‹ Vers Athènes et Jérusalem: journal de voyage en Grèce et en SyrieChapitre 8 sur 17 · TIRYNTHE LA VEILLÉE DE PAQUES A NAUPLIE · texte numérisé non relu

TIRYNTHE LA VEILLÉE DE PAQUES A NAUPLIE

l'acropole de TIRYMTHE. — LES MURS PÉLASGIQUES; LES GALERIES COUVERTES. —LE RETOUR A NAUPLIE; RÉCEPTION. — L'OFFICE DE NUIT. — M. LE CONSEILLER COTSAKIS.

En mer, 5 avril

Nous venons de quitter le trésor d'Atrée. Le soleil baisse déjà sur Thorizon, lorsque nous gagnons Tirynthe, partie du chemin à pied, partie en wagon. Isolée dans une vaste plaine, on dirait un vaisseau de haut bord au milieu d'un golfe. Sur la riche campagne qui s'étend entre Argos et Nauplie, il fallait, aux maîtres du pays, .une forteresse et un refuge contre leurs ennemis de terre et de mer. Une roche s'élevait au milieu des terres plates; les hommes préhistoriques l'ont entourée des blocs énormes dont ils faisaient leurs remparts, et, au sommet , selon leur usage , ils ont construit la demeure royale.

Comme à Mycènes, cette acropole est en ruines

et, pourtant, reconnaissable. Nous comptons les portes et les tours ; nous parcourons Tappartement des hommes et celui des femmes. Nous descendons, au flanc de la butte, dans ces étranges galeries improprement appelées ogivales, car leurs murs, s'ils s'inclinent fortement l'un vers l'aulre, ne se rejoignent pas au sommet. Celui-ci est couvert de pierres horizontales. Les monuments pélasgiques de la Grèce offrent de nombreuses analogie» avec les monuments dits druidiques, ou plutôt méf^alilhiqu es, appellation plus satisfaisante et plus simple. Parmi ces analogies, il n'y en a pas d'aussi frappante que celle des galeries de Tirynthe avec les allées couvertes de Bretagne. A quoi servaient ces gsileries? On y voit des moyens de défense, des prisons ou dos magasins. Autant de conjectures peu satîslaisantes. L'auteur de savants ouvrages sur l'homme préhistorique, M. Emile Cartailhac, est du vo;yage, 11 examine attentivement ces galeries et, sansdoute^ elles lui fourniront matière à discussion.

La nuit est tout à fait venue et si, du haut di*s murs de Tirynthe, nous découvrons Nauplic qui s'allume, nous ne voyons plus le train qui doit nous ramener. Il est allé se garera Nauplie, pour laisser la voie libre, et il ne revient pas. Gagner Xauplie a pied nous sourit peu, après la fatigue de la journée ; nous en sommes à une lieue et demie. Nous attendons longtemps. Au bout d'une grande heure, les feux du train apparaissent dans le lointain. Puis, il s'arrête et siffle avec persistance. Nous appelons en chœur et il se décide à reprendre sa marche. Lors-

qu'il est enfin à noire hauteur, nous apprenons d'un employé que ses sifflets s'adressaient à nous : le train appelait ses voyageurs.

Nous apprenons aussi que les habitants de Nauplie nous ménagent une réception. Le matin, notre arrivée les avait pris de court. Mais ils aiment la France et ils veulent le prouver aux Français qui leur arrivent en troupe, la plus nombreuse qu'ait vue la Morée depuis l'expédition du maréchal Maison. Ils ont eu la journée pour préparer une fôte et ils l'ont mise à profit.

Elle est enthousiaste, cette réception. La gare est illuminée et sur le quai se presse une foule énorme. Au moment où le train s'arrête, le cri de : « Vive la France! » en grec et en français, sort de toutes les poitrines. Nous' répondons par le : Zr^xw ^ 'EXXacî Puis, la Marseillaise éclate, jouée par la fanfare galonnée de jaune que nous avions entendue le matin. Français et Grecs se découvrent d'un seul mouvement et l'émotion nous prend à la gorge. Nous sommes chez un peuple démonstratif, qui aime le bruit pour le bruit et manifeste volontiers pour les causes les plus diverses, voire les plus opposées. C'est jour de fête et la réception des Français est une réjouissance de plus. Noire Marseillaise est jouée par à peu près, mais ils l'ont apprise pendant la journée. Nous sommes très fatigués, mais à la lueur des flammes de Bengale, aux fenêtres de la gare et sur la place voisine, nous voyons briller nos couleurs. Des centaines de lieues nous séparent de la patrie, et voilà son drapeau qui flotte, son hymne qui s'élève. Nous songeons que Navarin est de l'autre

côté de la presqu'île et que cette population s'en souvient. Dès la seconde reprise de la Marseillaise, nous chantons tous en chœur et les Greci^ applaudissent avec transport.

La Marseillaise terminée, un oraleur grec prend la parole du haut d'une estrade, tandis que deux assesseurs tiennent près de lui, floltanls à In hrise de mer, deux grands drapeaux, Viin grec, l'autre français. Dans notre langue, avec une omotion que l'on sent sincère, il lit une adresse qui est saluée d'applaudissements frénétiques. Jo regrette de ne pouvoir vous donner le nom et les paroles de l'orateur, conseiller à la cour de Corfou, me dii-on. Je n'ai pu, à mon vif regret, le rejoindre dans la foule, mais je puis vous assurer que son adresse est d'un lettré, d'un patriote et d'un ami de la France.

Puis, le cortège se forme en retraite aux flambeaux, ou plutôt Grecs et François suivent p<Memêle la fanfare et les porteurs des grands drapeaux, tandis que les Grecs allument les petits cie^rges qu'ils avaient préparés pour l'office de la nuit, tar ils côl<>brent Pâques comme nous célébrons Noëh Toutes les fenêtres sont illuminées et pavoisées aux couleurs des deux pays. Sur la place centrale, le cortège s'arrête, pour entendre do nouveau la Mar-^ seillaise , à laquelle succède YH]imne p^ec . Des rafraîchissements nous sont offerts par lo corps municipal. Nous reprenons notre marche, toujours mêlés à la foule, et nous nous embarquons, acclamés de nouveau, voire embrassés. Ceux qui ont eu la

bonne fortune, à ce moment, d'avoir des Naupliennes pour voisines sont particulièrement satisfaits.

Le Sénégal ne lève Tancre qu'à une heure du matin. Quelques passagers, les plus jeunes, ont invité un officier grec à monter à bord. C'est un jeune homme, lui aussi. Il est entendu que l'on videra quelques verres de Champagne, puis que les Français ramèneront leur hôte à terre, pour finir joyeusement la soirée, visiter des cafés chantants, des bals en plein air, etc. On boit, on trinque, on chante ; l'officier grec fait sa partie avec entrain et montre qu'il connaît en détail le répertoire d'Yvette Guilbert.

