‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 25 sur 102 · SECONDE OBJECTION · texte numérisé non relu

SECONDE OBJECTION

Réponse de Laval : — Comme question de principes, le Saint- Siège dans le décret de 1876 a reconnu :

a) Que l'existence d'une Université Indépendante à Montréal produirait la ruine de l'Université Laval.

Remarques de l'Ecole : — Le Saint-Siège, en admettant, sur les informations de Laval, que l'existence d'une

Université indépendante à Montréal produirait la ruine de l'Université Laval, n'a point décidé, dans le décret de 1876, une question de principes; mais simplement reconnu pour lors l'inopportunité de la chose, ce qui n'est pas un principe, mais un accident. Rome accepta les informations de Laval, mais au Canada on ne le croyait pas. Nous n'hésitons pas à dire que la masse >du clergé (et des fidèles est encore d'un avis contraire. Ces avancés et bien d'autres ont beaucoup nui à Laval dans l'opinion publique. On ne ruinera jamais Laval au point de vue des finances, mais il lui sera difficile de reconquérir ce qu'elle a perdu dans l'estime générale. En prenant des informations, Mgr le Commissaire se convaincra facilement que c'est Laval qui s'est ruinée elle-même. C'est le sentiment catholique seul qui a empêché les hommes influents de Montréal de demander une Université indépendante. Us ont toujours cru et croient encore que leur Cité a ce droit à plus de titres que Québec. Ce droit était réservé lors de la fondation de Laval; les fausses informations ont fait parler Rome; et Montréal s'est respectueusement soumis. Le pays tout entier peut reprocher à Laval, qu'en mettant ainsi en avant les intérêts temporels, elle empêche un bien moral et spirituel considérable. Si Laval eût consulté la justice autant que ses intérêts, si Laval eût été conciliante, toutes les difficultés se seraient aplanies- Ajoutons qu'en 1878, Mgr Conroy disait à qui voulait l'entendre, que la Succursale n'était que provisoire; que bientôt elle l'emporterait à un tel point sur l'Université, qu'il faudrait en faire une Université indépendante. Ce n'est, disait-il, que l'affaire de quelques années; mais aujourd'hui, il faut exécuter le décret. Il ne voyait donc pas, dans cette Université, la ruine de Lavai.

b) Que l'affiliation de l'Ecole de Médecine était évidemment impossible, parce qu'elle serait l'équivalent d'une Université indépendante.

Remarques de l'Ecole : — L'affiliation n'était pas impossible; elle ne l'était que parce que Laval n'en voulait point.

Au contraire, l'affiliation était la seule solution légale en accord avec la Charte, et avec la Bulle qui veut qu'on ne déroge en rien à la Charte; de plus, l'affiliation ne serait pas l'équivalent d'une Université indépendante. Avec des Facultés isolées et indépendantes les unes des autres, Montréal se trouverait dans une position d'infériorité vis-à-vis de Québec. L'affiliation laisserait, il est vrai, son autonomie à chaque Faculté : mais ces Facultés éparpillées manqueraient de principe d'unité, si nécessaire à l'action. Le manque d'entente serait à craindre. Ces écoles n'auraient d'autres ressources que celles de la rétribution scolaire, tandis que Laval possède d'immenses ressources. Des écoles affiliées n'atireraient pas à Montréal un plus grand nombre d'élèves qu'une succursale; aujourd'hui, Québec et Montréal ont chacune leur chiffre normal d'élèves, qui ne changera guère en aucune hypothèse. Au point de vue pécuniaire, Laval ne tire pas plus d'avantage d'une succursale, que d'Ecoles affiliées. La vraie différence, c'est qu'une succursale réellement gouvernée par Québec, lui assure le monopole, qu'elle convoite.

