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Poésies Éparses
Epousailles
/VioN'SEiGNEUR le Printemps, en robe épiscopale D'un violet vivant comme les fleurs d'iris, Ouvrant à deux battants les hauts portails fleuris Au son des clairons d'aube entre en sa cathédrale.
Une tulipe fait sa crosse ; en frais camail Monseigneur le Printemps sous le dôme bleu marche ; Au loin plongent les nefs, et sous leur dernière arche, Le soleil arrondit son aveuglant vitrail !
Les orangers tout blancs, fiévreux et nuptiaux Ont des frémissements d'orgue ; en la campanule Frêle encensoir, l'encens doré du pollen brûle.... Sur les nids psalmodie un chœur sacré d'oiseaux.
Blonde, tu me souris vaguement, tu tressailles ! Nos cœurs royaux l'un pour l'autre ont battu longtemps. A genoux ! Pour bénir nos blanches épousailles Entre en son temple ému Monseigneur le Printemps !
janvier Ç2.
Jeudi-Saint
\ Ju jour où je reçus, ô Seigneur, par ta grâce, Tout le torrent vermeil du sang de mes aïeux, Dont tu creusas la source aux Edens radieux, Du jour où j'héritai de l'âme de ma race,
Vers mon cœur, gouffre vide, empli des cieux jadis, je sentis affluer comme une marée haute Le sombre flux des maux, expialeurs des fautes. Des maux accumulés par vingt siècles maudits.
Alors, pour assourdir mes cris d'effroi, des flûtes Frémirent et des lys fleurirent noblement. Je marchai, le front haut, vers l'éblouissement Des fraternels sommets rayonnant sur mes luttes ;
J'éparpillai mon âme aux quatre vents, pareil Au semeur frissonnant d'espoir en les semailles, Qui sent qu'autour de lui les blés futurs tressaillent, Dispensateurs bénis du sang d'or du soleil.
Mais l'aile du vent large a balayé mon aire, Les blés consolateurs ont fui mes pâles mains, Et les bluets d'amour n'écloront point demain : Mes pleurs les ont brûlés en ruisselant par terre,
Les héroïques rieurs en mon avril germées Se flétriront d'exil sans que nul ne les cueiile ; Comme un saule sur l'eau pleurant toutes ses feuilles, Sur le fleuve du temps je les ai parsemées.
Et mon flanc, opprimé du crime héréditaire, Saigne immortellement, car mon père a péché ; Ceux pour qui j'ai souffert de moi sont détachés, Mon pauvre cœur aimant meurt d'être solitaire.
Pour m'altirer, l'Abîme émeut ses grandes voix, Mes cheveux effarés sanglotent dans la brise ; J'ai perdu toute foi dans la route entreprise. Et je me suis assis, blême, en la nuit des bois.