On descend à terre et les Français croient que là tournée gaie va commencer. Mais on passe devant la cathédrale et l'officier déclare que, ses camarades assistant en corps à l'office de nuit, il est obligé d'y paraître. Nos compagnons le suivent, par curiosité. En apprenant leur présence, le commandant de la garnison vient à eux et les engage à prendre place au milieu de ses officiers. Ils ont beau se défendre, il les conduit vers l'Iconostase, à travers la foule qui s'écarte avec empressement. On leur donne un cierge à chacun et, ainsi en vue, ils suivent l'office avec recueillement. Puis l'assistance se forme en procession et fait le tour de la place. C'est là que nous, les gens mûrs et tranquilles, avons vu cette jeunesse défiler à son rang, cierge en main, édifiante, et, s'il faut tout dire, fort calmée, après réchauffement du Champagne.

Office et procession terminés, nos jeunes gens

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rejoignent leur officier et lui proposent de reprendre la partie. Il leur répond que ce n'est plus possible, car cela se saurait et il ne doit pas, lui, officier en uniforme, une nuit de Pâques, après l'office, etc. Mais on peut tout concilier et il les emmène au mess, avec deux officiers français qui sont du voyage. Ainsi la morale, la gaieté et la fraternité militaires ont trouvé leur compte ce soir-là.

P.- S. — Cette lettre a été lue en Grèce et voici l'envoi qui m'arrivait quelques jours après, de M. Cotsakis, un grand ami de la France et de sa littérature, magistrat lettré, traducteur en grec des Considérations sur la Révolution française, de' Mme de Staël :

Corfou, le 19 avril 1896 Cher ami,

Gomme un témoignage des plus sincères de ma haute estime pour Vous, et de mon affection pour Votre pays, je vous envoie ci-inclus mon allocution aux passagers du Sénégal arrivés à Nauplie le 4 avril.

Veuillez agréer mes cordiales amitiés.

Nicolas G. Cotsakis.

Allocution de M, Nicolas G. Cotsakis, conseiller à la Cour d^ appel de Corfou :

Chers et nobles amis !

La ville de Nauplie, en vous souhaitant c la bienvenue » rend hommage à Tamitié fraternelle qui unit la chère France à notre pays et qui fait vibrer dans nos cœurs des

scrilimcnts de vive reconnaissance, cette mémoire du cœur! {Bravo! bravo! vive la Grèce!)

Vous venez de visiter nos antiquités, dont les. ruines fumantes encore de ce sang de nos héros et martyrs, qui a fait pousser Tarbre de la liberté dans notre pairie, vous adressent une fois encore : t la bienvenue » {Vive la Grèce!)

Et, dans cette circonstance, devant bientôt célébrer l'anniversaire de notre indépendance, nous accomplissons un devoir des plus sacrés en vous disant bien haut que le souvenir affectueux des Chateaubriand, des Casimir Delavigne, des Maison et des Fabvier, ainsi que de toute la France, est toujours vivant dans nos cœurs! {Bravo ! bravo ! vive la Grèce!)

En rentrant chez vous, bien chers amis, n'oubliez jamais que notre pays forme des vœux chaleureux pour le bonheur, •la gloire et la grandeur de la France! {Vive la Grèce!)

Notre patrie s'est honorée en honorant ainsi le grand et généreux peuple français, un de ses meilleurs amis.

Vive la France! vive la patrie française! {Bravo! bravo! vive la Grèce! Salve cV applaudissements.)

Les bravos et les vivats notés par M. Cotsakis sont les nôtres. L'orateur n'en a pas ajouté; nous avons crié autant que cela. Et il ne mentionne que les acclamations françaises. Ses compatriotes, beaucoup plus nombreux que nous, ont naturellement beaucoup plus crié.

M. Monceaux a remercié M. Cotsakis. Il se trouvait dans un wagon à galerie extérieure, qui faisait l'office du balcon traditionnel. Il parlait dans la nuit et le vent, à la lumière vacillante des torches. On Tcntendait peu et on le voyait mal; c'était dommage, car son langage et sa physionomie étaient fort expressifs, La plupart de ses auditeurs ne com-

prenaient pas un mot de français. L'effet n'en était pas moins grand. L'éloquence de plein air a sa rhétorique spéciale; il lui suffit de donner une expression sommaire et large à des sentiments généraux. Un de ses compagnons a évoqué c\prvs lui \c souvenir de la tragédie grecque et di^ la tragédie française. Les deux orateurs ont acquis ce soir-là une notion complète de cette action de la parole sur les foules, où le geste et la voix ont i-nrore plus de part que la pensée. Près de moi, un professeur se récite à lui-même le passage de Buffon, dans le classiijue Discours sur le style : « Que fatil-il pour émonvoir la multitude et l'entraîner? Que faut-il m^me pour ébranler la plupart des autres lionimes et les persuader? Un ton véhément et pu l lu- tique, des gestes expressifs et fréquents, des pai-oles rnpides et sonnantes. » Cela est vrai, môme lorsque l'orateur parle une langue étrangère à ses auditeurs.

SOUNION. — LE PinÉE. — ATHÈNES. — l'ÉCOLE FRANÇAISE. L^AGKOPOLE.

Athènes, 6 avril

« Pour moi, je vous avoue que, d'aussi loin que je la découvris de dessus la mer, avec des lunettes de longue-vue, et que je vis quantité de grandes colonnes de marbre qui paroissent de loin et rendent témoignage de son ancienne magnificence, je me sentis touché de quelque respect pour elle. » Cette réflexion simple et pleine est d'un capucin, le P. Babin, le premier Français qui ait décrit Athènes, en 1672. Dans le probe langage de son temps, il exprimait le sentiment qu'ont éprouvé depuis tous les pèlerins de la Grèce.

L'approche d'Athènes cause l'émotion religieuse qui émane des sanctuaires où l'on vient de loin, par des routes pénibles, avec une foi dans le cœur. Jérusalem et Rome sont des villes saintes, mais le lettré d'Occident, qui voit les montagnes de l'At-

tique poindre sur la mer, se dit que, dans im pli de cette côte, est la nourrice vénérable et charmante qui, la première, éleva le monde européen. Bien des poètes et des penseurs, depuis l'humble capucm du xvn® siècle, ont traduit Témotion qu'éveille coHe vue. Chateaubriand, Byron, Lamartine, Renan ont multiplié par la force du génie l'intensité des* sentiments qu'éprouvent alors les plus simples. Quoique chose de leur pensée élève désormais l'âme fie tous ceux qui suivent leurs traces. Mais, en somnie, h Iravers Técho sonore de Y Itinéraire, de Childe Harold^ de la Morl de Socrate et de la Prière sur V Acropole, le fond de toute pensée, devant la première appari* tion de l'Attique, c'est la réflexion du capucin sans génie. .

Depuis le lever du jour, nous sommes sur le pont, les « lunettes de longue-vue » à la main. MîiHkuireusement, le temps radieux dé Nauplie s'rsl p:ù\(\ Le vent du nord, le Vorias, souffle avec force *^ur la mer grise. Le ciel est voilé et, si l'air reste limpide, nous n'avons pas cette fête de lumière qu'il i'aiit (i la Grèce. Bientôt, voici la côte d'Égine, montagneuse, nue et élégante. A notre droite se profile la pointe aiguë de l'Attique, le cap Colonne, le Sounion des anciens. Nous devrions le laisser iiss(^7. loin: mais il est le portique nécessaire de rAllîqne, Le commandant du Sénégal n'a pas voulu ([ue nous fussions privés de ce spectacle. Malgré la difficulté de la manœuvre, par un tel vent, il oblique la route du navire vers le cap, longe l'écueil <ie Gaïdaro et, doublant Sounion, nous conduit au large.