Réponse de Laval. — Si aujourd'hui, malgré cette reconnaissance, fondée sur les faits, le Saint-Si<'-' ■ revient sur sa première décision, et recommande une affiliation de l'Ecole, il nous faudra bien regarder cette recommandation comme l'expression d'un désir implicite mais réel de voir fermer ^Université Laval. Et nous fermerons sans murmurer, bien que le tort que cette nouvelle décision du Saint-Siège ferait à nos professeurs et à nos élèves soit bien réel et bien plus considérable, que le prétendu tort qui résulterait pour les professeurs de l'Ecole, si celle-ci fermait.

Remarques de l'Ecole : — Voilà bien la preuve la plus évidente de la manière dont Laval interprète ou plutôt travestit les désirs du Saint-Siège. D'après cette règle d'interprétation, le 1er Décret entraînait la destruction de l'autonomie de l'Ecole, de ses droits de propriété, etc.; le 2me, ordonn ii Si n effacement; et le 3me, sa destruction complète. Aujourd'hui,

le Saint-Siège reconnaissant à chacun ses droits respectifs, veut remettre les choses à leur place et corriger les fautes de Laval; le Saint-Siège laisse à Laval tout ce à quoi elle a droit : il lui laisse son existence, qui ne serait nullement en péril; il lui laisse ses biens, son autonomie, sa Charte, ses privilèges; il lui conserve sa haute protection : eh bien! en tout cela, Laval ne voit qu'un désir implicite, mais bien réel, de voir fermer son Université. Les catholiques n'y verront certainement rien de tel. Est-ce là respecter le Saint-Siège? Estce se respecter soi-même? Pour l'honneur de l'Université nous devons dire, que ces vues ne sont celles que d'un certain nombre des membres de son Conseil, qui les imposent aux autres mieux disposés.

Laval fermerait-elle? c'est son affaire : mais nous savons que, quand le Saint-Siège a reconnu un principe de justice, comme c'est notre cas, rien ne le fera reculer.

Les professeurs de Québec ne souffriraient point, en ce cas, un tort comparable à celui que sont menacés de subir 1 s Professeurs de l'Ecole par les dernières censures- Ils ont en effet souffert dans leur réputation et dans leur caractère de catholiques. Nos professeurs ont, chacun individuellement, contracté envers l'Hôtel-Dieu, des obligations strictes : chacun d'eux se trouverait redevable, envers l'Hôtel-Dieu, d'une somme de douze mille francs : et ils tiennent en conscience à remplir leurs obligations; et s'ils souffraient des torts, la faute en serait à Laval, qui, vu ses larges revenus, pourrait facilement les indemniser. Les élèves de Laval, il est vrai, y perdraient beaucoup, surtout un tiers d'entre eux, qui reçoivent gratuitement non seulement l'éducation, mais enzore le vivre et le couvert. La faute en serait à Laval et non au Saint-Siège. Toutes ces raisons sont de nature à faire suspecter la bonne foi de Laval. Elle fait dire à Rome : point d'Université à Montréal, point d'affiliation pour ses écoles : une succursale conforme au Décret. Tant que Rome a dit comme Laval, tout était parfait, tous les caprices de Laval étaient des désirs du

Saint-Siège, et même des ordres. Que Rome aujourd'hui parle d'Université indépendante, d'un simple arrangement basé sur la justice, du pur statu quo de l'Ecole en concurrence avec la succursale, Laval pousse un cri d'alarme. On dirait qu'elle n'a rien à se reprocher, rien à réparer. Laval répond qu'elle mourra plutôt que de céder. On dirait qu'elle considère la situation comme un duel à mort; et que, après avoir cherché pendant huit ans à nous détruire, elle est résolue, si elle n'y réussit pas, à se donner elle-même la mort, en faisant retomber la cause sur le Saint-Siège.

Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, MD., CM., -DL., KL. D., Ls E. Desjardins, M. D., J. C. Caisse, Ptre, S. Pagnuelo, avocat, C. R.

Concordat cum originali, G. F. de Bie, Sec.

