‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 11 sur 102 · LQ · texte numérisé non relu

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tout d'abord remettre aux évêques du comité copie de la lettre expédiée le même jour et dans laquelle le Président de l'Ecole disait à Mgr de Chiooutimi, entre autres choses :

« L'Ecole naturellement désire surtout apprendre officiellement si son Appel a été communiqué à NN. SS. et s'il est accueilli ou rejeté.

» L'Unique point dont il s'agit dans le susdit Appel, comme l'Ecole a, déjà eu l'honneur de le faire observer à Sa Grandeur Mgr l'Archevêque, par lettre en date du 25 courant, c'est la question de justice et d'équité qui nous paraît violée par les récentes Ordonnances de Mgr de Montréal. Les Ordonnances de Monseigneur menaçant son existence même, l'Ecole voudrait savoir le plus tôt possible si elle devra recourir à un autre Tribunal pour se protéger, ou si au contraire NN. SS. les Evêqués vont l'entendre. Dans ce dernier cas, si d'autres documents ou éléments de preuves, que ceux déjà offerts, sont jugés nécessaires ou utiles par NN. SS., l'Ecole fera tout en son pouvoir pour les fournir le plus promptement possible.

» Une fois ses droits concernant les hôpitaux et les dispensaires reconnus et mis hors de dangers, l'Ecole sera prête à traiter les autres difficultés, ne demandant que d'être avertie assez tôt pour se consulter, nommer ses délégués et préparer les documents requis. »

Les délégués de l'Ecole devaient ensuite déclarer verbalement au Comité Episcopal, comme ils le firent, en effet, qu'ils n'étaient nullement autorisés à traiter officiellement aucune question relative aux difficultés actuelles; que leur mis- .sion officielle se bornait, 1° à faire observer aux évêques du Comité que l'Ecole n'avait pas la liberté requise pour traiter, avant la solution de la question de justice; 2° à solliciter un écrit officiel constatant que l'Appel était reçu ou rejeté par les Evêques; 3° à prier les dits évêques d'accorder à l'Ecole, une fois la question de justice résolue, un temps convenable pour se préparer à traiter des autres questions.

Les Délégués ajouteraient que, néanmoins, ils seraient heureux d'agir officieusement en cette circonstance et de profiter d'une occasion aussi favorable, non pour proposer certaines, conditions d'arrangement au nom de l'Ecole, puisqu'ils n'avaient aucune autorisation pour cela, mais pour échanger certaines vues avec les évêques du Comité et obtenir certains renseignements de leurs Grandeurs, toutes choses qui ne laisseraient pas d'être utiles lorsqu'il s'agirait do proposer officiellement les conditions d'un arrangement et de traiter pour en venir à une entente définitive.

La mission des Délégués de l'Ecole clairement définie, les pourparlers commencèrent, Mgr l'Archevêque portant lui-même d'ordinaire la parole au nom du Comi:é Episcopal.

Il y eut deux entrevues de deux heures chacune, l'une le 28 mai à 5 h. p. m., l'autre le lendemain, 29, à 7 h. p, m, On y aborda à peu près tous les points touchant aux difficultés les plus sérieuses.

Voici ce que nous croyons être un résumé exact de ce qui fut dit de part et d'autre :

Entrevue du 28 mai. — Le Comité Episcopal s'adressant aux Médecins délégués : — Ehl bien, messieurs, quelles sont les réclamations de votre Ecole?

Médecins. — Nous ne sommes pas préparés à vous répondre sur cette question. Au reste, l'Ecob ne nous a délégués vers Vos Grandeurs que pour apprendre d'El'es si son Appel du 22 mai est reçu de NN. SS. les Evoques de la Province et pour offrir les renseignements et doju:non!s jugés nécessaires à l'examen de la cause porté e devant le Tribunal de NX. SS. les Evoques par l'Appel de l'Ecole sur la question de justice et d'équité.

L'Ecole ne peut traiter des difficultés actuelles avant d'avoir obtenu une solution sur la question que viennent de soulever les Ordonnances de Mgr de Montréal.

Comité Episcopal. — La position de l'Ecole n'est plus la

même depuis le Décret de février 1883. Ce dernier Décret oblige encore plus que les autres : c'est un Décret final. Et puis, il ne faut pas oublier que la Succursale n'est pas à faire. La Succursale est fondée, et fondée par Autorité Apostolique.

Les Médecins comprirent que les Evêques du Comité voulaient leur donner à entendre ainsi que l'Ecole n'avait plus droit à rien; qu'elle devait s'estimer heureuse d'une offre quelconque qui lui serait faite de la part de la Succursale et qu'enfin elle ne devait voir, dans la démarche présente des Evêques de la Province, qu'un acte de pure bienveillance à son (égard.

Médecins. — NN. SS. voudraient-ils nous dire à quel endroit du dernier Décret il est question de l'Ecole de Médecine, et comment il se fait que la position de cette Ecole se trouve changée par ce Décret? Car enfin le nom de l'Ecole n'y est pas même mentionné.

Comité Episcopal. — C'est là l'interprétation qu'il faut donner au dernier Décret.

Médecins. — Nous croyions qu'il en était des Décrets Apostoliques comme des lois civiles. Les autorités inférieures peuvent bien interpréter la loi pour en mieux faire saisir le sens et la portée; et une telle interprétation, si elle est fondée sur des raisons solides, sera une excellente direction pour une foule de cas pratiques. Mais, si les raisons alléguées ne semblent pas décisives; si un doute sérieux s'élève sur la valeur d'une semblable interprétation, on doit recourir à l'autorité majeure qui seule peut donner à son interprétation force de loi Cette dernière interprétation seule s'impose nécessairement et fait autorité comme 4a loi. De même, pensionsnous, quand il s'agit de Décrets Apostoliques, l'interprétation des Evêques sera toujours très utile et suffira généralement dans la pratique pour diriger sûrement les fidèles. Mais, dans le cas d'un doute grave au sujet de la portée et du sens de ces Dé-

crets, seule l'interprétation du Saint-Siège pourra décider avec autorité et deviendra obligatoire, non l'interprétation des Evoques.

Mgr Moreau intervient alors pour répéter purement et simplement que c'est bien aux Evèques à interpréter les Décrets Apostoliques.

Médecins. — A propos de l'Appel que fit l'Ecole aux Evèques de la Province par son mémoire de 1878, nous disons que l'Ecole, ayant eu des difficultés avec M. le Recteur Hamel, se plaignit à Mgr de Montréal. N'obtenant aucune réponse satisfaisante de celui-ci, elle crut devoir s'adresser à tous les Evêques de la Province réunis à Québec en mai 1878. Ceux-ci se déclarèrent incompétents et refusèrent de répondre. Après cette démarche inutile auprès de NN. SS., l'Ecole ne vit plus qu'une chose à faire, s'adresser au Saint-Siège pour exposer ses griefs et solliciter une solution à ses difficultés avec le Recteur de Laval : c'est ce qu'elle fit.

Et Rome n'a pas encore répondu à cet Appel.

Voilà la position de l'Ecole aujourd'hui : l'Ecole attend toujours une réponse de Rome.

Comité Episcopal. — (C'est Mgr Tasehereau qui parle). — L'Ecole n'avait pas le droit d'en appeler aux Evêques de la Province, par son Mémoire en 1878, parce qu'elle demandait des choses contradictoires. Elle demandait à conserver son autonomie après son admission dans la succursale : ce qui équivaut à l'affiliation rejetée par le Décret de 1876.

Par la même raison, l'Ecole n'avait pas le droit d'en appeler à Rome.

(N'était-ce pas pour insinuer aux médecins que s'ils n'avaient pas encore reçu de réponse de Rome, ils ne devaient plus s'en étonner; qu'il serait parfaitement mutile pour eux de faire à l'avenir de nouveaux efforts pour être entend us du Saint-Siège; et que, même s'ils faisaient encore des instances, Rome continuerait à garder le silence, comme elle

le garde depuis qu'elle a reçu leurs Mémoires de 1880 et de 1882?).

Médecins. — Mais pourquoi ne pas nous avertir alors que nous n'avions pas le droit d'en appeler ni à Vos Grandeurs, ni au Saint-Siège, n'eût-ce été que pour prévenir des dépenses ruineuses pour l'Eoole, en lui ôtant, autant qu'il était en votre pouvoir, l'idée même d'envoyer à grands frais des délégués à Rome, d'imprimer des Mémoires, etc., comme elle a cru devcir le faire à deux reprises différentes?

Comité Episcopal. — (Les évoques se gardèrent de répondre à cette remarque.)

Médecins. — Selon vous, nous n'avions donc pas le droit de vous présenter notre Appel du 22 mai dernier?