Ensuite, il vire de bord et répète le doublement du cap. De la sorte nous pouvons regarder à loisir les ruines qui couronnent celui-ci, treize colonnes d'un blanc éclatant, car le vent et les exhalaisons salines qui les rongent ne permettent pas à la patine dorée de s'y déposer. Le sonnet lapidaire de J.-M. de Hérédia jaillit du souvenir :

Le temple est en ruine au haut du promontoire....

Les Grecs, race pratique, ne s'attardaient pas au rêve et voulaient définir l'infini; mais au cap Sounion commençait la grande mer et une vaste porte s'ouvrait à l'imagination. Ils venaient donc méditer en cet endroit. Platon, le plus digne parmi eux de donner l'élan aux âmes, y parlait à ses disciples et, depuis, son souvenir le domine, aussi majestueux et plus durable que le temple d'Athéna.

Nous tenons maintenant le cap sur le Pirée et la côte d'Attique se déroule à notre droite. Elle aussi est aride et élégante. L'Hymette borne la vue. Tout à coup, derrière sa haute cime, au centre d'une vaste plaine qu'un immense bois d'oliviers couvre d'une voûte argentée, paraît un rocher sombre couronné par un portique blanchissant : c'est l'Acropole et le Parthénon. Le vert léger des oliviers, le brun vigoureux de la roche, les colonnes dorées du temple, les maisons d'Athènes, forment un tableau d'une harmonie délicate et forte, dont l'Acropole est le centre. Tous les regards sont pour elle; ils reviennent toujours au plus beau piédestal que la

nature et les hommes aient façonné pour le plus noble des temples, celui de la raison suprême, réalisée par la suprême beauté.

La plaine paraît et disparaît à travers les replis de la côte mon tueuse. Au loin, unt' fortU de mais annonce le Pirée. Elle se couronne de pavillons et de flammes, car c'est le matin de P^que*i, Les premiers navires que nous apercevons sont ceux de l'escadre française que commande' l'amiral tle Maigret. Pendant l'opération délicate et longue du mouillage, nous avons tout loisir d'examiner la ville. Elle présente l'aspect commun aux ports de mer, car elle est neuve et s'est formée en trente ans. Elle n'offrirait d'autre note originale que les couleurs flottant gaiement dans l'air, sans l*agitalion de la race grecque, nombre de cosl urnes amusants et les caïques bariolés qui viennenl de l'Archipel.

Pour gagner Athènes Je monte, avec M. Lefraiic, secrétaire du Collège de France, dans une de ces énormes voitures aux lanternes argentées, qui sont les fiacres athéniens, et dépassent, comme dimeusions et luxe défraîchi, nos plus vastes landaus de noce. Dès la sortie du Pirée, le cocher a reneonlré un ami, qui a grimpé sur le siège, en hpiti, et nous faisons la conversation avec eux, autant que nous le permet notre grec de collège. A nii-clu*miu, un cabaret se présente et le cocher arrête ses chevaux, pour les laisser souffler, dit-il, en n'nliié pour hoiro du vin résiné avec l'ami. J'aurais i egretlv que nous fussions privés de celte rencontre et de cet arr^^l,

car ils sont traditionnels : Théophile Gautier les notait en 1853.

La route, vilaine au début, est devenue charmante. Elle file, toute droite entre des peupliers blancs, le long du Céphise. L'air est sec et frais; des nuages légers courent sur l'azur pâle. L'Acropole se montre et se cache; les stèles du Céramique blanchissent dans l'herbe; le Théséion s'étend, isolé et majestueux, sur sa vaste plate-forme. L'heure et le site sont délicieux.

Voici Athènes, toute pavoisée de blanc et de bleu, les couleurs grecques. Sur une longue file de mâts, les initiales des jeux olympiques annoncent les fêtes de demain. Partout éclatent les serpenteaux de Pâques et, au tournant des rues, débouchent des fanfares. Les Grecs aiment encore plus que nous la musique des cuivres et les musiciens à costumes voyants. Que de plumets et de galons, de soutaches et de gibernes !

On s'oriente vite dans Athènes, grâce aux deux grandes rues, la rue d'Eole et la rue d'Hermès, qui la traversent à angle droit. Joignez-y deux places, la place de la Constitution et la place de la Concorde, reliées par la rue du Stade et formant triangle avec celle de la Liberté, le boulevard de l'Université et la rue du Pirée, c'est tout ce qu'il faut pour se reconnaître ; d'autant plus que la ville, bâtie en terrain plat et tracée au cordeau, forme un vaste damier. Partout le rocher de l'Acropole sert de direction ou de repère.

L'ancienne Athènes, bâtie de l'autre côté de

TAcropole, sur un groupe de collines, était plus accidentée. Malgré l'uniformité du plan et Tégalité du terrain, la nouvelle est une fort belle ville, qui encadre dignement les monuments d'autrefois. A défaut de la grande invention artistique, les xVHioniens ont conservé le goût de leurs ancêtres. Plu h heureux que le reste de l'Europe, ils ont trouvé un style architectural. Ils ont pris aux formes antiques ce qui pouvait s'adapter à la vie moderne, et sans pastiche d'archéologie, ils ont élevé de beiiux édifices et d'agréables habitations La moins n'*ussiedc leurs grandes bâtisses est le palais Royal, lourd Jong et blanc. En revanche, l'Université, la BiblioUuViuc* et l'Académie feraient honneur à de vieillcH capitales. L'Académie, surtout, est fort originale, avec sa polychromie éclatante et ses deux hautes colonnes, qui élèvent dans l'air les statues dorées d'Aihéna et de Phoibos. Môme les constructions emphatiques, les gros immeubles de rapport, que la spéculation a multipliés depuis 1875, ne donnent pas une note trop choquante. Les maisons de dimension moyenne sont les plus nombreuses et elles s'accordent avuc Thistoire, l'aspect et le climat du pays. Leurs portiques* et leurs terrasses, leurs teintes claires et doucea sont une joie pour l'œil. Athènes n'offre pas le spectacle douloureux des grands murs, jaunâtres et iniiehevés, qui, à Rome, racontent les ambitions fastueuses oL les échecs ruineux.