Audience du g Avril 1884.

Présents : Son Exe. Mgr le Commissaire Apostolique, MM. Caisse, Pagnuelo, et les docteurs d'Orsonnens et Desjardins.

1° On transmet à Mgr le Commissaire Apostolique la réponse demandée à la dernière Audience, 22 mars 1884 (paragraphe 2.) v

2° L'Ecole présente à Son Excellence un document faisant connaître ses dispositions au sujet de l'admission des professeurs de la Succursale, au cas où l'Ecole serait admise comme Succursale.

3° Les représentants de l'Ecole demandent verbalement à Son Excellence si Elle est disposée à donner maintenant par écrit un jugement sur lia Requête présentée le 23 janvier 1884, à quoi Mgr le Commissaire Apostolique répond qu'il avait déjà déclaré qu'il entendait donner un seul jugement 'inal sur toute la question de la Succursale à Montréal. Les représentants de l'Ecole demandent ensuite à Son Excellence d'avoir la bonté de constater au moins, par écrit, dans ses ar-

chives, la conclusion à laquelle Elle en était arrivée sur cette Requête, afin que cette conclusion pût servir plus tard à l'Ecole, en cas de besoin.

Mgr le Commissaire Apostolique répond que la chose était déjà faite en partie, qu'il ferait ce qu'il reste à faire encore, et qu'il transmettrait le tout à Rome.

Et La séance est levée.

Relata sunt vera,

D. Henricus Smeulders, 0. C, Com. Apcst.

Réponse à la question de Son Excellence : Quels sont les motifs qui font désirer à l'école une majorité de religieux dans le conseil spécial de levé que, etc., etc.

A Son Excellence Dom Henri Smeulders, Com. Apost., Commissaire Apostolique.

Votre Excellence demande à l'Ecole pour quels motifs elle désire que le conseil de l'Evêque de Montréal, en ce qui concerne les affaires de la dite Ecole, soit composé, en majorité, de Supérieurs de Communautés Religieuses ou de membres de ces communautés, délégués à cet effet par les mêmes Supérieurs.

Nous pourrions dire, en premier lieu, que nos motifs sont les mêmes qui nous ont fait demander à la S. C. de la Propagande un religieux Comme Commissaire Apostolique-

Votre Excellence peut être assurée que nous sommes loin de vouloir par cette demande faire d'odieuses comparaisons, et moins encore de manquer en rien à l'estime et au respect que nous avons toujours eus et manifestés pour le vénérable clergé de notre pays. Mais on ne peut nier, non plus, que la raison, l'histoire de notre pays et notre propre expérience dans les difficultés que l'Ecole a traversées, nous ont démontré jusqu'à l'évidence que les Ordres Religieux sont moins accessibles à la crainte et à l'intimidation, plus indépendants au point de vue des intérêts temporels; et que les Supérieurs de

ces ordres, sont par leur position même éminemment qualifiés pour remplir le rôle de conseillers de l'Evêque.

Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, MD, CM., DL.. LL. D., Ls E. Desjardins, M. D., J. C. Caisse, Pfere, S. Pagnielo avocat, C. R.

Montréal, 9 avril 1884.

Et quant aux conditions pour l'admission des professeurs de la succursale Laval, l'Ecole répond :

La demande faite par Votre Excellence à M. Pagnuelo, au sujet de l'admission des professeurs de la Succursale dans notre Ecole, suppose d'abord que Laval accepte préalablement, par écrit, toutes les bases d'arrangement proposées à V. E. par l'Ecole; et, en conséquence, que Laval reconnaît l'Ecole comme Faculté de la Succursale à Montréal. Dans cette supposition nous soumettrons respectueusement à V. E. ce qui sait :

1° L'Ecole est disposée à traiter généreusement les professeurs de la Succursale et môme à les accepter tous si V. E. le trouve juste et convenable, pourvu que la chose soit réglée par V. E. personnellement; car l'Ecole doit se mettre en garde contre les efforts que Laval ne manquera pas de faire pour la noyer et la détruire : et sur ce point elle s'en rapporte à la discrétion, à la sagesse et à l'esprit de justice de Votre Excellence.

