L'Ecole a montré la meilleure volonté de faire des ar
rangements avec Laval encore dernièrement. Mais que lui a offerl Lavât?... C'est à peine croyable... trois chaires... trois seulement... pour dix professeurs que l'Ecole compte! à MM. les Drs Hingston, Desjardins et Mignault ! c'est-à-dire aux trois derniers professeurs entrés à l'Ecole, et à ceux qui, probablement, sont les plus favorisés sous le rapport de la fortune, laissant les sept autres sans emploi et sans rétribution ! ! ! — On a aussi offert généreusement, — j'oubliais de le dire, — de nommer trois professeurs honoraires, mais sans indemnité ! ! ! (
9. L'Archevêque de Québec a affirmé dans sa note à l'Ecole du 29 mai dernier, que pour obéir au Décret de 1883 l'Ecole était obligée de s'effacer; et, dans sa lettre du 25 juin aussi dernier écrite au nom de ses collègues, que « l'Ecole » en persistant à faire concurrence à la Succursale était en » rébellion contre le Décret de 1883..., et ses membres en » rébellion contre le Saint-Siège, etc. » Mais est-il raisonnable de croire, peut-il être conforme au droit et à la justice que, parce qu'une institution catholique recommandée par le Saint-Siège vient se fixer dans une ville, les autres institutions catholiques du même genre n'ont plus de place sous le soleil, et que les fruits de leurs 'longs travaux deviennent la propriété légitime de sa concurrente?
10. L'Ecole ne saurait admettre une telle interprétation de? Décrets Apostoliques, et notamment du dernier Décret du 27 février 1883. Ces Décrets ne disent rien de semblable à ce que les Evêques veulent y trouver : 1° le Décret de 1876 vient plutôt, au contraire, au secours des Ecoles existantes à Montréal pour les éloigner avec leurs élèves des Universités protestantes; mais, qu'on me permette de le répéter ici, l'Archevêque et les Evêques de la Province n'ont jamais exécuté ce Décret en procédant eux-mêmes, en union avec Laval, à régler les conditions d'entrée et d'existence des Ecoles dans la succursale, selon la prescription du Décret; 2° le Décret de février 1883 recommande simplement « à tous les fidèles
de s'appliquer, suivant leurs forces, à favoriser la dite institution et à lui prêter secours et protection. » Il n'est aucunement dit que tous devront le faire cum maximo damno, mais bien pro viribus; 3° de plus, ce Décret, qui est formulé dans des termes absolument généraux d'un effet commun pour tous, et dans lesquels l'Ecole n'est pas même nommée ou indiquée, ne peut s'appliquer d'une manière spéciale et unique à cette institution pour sa ruine et sa spoliation. — Avec une pareille interprétation, l'Archevêque pourrait également s'emparer des biens de chaque communauté religieuse et même des propriétés de chaque citoyen pour favoriser la succursale : c'est ainsi qu'il a voulu faire perdre 100,000 francs à l'Hôtel-Dieu. On reconnaîtra que de telles prétentions sont inadmissibles, pour ne rien dire davantage. — Melius nulli dàbis quam alterum spoliabis.
11. Er fait d'interprétations officielles, les Eminentissimep cardinaux ne peuvent manquer de reconnaître que l'Ecole se trouve entre deux opinions entièrement opposées : celle du Délégué Apostolique, qui interprétait le Décret de 1876 en faveur de la conservation et de la protection de l'Ecole, comme je puis en donner la preuve juridique; et celle de plusieurs Eve unes, interprétant dans le sens de sa destruction le Décret de 1883, lequel ne fait que confirmer celui de 1876.
12 Je ferai remarquer que dans ces difficultés entre l'Ecole et la succursale Laval, l'Ecole ne peut regarder Mgr l'Archevêque comme désintéressé, et son jugement comme offrant une véritable garantie d'impartialité, parce qu'il est le chancelier de l'Université Laval, et un ancien Recteur de cette institution, au soutien de laquelle il a travaillé pendant la plus grande partie de sa vie, et qui est l'objet de ses plus grandes affections.
Je ne saurais terminer cette partie de mon exposé sans dire un mot des vénérables Religieuses de l'Hôtel-Dieu.
Depuis quelques années, il est de règle, chez certains ecclésiastiques du Canada, que ceux qui n'interprètent pas les
Lettres ou Décrets de Rome conformément à l'opinion de l'Archevêque soient regardés et traités comme des rebelles.
Les religieuses de l'Hôtel-Dieu viennent d'être très injustement victimes de cette singulière appréciation. Leur communauté, comme je l'ai dit ci-dessus, a des contrats avec l'Ecole de médecine depuis très longtemps : elles possèdent aussi contre cette institution une créance de 100,000 francs.
Ces humbles servantes de Dieu, qui n'avaient aucune plainte à faire contre l'Ecole, n'ont point trouvé, dans le Décret de 1883, qu'elles fussent obligées en conscience d'éloigner sans raison l'Ecole de leur hôpital, ni de sacrifier leur lourde créance, qui est le patrimoine des infirmes et des pauvres, pour venir seules en aide à Laval.
Bien plus, elles ont manifesté énergiquement à l'Evêque et à l'Archevêque, qui leur disaient le contraire, leur intime conviction qu'une telle conduite de leur part serait une extrême injustice envers l'Ecole et une grave violation de leur propre devoir.
Eh bien! à cause de cette courageuse expression de l'amour de la justice et du devoir, ces personnes, qui consument leur vie dans l'obéissance du cloître et au service des malades, ont été représentées auprès du Saint-Père comme manquant de soumission à ses Décrets, et elles en ont reçu en conséquence un pénible monitoire. Rien n'a été plus poignant pour ces âmes dévouées qu'une telle calomnie. Elles ont demandé en vain à l'Ordinaire de faire entendre à Rome leurs plaintes et leurs raisons.
Elles furent alors forcées par l'Evêque et l'Archevêque, en vertu de la sainte obéissance, de sacrifier leurs droits, leurs biens et jusqu'au dictamen de leur conscience. Et lorsque, en face de cet ordre, ces vénérables Religieuses eurent 'tout abandonné, on exalta leur magnanimité, leur abnégation, et on cita leur sacrifice comme un exemple et un modèle de vertu. Mais il était clair pour le peuple qu'en prenant un tel moyen de pression, on enlevait à ces saintes personnes leur légi-
time liberté. Consacrées à l'Eglise par vœu, elles auraient donne tout ce qu'elles possédaient, si elles avaient réellement cru que le Saint-Père l'exigeait.
Ayant eu l'avantage de me rendre à Rome pour revendiquer les droits de l'Ecole, ce que ne peuvent faire ces bonnes Religieuses pour défendre les leurs, je ne puis m'empêcher de faire connaître aux Eminentissimes Cardinaux les grandes injustices qu'elles souffrent en silence, et de protester avec force contre l'oppression et la spoliation dent elles sont les victimes, tout à la fois au nom et h l'insu du Saint-Siège.
L'impression produite dans le public par de tels traitements infligés à cette communauté modèle est, de plusieurs manières, très préjudiciable à l'Eglise.