Au flanc du Lycabette, le drapeau Incolore annonce l'École française. Au-dessous du drujîeau est un beau buste de bronze, la RépuhliquB d'injnl-

bért, une des premières images de la France qui n'aient pas été copiées sur les modèles grécoromains. Cette tête est d'une Française, voire d'une Parisienne, et par un constraste piquant, c'est à ALliènes, en vue de l'Acropole, qu'elle est dressée. Elle y fait bonne figure.

n y a juste cinquante ans que l'École française d'Athènes est fondée. En 1846, si l'admiration littéraire pour l'antiquité grecque était fort vive, l'érudition française avait un arriéré considérable à rattraper- Jusqu'à la fin du second empire, les jeunes gens que l'École normale envoyait à Athènes se contentaient, pour la plupart, de feuilleter les auteurs grecs; ils faisaient peu d'archéologie. Leur directeur, Daveluy, ne les excitait guère; Beulé, M. Alexandre Bertrand et M. Heuzey étaient parmi eux de brillantes exceptions. Le nom le plus célèbre que l'École eût révélé au grand public était celui d'About, athénien de Paris, mais aussi peu respectueux de la Grèce ancienne que dé là Grèce contemporaine. M. Lévêque, esthéticien de haute pensée, M, Jules Girard, esprit attique ramené, par le séjour d'Athènes, dans sa patrie intellectuelle, M. Georges Perrot, qui rendait à l'épigraphie un monument de première importance et se préparait à écrire l'histoire de Tart dans l'antiquité, Fustel de Coulanges, le grand historien, auraient suffi, les années suivanteîi, a justifier l'existence de l'École, qui comptait aussi parmi ses membres MM. Mézières, Gebhart, Pelit t\v Jidleville, Decharme, Cartault, littérateurs ou érudils de premier ordre.

Mais il fallut 1871 et ses rudes enseignements pour provoquer, ici comme ailleurs, un brusque réveil et engager toute TÉcole dans sa vraie voie. Après la direction de M. Emile Burnouf, qui avait préparé le mouvement, les membres de TÉcole se portèrent avec ardeur vers l'étude des monuments. Ils y étaient encouragés avec uni^ énergif! douce par Albert Dumont, qui se prépiirail dans ce poste à pousser activement la réorgiinisalion de l'enseignement supérieur, commencée par M. du Mesnil. Dès lors, l'École travaillait beaucoup. (Chacun de ses membres en revenait archéologue, apn^w des services, souvent considérables, rendus h la science, et avec un nom. En vingt-cinq nus, Olivior Rayet et Riemann, MM. Salomon ReiiiaclK Paul Girard, Jules Martha, Ilaussoullier, Pollic^r, llauvette, Marcel Dubois, Diehl, Gaston Descharaps, créaient une branche française d'archéologie i^rccque, continuaient le mouvement philologique ou même prenaient, au sortir de l'École, vers la presso et la littérature, le chemin frayé par AhouL

Après Albert Dumont, M. Foucart t-onliiuiait l'impulsion et rendait personnellement de gj-aiuls services aux études épigraphiques. L'Éeole est aujourd'hui dirigée par M. Homolle, dont je vous ai dit l'œuvre à Delphes et que nous suivron!^ dans quelques jours à Délos. Elle aurait célébré cette année le cinquantenaire de sa fondation, s'il n'eût mieux valu renvoyer la fête à Tan proohain, pour ne pas en perdre l'éclat modeste el sérieiLv dans le fracas des jeux olympiques. A ce moment^

elle publiera sans doute son livre d'or, la liste de ses membres et de leurs travaux. On verra ce que lui doivent à cette heure la Sorbonne, les Facultés, les Lycées, les Musées nationaux. Elle mettra en lumière les noms, déjà trop nombreux, de ceux des siens qui sont morts pour la science en pleine jeunesse. Les pouvoirs publics et Topinion apprécieront alors rétendue de ses services; ils lui donneront, dans l'avenir, comme ils l'ont fait pour Delphes, les moyens d'entreprendre de grands travaux. Nous ne sommes plus seuls à Athènes. Depuis 1874, un institut allemand travaille beaucoup et l'argent ne lui manque pas. Un institut anglais et un institut américain sont en voie de formation.

S'ils sont aidés comme ils le méritent, les membres de l'École française n'auront à craindre aucune concurrence, car ils sont une élite et ils travaillent avec ardeur. J'ai vu de près leur existence. Ils accueillaient ceux de leurs anciens qui étaient avec nous; ils m'ont fait l'honneur de me traiter en camarade. Le jour de Pâques, M. Homolle réunissait à sa table les membres de l'École et plusieurs passagers du Sénégal^ Nous avons mangé, selon la coutume pascale des Grecs, l'agneau à la Pallikare, rôti tout entier en plein air; nous avons bu à la France et à l'École. Même en Grèce, notre pays retrouve la concurrence acharnée qui partout en Europe s'exerce contre lui. En Grèce, il applique son clair génie, ses vives intuitions, sa patience et, surtout, son art de faire beaucoup avec peu, lui

qui, d'autre part, dépense beaucoup pour des résultats incertains.

Le jour de l'arrivée, à trois heures, nous avons rendez-vous à l'Acropole. Nous y arrivons par la porte d'Hadrien, une des plus belles avenues que l'homme et la nature aient ouvertes devant des œuvres sublimes. A gauche s'étendent les gnmda ombrages du jardin royal; le nouveau Stade étale sa montagne de gradins et THymette déveiojïpt? sa longue ligne grise, nuancée de lilas. Un gro^ipe de marbre, la Grèce et lord Byron^ par Chapu et Falguière, se profile sur l'horizon et, comme Irmt à l'heure au fronton de l'École française, nos statuaires supportent bien la lumière de Grèce, En face, rOlympéion dresse sa haute colonnade. Le flanc rouge de l'Acropole, abrupt et ceint de vieux remparts, ferme la perspective. De loîn^ le rocher est un piédestal, de près c'est une citadelle. Il est ainsi l'image du génie grec, fait de grftce et de force, car au-dessus des murs de défense s'élève le double fronton du Parthénon.

Nous contournons le rocher et nous voyons, au passage, le théâtre de Bacchos, où furent joués Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, avec son mur de scène aux robustes sculptures et la rangée de fauteuils de marbre qui, avec leurs inscriptions, semblent attendre encore leurs titulaires. A côté, rOdéon^ solennel et morne, avec sa longue façade à plein cintre, nous fait songer que, décidément, ce nom est prédestiné aux théâtres trop grands, pensifs et vagues, qui se greffent sur des scènes illustres.

Voici l'escalier monumental, œuvre romaine, dans laquelle Beulé crut découvrir l'entrée grecque, alors qu'elle se réduisait à un chemin sinueux, à travers les rochers. Enfin, les Propylées, et, au-dessus, le Parthénon.

Vous n'attendez pas que je le décrive, ni ,même que je vous dise nos impressions. Nous sommes devant le vrai but de notre voyage, le sanctuaire dé la religion qui nous a conduits ici. Nos sentiments sont ceux de quiconque aborde ce chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre; leur expression serait banale. Nous avons tous lu la Pnère sur l'A duopole de Renan et elle s'élèvera dans la mémoire de tous ceux qui parcourront ces notes. A Delphes, à Olympie et à Mycènes, nouvellement découvertes, j'avais quelque chose de nouveau à dire; ici, je répéterais faiblement.

Notre avantage sur la plupart de ceux qui montent sur l'Acropole est d'avoir des guides tels que les nôtres. A MM. Monceaux et Reinach se sont joints les membres de l'École française. Jusqu'au soir, nous parcourons le plateau. Nous voyons le temple delà Victoire aptère, si petit et qui, de près, ressemble à un autel grandiose ;rErechthéion, chefd'œuvre de grâce, à côté du Parthénon, chef-d'œuvre de beauté; le musée de l'Acropole, où sont réunis les fragments de sculpture trouvés sur le plateau. De ceux-ci il y a quelque intérêt à parler, car, avec eux, l'histoire de la sculpture grecque s'est grandement enrichie. Je reviendrai sur ce sujet, à propos du Musée national.