2° L'Ecole désire faire remarquer à V. E. que le nombre des professeurs titulaires et des membres de la corporation de l'Ecole est limité à dix par la Charte et que leur nomination est soumise à la formalité du concours.

Il n'y a actuellement qu'une vacance parmi les professeurs titulaires, laquelle a été laissée ouverte pour permettre aux professeurs de la Succursale de concourir, si l'arrangemenl a lieu. Une fois cette vacahce remplie, les autres professeurs de la Succursale qui se joindront à l'Ecole, y entreront soil comme agrégés ou lecteurs, c'est-à-dire, chargés de cours, sans être membres de la corporation de l'Ecole.

3° Quant au concours pour ^emplir la vacance de professeur titulaire maintenant existante et celles qui pourraient s'ouvrir pendant le séjour de V. E. au Canada, l'Ecole consent, pour satisfaire aux vues de V. E. tout en se maintenant dant les termes de sa Charte, à ne faire subir qu'un examen pro forma à celui ou à ceux des professeurs actuels de Laval à Montréal que V. E. personnellement désignera.

Ths E. d'Odeï d'Orsonnens, M. D., Ls E. Desjardixs, M. D., J. C. Caisse, Ptre., S. Pagnuelo, C. R.

Montréal, 9 avril 1884.

Premières requêtes de l'Ecole- — A Son Excellence Dom Henry Smeulders, Commissaire Apostolique, D. D. C, etc. etc.

L'humble requête de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, expose respectueusement :

Que le temps est arrivé pour elle de préparer et imprimer, son annuaire et d'annoncer la réouverture des cours pour la prochaine année scolaire; et qu'elle ne peut omettre de le faire au temps accoutumé sans souffrir de grands dommages et même sans mettre son existence en danger.

Que dans le mois d'août dernier, Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande avait télégraphié à Mgr l'Evèque de Montréal et à Sa Gr. l'Archevêque de Québec de suspendre les sentences prononcées contre l'Ecole, ses professeurs et élèves par Sa Gr. l'Archevêque de Québec, les déclarant rebelles à l'Eglise et les privant des sacrements, pour n'avoir pas consenti à dissoudre leur école, dans le but de favoriser Laval et de lui abandonner le fruit de quarante années de travaux ; et que le dit Préfet a permis en outre à l'Ecole de continuer ses cours l'année suivante, promettant en même temps l'envoi d'un Commissaire Apostolique au Canada.

Que l'Ecole, ses professeurs et élèves sont encore sous le coup de cette sentence injuste, arbitraire et tyrannique de

privation des sacrements comme rebelles à l'Eglise; et qu'aucune réparation publique ne leur a encore 'été faite.

Qu'avant de publier son annuaire et d'annoncer la réouverture des cours, la dite Ecole croit faire acte de respect envers Votre Excellence en lui soumettant l'à-propos d'une ordonnance provisionnelle pour y autoriser l'Ecole comme l'a fait l'année dernière le Cardinal Préfet de la Propagande, quoique la chose ne paraisse pas nécessaire à l'Ecole qui a droit d'être maintenue dans sa possession et de se servir du dit télégramme aussi longtemps que la cause n'est pas entièrement jugée.

La dite Ecole prend de plus la liberté d'exposer qu'elle a présenté à Votre Excellence, dans le mois de janvier dernier, mie requête, demandant que son droit à l'existence soit reconnu avec tous les droits et privilèges qui lui appartiennent et nommément le droit au service médical exclusif de l'Hôtel-Dieu, de la Maternité des Sœurs de la Miséricorde et des dispensaires établis par la dite Ecole dans la Cité de Montréal; et demandait comme conséquence que les décrets du Saint-Siège, au sujet de la Succursale Laval à Montréal, fussent interprétés dans ce sens.