Mgr Moreau répond à cela que, quand on a des griefs contre son Evêque, c'est à l'Archevêque seul ou au Saint-Siè-. ge qu'il faut s'adresser.

Les médecins, à propos du rejet de l'Appel de l'Ecole par les Evêques en mai 1878, avaient commencé par faire observer au Comité Episcopal que cet Appel contenait, en effet, une irrégularité que l'Ecole n'a remarquée que dans ces derniers mois. L'Ecole s'était adressée en 1878 aux Evêques comme chargés de la haute surintendance sur tout ce qui concerne la discipline et la doctrine de l'Université Laval, au lieu de s'adresser à eux comme expressément désignés par le Décret de 1876 pour régler ce qui concerne l'établissement de la succursale à Montréal, comme elle le fit en mai dernier.

Mais, comme on l'a vu plus haut, Mgr Taschereau donne ce jour-là mie autre raison pour expliquer le renvoi de l'Appel de l'Ecole aux Evêques en 1878. Sa Grandeur aurait-elle oublié que la seule raison d'un tel renvoi, mentionnée dans sa lettre officielle du 27 mai 1878 au Président de l'Ecole, se lit comme suit : « Ils (NN. SS. les Evêques de la Province) ont été unanimes à dire avec moi que le règlement de ces difficultés n'entre point dans les attributions du Con-

seil supérieur établi par la Bulle d'érection canonique de l'Université Laval? »).

Médecins. — Si nous avons décidé d'en appeler à NN. SS. les Evêques le 22 courant, c'était d'abord pour agir d'une manière plus conforme au Décret de 1876 qui exige la coopération de tout l'Episcopat de la Province pour l'établissement de la succursale, et aussi pour empêcher quelques-uns de nos collègues de recourir aux tribunaux civils, comme ils sont disposés à le faire.

Mgr Lorrain. — Ce serait curieux de voir un Evêque poursuivi parce qu'il obéit au Pape. Ceux qui veulent s'adresser aux tribunaux civils feraient mieux de poursuivre le Pape lui-même.

(Et d'abord, cette obéissance, telle qu'elle, était-elle requise?

Et puis il serait facile de constater, qu'en tout autre pays qu'au Canada la curiosité de Mgr Lorrain aurait vite été satisfaite; et on peut ajouter qu'en persévérant dans certains errements, de pareilles illusions seront avant longtemps et définitivement dissipées, même au Canada.)

Médecins. — Ces médecins croient avoir droit de recourir aux tribunaux civils, vu qu'il s'agit de contrats d'une matière purement civile.

On veut les dépouiller : on veut leur enlever un revenu annuel de cinq à six cents piastres et les laisser, en outre, grevés d'une lourde dette. Songez que ce sont des pères de famille, peu favorisés des biens de la fortune et travaillant, comme professeurs de l'Ecole, quelques-uns même depuis plus de trente ans. Il doit être permis de* se défendre contre une injustice, surtout quand cette injustice menace de ruiner plusieurs familles respectables.

Mgr Lorrain. — Et cependant, il y a des circonstances où l'on ne doit pas hésiter à faire les sacrifices demandés, quels que soient ces sacrifices; surtout, quand c'est le Pape gui les exige, comme dans le cas présent, par un Décret aussi formel.

Ainsi, j'ai dû un jour refuser les sacrements de l'Eglise à un employé de chemin de fer qui n'a pas voulu faire le sacrifice d'un salaire annuel de mille piastres, qu'il recevait grâce à son affiliation à la franc-maçonnerie. Cet individu se trouve privé des sacrements, parce qu'il refuse de sacrifier ces mille piastres dont il dit avoir absolument 'besoin.

(La réplique à cette objection de saison et étrangère à la cause, ne se fait pas attendre.)

Médecins. — Mgr Lorrain aurait-il l'intention de nous comparer à des francs-maçons?

Mgr Lorrain. — Certainement non, (quelle condescendance 1) : je veux seulement vous démontrer que quelquefois il est nécessaire de faire des sacrifices pour remplir le devoir d'obéissance à l'Eglise.

Médecins. — La comparaison ne semble pas juste : la franc-maçonnerie est une société formellement condamnée par l'Eglise; l'Ecole n'est pas cela, loin de là.

Comité Episcopal. — (Les médecins ne reçurent pas de réponse, et pour cause!)

Médecins. — Le Décret de 1883 contient deux parties, l'une négative et l'autre positive. La première, nous le savons, doit se prendre dans un sens absolu; et il y a obligation grave de s'y conformer toujours. Quant à la seconde partie qui concerne l'encouragement à donner à la succursale, elle ne nous demande d'accorder cet encouragement que « suivant nos forces ». Il ne nous semble donc pas que, pour obéir au Décret, nous soyons obligés de détruire notre Ecole, comme Vos Grandeurs paraissent le dire. Le Souverain Pontife ne peut pas demander cela.

Comité Episcopal . — Le Décret dans toutes ses parties oblige de la même manière. Et puisque l'Ecole ne peut entrer dans la succursale en conservant son autonomie, il faut qu'elle cesse d'exister comme corps ; et il y a ici obligation grave.

L'Ecole, en entrant comme corps, ne serait pas succursale :

ce serait mie affiliation; et le Décret de 1876 ne veut pas d'affiliation.

Médecins. — H y a donc, selon Vos Grandeurs, obligation grave de conscience, pour les professeurs de l'Ecole, de sacrifier leur position? Et ce serait un péché mortel pour eux, s'ils refusaient de faire ce sacrifice?

Comité Episcopal. — Il faut aplanir tout obstacle au fonctionnement de la succursale : en refusant de consentir à ce sacrifice, vous êtes mi obstacle; et alors...

Médecins. — C'est donc un suicide que vous demandez à l'Ecole?

Comité Episcopal . — Vous aurez tout à gagner en disparaissant comme Ecole. Vous appartenez à mie petite institution qui n'a qu'une charte simplement provinciale. En cessant comme membres de l'Ecole, vous ressusciterez pour devenir membres d'une grande institution, d'une institution douée d'une charte royale et d'une constitution apostolique.

(Il s'agit de cesser d'être faible comme l'agneau pour renaître fort en tant que membre du loup dévorant; l'argument est connu et fut déjà réfuté. Les médecins peu convaincus, poursuivent) :

Médecins. — Notre Ecole, il est vrai, si on la compare à l'Université Laval, est, sous un certain rapport, fort peu de chose, une pauvre maisonnette à côté d'un palais. Mais toute modeste qu'elle est, elle existe. Elle existe avec un passé honorable, jouissant de droits que personne ne peut lui contester en justice. Elle nous appartient et chacun de nous s'y voit en parfaite sécurité, tandis qu'en entrant dans l'Université Laval comme simples particuliers, nous n'avons plus aucune sécurité contre les éventualités du lendemain, puisque le Conseil Universitaire se réserve la faculté de nous congédier ad nutum Et qu'on ne nous parle point du bon vouloir de Laval à notre égard : l'Ecole a cru pouvoir y compter un jour; mais elle n'a pas eu sujet de s'en féliciter, tant s'en faut. Vos

Grandeurs ne doivent pas s'étonner si nous insistons pour empêcher la destruction de notre modeste Ecole.

Et maintenant, avant de nous retirer, nous prierons encore une fois Vos Grandeurs de vouloir bien se rappeler que nous n'avons été délégués par l'Ecole que pour ce qui regarde la question de l'Appel. Nous désirons savoir, avant de traiter officiellement d'aucun arrangement, si Mgr de Montréal, au jugement, de NN. SS. les Evêques de la Province, nous traite avec justice ou non, en nous expulsant de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, des dispensaires et de l'hospice de maternité, c'està-dire de ces institutions fondées par l'Ecole au point de vue médical, servies gratuitement par elle pendant tant d'années et aidées de diverses autres manières encore, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer à NN. SS.

Or, pressé de vouloir bien écrire un mot que les Délégués pussent remettre à l'Ecole pour l'informer officiellement du sort de son Appel, Mgr Taschereau se contenta de formuler la note suivante :

« Nos Seigneurs les Evêques de la Province en nommant un comité de trois de ses membres pour aviser aux moyens de venir à la solution de l'Appel fait par l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, ont suffisamment fait connaître leur intention de s'occuper de cet Appel.

» Montréal, 28 mai 1883.

» (Signé), f E. A., Arch. de Québec ».

C'est le langage d'un pacha ignare, mais omnipotent.

A cette note cependant, Mgr Taseher."'au ajoutait, pour être transmises à l'Ecole, les trois questions que voici :

« 1° Quelles sont en détail les réclamations que vous croyez » avoir droit de faire valoir?