La visite finie, personne ne songe à descendre. Aucun de nous ne quittera FAcropole avant le soleil couché. Sur la vaste esplanade, les groupes s'égrènent et chacun, solitaire et silencieux, va et vient, recommence la visite, en revenant toujours au Parthénon. Parmi nous circulent quelques matelots français. Gais et rieurs, ils ont commencé par plaisanter. Bientôt, la majesté et la mélancolie du lieu agissent sur ces âmes simples; ils deviennent silencieux et, eux aussi, écoutent les explications de nos guides, avec l'attention respectueuse des fidèles au sermon.

Nous regardons le panorama, qui se déroule autour de la colline sacrée : à l'ouest le golfe Saronique, Salamine et Egine; à l'est, le Pentélique; au sud, l'Hymette; au nord, le Parnès. Dans ce cirque de mer et de montagnes, les restes de l'ancienne Athènes se groupent autour des colHnes du Pnyx et de l'Aréopage, au bord de l'Ilissos; à l'est, l'Athènes moderne s'étale dans la plaine. De grands aigles planent dans l'air, très haut. Des bruits de fanfares et de détonations montent de la ville : c'est Pâques et la veille des jeux olympiques. Dans la cour de l'hôpital militaire, en face du théâtre de Bacchos, des soldats convalescents dansent la romaique^ la danse nationale, lente et gracieuse, qu'accompagne le chant des danseurs, et où survit quelque chose de l'orchestrique antique. Au pied de la colline des Nymphes, devant le Théséion, des hommes en fustanelle dansent aussi, au son d'une musette, dont une grosse caisse rythme la mélopée. Ainsi, les

deux Athènes vivent côte à côte. Cette jeunesse et cette vieillesse forment un ensemble d'un charme singulier. C'est l'aspect de Rome, avec moins de force et plus de finesse.

Demain et les jours suivants vont appartenir aux jeux olympiques. Leur attente enfièvre la ville, la foule est énorme et tout parle d'eux. Je serais bien étonné, pourtant, si l'Acropole et la vieille Athènes ne retenaient pas la majeure partie de notre caravane. Comme je l'ai fait jusqu'ici, je vous dirai seulement ce que j'aurai vu.

Si nous avons été très regardés et très fêtés depuis Delphes jusqu'à Nauplie, nous passons parfaitement inaperçus dans l'affluence qui roule à travers les rues d'Athènes. Tant mieux; nous en serons plus libres. Cependant, on me dit que tout à l'heure un groupe de nos compagnons s'étant arrêté devant le palais, le roi, qui montait en voiture, leur a dit sa sympathie pour la France et a souhaité la bienvenue. Comme il convient, ils ont crié : « Vive le roi! » Ce cri, dont les Français sont déshabitués depuis longtemps, a dû étonner leurs propres oreilles. Jamais il ne fut moins séditieux.

vu

LES JEUX OLYMPIQUES. — LE MUSÉE DE L'aCROPOLB; LES STATLBS ARCHAÏQUES d'ATHÉNA. — LE MUSÉE NATIONAL ; LE THÉSOR DE MYCÈNES; LES COUPES DE VAPHIO; LES FI0URLNE8 DE TERRE CUITE. . — LA CÉRAMIQUE. — DAPHiM.

En mer, 9 avril

Tenez-vous beaucoup à ce que je vous parle longuement des Jeiix olympiques? L'agence Havas vous enverra, jour par jour, l'ordre des luttes et les noms des vainqueurs. Je ne dédaigne pas, bien s'en faut, l'institution qu'un de nos compatriotes, M. de Coubertin, vient de restaurer, au bout de vingt siècles, avec un éclatant succès. J'apprécie à leur valeur ces exercices; ils sont excellents pourvu que, dans un système d'éducation assez différent de celui des anciens Grecs, ils ne prennent pas trop de temps aux études intellectuelles. Pour fortifier les muscles de nos jeunes Français, il ne faut pas anémier leur cerveau. J'accorde même, si vous voulez, qu'une course de bicyclettes, au pied du Parthénon,

est un spectacle esthétique. Mais, enfin, la course et le saut, voire la discobolie, ne sont pas choses dont la description, pour venir d'Athènes, puisse être bien nouvelle. Il y a, au contraire, dans les questions d'art qui se posent ici, des éléments peu connus du grand public.

Je me bornerai donc à vous dire, en gros, l'aspect des jeux, et ce qu'ils ajoutent à la physionomie d'Athènes. J'ai fait mon devoir et, le lundi 6, à deux heures de l'après-midi, je me dirigeais vers le stade. Il est formé par trois collines, contreforts de THymette. Le BischofTsheim de l'ancienne Athènes, Hérode Atticus, l'avait richement revêtu de marbre. Il était en ruines, lorsqu'un Grec, établi en Egypte, M. Abérof, résolut de le rétablir dans sa splendeur première. Cette réfection a déjà coûté un million. Les travaux ne sont pas encore terminés et une partie de l'énorme enceinte n'offre qu'un décor de bois et de toile. Mais, définitif ou provisoire, l'aspect est grandiose.

L'ancien stade servait à célébrer les jeux des Panathénées. Devant lui passait la procession que Phidias a représentée aux murs du Parthénon. Lundi dernier, un cortège assez différent remplissait de bruit et de poussière les deux avenues Amélie et Olga, qui conduisent au nouveau stade. Athènes et ses visiteurs s'y confondaient. Imaginez l'avenue du Bois-de-Boulogne, le jour du Grand-Prix. Les équipages bien attelés sont nombreux à Athènes, car les riches commerçants aiment à paraître, et tous roulaient vers le stade en livrée de gala. Dehors aussi

les grands fiacres à fanaux argentés. Les cochers de maître, très dignes, faisaient hep! les cochers de fiacre, très affairés, échangeaient entre eux des « paroles ailées ». Sur la chaussée, beaucoup d^officiers, sanglés dans leur tunique courte et laissant traîner leur sabre, beaucoup de familles bourgeoises apostrophant leurs enfants de noms à la Plutarque, beaucoup de fustanelles venues de loin. Au milieu des fanfares, passaient le roi, la cour et les ministres.

Le stade peut contenir cinquante mille spectateurs. Si le centre des gradins regorge, il y a beaucoup de vides sur les côtés. En revanche, le sommet des collines dont les flancs forment Tenceinte, est couvert de spectateurs, qui veulent voir sans bourse délier. Ils se souviennent, en vrais Athéniens, que, dans Tantiquité, les spectacles étaient gratuits. Quoique un peu monotones, les jeux excitent beaucoup d'intérêt. Pour moi, je suis placé trop haut; à cette distance, les concurrents ressemblent à des insectes agités. Tel un curieux qui, du haut des tours de Notre-Dame, regarderait un spectacle donné sur le parvis. Sur les gradins plus rapprochés, on voit mieux et on applaudit avec fureur.

