‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 12 sur 102 · CONDAMNATION · texte numérisé non relu

CONDAMNATION

Sainte-Julie de Somerset, 25 juin, 1883.

T. E. d'Odet d'Orsonnens, Ecr., M. D., Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, Montréal.

Monsieur le Président, j'ai l'honneur d'accuser réception de vos deux lettres du 11 et du 12 courant. J'ai tardé pn peu de le faire parce que j'avais à attendre les réponses de mes collègues.

Voici ce que j'ai cà vous déclarer de leur part et de la mienne.

1° Le décret de 1876 déclare qu'il est impossible que l'Ecole soit affiliée à l'Université Laval ; or l'Ecole, en voulant conserver son autonomie et, par conséquent, être affiliée, est en contradiction avec ce décret et avec ses propres protestations de soumission à ce décret.

2° Le même décret de 1876, renouvelé en 1881 et 1883, exige que l'Ecole cesse d'être affiliée avec l'Université protestante de Victoria. En posant à ses arrangements avec Laval des conditions incompatibles avec ïe dit décret, et en refusant de se désaffilier jusqu'à ce que ces conditions soient acceptées, l'Ecole se met en rébellion avec le Saint-Siège.

3° L'Ecole, en persistant à continuer de faire concurrence à la succursale, est en rébellion contre le décret de 1883 qui ordonne, dans les termes les plus absolus et les plus explicites à tous les fidèles, aux membres et aux élèves de l'Ecole comme aux autres, de s'appliquer suivant leurs forces à favoriser la succursale et à lui prêter secours et protection. Les membres de cette école sont donc aussi de ce chef en rébellion avec le Saint-Siège. Les élèves catholiques qui la fréquentent désobéissent au Souverain Pontife.

4° Le décret de 1883 renferme un mandatum àbsolutum, po-

sitif, aussi bien que négatif qui coupe court à tout faux-fuyant. Tout acte qui, par sa nature, tend directement ou indirectement à l'obtention de la fin du décret, devient obligatoire, par exemple, envoyer à la succursale ses enfants, ses pupilles ou ses protégés qui veulent étudier le droit ou la médecine, aider à la solution des difficultés, etc., etc., etc.

5° L'Ecole étant ainsi jugée et déclarée rebelle à l'autorité religieuse, il s'en suit comme conséquences :

a) Que la Communauté de l'Hôtel-Dieu de Montréal est libre de toute obligation envers la dite Ecole;

h) Qu'aucun catholique ne peut plus en conscience faire partie de la dite Ecole ou en fréquenter les cours, et que les professeurs et les élèves ne peuvent être admis aux sacrements de l'Eglise;

c) Que l'ordonnance de Mgr de Montréal, contre laquelle l'Ecole en a appelé aux Evêques de la Province, est maintenue.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon dévouement.

(Signé) f E. A. Arch. de Québec.

Que faire? Le président de l'Ecole répond incontinent :

Monseigneur, J'ai l'honneur d'accuser réception de la Vôtre du 25 courant, reçue ici le 28, dans laquelle Votre Grandeur, tant en son propre nom qu'au nom de NN. SS. les Evêques de la province, communique à l'Ecole plusieurs déclarations importantes.

Je ne puis dire encore, Monseigneur, si l'Ecole jugera utile d'adresser quelques observations respectueuses à NN. SS. les Archevêque et Evêques de la province au sujet de ce grave document. En tout cas, je vous prie de croire, Monseigneur, que je ne négligerai pas, dans nos prochaines assemblées, de demander officiellement à mes collègues de considérer aves une religieuse attention les déclarations que Vous avez bien voulu nous transmettre et de m'indiquer, d'une manière précise, ce qu'ils désirent répondre au nom de l'Ecole.

Daignez agréer, Monseigneur, l'expression de mes hommages les plus respectueux et me croire toujours de Votre Grandeur, le très humble et très dévoué serviteur, (Signé). Ths. E. d*Odet d'Orsonnens, Président. Montréal, le 30 juin 1883.

Et l'archevêque réplique laconiquement :

Saint-Gilles, 4 juillet, 1883.

Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Ecr., M. D., Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal,

Monsieur le Président, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 30 juin dernier, par laquelle vous accusez réception de la mienne en date du 25 juin.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon dévouement,

(Signé), f E. A., Arch. de Québec.