» 2° Quelles sont les raisons, à l'appui de chacune de ces &> réclamations?

'» 3° Quelle est cette autorité compétente dont il estxques- » tion à la fin de l'Appel de l'Ecole de Médecine? »

Après cette séance, les Délégués se retirèrent pour revenir le lendemain au soir; et dans l'intervalle, l'Ecole se réunissait et passait la résolution suivante, dont les Délégués étaient chargés de remettre copie au Comité Episcopal :

A une assemblée spéciale de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, tenue chez le Secrétaire ce 29e jour de mai 1883, a été résolu unanimement ce qui suit :

I. L'Ecole accuse réception d'une note autographe de Mgr l'Archevêque, en date d'hier, 28 mai, et de trois questions écrites aussi de la main de Sa Grandeur, note et questions que voici (suit le texte de la note et des questions comme ci-desse.

II. L'Ecole apprend avec plaisir, par la susdite note de Sa Grandeur Mgr l'Archevêque de Québec, que Nos Seigneurs les Evêques de la Province ont l'intention de s'occuper de son Appel contre les récentes Ordonnances de Mgr de Montréal. Elle espère que les travaux de leur Comité se termineront assez tôt, et que le rapport du même Comité leur sera présenté assez prochainement pour que NN. SS. les Evêques de la Province puissent se prononcer bientôt sur le point de justice et d'équité porté officiellement devant leur Tribunal par l'Appel sus-mentionné, et qu'ainsi la dite Ecole arrive enfin à une protection efficace de son existence, de ses justes droit?, et privilèges, de son honneur et de sa réputation comme Institution catholique humblement soumise à la sainte Eglisus).

III. Pour se rendre au désir exprimé au nom du Comité Episcopal susdit par Mgr l'Archevêque de Québec, l'Ecole répond ainsi aux trois questions citées plus haut :

1° L'Ecole réclame, avec et comme le Saint-Siège, rétablissement de la Succursale Laval à Montréal. En d'autres termes l'Ecole se soumettant pleinement et sans réserve, comme elle l'a déjà plusieurs fois déclaré, aux Décrets Apostoliques, réclame l'exécution pleine et entière des dits Décrets.

mais elle rejette comme injuste et injurieuse au Saint-Siège toute interprétation formelle ou implicite qui tendrait à dire ou à faire supposer que le Saint-Siège veut l'exécution aux dépens de la justice. Ou encore autrement : l'Ecole demande que, conformément aux prescriptions du Décret de 1876, NN. SS. les Evêques de la Province établissent, en union avec Laval, la succursale voulue par le Saint-Siège à Montréal; que cet établissement se fasse sur les bases spécifiées dans ce même Décret de 1876, mais en respectant les intentions du Saint-Siège qui sont de venir en aide aux institutions déjà existantes et surtout en s'abstenant de ruiner injustement telles institutions. Par conséquent, pour ce qui la regarde spécialement elle-même, l'Ecole réclame dans tout arrangement à faire : 1° que son existence comme corporation civile soit expressément reconnue avec tous les droits et privilèges qui en découlent suivant la loi du pays; 2° qu'elle continue à rester, comme par le passé, en possession paisible et incontestée de ses droits et privilèges relativement à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, à l'hospice de la Maternité de la Miséricorde et aux dispensaires de la Providence et des Révérendes Sœurs Grises; 3° et enfin qu'elle ne soit pas forcée de rompre son affiliation à l'Université Victoria, avant de recevoir par un arrangement équitable avec Laval, la faculté de conférer ou de faire conférer les degrés académiques à ses élèves.

2° Les raisons à l'appui des susdites réclamations, ce sont les Décrets Apostoliques de 1876, et de la présente année 1883, et la justice que doit respecter tout homme en ce monde, et principalement tout chrétien.

L'Ecole prie NN. SS. de se rappeler que le lien de son affiliation actuelle à Victoria est purement matériel, les professeurs de cette Université étant parfaitement inconnus des élèves et de la plupart des professeurs de l'Ecole, et les élèves de celle-ci n'ayant pas même à faire acte de présence à Victoria pour obtenir leurs degrés.

L'Ecole veut sincèrement obéir aux Décrets Apostoliques;

d'un autre côté elle est convaincue que le Saint-Siège n'exige pas l'injustice.

3° L'Autorité compétente dont il est question à la fin de l'Appel, c'est naturellement l'autorité ecclésiastique ou civile à laquelle l'Ecole peut légitimement recourir, suivant la nature des causes, afin d'obtenir justice.

IV. L'Ecole demande respectueusement à NN. SS. du Comité Episcopal, si les assertions suivantes sont bien l'expression fidèle de leur pensée :

1° Les Décrets Apostoliques exigent que l'Ecole cesse d'exister comme corporation civile pour que ses membres puissent entrer comme professeurs à la Succursale.

2° Le dernier Décret (celui de février 1883) exige absolument ce sacrifice de la part de chaque membre de l'Ecole, en sorte que ce serait pour lui manquer à une obligation grave de conscience que de refuser de faire tel sacrifice.

3° C'est à NN. SS. les Evêques d'interpréter les Décrets pour en indiquer le sens et la portée.

L'Ecole pense que ces idées, ainsi définies et précisées pourraient lui être utiles pour arrêter les détails d'un plan d'arrangement.

V. L'Ecole nomme comme ses Délégués MM. les Docteurs d'Orsonnens, Hingston, Craig et Desjardins pour transmettre h. présente Résolution à NN. SS. du Comité Episcopal, et les prier de vouloir bien lui faire savoir, en temps convenable, si elle doit leur préparer d'autres informations ou documents relatifs à la présente cause.

Montréal, 29 mai 1883.

(Signé) Ths E. d'Odet d'Orsonnens, PrépiMent, (Signé) J. Emery Coderre, Secrétaire.

Comité Episcopal. — Après avoir lu à haute voix: la Résolution ci-dessus que venaient de lui remettre tes Délégués de la part de l'Ecole, Mgr l'Archevêque dit : Il y a dans document des choses qui se contredisent. Vous voulez obéir

en tous points aux Décrets Apostoliques : or les Décrets veulent une succursale, non une affiliation, tandis que vous, vous voulez conserver votre Ecole comme corporation : ce qui est contradictoire. L'Ecole, encore une fois, ne doit pas song-.r à entrer comme corps dans la succursale.

Médecins. — Cependant lors de la fondation de la succursale sous les yeux et avec le concours du Délégué xApostolique, MgT Conroy, l'Ecole fut admise en corps comme Faculté Médicale de la succursale. C'est là un fait qui ne manque pas de preuves. Personne n'ignore qu'il a été signé par Mgr de Montréal et par les professeurs de l'Ecole une entente formelle, un contrat où il est expressément stipulé que l'Ecole conservera son autonomie, puisqu'il est dit là en toute lettre : « L'Ecole fera, comme par le passé, tous les ans, l'élection de ses officiers; et c'est à son Secrétaire-Trésorier que la Corporation Episcopale devra remettre ces fonds. »

C'est ce que M. le Recteur Hamel lui-même reconnaît dans une de ses lettres :

(« Je sais bien que l'Ecole a obtenu de conserver son orga- » nisation intérieure par un contrat privé avec Monseigneur » de Montréal. »... Lettre du 12 juin 1878.)

Et puis on sait encore que Mgr le Délégué, en apprenant que M. Hamel était en train de former pour la succursale une faculté médicale en dehors de l'Ecole, lui donna immédiatement ordre de renoncer à cette idée et de faire des arrangements avec l'Ecole pour en faire la Faculté Médicale, de la succursale, ajoutant en présence du Dr E. H. Trudel qu'il (le Délégué Apostolique) ne venait pas pour détruire les institutions déjà existantes à Montréal, mais pour les unir à Laval afin de faire cesser leur affiliation aux Universités protestantes.

Mgr l'Archevêque. — Mais n'oubliez pas, non plus, un autre document renfermant les conditions agréées d'un commun accord par le Conseil Universitaire et l'Eco'e oà il est dit que « les Professeurs à Montréal seront nommés par le

Conseil Universitaire et révocables ad nutum pour une cause jugée suffisante par le dit Conseil ».

Médecins. — Faudrait-il donc dire que la condition mentionnée ici par Mgr l'Archevêque puisse s'interpréter de manière à annuler le contrat signé par Mgr de Montréal et les membres de l'Ecole? Evidemment non.