Les jeux vont durer quinze jours et nous n'en avons plus que trois à passer dans Athènes. Une séance me suffit et je donne le reste du temps aux monuments et aux musées. La plupart de mes compagnons font de même. Il nous suffit d'apprendre, le soir, en nous retrouvant avec les fervents du stade, les péripéties et les résultats des épreuves.

Les Américains tiennent la tête, mais l'honneur français est sauf : nos compatriotes ont leur belle part de récompenses, et nous possédons, à bord du Sénégal, un premier prix d'escrime.

Le Parthénon nous attire et nous groupe comme fait Taimant avec la limaille de fer. Que cette métaphore scientifique ne vous étonne pas : elle est dans Platon. Au moins une fois par jour nous montons au divin rocher. A chaque visite, l'impression est plus profonde, comme aussi, du haut de l'Acropole, la vue d'Athènes dégage peu à peu tout son charme. Je connais un Français qui, à Rome, par tous les temps, faisait l'ascension du Palatin ou du Pincio. A Athènes, il n'eût point quitté l'Acropole.

Aux ruines guerrières de Morosini et aux mutilations volontaires de lord Elgin, le tremblement de terre de 1894 vient d'ajouter un nouveau dommage. Le fronton oriental du Parthénon est sensiblement ébranlé et un travail de consolidation commence, d'après les récentes études de notre compatriote M. Lucien Magne. Ce travail était urgent. Une partie de l'entablement, à droite, menace ruine, et il semble que les deux premières colonnes, du même côté, ne sont plus d'aplomb. Je tiens de source certaine — par l'éphore général des antiquités, M. Cavvadias, M. l'architecte Troump, notre compatriote, et les membres de l'École française — que le travail doit se borner à l'indispensable. Il ne s'agit pas de restaurer, heureusement.

A cette occasion, l'éphorie se propose d'examiner s'il n'y aurait pas moyen de relever quelques-unes

des colonnes renversées par l'explosion de 1087. Elles gisent, complètes, sur la plate-forme de l'Acropole. Si l'on pouvait les remettre en place, sans ajouter un morceau de marbre, le monument y gagnerait, surtout si l'on parvenait à reconstituer aussi les architraves. Il en est de même pour la partie basse de l'Erechthéion, où les décombres couvrent le sol. On a procédé de la sorte, autrefois, pour le portique des Cariatides et le temple de la Victoire aptère. Les débris de celui-ci étaient noyés dans la maçonnerie d'un bastion turc; aujourd'hui, le svelte édifice se dresse dans fe lumière, au-dessus des Propylées.

Ces relèvements continueraient les grands travaux poursuivis sur l'Acropole par M. Cavvadias. On se rappelle la merveilleuse découverte deTéphore général en 1886. Dans la partie basse de l'Erechthéion, quatorze statues de femmes, en marbre de Paros, étaient exhumées. C'étaient les anciennes images d'Athéna, mutilées par les Perses et ensevelies par les Athéniens, sous les remblais d'un nouveau temple, après la fuite des envahisseurs. Elles sont réunies maintenant dans le petit musée qui occupe l'extrémité de la plate-forme. Raides dans leurs robes à plis droits, les cheveux tombant en masses égales, les yeux obliques, un sourire étrange sur les lèvres, elles étaient peintes de couleurs vives, qui se sont amorties à l'air, mais qui, au moment de la trouvaille, conservaient leur éclat primitif. Elles marquent un moment capital de la sculpture grecque, de même qu'elles apportent un argument considé-

rable dans la question de la polychromie. Avec elles, Tart commençait à se dégager de la gaucherie primitive et de la convention hiératique. Quant au sourire qui relève uniformément leurs lèvres, il semble n'avoir d'autre but que de marquer la sérénité joyeuse des Dieux. C'est une convention et un procédé. Ce sourire n'en est pas moins d'un charme mystérieux, surtout lorsque l'on songe que ces premières images d'Athéna virent, avec leurs yeux de cristal, les Perses monter à l'assaut de l'Acropole, l'Asie menaçant l'Europe et repoussée par elle, la barbarie vaincue par la civilisation.

Tout ce musée de l'Acropole est un modèle.

D'habitude, un musée se compose d'une réunion d'oeuvres disparates, offrant un intérêt propre, mais ne donnant pas une démonstration commune. Ici, les objets sont de même origine et ils racontent une môme histoire, le développement d'un culte et d'un art en un lieu déterminé. On a laissé en place tout ce qui pouvait y rester; ainsi, au Parthénon,la partie occidentale de la frise de Phidias. Les figures isolées et les fragments détachés ont été répartis en neuf salles, d'un classement lumineux. Il y a là quelques-uns des plus anciens monuments de la sculpture grecque, comme l'Héraklès combattant l'Hydre de Lerne; des plus étranges, comme le Typhon aux trois corps humains et à la queue de serpent, peints de bleu et de rouge crus; des plus parfaits, comme les fragments de la balustrade du temple de la Victoire aptère, ces petites Victoires occupées aux préparatifs du sacrifice triomphal.

parmi lesquelles la plus célèbre, son message apporté, délie sa sandale. Une salle entière est consacrée aux fragments du Parthénon et des moulages permettent d'apprécier ce que furent les rapines de lord Elgin. Dans le vestibule, un bas-relief représentant les Trois Grâces est peut-être celui que Socrate avait sculpté pour TAcropole, avant de se donner à la philosophie.

Mais, pour connaître Tart grec dans sa variété et sa richesse, pour se convaincre, surtout, que son histoire vrçiie commence à peine, il faut aller au Musée national et y passer de longues heures. Qui n'a point vu ce musée n'a qu'une idée incomplète de cet art, connût-il le Vatican et le musée de Naples, le Louvre et le British Muséum, les musées de Berlin et de Munich. C'est ici que le gouvernement grec a réuni ses anciennes collections aux résultats des fouilles poursuivies depuis vingtcinq ans sur son territoire par la Société archéologique d'Athènes, l'École française, l'Institut allemand et les particuliers, dont un, le seul Schliemann, lui a donné le merveilleux trésor de Mycènes.

Comme le nouveau stade et plusieurs monuments d'Athènes, l'édifice est dû au patriotisme et à la générosité privée. C'est un Grec de Saint-Pétersbourg, M. Bernadakis, qui en a fait les frais. Les architectes ont bien employé son argent. Leur œuvre est commode de distribution, bien éclairée, sobrement décorée. Quant au classement, il fait grand honneur à M. Cavvadias et à ses collaborateurs, MM. Tsoundas, Philios, Skias, Léonardos, Staïs, etc.

Non seulement M. Cavvadias dirige, mais il met la main à l'œuvre; outre l'Acropole, il a fouillé avec la même habileté et le même bonheur le sanctuaire d'Asclépios, à Epidaure d'Argolide. Quant à ses lieutenants, le nom de chacun d'eux reste attaché à quelque champ de fouilles. A cette heure, si le Musée d'Athènes ne contient pas tout ce qui a été trouvé sur le territoire grec — car plusieurs villes entendent garder leurs trésors d'art et font bien, — du moins y trouve-t-on tout ce que le gouvernement central a pu transporter dans la capitale.