Nouvelle réponse, et le même jour, à Mgr Taschereau :

Monseigneur, Permettez que je mette respectueusement sous les yeux de Votre Grandeur la résolution suivante, adoptée hier à une assemblée spéciale de l'Ecole :

« Résolu unanimement que M. le Président soit autorisé à assurer de nouveau à Mgr l'Archevêque que :

» 1° L'Ecole rie veut rien faire qui soit en contradiction avec ses déclarations de pleine et entière soumission au Saint-Siège;

» 2° L'Ecole est prête à faire les plus grands sacrifices pour ne pas mériter d'être déclarée rebelle à la sainte Eglise;

» 3° L'Ecole voudrait savoir, avant de répondre aux divers points de la lettre du 25 juin de Mgr l'Archevêque, s'il ne lui est plus permis d'espérer de NN. SS. les Evêques une solution sur la question de justice et d'équité soumise, le 22 mai dernier, au tribunal de Leurs Grandeurs ».

Je saisis cette occasion, Monseigneur, pour Vous réitérer, en mon nom et au nom de l'Ecole, l'expression bien sincère de nos sentiments de profond respect et de parfait dévouement envers NN. SS. les Archevêque et Evêques de la Province.

De Votre Grandeur, Monseigneur, le très humble et tout dévoué serviteur,

(Signé), Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Prés. E. M. C. M. Montréal, le 4 juillet 1883.

Question de justice! qu'est-ce que c'est? répond Mgr Taschereau par la lettre ci-après; il s'agit de soumission et point d'équité. Lisez plutôt :

Paroisse de Saint-Sylvestre, 7 juillet 1883.

M. Th. E. d'Orsonnens, M. D., Président de l'Ecole de M. et de C de Montréal.

Monsieur le Président, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 4 courant, dans laquelle vous me faites connaître les résolutions unanimes adoptées la veille dans une assemblée spéciale de l'Ecole.

La déclaration épiscopale du 25 juin dit expressément « que l'ordonnance de Mgr de Montréal contre laquelle l'Ecole en a appelé aux Evèques de la Province est maintenue ».

11 me semble étrange que vous demandiez encore « une solution sur la question de justice et d'équité soumise le 22 mai dernier au tribunal de Leurs Grandeurs ».

Pour l'Ecole, l'unique moyen de prouver « qu'elle ne veut rien faire qui soit en contradiction avec ses déclarations de pleine et entière soumission au Saint-Siège et qu'elle est prête à faire les plus grands sacrifices pour ne pas mériter d'être déclarée rebelle à la sainte Eglise », sera de se soumettre à la déclaration épiscopale du 25 juin, qui lui trace clairement la route à suivre.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Président, Votre tout dévoué serviteur,

(Signé), f E. A. Arch. de Québec.

Et voici l'Hôtel-Dieu qui marche déjà sous la poussée de l'Ordinaire implacable :

De l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, Montréal, 20 juillet 1883.

Th. E. d'Odet d'Orsonnens, Ecr., M. D.

Monsieur le Président, Nous avons un devoir pénible à remplir aujourd'hui vis-à-vis de l'Ecole de Médecine, celui de lui communiquer l'Ordonnance que Sa Grandeur, Monseigneur Fabre, supérieur majeur de notre communauté, nous a adressée le dix courant, et dont voici la principale partie.

« En conséquence pour remplir la mission qui nous est confiée d'exécuter l'ordre du Souverain Pontife, c'est-à-dire d'enjoindre, par ordre formel aux susdites sœurs (de l'Hôtel-Dieu) de se sou-

mettre entièrement au Décret (du 27 février dernier); nous appuyant en outre sur la décision de nos collègues dans l'Episcopat de cette Province, décision qui renvoie l'appel interjeté de nos Ordonnances antérieures par l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, etc., etc.

» Nous renouvelons l'Ordonnance que nous vous avons fait tenir par notre lettre du 19 avril dernier et renouvelée dans notre lettre du 7 mai dernier; et nous vous enjoignons formellement et au nom de la sainte obéissance que vous devez au Saint- Siège et à votre ordinaire :

» 1° De rompre tout lien avec l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal;

2 ' De ne recevoir dans vos salles ni les professeurs de la dite Ecole pour y donner leur clinique, ni les élèves de la même Ecole pour recevoir cette même clinique;

» 3° D'admettre les Professeurs de la Succursale de l'Université Laval à Montréal à donner leur clinique dans les salles de votre hôpital;

» 4° De n'admettre que les élèves de la même succursale à recevoir cette clinique.

» Nous prions Dieu que dans la circonstance présente, si solennelle et si grosse de graves conséquences pour leur comnunauté, les religieuses de l'Hôtel-Dieu se soumettent entièrement aux ordres si formels du Saint-Siège ».