Que la dite Ecole a aussi invoqué la protection du Saint- Siège à qui elle a offert des garanties dont Votre Excellence s'est déclarée satisfaite, pour 'assurer que la dite Ecole restera catholique et soumise aux autorités religieuses sous le rapport de la doctrine et des mœurs. L'Ecole s'est efforcée d'exposer à Votre Excellence la justice de sa cause, comme à Sa Sainteté elle-même qui l'a établie Juge Suprême de cette affaire; elle a répondu à toutes les questions et objections qui lui ont été proposées par Votre Excellence et elle croit l'avoir fait avec conscience et à la satisfaction de Votre Excellence. L'Université Laval n'a pas nié le droit réclamé par l'Ecole, ni la fausse interprétation donnée aux décrets par elle et Sa Gr. Mgr l'Archevêque, ni aucun des faits invoqués par l'Ecole, quoique mise en demeure de le faire. Elle a plutôt atta-

que le Saint-Siège, pour s'assurer le monopole de l'enseignement universitaire catholique dans cette Province. Le débat est clos depuis près de trois mois.

Que le recteur de la dite Université a déclaré dernièrement dans une séance publique et solennelle que la question de la fermeture des facultés de Droit et de Médecine de l'Université Laval était tout à fait 'étrangère à la 'décision que Votre Excellence rendra sur ses difficultés avec l'Ecole.

Que Sa Sainteté Léon XIII a, dans sa bonté, nommé Votre Excellence, Commissaire Apostolique en Canada, dans le but de s'enquérir sur les lieux des difficultés survenues entre l'Ecole et Laval, ainsi que de les résoudre et dirimer et de régler /complètement cette affaire.

Votre Excellence a donc aux yeux de la population de ce pays tous les pouvoirs nécessaires et est en état depuis longtemps de prononcer définitivement une sentence.

Néanmoins l'Ecole a accepté avec soumission et respect la détermination de Votre Excellence, communiquée aux représentants de l'Ecole, il y a environ deux mois, de ne rendre qu'un seul jugement définitif sur toute la question et d'attendre pour le prononcer qu'Elle ait exposé au Saint-Siège un état des faits et les conclusions auxquelles Elle en était arrivée, la dite Ecole se reposant entièrement dans la sincérité et l'esprit de justice du Saint-Siège et de Votre Excellence et dans la connaissance des faits que Votre Excellence a acquise sur toutes les questions qui se rattachent à la fondation et aux droits de la dite Ecole, de môme qu'à l'établissement de la succursale Laval à Montréal et à la. manière injuste, arbitraire, tyrannique et déloyale dont l'Ecole a été traitée par la dite Université Laval, son chancelier, Sa Grandeur l'Archevêque de Québec, et son recteur, M. Hamel.

Mais, depuis le départ du Canada pour Rome de Sa Gr. Mgr l'Archevêque de Québec, les professeurs et amis de Laval répandent des nouvelles alarmantes pour l'Ecole et de nature à lui faire craindre qu'après avoir travaillé depuis près

de six mois à soutenir ses droits auprès de Votre Excellence, aucun jugement définitif ne serait prononcé en Canada et que toute la question pourrait être de nouveau, sur les instances de Sa Gr. l'Archevêque de Québec, attribuée à la S. C. de la Propagande, à Rome, où l'Ecole serait obligée de recommencer la lutte.

Et l'Ecole proteste que, si cet événement avait lieu, ce serait une telle injustice commise à son égard, qu'elle renoncerait totalement à l'espoir d'avoir justice en cette affaire des autorités religieuses et qu'il ne lui resterait plus d'autre espoir que dans les tribunaux civils de ce pays.