A l'entrée, la première salle, la salle d'honneur, est consacrée à Mycènes. Aucune collection en Europe ne produit une impression aussi saisissante. On se trouve ici en face de toute une civilisation représentée par son art. Et quelle civihsationî Prodigieusement riche, encore voisine des temps préhistoriques et déjà raffinée, composite et originale. A Mycènes avaient abouti, avant l'invasion dorienne, l'art de l'Asie, des îles Ioniennes, de l'Egypte, et à ces divers éléments la race achéenne avait ajouté sa marque propre. Les tombeaux de l'Acropole ont livré, avec les squelettes qui sont ici, des centaines d'objets en or : couronnes et cuirasses, bijoux, coupes, vases, poignées d'épée, figurines rehgieuses, plaques et rondelles d'ornement, animaux héraldiques ou symboliques. Puis, des vases d'argent, des armes de bronze, des objets d'ambre, d'albâtre et de porcelaine. Tout cela ciselé, gravé, martelé, repoussé avec une richesse d'invention et, souvent, une perfection de travail surprenants.

Les plus attirants de ces objets sont les masques funéraires, car, dans leur gaucherie, ils visent au réalisme complet ; ils veulent reproduire des physionomies, même mortes. L'un d'eux, surtout, avec ses paupières closes, son nez droit, aux narines pincées par la mort, la barbe soigneusement peignée et la moustache taillée en croissant, montre, par la boursouflure et Taffaissement de la décomposition commençante, qu'il a dû être moulé sur le cadavre, puis estampé. Je ne vois de comparable à cette facture que celle de quelques statues de l'abbaye de Saint-Denis, où l'aspect du cadavre est reproduit en toute sincérité. Ce masque de Mycènes est admirable de tristesse, l'universelle tristesse des morts, et de fierté survivant à l'être.

Comme contraste, à côté de cet art farouche, on voit dans la même salle les deux vases d'or découverts à Vaphio, en Laconie. Ils représentent des chasses au taureau sauvage. La Renaissance italienne n'a rien produit de supérieur, comme vérité d'observation et délicatesse de travail. Ils font songer au naturalisme énergique de Barye. Repoussés au marteau et repris au burin, ils dénotent une science technique et une sûreté de main d'autant plus remarquables que certaines particularités de facture multipliaient les difficultés du travail. Le caractère d'art n'est pas moins surprenant. Non seulement les "artistes mycéniens ont suivi la nature avec autant d'intelligence que de respect, mais ils ont observé la vérité du mouvement avec cette rapidité de vision que la photographie instantanée nous rend facile

aujourd'hui, mais qui, en ce temps-là, tient du prodige. D'habitude, aux époques primitives de Tart, la part de la convention est énorme; ici, le désir de la vérité dépasse les scrupules des époques les plus avancées. Et, non seulement les auteurs inconnus de ces chefs-d'œuvre égalent déjà leurs plus lointains successeurs par la sûreté de leur science, mais ils ont senti et fixé le double charme que l'œuvre d'art produit par des moyens tout opposés. L'un des vases est une esquisse «enlevée de verve; l'autre un modèle de travail fini.

Disposées de manière à donner un enseignement, les salles de sculpture le donnent complet. On y suit le développement de la sculpture grecque depuis les premiers essais de l'archaïsme jusqu'aux œuvres de l'école romaine. Il y a des pièces typiques ou parfaites à Delphes et à Olympie, mais, outre qu'un certain nombre seront transportées à Athènes, on trouve ici, en attendant, l'équivalent ou le semblable. Chaque salle est consacrée à une période ou à une école. Dans la salle archaïque, vous trouverez les plus anciennes représentations des dieux, l'Artémis et la Nikè de Délos, assises et raides, et les trois ApoUons, les bras pendants et les jambes presque unies; puis les stèles peintes, dont l'importance a été longtemps méconnue. Dans les salles des v" et iv® siècles, on suit les rapides progrès de l'art, et on trouve l'Athéna de 1879, réduction de la fameuse statue de Phidias, avec le bas-relief d'Eleusis, la tête de jeune homme de Praxitèle et les trois bas-reliefs de Mantinée. De môme pour les époques

ATHÈNES. 9i

alexandrine et romaine. Les stèles et les vases funéraires occupent à eux seuls six salles, et cette collection développe Tidée complète que les Grecs se faisaient de la mort, idée grave et calme, sans révolte, dominée par la résignation et le souvenir. Toutes ces œuvres sont telles que la terre les a rendues, sans restauration, par suite sans erreur. C'est au sens artiste du spectateur à les compléter librement, sans la servitude imposée d'une collaboration moderne.

La collection des vases peints, outre sa richesse, a le mérite de provenir tout entière de la Grèce et de ne pas contenir de mélange hétérogène comme la plupart des collections du môme genre formées en Europe. Les séries n'offrent pas de lacunes et, par là, ces vases livrent tous leurs secrets à l'artiste et à l'historien.

Quant aux figurines de terre cuite, si le Louvre et Berlin en possèdent d'aussi gracieuses, ils n'ont qu'un choix, alors que le musée d'Athènes groupe toutes les formes de l'art minuscule et charmant des coroplastes. Les statuettes de Béotie et d'Ionie, de Tanagra, d'Antédon et de Myrrhina, remplissent deux salles. Dès l'entrée, c'est un ravissement. Toutes les nuances de la terre blonde caressent les yeux et la variété des attitudes donne l'illusion du mouvement. Il semble que ce petit peuple marche, danse et coquette. Ce sont les plus gracieux des êtres minuscules que l'imagination a créés chez tous les peuples pour offrir, en raccourci, l'image embellie de l'existence intime. Divinités familières, gens de

moyennes conditions, demi-monde engageant, sous leurs laits de chaux et leurs traces de couleurs vives, ils semblent de loin bruire et chuchoter; de près, ils vivent d'une vie discrète et confiante.

Et il y aurait à mentionner encore les lécythes blancs, les miroirs, les antiquités juridiques, les statuettes de bronze, parmi lesquelles une merveille de réalisme, l'athlète aux lèvres et aux oreilles meurtries par les coups de poing, et une Athéna combattant, de valeur inestimable par le fini du travail et le caractère de la représentation.

Je n'espère pas, en feuilletant ainsi mes notes, donner même une idée de ce prodigieux musée; il me suffirait d'indiquer au public français l'étendue d'une richesse que connaissent seuls les archéologues de profession. L'Europe, riche des dépouilles de la Grèce, a cru longtemps posséder les plus précieuses. Elle se trompait. Dès qu'ils se sont mis à fouiller leur sol avec l'aide des savants européens, les Grecs ont exhumé le meilleur de leur patrimoine. Il se trouve que l'étranger n'en retient qu'une faible partie. Il faut désormais venir chez eux pour le connaître, et pour donner une idée de ce qu'ils possèdent, nos musées devront leur demander des moulages.

Si je transcris quelques-unes des notes que j'ai prises dans les musées, je me garderai bien d'en faire autant pour celles que je rapporte de mes visites aux monuments d'Athènes; cela pour le motif que j'indiquais, en évitant de décrire le Parthénon. Je ne pourrais rien dire qui ne soit par-

tout : sur le monument choragique de Lysicrate, sauf qu'il est trop restauré; sur la Tour des Vents, sauf qu'elle est bien surfaite ; sur TAréopage et le Pnyx, sauf qu'ils donnent lieu à bien des controverses et que la topographie d'Athènes est loin d'être fixée; sur le Théséion, sauf que son tort est d'avoir au-dessus de lui la comparaison dominante, inévitable, écrasante du Parthénon.

