous avons rencontré la vie moderne et la Grèce contemporaine après la Grèce des héros. Nous avons vu les mœurs grecques par un cOLé imprévu et intéressant. Nauplie nous ]a reçus, harangués, fêtés. Il y a là matière à une seconde lettre. Je vous l'enverrai demain.