(Quand on y regarde de près, l'objection que soulevait ainsi l'Archevêque ne semble pas très sérieuse. L'autonomie de l'Ecole, on l'a vu, est clairement stipulée dans un contrat; M. le recteur Hamel lui-même en convient. Quel document pourrait prévaloir sur un contrat formel? Aucun, semble-t-il. Aussi, M. Hamel qui, bien à tort parle, dans sa lettre du 18 juin 1878, de l'autonomie de l'Ecole comme d'une « menace » pour Laval, ne songe pas même à recourir à l'objection de Mgr Taschereau, sans doute parce qu'il croyait que, vu le contrat signé par Mgr Fabre, de Montréal, et les professeurs de l'Ecole, une cause jugée suffisante par le Conseil Universitaire pour la révocation de ceux-ci, serait nécessairement, au moins, chose fort rare. Au reste, M. Hamel l'ignorait moins que personne et Mgr l'Archevêque devait le savoir aussi, la condition de révocation ad nutum fut acceptée et signée des professeurs de l'Ecole dans des circonstances qui en diminuent singulièrement la valeur, si elles ne la rendait ipas nulle.)

Mgr l'Archevêque. — L'Ecole ne devait conserver ses droits civils que pour le règlement de ses dettes; ses dettes payées, l'Ecole perdait ses droits comme corps.

(Aucun document ne vient à l'appui de cette affirmation).

Médecins. — Mais l'Ecole a encore des dettes aujourd'hui, des dettes même plus considérables qu'alors. Quel moyen prendre, si l'Ecole cesse d'exister comme corps, pour prévenir les dommages et les justes réclamations de ses créanciers ? f

Mgr Lorrain se contenta de répéter que La position de l'Ecole n'était plus la même depuis le dernier Décret.

Médecin» — D'ailleurs, pourquoi l'Ecole ne pourrait-elle

pas rentrer dans la Succursale en conservant son autonomie, aussi bien que la Faculté de Théologie de Montréal, par exemple?

La Faculté de Théologie a même conservé le droit de nommer ses professeurs.

Mgr l'Archevêque. — C'est moi comme chancelier de l'Université, qui nomme les Professeurs à la Faculté de Théologie de Montréal.

Médecins. — D'après le Décret de 1876, tous les Evoques de la Province devaient concourir, en union avec Laval, à l'établissement de la Succursale. On a vu avec raison en cela un acte de grande prudence de la part du Saint-Siège. La coopération de tout l'Episcopat devait être en effet pour tous une garantie sérieuse que tous les droits seraient protégés. Or, aucun des Evèques n'a été même consulté sur cette grave question, excepté Mgr de Montréal qui a tout réglé avec M. Hamel sous les yeux du Délégué Apostolique.

Mgr More au. — Les Evoques, en se rendant au Grand Séminaire le jour de l'Epiphanie (en 1878), ont tous sanctionné ce qui avait été fait : leur lettre au Souverain Pontife en est la jpreuve.

(On peut ici faire observer qu'on ne saurait sanctionner ce que l'on ignore complètement? Or, il a été constaté et il l'était déjà alors que la plupart, des Evoques de' la Province ne connaissaient absolument rien, ce jour de l'Epiphanie 1878, des arrangements, d'ailleurs, alors encore fort incomplets qui venaient de se faire concernant l'organisation de la Succursale. Les Evêques n'avaient pas même été invités à prendre connaissance des arrangements déjà faits ni à donner leur avis à leur sujet. Et on parlait de la sanction des Evêques avec cette lassurance-là !

Et quant à cette lettre au Saint-Père que l'on donnait comme une preuve, il suffisait de savoir que les evêques se contentaient d'exprimer leur reconnaissance et leur joie en apprenant que tout (d'après ce qu'on leur disait) était réglé ou de-

vait bientôt l'être à la satisfaction de tous. On sait aujourd'hui ce qu'ont été ces arrangements et on n'ignore plus la vigoureuse protestation de Mgr Laflèche, adressée à Rome sur l'invitation du Saint-Siège.)

Médecins. — Si Vos Grandeurs considèrent le Décret exécuté en 1878 comme il devait l'être, elles ne doivent pas oublier que c'est l'Ecole qui formait alors la Faculté Médicale de la Succursale (voir le mandement de -Mgr de Montréal, déc. 1877).

La Faculté actuelle de la Succursale n'est que l'œuvre de M. Hnmel; et elle a été établie contrairement aux intentions, bien connues, du Délégué Apostolique. Ce n'est donc plus là la succursale telle que fondée par le Délégué Apostolique et sanctionnée par NN. SS. les Evêques.

Comité Episcopal. — (La réponse étant embarrassante, les Evêques s'abstiennent de répondre.)

Médecins. — Si, comme il y a lieu de l'espérer, des arrangements se font entre l'Ecole et Laval, quelles seraient les conditions offertes à l'Ecole par cette dernière?

Comité Episcopal. — L'Université Laval offrirait des chaires à trois Professeurs de l'Ecole, à MM. Hi.igston, Desjardins et Mignault. Ces chaires seraient toutefois à la discrétion du Conseil Universitaire. L'Université nommerait aussi trois autres membres de l'Ecole Professeurs honoraires, mais sans aucune indemnité.

Médecins. — Nous devons le faire observer à NN. SS., les trois médecins de l'Ecole choisis par Laval pour occuper des chaires à sa succursale, seraient précisément les triderniers entrés dans l'Ecole, ceux, en outre, qui sont peutêtre les mieux partagés sous le rapport de la fortune et qui pourraient, par conséquent, faire moins difficilement que leurs collègues le sacrifice de leur position.

Comité Episcopal. — Vos sacrifices seront assez légers, si nous vous déchargeons de votre dette de $ 20,000.00 à l'Hôtel-Dieu.

Médecins. — Dussions-nous perdre celte somme de vingt mille piastres, ce ne serait encore qu'une bagatelle comparée aux dommages que nous éprouverons nécessairement, si l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, par exemple, nous est enlevé. Nous donnons depuis longtemps nos services gratuitement à cette institution; mais les centaines d Etudiants, qui viennent y suivre les cliniques sous noire direction, font naturellement connaître avantageusement leurs Professeurs, lorsque, devenus médecins, ils s'établissent sur tous les points de cette Province et au delà. Ils nous envoient nombre de malades et nous appellent en consultation. Bref, quelques-uns d'entre nous voient par là leurs revenus professionnels se doubler au moins.

Ce sont donc des dommages incalculables qu'on nous ferait subir, en nous forçant d'abandonner notre position comme professeurs et médecins de l'Hôtel-Dieu.

Comme on l'a vu par la Résolution citée plus haut, l'Ecole avait demandé aux évêques du Comité Episcopal si les assertions étaient bien l'expression fidèle de leur pensée :

« 1° Les Décrets Apostoliques exigent que l'Ecole cesse d'exister comme corporation civile pour que ses membres puissent entrer connue professeurs à la succursale.

» 2° Le dernier Décret (celui de février 1883) exige absolument ce sacrifice de la part de chaque membre de l'Ecole, en sorte que ce serait pour lui manquer à une obligation grave de conscience que de refuser de faire tel sacrifice.

» 3° C'est à NN. SS. les Evoques d'interpréter les Décrets pour en indiquer le sens et la portée. »

A cette demande de l'Ecole Mgr Tascliereau répondait séance tenante par un écrit en quatre points qu'il importe de reproduire ici intégralement. Le voici :

« 1° Les Décrets Apostoliques et notamment celui de 1883, exigent que tous les catholiques favorisent la Succursale, ils obligent donc les professeurs de l'Ecole à favoriser la Suc-

cursale par tous les moyens en leur pouvoir, même au prix de sacrifices, et cette obligation est grave de sa nature comme l'indiquent les expressions dont se sert le S. Pontife.

» 2° Les décrets Apjosfcoliques excluent l'idée d'affiliation et par conséquent l'Ecole ne peut pas songer à ce mode d'union avec Laval; mais elle doit, pour être d'accord avec les décrets et avec elle-même, puisqu'elle invoque spécialement le décret de 1876, s'effacer comme Ecole afin que ses membres puissent entrer dans la Succursale comme individus et non comme membres de l'Ecole;

» 3° C'est le sentiment des Evêques fondé sur les décrets de 1876 et de 1883.

» 4° En persistant dans ses prétentions l'Ecole s'expose à être déclarée en révolte avec l'Eglise.

» Montréal, 29 mai 1883.

(Signé) » f E. A. Arch. de Québec. »

En réalité, pour Laval et le Comité tout se réduisait à faire entendre et comprendre, à imposer au besoin à l'Ecole, cette formule : « Ote-toi de là, pour que je m'y mette! ».

Naturellement, les convenances de l'Ecole pouvaient être différentes, et elles l'étaient, d'où continuation inévitable du conflit auquel Mgr Fabre entendait bien apporter une solution, dût-elle être brutale par l'arbitraire odieux en pareille matière, et à l'égard d'une semblable fondation et de personnes aussi honorables. Mais le sort était jeté.