Il me suffira de rappeler le souvenir d'une promenade au Céramique, par une après-midi où le soleil souriait sur les stèles antiques. Je songeais aux Alyscamps d'Arles. C'est la même poésie. Arles a l'avantage du site et de ses grands platanes, toujours murmurants. Il lui manque les figures graves et douces par lesquelles Athènes exprimait sur ses tombeaux la pensée de la mort. Le courage militaire dans le monument de Dexiléos, la jeunesse virginale dans celui d'IIégéso, l'amour conjugal dans celui de Démétria et de Pamphilé, expriment de manière incomparable la beauté triste de ce que la mort peut faucher en sa fleur de plus héroïque et plus charmant.

J'ai pu aussi, grâce à MM. Cavvadias et Troump, visiter le monastère bysantin de Daphni, sur la route d'Eleusis. Avec Tancienne métropole d'Athènes, attendrissante de petitesse et exquise par ses murs brodés de bas-reliefs antiques ou sculptés avec une gaucherie scrupuleuse, l'église de Daphni est un précieux spécimen d'un style que le culte de l'antiquité ne doit pas faire négliger, car il a sa place dans l'histoire de l'art et l'histoire d'Athènes. Elle

possède surtout des mosaïques dont on ne trouverait l'équivalent qu'à Constantinople et à Ravenne. Pour nous Français, la métropole et Daphni racontent une page de notre histoire. Sur les murs de la lïn^lropole figurent les armes des La Roche et des Villehardouin, ducs d'Athènes. Dans le cloître de Daphni, se trouvent les sarcophages vides des La Roche, écussonnés de fleurs de lys.

Le site est charmant. Le sévère Parnès ramène à ses pieds un coin de son manteau. La mer prochaine agrandit l'horizon et le flanc de la montagne relève la douceur du paysage par la fermeté du fond. A lïmpression esthétique se joint un souvenir de drame pour en augmenter la saveur. Jadis, les brigands frt^quentaient en cet endroit. Edmond About a placé dans le Parnès la scène du Roi des Montagnes, Il n'y a pas encore longtemps, un ancien officier de marine français, installé à Athènes, avait conduit ici quelques camarades de la station navale du Levant. Pendant qu'ils admiraient le site et l'édifice, des hommes en fustanelle, la ceinture copieusement garnie de pistolets et de poignards, les regardaient. C'étaient des brigands, qui se concertaient sur les cliances d'une attaque. Le cocher grec entendait leur conversation; il prévint ses voyageurs, qui purent remonter en voiture, avant que les délibéranLf^ eussent fini de peser le pour et le contre. Il n y n plus de brigands sur la montagne; mais, s'il y en avait encore, nous serions bien protégés. Pendant notre visite, deux gendarmes abreuvent leurs chevaux au puits du monastère.

Pendant cette course à Daphni, le long de la voie sacrée, à travers la forêt d'olivier^ de Colonne, qui laisse entrevoir les stèles funéraires d'Otfried MuUer et de Lenormant, j'ai manqué la visite d'Eleusis. L'œuvre de déblaiement se poursuit par les soins de M. Skias. Si, comme nous l'espérons, le voyage de cette année en suscite d'autres aux mêmes lieux, nous reviendrons.

Hier, nous avons quitté Athènes, à la dernière minute, en laissant au factotum de l'École, le fidèle Karalambos, le soin de boucler nos valises et de les transporter au Pirée. Nous ne voulions rien perdre de notre temps et, jusqu'au bout, nous avons vu et revu. M. Salomon Reinach et votre correspondant rejoignaient le Sénégal au moment où la cloche sonnait l'appareillage. Nous avons même, en arrivant sur le quai, examiné la forêt de mâts avec inquiétude, en nous demandant si notre navire n'avait point levé l'ancre. Tout à l'heure, en chemin de fer, nous avons aperçu l'Acropole une dernière fois. A ce moment, le soleil couchant l'éclairait, et les colonnes du Parthénon se détachaient vigoureusement sur un azur intense. Je n'avais pas encore vu le temple dans cette pleine lumière, avec ce relief. C'est là, me disait mon compagnon, son véritable aspect, et je ne l'aurai admiré de la sorte que durant quelques secondes! Il faudra revenir. C'est ce que nous pensons tous.

vin

LES ASPECTS DE L'ACROfOLK. — LA (:itAt>ELLE. — LA PORTE BEULÉ. — LES PROPYLÉKtJ. — CWU fiRKC ET l\\RT ROxMAIN. — LK TEMPLE

j)E LA victDina AKTJfehË, — l'mohi/.on DE l'acropole.

Paris, 25 avril

Depuis que le récit des impressions rapportées de Grèce par les passagers du Sénégal a été publié dans le Temps^yai reçu de mes compagnons de voyage et de mes lecteurs une réclamation formulée avec beaucoup d'insistance. Us estiment que Thistorien d'un pèlerinage manque à son devoir si la visite au sanctuaire n'est pas le principal objet de sa relation. Ils m'accusent d'avoir i« escamoté le Parthénon ».

J'ai dit les motifs de ma n*serve. Les archéologues ont décrit TAcropoîe avec un détail minutieux et les plus grands écrivains du siècle ont exprimé en prose el en vers les sentiments qu'ils lui devaient. Depuis Ch'dde Handd et Vllin/traire de Paris à Jérusalem, chaque génération de lettrés a trouvé chez ses illustres contemporains le môme acte d'adoration

pour la pensée et la beauté grecques, la même prière à Pallas Athéna, marquée du tour d'esprit propre à chacune d'elles. Tous les trente ans, de grandes âmes ont rendu sous le môme choc des sons diffél rents et semblables. Le début du siècle a entendu Chateaubriand, le milieu Lamartine, la fin Renan

Je croyais donc qu'il m'était permis de passer respectueusement devant cette partie de mon sujet de garder mes impressions pour moi et d'éviter ainsi le pire danger pour tout écrivain, qui est d écrire des choses inutiles. On ma objecté que s'il serait ridicule de rédiger à nouveau la « prière sur 1 Acropole .,, il pouvait être utile de décrire l'état présent de la colline sacrée, et de signaler les questions d'art qu'elle propose au visiteur, car elles se sont renouvelées depuis une vingtaine d'années Je me rends à ces raisons et je m'exécute dans la mesure que je viens d'indiquer.

De tous les points d'Athènes, on aperçoit le rocher rougeâtre de l'Acropole. Il ressemble à une citadelle à un autel et à un piédestal. Il était tout cela Au' centre de cette plaine entourée de montagnes sur le flanc de cette ville, il rappelle encore' avec une évidence singulière, chacune de ses destinations.

Le rocher de l'Acropole s'élève à cent cinquantesix mètres au milieu de la plaine comprise entre le Parnès, le Pentélique et l'Hymette. II est isolél'ancienne Athènes et la nouvelle l'ont également respecté, en lui laissant assez d'espace pour que de tous côtés, l'œil puisse l'embrasser dans son'

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