Que l'Ecole s'est presque ruiné?, ainsi que quelques-uns de ses professeurs, par les frais de voyages de ses délégués à Rome et autres frais et dépenses encourues par elle pour la conservation de son existence et de ses droits; et qu'elle n'a plus les moyens de retourner à Rome, eût-elle encore le désir de le faire. Qu'en outre, tous 'ces délais et incertitudes ne sont propres qu'à nuire à la stabilité de l'Ecole et aux progrès qu'elle pourrait faire pour assurer son avenir et son développement.

Que ces rumeurs ont jeté l'alarme dans les esprits et que l'Ecole redoute que l'Archevêque, étant à Rome, ne surprenne la bonne foi du Saint-Père et des Congrégations, et n'enlève à Votre Excellence la connaissance de cette affaire.

Que le dit Archevêque n'a jamais répondu, devant Votre Excellence, aux requêtes et mémoires de l'Ecole sur cette question, qui lui ont été communiqués; et qu'il serait étrange et injuste qu'il pût refuser de comparaître en Canada, devant Votre Excellence, que le Saint-Siège a établi juge suprême pour juger et dirimer définitivement cette affaire; et qu'il pût forcer l'Ecole à traverser les mers pour recommencer devant un autre tribunal un procès maintenant instruit et qui est en état d'être jugé.

A ces causes, la dite Ecole supplie Votre Excellence de mettre fin à ces alarmes eu rendant sous le plus court délai pos-

sible un jugement final et définitif sur les dites questions, en, vertu des pleins pouvoirs dont Sa Sainteté Léon XIII, comme successeur de saint Pierre, a investi Votre Excellence, ou au moins de donner, si Elle le juge à propos, un jugement interlocutoire sur l'objet de la dite Requête et subsidiairement, au cas où Votre Excellence trouverait bon de différer de le faire, ou serait retardée par défaut de réponse du Saint-Siège, elle vous supplie de donner une sentence provisionnelle dont l'Ecole pourrait se servir au besoin, lui reconnaissant le droit d'annoncer et d'ouvrir ses 'cours comme ^par le passé : et vous ferez justice.

Ths E. d'Odet d'Orsonnens, Prés., Ls E. Desjardins, M. D., J. C. Caisse, Ptre., S. Pagnuelo, C. R-

Montréal, 3 juillet 1884.

Ici trouve sa place naturelle, la lettre de Son Eminence le Cardinal Siméoni à Son Excellence le Commissaire Apostolique, datée de Rome, le 23 Août 1884.

Objet : Décision sur la question entre l'Université Laval et sa succursale et l'Ecole de Médecine de Montréal.

Rome, 23 août 1884.

Très Rvd. Père.

Dans la Congrégation Générale du 11 du mois courant, les Emes et Rmes Cardinaux ont examiné la question entre l'Université-Laval et sa Succursale à Montréal, et l'Ecole de Médecine existant dans la môme ville.

Or, au doute posé : Si et quelles provisions il convient d'adopter sur cette question les Emes Pères ont répondu comme suit : In decisis juxta Décréta 1876 et 1883 et ad mentem. Mens est : 1° Que le Saint-Siège, ayant reconnu comme unique Université Catholique l'Université-Laval et sa succursale à Montréal exhorte tous les Evoques de la Province à se mettre d'accord pour qu'il ne manque rien de nécessaire à sa subsistance et casa prospérité; il inculque aux mêmes évêques