(Signé), f Edouard Chs., Ev. de Montréal. Donné à Saint-Joseph de Soulanges,

en cours de visite Pastorale, ce septième jour du mois de juillet de l'année 1883.

Messieurs les professeurs de l'Ecole de Médecine comprendront facilement la position faite à l'Hôtel-Dieu par cette Ordonnance, et la nécessité qui nous force de la mettre à exécution. Ils seront convaincus, nous en avons la confiance, que l'Hôtel-Dieu a fait tout son possible pour ne pas léser leurs droits acquis à la direction médicale de notre hôpital et qu'il n'a jamais voulu assumer la responsabilité de briser les engagements contractés légitimement avec l'Ecole de Médecine. C'est pourquoi nous osons espéivr que messieurs les professeurs de la dite Ecole ne voudront pas inquiéter l'Hôtel-Dieu à ce sujet.

Dans cette solennelle circonstance, l'Hôtel-Dieu prie l'Ecole de Médecine d'accepter avec ses vives sympathies l'assurance de sa

profonde reconnaissance pour ses longs services et son dévouement constant auprès de nos pauvres malades depuis près de quarante ans. Le ciel récompensera ce dévouement et l'Hôtel-Dieu ne l'oubliera jamais!...

Dans ces sentiments bien sincères, que je vous prie de faire agréer à Messieurs les professeurs de l'Ecole au nom de notre communauté, je demeure très respectueusement,

Monsieur le Président, Votre humble servante,

(Signé), Sœur Saint-Louis, Supérieure.

L'Ecole répond avec quelque dignité dont on ne lui a guère donné l'exemple jusque-là :

A la Très Révérende Mère Saint-Louis, Supérieure de l'Hôtel- Dieu.

Madame la Supérieure, J'ai l'honneur de vous informer qu'à une assemblée de l'Ecole, tenue le 27 juillet dernier, j'ai fait connaître officiellement à mes collègues la vôtre du 20 du même mois, qui nous donne communication de l'Ordonnance adressée à l'Hôtel-Dieu le 10 juillet par Sa Grandeur Mgr de Montréal.

Tous les médecins de l'Ecole comprennent parfaitement la position faite à votre communauté par la susdite Ordonnance. C'est pourquoi, en acceptant avec une vive reconnaissance le précieux témoignage que vous voulez bien leur rendre au sujet de ce qu'ils ont pu faire pour le service de votre hôpital, ils vous prient de vouloir bien recevoir, à votre tour, l'assurance qu'ils continueront, quoi qu'il arrive, à faire tout en leur pouvoir pour n'être pas une occasion de désagréments pour l'Hôtel-Dieu et de scandale pour le peuple.

L'Ecole ne saurait oublier ce qu'elle doit à l'Hôtel-Dieu, qui l'a aidée d'une manière si efficace et traitée avec tant de bienveillance durant de longues années.

Daignez donc agréer encore une fois, Madame la Supérieure, pour vous-même et pour votre communauté, l'expression bien sincère de notre vive gratitude et me croire toujours. Votre très humble et tout dévoué serviteur,'

(Signé), Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Président. Montréal, le 1er août 18S3.

Survient alors cette communication de la S. C. de la Propagande à l'Ecole :

Rome, 18 juin 1883.

Très honorable Monsieur,

Le Saint-Père a reçu votre lettre du 24 avril dernier, avec la déclaration dans laquelle les membres de votre Ecole de Médecine et de Chirurgie disent vouloir se soumettre au Décret qu'a émané Sa Sainteté pour régler la question concernant la Succursale de l'Université Laval.

Tout en acceptant avec satisfaction les sentiments de dévouement filial exprimés dans la susdite déclaration, Sa Sainteté néanmoins n'a pas pu la trouver suffisante au plein rétablissement de la paix dans votre Province, vu que cette déclaration demande en outre l'accomplissement de> plusieurs conditions. C'est pourquoi, dans l'audience du 10 courant, Sa Sainteté a donné ordre de vous répondre à vous, Monsieur, et à vos collègues, que c'est sa volonté de voir votre Ecole de Médecine et de Chirurgie entièrement soumise au Décret susdit.

En exécutant cet ordre de Sa Sainteté, je me fais un plaisir de me souscrire, Monsieur, Votre dévoué serviteur. (Signé) Jean Card. Simeoni, Préfet.

Au très hon. Chev. E. d'Odet d'Orsonnens, Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal. (Signé) f D., Arch. de Tyr, Secrétaire.

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