La correspondance allait reprendre, les entrevues ayant donné si peu de résultats.

C'est M. d'Odet d'Orsonnens qui, dès le 1er juin, écrit à Mgr Taschereau :

A S. Gr. Mgr E. A. Taschereau, Arch. de Québec et Président du Comité Episcopal.

Monseigneur, J'ai été chargé par résolution unanime de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, de vous écrire la présente :

1° Pour accuser officiellement réception du document en quatre points que Votre Grandeur a eu la bienveillance de lui adresser au nom du susdit Comité;

2° Enfin, pour rappeler respectueusement à Votre Grandeur que l'Ecole attend toujours de Nos Seigneurs les EvêqUes de la Province la réponse à son Appel du 22 mai dernier, réponse qu'elle sollicite avec de nouvelles instances à cause des graves inconvénients auxquels l'expose tout délai.

Daignez agréer, Monseigneur, l'expression du profond respect avec lequel je suis, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur,

(Signé), Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Président.

La réponse se fit le 3 juin 1883, en ces termes :

Québec, 3 juin 1883.

T. E. d'Odet d'Orsonnens, Ecr., M. D.; Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, à Montréal.

Monsieur le Président, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 1er courant dans laquelle vous accusez officiellement réception du document en quatre articles que le comité episcopal vous a laissé le 29 mai, et vous demandez de nouveau que Nos

Seigneurs les Evêques répondent à l'Appel de l'Ecole en date du 22 mai dernier.

Nos Seigneurs les Evêques, en nommmant un comité peur vous rencontrer à Montréal, ont déjà montré leur désir de voir ces regrettables difficultés recevoir une prompte solution.

Le comité, dans sa dernière entrevue du 29 mai, vous a laissé entrevoir quel est le sentiment de Nos Seigneurs les Evêques. Dans votre lettre du 1er juin vous Vous contentez d'accuser réception de ce document, sans dire si vous y accédez ou si vous y objectez. Ce n'est guère le moyen de hâter cette prompte solution que vous paraissez désirer.

Maintenant que tous Nos Seigneurs les Eve crues sont dispersés, les uns déjà en tournée épiscopale, les autres sur le point de la commencer, le rapport du comité exigera nécessairement un temps assez considérable pour être examiné et adopté.

Pour le moment je puis bien vous dire que le décret de 1876, auquel vous en appelez vous-mêmes, sera notre guide et que nous y tiendrons dans le sens indiqué par le second article du 29 mai. De plus, je vous prie de ne pas oublier que la succursale n'est pas à faire; elle existe de fait et de droit et Nos Seigneurs les Evêques, en s'occupant de votre Appel, n'ont nullement intention de révoquer en doute son existence si clairement, si souvent et si énergiquement reconnue et appuyée par des décrets apostoliques.

J'ai l'honneur d'être. Monsieur le Président, Votre très dévoué serviteur,

(Signé), f E. A., Arch. de Québec.

Chaque partie se tenait ferme sur le terrain délimité par son interprétation respective des Décrets Pontificaux et l'entente n'avançait toujours pas vers la solution équitable que l'Ecole visait à juste titre. Les mises en demeure parurent en fin de saison et les voici formulées dans une lettre du 6 juin 1883 :

A T. E. d'Odet d'Orsonnens, Ecr., M. D., Montréal., Monsieur le Président, Dans la dernière entrevue qui a cti lieu le 29 mai entre le comité de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal et le comité épiscopal, l'Ecole a exprimé par é rit qu'elle ne romprait son affiliation avec Victoria que moyennant certaines conditions que les Evêques ont jugées inadmissibles. La présente est pour vous informer que si avant dimanche prochain,

10 courant, cette désaffiliation n'a pas été effectuée, le comité fera rapport aux Evèques que l'Ecole ne veut pas la faire.

En second lieu, d'après l'article 3 de la réponse de l'Ecole, 29 mai, l'Ecole aurait intention de recourir aux autorités civiles dans cette affaire; si cette intention n'est pas désavouée et abandonnée avant dimanche, 10 courant, le comité fera rapport en conséquence: aux Evêques.

Si la malle de samedi, qui sera distribuée ici dimanche à midi, ne m'apporte point de réponse catégorique, Nos Seigneurs les Evêques de la Province en seront informés immédiatement, et ils prendront leurs mesures en conséquence.

Veuillez agréer, Monsieur le Président,

l'assurance de mon dévouement.

(Signé), f E. A., Arch. de Québec.

Ces mesures, on en soupçonnait bien la nature! Ce n'était pas encore de quoi en imposer à l'Ecole confiante en son droit et en la souveraine intervention du Saint-Siège. Elle répondit comme suit :

A S. Gr., Mgr E. A. Taschereau, Arch. de Québec.

Monseigneur, J'ai l'honneur de vous adresser la présente pour accuser réception des deux dernières lettres que Votre Grandeur a bien voulu m'écrire le 3 et le 6 courant.

J'avais cru pouvoir attendre la réunion ordinaire de l'Ecole qui devait avoir lieu aujourd'hui, samedi, pour prendre l'avis de mes collègues sur- la réponse à faire à la Vôtre du 3, reçue ici le lendemain, lundi, 4 courant. Il me semblait que Votre Grandeur ne trouverait pas ce délai excessif, l'Ecole ayant déjà eu occasion de faire observer au Comité Episcopal, dont vous êtes le président, qu'il n'est pas toujours possible de réunir immédiatement dix médecins résidant dans divers quartiers de la ville et des faubourgs, et souvent incapables, par la nature même de leur profession, de se rencontrer aux heures jugées d'abord les plus convenables pour tous. D'autant plus que, comme l'Ecole vous l'a rappelé aussi, Monseigneur, les médecins ont besoin de quelque temps pour consulter, etc. Dès qu'une question se présente, chacun, selon une règle très sage et généralement suivie parmi nous, doit s'empresser de consulter privément les personnes en qui il a plus de confiance, afin qu'aidée des lumières de plusieurs,

l'Ecole puisse, spécialement dans les circonstances si graves où où elle se trouve, connaître et suivre plus sûrement le droit chemin du devoir, le sentier de l'obéissance et de la justice. Or, tout cela exige du temps.

Une nouvelle lettre de Votre Grandeur en date du 6 courant m'étant arrivée le lendemain, j'ai fait tout en mon pouvoir pour me rendre à vos désirs et hâter la réponse de l'Ecole que vous sollicitez. Une assemblée a pu avoir lieu dès hier, le 8; et une résolution adoptée à l'unanimité m'a incliqué la réponse que l'Ecole désire faire à chaque point mentionné dans vos deux lettres.

Mais, Monseigneur, cette réponse sera nécessairement assez longue, trop longue pour qu'il me soit absolument possible de la rédiger à temps pour vous être envoyée aujourd'hui même. Votre Grandeur voudra bien pardonner ce retard inévitable : le courrier de lundi prochain vous portera la réponse désirée.

Daignez, Monseigneur, agréer l'expression sincère de mes respectueux hommages et me croire toujours

de Votre Grandeur, le très humble et très dévoué serviteur,

(Signé), Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Président. Montréal, 12 juin 1883.

Et conformément à l'engagement pris ainsi et dans le délai fixé, le document arrivait à Québec, sous cette forme :

A Mgi E. A. Taschereau, Arch. de Québec.

Monseigneur, j'ai l'honneur de transmettre aujourd'hui à Votre Grandeur la réponse officielle que l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal désire faire à vos lettres du 3 et du 6 courant.

I. — Mais avant de répondre aux divers points mentioi nés dans ses deux lettres. Votre Grandeur me permettra de rappeler ici tout d'abord un fait de la plus grande impoitance.

L'Ecole disait en s'adressant à NN. SS. les Archevêque et Evèques de la Province, dans son appel du 22 mai dernier : « L'Ecole a cru devoir s'adresser à Vos Grandeurs à l'occa- » sion de leur présente réunion à Québec, pour en appeler, » comme elle en appelle de fait officiellement et formellement

» aujourd'hui, 22 mai 1883, contre la susdite ordonnance de » Mgr E. C. Fabre, Evêque de Montréal, son Ordinaire. »

Et plus loin (même Appel) : « Pour ces causes, l'Ecole en » appelle aussi à Votre Tribunal au sujet des dispensaires » et de l'hospice ci-dessus mentionnés, comme au sujet de » l'Hôtel-Dieu. »

Par où il appert, Monseigneur, que la seule question officiellement et formellement soumise par l'Ecole au Tribunal de NN. SS. les Evèques, c'est la question de justice et d'équité relative aux hôpitaux et aux dispensaires d'où Mgr de .Montréal voudrait exclure la dite Ecole.