qu'ils veillent à ce que tout y procède régulièrement en exerçant sur l'Université l'influence qui a été ordonnée dans les susdits Décrets, et qu'il fasse en sorte que leurs Séminaires et Collèges s'affilient à la même Université, s'ils ne l'ont pas déjà fait; 2° Que le Saint-Siège déplore hautement que l'union désirée de l'Ecole de Médecine de Montréal avec sa Succursale et la séparation de la dite Ecole d'avec l'Université Victoria n'aient pas eu lieu; 3° Que l'Eme Préfet dise à l'Archevêque de Québec et écrive à l'Evèque de Montréal que, vu les circonstances actuelles, ils laissent .l'Ecole de Médecine Catholique et ses hôpitaux dans le statu quo; 4° Que, en vue des besoins extraordinaires exposés par Monseigneur l'Archevêque, on donne au même Archevêque et à ses Suffragants l'ordre de retenir sur les aumônes des Messes, des Legs Pieux et des Messes courantes, qui ne sont pas dites dans les diocèses, la somme de cinq sous en outre de la somme qui est déjà retenue, expédiant à la Sacrée Congrégation de la Propagande le reste des aumônes des susdites Messes qu'elle fera célébrer comme elle le jugera bon. ;Et que cette disposition dure pour cinq ans, nisi aliter anteà provisum 'fuerit.

Or, la susdite résolution a été approuvée dans toutes ses parties par le Saint-Père dans l'audience du 14 du courant.

Vous êtes en conséquence chargé d'en donner communication de suite à tous les Evêques de la Province, afin qu'ils se conforment aux prescriptions qui y sont contenues. Et enfin pour terminer, je prie le Seigneur de vous accorder longue vie et prospérité.

De V. P. Le très affné Card. Siméoni, Préfet,

D. Archevêque de Tyr, Secréiaire.

Au T. Rnd Père Henri Smeulders.

Coin. Apost. au Canada, Montréal.

* * Deuxième requête de l'Ecole de Médecine à Son Excellen-

ce Dom H. Smeulders, ,D. D. C, Commissaire Apostolique, etc.

Excellence, ti

Les soussignés, au nom.de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal qu'ils représentent, vous offrent de nouveau leurs plus sincères remerciements pour la bonté paternelle, l'attention et la patience avec lesquelles vous avez écouté leurs plaintes et leurs demandes, et vous renouvellent avec empressement, l'expression de leur parfaite confiance dans l'esprit de justice et d'équité dont Votre Excellence et l'Em. Préfet de la Propagande sont animés envers la dite Ecole, comme du reste à l'égard de tous les catholiques qui réclament la protection du Saint-Siège, contre l'oppression.

Ils aiment à voir dans la décision du Saint-Siège, en date du 23 Août, 1884, une réponse favorable à l'appel qu'ils ont porté contre l'ordonnance de ,Mgr de 'Montréal, qui les chassait de l'Hôtel-Dieu, et contre la, condamnation de la dite Ecole, par Mgr l'Archevêque de Québec, comme rebelle à l'Eglise.

L'Ecole n'a pas oublié que l'Eme Préfet de la Propagande, a immédiatement après la dite condamnation, ordonné à l'Evêque de Montréal de vtout suspendre, de laisser l'Ecole de Médecine de Montréal donner ses cours l'année suivante, et promis d'envoyer un Commissaire Apostolique. C'est Votre Excellence que Sa Sainteté Léon XIII a déléguée au Canada pour se rendre compte de toutes choses, sur les lieux mêmes, et juger et dirimer complètement cette affaire. L'Ecole a présenté à Votre Excellence, peu àe temps après son arrivée à Montréal, une requête demandant que les droits de l'Ecole à l'existence et au service médical de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, de la Maternité et des dispensaires qu'elle avait eus sous son contrôle, depuis tant d'années, fussent reconnus et maintenus à l'exclusion de Laval, qui avait, en violation du droit et de la justice, été introduite par Mgr de Montréal à la Maternité et aux dispensaires, et qui cherchait, au moyen de ces condamnations, à faire chassser l'Ecole de tous ses hôpitaux. Elle de-

mandait aussi que les Décrets de 1876 et de 1883 fussent interprétés dans ce sens; et que la sentence de rébellion à l'Eglise et de privation des sacrements fût levée comme injuste et abusive.

