II. — DIFFICULTÉS PRÉSENTES
1. Pendant que l'Ecole était en pourparlers avec Mgr de Montréal, en avril dernier, au sujet de nouveaux arrangements avec Laval, Sa Grandeur a lancé centre l'Ecole des Ordonnances : 1° pour l'expulser de l'Hôtel-Dieu avec lequel elle a des contrats onéreux depuis longtemps, auquel elle doit des sommes considérables (100,000 fr.), qu'elle a servi gratuitement pendant près de 40 ans; 2° pour l'expulser encore des dispensaires qu'elle a fondés comme institutions médicales, depuis au delà de trente années, et qu'elle a ans i desservies gratuitement depuis Leur fondation, par ses professeurs et par des médecins sous son contrôle; 3° pour l'expulser enfin de l'hospice de la Maternité, aussi fondé de la même manière que les dispensaires et servi gratuitement par elle.
A propos ce ce dernier hospice, je me permettrai d'ajouter que le professeur d'ace ouchement de notie Ecole a donné pendant au moins dix ans et gratuitement, des levons d'obstétrique aux Sœurs de cette institution, afin de les mettre en position de remplir convenablement les fonctions de leur état.
2. Le 22 mai dernier, l'Ecole en a appelé de ces Ordonnances de son Ordinaire à l'Archevêque et aux Evêques de la province comme spécialement désignés par le Saint-Siège dans le Décret de 1876, pour exécuter, en union avec Laval, le dit Décret.
o. NN. SS., au lieu de résoudre cette question de justice et d'équité soulevée par ces Ordonnances de Notre Ordinaire, et au sujet de laquelle l'Ecole réclamait par son Appel du 22 mai, se sont appliqués, dans la lettre de Mgr l'Archevêque du 25 juin dernier, à transporter la question sur un autre terrain, en taxant l'Ecole de rébellion contre le Saint- Siège, maintenant et dépassant même ensuite les Ordonnances de l'Ordinaire, lettre dont j'apporte copie authentique prise sur l'original conservé dans les archives de l'Ecole. (Vide p. 93, Derniers documents, etc.).
4. Par cette lettre, comme on le voit clairement, Mgr l'Archevêque de Québec, Chancelier de l'Université Laval, de concert avec l'Evêque de Montréal, et avec l'assistance de plusieurs de ses collègues, cherche à détruire entièrement l'Ecole au profit de l'instruction dont il est le Chef : 1° en privant l'Ecole de ses droits les plus précieux et de ses plus légitimes avantages pour les donner aux professeurs de sa Succursale; 2° en déclarant les professeurs et les élèves de l'Ecole, indignes des Sacrements de l'Eglise ; 3° en frappant l'Ecole, au milieu d'une population catholique, d'un véritable ostracisme qui l'oblige à fermer ses portes et à se dissoudre immédiatement.
5. L'Ecole cependant a toujours protesté de sa soumission pleine et entière aux Décrets du Saint-Siège, et elle en a donné des preuves manifestes. Loin de s'opposer au Décret de 1876 qui est la base même de la Succursale et le fondement des autres Décrets, elle l'invoque particulièrement, parce que sa fin principale lui semble être de venir en aide aux institutions catholiques déjà existantes comme l'Ecole, laquelle ne demande pas mieux qu'une union équitable avec Laval. Mais cette union lui ayant toujours été refusée, elle s'est trouvée dans l'obligation de s'affilier à mie Université protestante.
G. L'Ecole n'a jamais refusé et ne refuse pas encore de se désaffilier de l'Université Victoria de Cobourg, pourvu que
TUniversité Laval lui donne à peu près l'équivalent. La raison de cette condition est que l'Ecole, à cause de sa Charte qui ne lui permet pas de conférer des diplômes universitaires, ne peut se passer d'affiliation à une Université quelconque, sans se trouver dans un degré d'infériorité telle que son existence soi: en péril.
Mais à propos de cette affiliation à l'Université Victoria de Cobourg je ferai remarquer que cette union n'est simplement qu'un lien matériel, ne consistant qu'à donner 100 francs pour chacun des diplômes conférés à nos élèves. Le prix de chaque diplôme est de 150 francs, mais l'Université Victoria remet généreusement à l'Ecole 50 francs sur chacun des diplômes, et cela depuis plusieurs années. Les professeurs de celte Université Victoria n'ont absolument rien à voir ni dans notre enseignement, ni dans la direction de notre Ecole qui demeure catholique; ces professeurs ne font pas même acte d'apparition chez nous; ils sont parfaitement inconnus de tous nos élèves et même de la plupart d'entre nous. Il n'y a, chaque année, à l'époque de la collation des diplômes, que le Président et généralement le Secrétaire qui font le voyage de Cobourg pour faire signer par le Prœses de l'Université Victoria les diplômes de nos élèves, et remettre les honoraires dus. Nos élèves ne sont soumis à aucune prestation de serment, foi ou hommage, comme cela se pratique dans d'autres Universités protestantes de notre pays.
De plus: Cobourg est à une grande distance de Montréal environ 400 kilomètres; et située dans la Province d'Ontario.
J'ajouterai que l'Ecole ne s'est affiliée à cette Université protestante qu'après avoir obtenu des autorités qu'elles n'interviendraient jamais autrement que comme ci-dessus; c'està-dire que par l'affiliation nous bénéficions simplement, comme l'Université Laval elle-même, de la bienveillance du Pouvoir royal d'Angleterre pour donner, par le moyen de Cobourg, à notre enseignement et à nos élèves catholiques, l'é-
clat, l'honneur et les privilèges de l'autorité civile de notre pays, quoique cette autorité émane d'une Souveraine protestante.
Il ne faut pas oublier, non plus, que Ljaval tient sa Charte civile de la même autorité.
C'est le lieu de rappeler spécialement que l'Université Laval elle-même est aussi affiliée à l'Université protestante de Londres, et que jamais le Saint-Siège n'a exigé 1a cessation de cette affiliation. Bien plus, la Saint-Siège dans la crainte de nuire tant soit peu à l'Université Laval, a consenti à laisser comme professeurs à la Faculté de médecine de cette institution deux médecins protestants, et même francs-maçons, comme on le dit par tout le pays, et dont l'un est le doyen de cette Faculté.
Mgr l'Archevêque Lynch de Toronto a de même affilié son collège Saint-Michel, depuis une couple d'aimées, à l'Université protestante de cette ville.
En voyant cet exemple donné par la première institution catholique du Canada et par des prélats supérieurs, les professeurs de l'Ecole pouvaient-ils voir un si grand mal à être affiliés cà Victoria, surtout après toutes les précautions prises avant l'affiliation pour sauvegarder les intérêts catholiques; et n'ont-ils pas lieu d'être étonnés d'entendre le Chancelier de l'Université Laval lui-même leur en faire un reproche et un crime! Ainsi, cette affiliation à Victoria ne peut pas être un juste motif de détruire l'Ecole.
7. L'Ecole n'a jamais compris et ne peut encore comprendre que, pour faire partie de la Succursale Laval, il lui faille cesser d'exister, détruire la Charte civile dont elle jouit depuis près de 40 ans, briser les traditions de son passé, et perdre ses droits corporatifs dont elle a besoin pour rencontrer ses dettes, se 'montant à peu près à 120,000 francs, et dont chacun des professeurs est individuellement responsable.