C'est ce que l'Ecole rappela encore respectueusement : 1° A Mgr l'Archevêque : « Le seul point soumis par l'Ecole au » Tribunal de NN. SS. les Archevêque et Evêques de la Pro- » vince dans le susdit Appel, regarde exclusivement la ques- » tion et de justice et d'équité qui vient d'être soulevée, en- » tre l'Ecole susdite d'une part et l'Hôtel-Dieu et trois autres » maisons religieuses d'autre part, par les récentes Ordon- » nances de Mgr l'Evêque de Montréal. » (Résolution de l'Ecole, 25 mai, communiquée par le Président à Mgr l'Archevêque.)

2" A Mgr de Chicoutimi : « L'unique point dent il s'agit » dans le susdit Appel, comme l'Ecole a déjà eu l'honneur » de le faire observer à Sa Grandeur Mgr l'Archevêque, par » lettre du 25 courant, c'est la question de justice et d'équité » qui nous paraît violée par les récentes Ordonnances de » Mgr de Montréal. Les Ordomiances de Monseigneur mena- » cant son existence même, l'Ecole voudrait savoir le plus tôt » possible si elle devra recourir à un autre Tribunal pour se » protéger; ou si, au contraire, Nos Seigneurs vont l'enten- » dre. Dans ce dernier cas, si d'autres documents ou éléments » de preuves que ceux déjà offerts sont jugés nécessaires ou » utiles par Nos Seigneurs, l'Ecole fera tout en son pouvoir » pour les fournir le plus promptement possible.

» Une fois ses droits concernant les hôpitaux et les dispen-

» saires reconnus et mis hors de danger, l'Ecole sera prêle à » traiter les autres difficultés, ne demandant que d'être aver- » tie assez tôt pour se consulter, nommer ses délégués et pré- » parer les documents requis ». (Lettre de l'Ecole à Mgr de Chicoutimi, 28 mai, dont copie fut remise le même jour, 28 mai, par les délégués de l'Ecole au Comité Episox>pal).

3° Au Comité Episcopal : L'Ecole par ses délégués, déclara de plus très expressément et à plusieurs reprises, le 28 et le 29 mai, au Comité Episcopal présidé par vous, Monseigneur, qu'elle ne pouvait et n'entendait rien régler avant de savoir à quoi s'en tenir sur la question de justice et d'équité déjà portée devant le Tribunal des Evêques 'au sujet des hôpitaux et des dispensaires; que de fait la mission de ses délégués auprès, du Comité Episcopal se bornait à obtenir de celui-ci une déclaration formelle et écrite constatant que NN. SS. les Evêques recevaient ou rejetaient l'Appel de l'Ecole, et à procurer à MN. SS. du même Comité d'autres informations ou documents que ceux déjà transmis, concernant la susdite question de justice et d'équité, si besoin il y avait; et que, par conséquent, il devait être clairement entendu que, si d'autres questions que celle de justice et d'équité étaient abordées dans les entrevues des délégués de l'Ecole avec le Comité Episcopal, ce ne pourrait être officiellement au nom de ï'Ecole, ni en vue d'entrer en négociation à ce sujet.

L'Ecole pensant néanmoins qu'un échange d'idées et de vues entre ses délégués et le Comité Episcopal, sur les diverses autres questions, pourrait être utile, afin de déterminer plus tard un plan d'arrangement sur ces mêmes questions, conseilla à ses délégués de profiter pour cela de l'occasion favorable que leur offraient leurs entrevues avec le Comité Episcopal : ce qui fut fait.

L'école décida, pour la même raison, de répondre connue elle le fit dans sa Résolution du 29 mai (art- iii), à trois questions posées le jour précédent par Mgr l'Archevêque au

nom du Comité Episcopal, et de solliciter elle-même à son tour de Nos Seigneurs du même Comité certaines explications (art. iv, même Résolution) qui « pourraient lui être utiles pour arrêter les détails d'un plan d'arrangement », mais d'un arrangement évidemment à faire et à conclure plus tard, après le règlement de la question de justice et d'équité, l'Ecole ayant déjà très expressément déclaré qu'elle ne serait prête à traiter les autres difficultés qu'après que ses droits coicernant les hôpitaux et les dispensaires auraient été reconnus et mis hors de danger.

Voilà pourquoi, Monseigneur, l'Ecole qui tient pour plusieurs justes raisons à ce que la question de justice et d'équité, la seule officiellement soumise à NN. SS. les Evêques dans son Appel, soit résolue le plus tôt possible et avant toutes les autres, chargea simplement son Président d'accuser réception, comme il le fit en effet par lettre adressée à Votre Grandeur, le 1er juin courant, du document en quatre points, sans dire si l'Ecole y accédait, et de « rappeler respectueu- » sèment à Votre Grandeur que l'Ecole attend toujours de » NN. SS. les Evêques de la Province la réponse à son Appel » du 22 mai dernier, réponse qu'elle sollicite avec de nou- » velles instances à cause des graves inconvénients auxquels » l'expose tout délai. »

Que si l'Ecole insiste tant pour obtenir une réponse à son Appel, avant d'en venir à aucun arrangement sur les autres difficultés, c'est, je vous prie de le remarquer, Monseigneur, parce qu'elle ne croit pas qu'il soit en son pouvoir d'agir autrement. La jouissance de sa liberté est un:1 condition absolument essentielle pour délibérer, engager sa parole, assumer une responsabilité quelconque et conclure an arrangement valable. Or, les Ordonnances de Mgr de Montréal ont ravi à l'Ecole toute liberté, puisque pratiquement, comme il a déjà été déclaré ailleurs, les dites Ordonnances, non seulement gênent l'Ecole dans son action, mais même tendent à l'anéantir. Si donc l'Ecole se voi" aujourd'hui dans

l'impossibilité de traiter sur aucun point des difficultés actuelles, c'est aux susdites Ordonnances qu'il faut l'attribuer. C'est le fait de ces Ordonnances, non le libre choix ou un caprice de l'Ecole, qui impose nécessairement la question de jus!i3e et d'équité comme la première question à résoudre.

Il serait en effet dérisoire et particulièrement i ijuste et odieux de presser quelqu'un à traiter et à prendre une détermination touchant une afire qui intéresse hautement ses intérêts, son honneur, sa via même tandis qu'on lui tiendrait le couteau sur la gorge. Et pourtant cet état de violence paraît-il bien différent de celui où se trouve l'Ecole de Médecine depuis qu'elle est sous le coup des Ordonnances de Mgr de Montréal?

II. — L'Ecole n'a donc rien négligé, il semble, pour faire comprendre à nos Seigneurs : (a) qu'elle sollicitait instamment et le plus tôt possible, une réponse à son Appel sur la question de justice et d'équité concernant les hôpitaux et les dispensaires; (b) qu'elle n'entendait et de fait ne pouvait traiter de rien en vue d'arriver à aucun arrangement avant d'avoir protégé son existence mise en péril par les Ordonnances de Mgr de Montréal; (c) mais « qu'une fois ses droits concernant » les hôpitaux et les dispensaires reconnus et mis hors de » danger, l'Ecole serait prête à traiter les autres difficultés, » ne demandant que d'être avertie assez tôt pour se con- » sulter, nommer ses délégués et préparer les documents re- >: quis ».

Ce point capital clairement établi, j'arrive maintenant, Monseigneur, à la réponse que l'Ecole croit devoir faire ,aux points particuliers, contenus dans vos doux lettres. Pour plus de clarté, je citerai i Ltégralement, avec votre bienveillante permission, Monseigneur, chaque partie de vos lettres.

Je commence par celle du 3 juin :

«Monsieur le Président, » J'ai l'honneur d'accuser réception de voire lettre du lor » courant dans laquelle vous accusez officiellement réception

» du document en quatre articles que le Comité Episcopal » vous a laissé le 29 mai, et vous demandez de nouveau que » Nos Seigneurs les Evêques répondent à l'Appel de l'école » en date du 22 mai dernier ».

D'après, ce que j'ai eu l'honneur de vous faire observer plus haut, Monseigneur, vous comprenez parfaitement, 32 n'en doute pas, quelle a été la pensée de l'Ecole, en renouvelant, le 1er courant, cette demande d'une réponse à son Appel, demande que l'Ecole au besoin renouvelle encore aujourd'hui.

« Nos Seigneurs les Evêques en nommant un comité pour » vous rencontrer à Montréal, ont déjà montré leur désir de » voir ces regrettables difficultés recevoir une prompte so- » lution. »

« Le Comité, dans sa dernière entrevue du 29 mai, vous a » laissé entrevoir quel est le sentiment de nos Seigneurs les » Evêques. Dans votre lettre du 1er juin, vous vous contentez » d'accuser réception de ce document, sans dire si vous y » accédez ou si vous y objectez. Ce n'est guère le moyen de » hâter cette prompte solution que vous paraissez désirer. »

Vu les Ordonnances portées contre elle par Mgr de Montréal, l'Ecole croit que le seul moyen efficace de préparer la voie à une solution satisfaisante des difficultés actuelles, c'était avant tout d'obtenir une solution sur la question de justice et d'équité. De là son Appel formel à NN. SS. les Evêques et l'envoi de deux délégués officiels à Québec pour prier respectueusement Mgr l'Archevêque de communiquer à Leurs Grandeur? le dit Appel avec certains documents relatifs à la question soumise à leur Tribunal, et l'avertir que les mêmes délégués resteraient là, pendant les jours de la :éunion épiscopale, pour transmettre à Nos Seigneurs les opinions légales et autres documents ou renseignements jugés utiles. De là le chagrin qu'éprouva l'Ecole en apprenant que Mgr l'Archevêque voulait la forcer à régler d'autres difficultés avant de communiquer l'Appel à Nos Seigneurs. L'Ecoe, aprè^ plusieurs tentatives faites dans le but de savoir si Nos Seigneurs

recevaient son Appel, obtint enfin du Comité Episcopal, le 28 mai., l'assurance que Nos Seigneurs allaient soccuper du dit Appel. Nos délégués ne virent pas cependant sans quelque surprise le Comité Episcopal chercher, du moins la chose leur semblait ainsi, à amener l'Ecole à traiter sur divers points avant la réception d'une réponse à l'Appel. Et la surprise de l'Ecole a dû naturellement augmenter encore, Monseigneur, en lisant la parole de reproche que vous lui adressez dans la dernière phrase de votre lettre que je viens de citer. Mais, Monseigneur, c'est précisément pour arriver à mie prompte solution des présentes difficultés, que l'Ecole croit devoir écarter pour le moment, toute question étrangère à la question de l'Appel, à cette question de justice et d'équité, la seule soumise actuellement à NN. SS. les Evoques, dont les Ordonnances de Mgr de Montréal nous mettent dans la nécessité d'urger la solution cl'aborvi, afin de pouvoir en venir ensuite, à un règlement juste et équitable des autres difficultés.

Votre lettre continue ainsi, Monseigneur :

« Maintenant que NN. SS. les Evoques sont dispersés, les » uns déjà en tournée épiscopale, les autres sur le point de » la commencer le rapport du Comité exigera nécessairement » mi temps assez considérable pour être examiné et adop- » té. »

L'Ecole,, pour les raisons déjà indiquées, n'ayant pas cru pouvoir traiter encore officiellement sur aucun point avec le Comité Episcopal, il n'y a toujours présentement pour Nos Seigneurs, il nous semble, qu'une seule question à considérer et à décider, la question de justice et d'équité. Or, c'est là mie question qui nous a toujours paru si claire et si facile, une fois les circonstances précises du cas bien exposées et les opinions légales dûment consultées, que nous avions lVspoiT de voir revenir nos délégués de Québec, le 24 mai dernier, avec une solution complète.

A dire vrai. Monseigneur, toute cette affaire, à nos yeux, somblc se réduire en définitive à rette simple question de

catéchisme : Il n'est jamais permis, pour aucun prétexte, de commettre une injustice.

Voici, Monseigneur, les dernières lignes de votre lettre du 3 courant :

« Pour le moment je puis bien vous dire que le Décret de » 1876, auquel vous en appelez vous-mêmes, sera notre guide » et que nous y tiendrons dans le sens indiqué par le second » article du 29 mai. De plus, je vous prie de ne pas oublier » que la Succursale n'est pas à faire; elle existe de fait et » de droit et Nos Seigneurs les Evêques en s'occupant de » votre Appel n'ont nullement intention de révoquer en dou- » te son existence si clairement, si souvent et si énergique- » ment reconnue et appuyée par des Décrets apostoliques. »

Le second article du document que Votre Grandeur a fait remettre à l'Ecole le 29 mai, se lit comme suit :

« Les Décrets apostoliques excluent l'idée d'affiliation et » par conséquent l'Ecole ne peut pas songer à ce mode d'u- » nion avec Laval; mais elle doit, pour être d'accord avec » les Décrets et avec elle-même, puisqu'elle invoque spécia- » lement le Décret de 1876, s'effacer comme Ecole, afin que » ses membres puissent entrer dans la Succursale comme in- » dividus et non comme membres de l'Ecole ».

Permettez-moi de vous assurer, Monseigneur, que l'Ecole qui accepte en effet sincèrement les Décrets Apostoliques, ne songe nullement, depuis la promulgation des dis Décrets, à une affiliation .avec Laval. L'Ecole, en effet, comme elle en avait incontestablement le droit, a longtemps eu l'idée et nourri l'espoir de s'affilier à Laval et même de devenir université indépendante. C'est que, suivant nous, il importait grandement à l'Ecole et aux Catholiques de tout le pays. d'avoir ici même une institution catholique comparable, même dans son organisation extérieure, aux deux universités protestantes qui donnent avec éclat leur enseignement dans cette ville de Montréal, qui est évidemment destinée par la nature de sa position, à s'agrandir toujours de plus en plus,

et à être témoin probablement des luttes décisives du catholicisme et du protestantisme en ce pays.

Laval a cru devoir s'opposer à la réalisation de ce projet; il s'en suivit une lutte de plusieurs aimées. On sait le reste. Le Saint-Siège se prononça, et l'Ecole se désista, soumettant pai là son jugement à la sainte Eglise, et faisant un vrai sacrifice, sans qu'on lui en tienne beaucoup compte, c< mme le prouvent amplement les procédés dont on use à son égard depuis qu'il s'agit de l'établissement d'une succursale de Lava1 à Montréal.

Mais si l'École a déjà fait de durs et grands sacrifices pour prouver son obéissance au Saint-Siège, il y a aussi des sacrifices qu'elle ne saurait faire, des sacrifices qui blessent les loib d'une stricte justice et que le Saint-Siège n'exige point. Aucun de nous, Monseigneur, ne se croirait autorisé en conscience à ratifier un arrangement qui tendrait à disposer injustement du bien d'autrui.

Pour se faire quelqu'idée des sacrifices qu'entraînerait pour nous la dissolution de l'Ecole comme corporation civile, il ne suffil pas de savoir que l'Ecole est strictement responsable d'une dette excédant $ 20,000.00 (cent mille francs : i; faut encore se rappeler ce que M. le Dr Hings'on, un de nos délégués, montra avec tant de clarté et de précision à NN. SS. du Comité Episcopal le 29 mai, savoir que le seul fait d'exclure l'Ecole des hôpitaux dont elle a la direction, lui causerait des pertes à côté desquelles sa dette de $ 20,000.00 ne serait qu'une bagatelle, tandis que, d'un autre côté, comme nous l'a déclaré le même Comité Episcopal, il n'est pas question de donner plus de trois chaires de la Succursale aux médecins de l'Ecole, en sorte que ce sont sept professeurs de l'Ecole, sur dix, qui se trouveraient complètement sacrifiés. Encore le? médecins de l'Ecole qui occuperaient des chaires à la Succursale, MM. les Drs Hingston, Desjardins et Mignault, sont-ils les trois derniers membres reçus dans le sein de cette Ecole.

Nous voyons assez bien par là, Monseigneur, ce que nous devons entendre selon vous, par les paroles déjà citées : « L'E- » cole doit, pour être d'accord avec les Décrets et avec elle- » même, puisqu'elle invoque spécialement le Décret de 1876, » s'effacer comme Ecole, afin que ses membres (trois sur » dix, puissent entrer dans la Succursale comme individu et » non comme membres de l'Ecole. »

Ces choses soient dites en passant, Monseigneur, non pour discuter ici officiellement un point très grave de difficultés à résoudre, puisque l'Ecole attend encore le jour o'i NX. SS. les Evêques voudront bien la mettre en état de faire, mais pour indiquer simplement que, la question de justice résolue, l'Ecole sera prête à traiter sérieusement les autres difficultés. Ce sera le temps d'examiner, par exemple, si pour ne pas violer les prescriptions de la justice et du droit naturel, il ne serait pas nécessaire de nous admettre dans la Succursale comme membres d'une corporation, ainsi que nous l'avons déjà été et que les Messieurs du Séminaire, professeurs à la Faculté de Théologie, continuent de l'être.

Quant à l'existence de fait et de droit de la Succursale» vous avez déjà. Monseigneur, l'expression des vues de l'Ecole dans sa résolution du 19 mai dont copie vous a été remise.

Il me reste encore, Monseigneur, à répondre à la Vôtre du 6 courant; mais vraiment la présente a déjà pris de telles proportions, et le temps à ma disposition pour aborder les questions de cette seconde lettre est si limité, que Votre Grandeur voudra bien trouver bon que je remette à demain le reste de ma tâche.

En vous priant, Monseigneur, d'agréer mes profonds hommages, j'ai l'honneur d'être, de Votre Grandeur, le très humble et très dévoué serviteur,

(Signé) Ths E. d'Odet d'Orsonnens, Prés. E. M. C. M. Montréal, 11 juin 1833.

— nu —

Ce document était accompagné de la lettre respectueuse que Voici :

A S. Gr. Mgr E. A. Taschereau, Arcli. de Québec.

Monseigneur, je vous adresse aujourd'hui, avec votre bienveillante permission, la réponse de l'Ecole, à la vôtre du 6 courant que voici en entier:

« Monsieur le Président : « Dans la dernière entrevue qui a eu lieu le 29 mai entre le Comité de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal et le Comité Episcopal, l'Ecole a exprimé par écrit qu'elle ne romprait son affiliation avec Victoria que moyennant certaines conditions que les Evêques ont jugées inadmissibles. La présente est pour vous informer que si avant dimanche prochain 10 courant, cette désaffiliation. n'a pas été effectuée, le Comité fera rapport aux Evêques que l'Ecole ne veut pas le faire.

» En second lieu, d'après l'article 3 de la réponse de l'Ecole. 29 mai, l'Ecole aurait intention de recourir aux autorités civiles dans cette affaire : si cette intention n'est pas désavouée et abandonnée avant dimanche, 10 courant, le Comité fera rapport en conséquence aux Evêques.

» Si la malle de samedi, qui sera distribuée ici dimanche à midi, ne m'apporte point de réponse catégorique, Nos Seigneurs les Evêques de la Province en seront informés immédiatement et ils prendront leurs mesures en conséquence. »

1° Et d'abord. Monseigneur, permettez-moi de vous le dire en toute franchise, la lecture de cette lettre a produit la plus pénible impression sur tous les membres de l'Ecole, et il n'y a eu qu'une voix parmi eux pour protester avec le plus grand respect, mais aussi avec énergie, contre la forme et le fond de votre communication. En effet comment voir, sans un douloureux étonnement, le ton, les procédés et les imputations de cette lettre : toutes choses qui doivent naturellement nous paraître d'autant plus regrettables, qu'elles nous viennent d'un personnage revêtu d'une vins haute digniîé et s'a-

dressant à une Ecole catholique qui croit avoir tout fait pour mériter d'être traitée autrement?

Ce n'est pas sans un profond chagrin que l'Ecole voit Mgr l'Archevêque revenir encore à la charge au sujet de la rupture d'affiliation. L'Ecole, dans sa Résolution du 25 mai n° 3) communiquée à Mgr l'Archevêque, a clairement exprimé ses vues sur ce point : ces vues, Monseigneur, Votre Grandeur ne les trouve-t-elle pas bien justes, bien raisonnables? Et comment, après ce qu'a déclaré l'Ecole en cetie occasion et ailleurs, pourrait-on oser dire simplement, sans blesser la vérité, que l'Ecole ne veut pas effectuer cette désaffiliation ? Encore une fois, l'école est prête à rompre son affiliation avec Victoria; mais, de grâce, que ceux qui peuvent la mettre en état d'effectuer une telle rupture, ne lui refusent pas un concours nécessaire!

2° Pour ce qui est du recours à l'autorité, l'Ecole ne désire qu'une chose : c'est qu'on ne dénature pas sa pensée qui se trouve formulée, en termes assez clairs, il semble, dans l'article que mentionne Votre Grandeur, et qui se lit comme suit : « L'autorité compétente, dont il est question à îa fin » de l'Appel, c'est naturellement l'autorité ecclésiastique ou » civile à laquelle l'Ecole peut légitimement recourir suivant » la nature des causes afin d'obtenir justice. »

Il semble bien difficile de ne pas voir que l'intention de l'Ecole, c'est de suivre avant tout les règles de l'Eglise concernant le recours à l'autorité. Votre Grandeur voudrait-ellô savoir à quelle époque, dans quel ordre et en quelle manière précise l'Ecole entend porter ses causes; car il yen a plusieurs, en effet, devant l'autorité compétente? Je serais dans l'impossibilité de vous renseigner là-dessus. Monseigneur, tout cela devant dépendre de diverses circonstances futures domt l'Ecole devra nécessairement tenir compte pour se déterminer. Au reste il sera toujours temps de juger l'Ecole, lorsqu'elle agira.

Je dois ajouter, Monseigneur, que ces deux paragraphes

concernant la désaffiliation et le recours à l'autorité, pussentils absolument s'interpréter dans un sens qui exclut tout sentiment de malveillance vis-à-vis de l'Ecole, nous se ni feraient toujours avoir l'inconvénient de faire perdre en partie de vue la question de justice et d'équité, et de demander des déclarations et des démarches que NN. SS. les Evoques de la Province ne paraissent pas avoir exigées en recevant notre Appel.

3° Le dernier paragraphe de votre lettre, Monseigneur, renferme une sommation que, par respect pour la haute autorité dont vous êtes le dépositaire, l'Ecole s'abstient de qualifier. Souffrez seulement que je vous rappelle de nouveau, Monseigneur, que l'Ecole, tout en désirant voir un arrangement s'effectuer au plus tôt, ne croit pas cependant qu'il faille agir avec précipitation dans des matières à la fois si graves et si délicates. Elle compte toujours qu'un temps convenable lui sera accordée pour délibérer et agir. La gravité des questions ne saurait se concilier avec des exigences par trop péremptoires. >

Je prie Votre Grandeur de vouloir bien remarquer, par exemple, que, si l'Ecole eût dû faire une démarche auprès de Victoria, pour la désaffiliation, il eût été absolument impossible, même en faisant la plus grande diligence, de vous faire connaître le résultat de cette démarche avant le 13 ou 14 courant, au lieu du 10, dernier terme assigné pour cela dans votre lettre du 6. Pourtant, Monseigneur, vous avez cru devoir réclamer, dans votre lettre du 3 courant, un temps considérable pour permettre à NN. SS. d'examiner le rapport du Comité Episcopal, rapport qui ne peut se faire que sur une seule question de justice et d'équité, puisqu'aucune autre question n'a encore été officiellement traitée.

4° Enfin, Monseigneur, j'ose solliciter humblement de Votre Grandeur, comme une faveur insigne, de vouloir bien se faire l'interprète de l'Ecole auprès de NN. SS. les Evêques en leur donnant l'assurance de son bon vouloir et de sou dé-

sir sincère de traiter loyalement et selon l'esprit des Décrets Apostoliques pour en venir à un accord avec Laval, accord que nous n'avons cessé de demander formellement depuis le mois de mai 1878, et en leur rappelant que la dite Ecole continue d'implorer très humblement et très instamment une réponse à son Appel le plus vite possible, vu les torts très graves que tout délai l'expose à subir.

En vue de faciliter l'examen de la cause portée devant leur tribunal par son Appel du 22 mai dernier, l'Ecole va prendre des mesures pour transmettre au plus tôt à chacun de NN. SS. les Evoques copie de tous les documents relatifs à cette cause.

Et maintenant, Monseigneur, en implorant de nouveau pardon pour n'avoir pu vous expédier plus tôt la fin de la réponse à vos deux dernières lettres, et espérant que mes lettres de samedi et d'hier vous auront déjà prouvé ma bonne volonté, je vous prie d'agréer l'assurance de mes plus profonds respects et de me croire toujours, de Votre Grandeur,

le très humble et très dévoué serviteur, (Signé) Ths E. d'Odet d'Orsonnens, Près. E. M. ('. M,

Montréal, 12 juin 1883.

De quoi' De quoi! Ah! ce serait tropi peu connaître Mgr Taschereau que d'attendre de lui une mesure de justice, même après des explications si loyales, appuyées sur des raisons si fortes : il se contente de cette réponse lapidaire :

Saint-Antoine de Tilly, 16 juin 1883.

A T. E. d'Odet dOrsonnens, Ecr., M. D., Montréal.

Monsieur le Président, J'ai l'honneur d'accuser réception de vos deux lettres du 11 et du 12 courant en réponse aux miennes du 3 et du 6 courant. Comme je suis en correspondance avec mes collègues à ce sujet, je ne puis, pour le moment, vous exposer mes vues sur la question.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon dévouement.

(Signé), f E. A., Arch. de Québec.

Voyons les effets de ce dévouement-là! La lettre ci-après en énumère quelques-uns :

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