Votre Excellence nous ayant demandé ensuite si l'Ecole de Médecine de Montréal était toujours disposée à se joindre à la succursale de Laval et à se montrer généreuse, ainsi que le Docteur Desjardins l'avait déclaré à l'Eme Préfet de la Propagande à Rome, les soussignés se sont empressés de répondre dans l'affirmative et ont soumis à Votre Excellence des bases d'arrangements qu'ils ont crues justes et équitables et que Votre Excellence a paru accepter comme telles; si Elle n'eût pa£ été satisfaite de ces conditions, les soussignés étaient prêts à tout faire pour répondre aux vues et aux désirs de Votre Excellence et du Saint-Siège, pourvu que l'autonomie et l'existence de l'Ecole et ses droits fussent reconnus et respectés.

L'Ecole alla plus loin; à la demande de Votre Excellence. elle offrit des garanties pour l'avenir, sous le rapport de la foi et des mœurs. Ces garanties étaient, en substance, que les Professeurs de l'Ecole seraient et demeureraient catholiques, que la nomination et la destitution de tous ses professeurs seraient soumises au contrôle de l'Evèque, dans des conditions de garanties réciproques.

C'est à la suite de ces démarches et d'une longue enquête faite par Votre Excellence sur tous les faits qui se rapportent à l'établissement de la succursale de Laval à Montréal, sur la fondation, l'établisssement et le développement de l'Ecole de Médecine susdite, sur l'esprit qui l'anime, qu'est intervenue la dernière décision de Rome, laquelle, tout en maintenant les Décrets de 1876 et de 1883, maintient en même temps l'Ecole de Médecine en possession de ses hôpitaux, et la reconnaît enfin Catholique, et non pas rebelle à l'Eglise. Mais les soussignés regrettent cependant que cette décision ne contienne aucune reconnaissance formelle des droits de l'Ecole et que

sa rédaction prête même à une interprétation contraire; ils regrettent que l'Université Laval et ses amis se soient empressés, avec le concours de l'Evêque de Montréal, d'interpréter cette décision comme une condamnation nouvelle de l'Ecole, disant que celle-ci est blâmée d'avoir refusé d'exécuter les Décrets de 1876, d'avoir refusé de s'unir à Laval et de persistei à rester affiliée à Victoria, et que le Saint-Siège ne la tolère que ad duritiam cordis, pour empêcher une révolte ouverte, publique, même un schisme. Les soussignés regrettent profondément que Mgr de Montréal, au lieu de publier cette décision en entier, n'ait donné que l'analyse de quelques-unes de ses parties, et l'ait donnée de manière à favoriser ouvertement cette interprétation. Il ne s'est point contenté d'exposer la cause sous un jour défavorable à l'Ecole, mak il a même omis le mot « Catholique » que le Saint- Siège avait joint à celui de l'Ecole de Médecine dans cette décision.

L'Ecole se plaint donc : 1° De la rédaction de cette décision qui prête à une interprétation contraire aux intentions du Saint-Siège, ■ —

En effet, cette décision déplore hautement que l'union désirée entre Laval et l'Ecole de Médecine et la séparation de cette Ecole d'avec l'Université Victoria n'aient pas eu lieu, et elle enjoint à l'Archevêque de Québec et à l'Evêque de Montréal, vu les circonstances actuelles, de laisser l'Ecole et ses hôpitaux dans le statu qao.

Cette décision ne dit pas qui est responsable du défaut d'union entre Laval et la dite Ecole; et les Emes Cardinaux savaient que Laval seule avait refusé toute union avec l'Ecole; et que rien n'avait jamais pu la satisfaire, que la destruction complète de la dite Ecole; mais le peuple, non initié aux détails de ces défauts, et ne connaissant que les condamnations publiques de l'Ecole, pour avoir refusé de se séparer d'avec l'Université Victoria, et avoir persisté à vivre et à faire concurrence à Laval, quand Rome, disait-on,

défendait, toute concurrence, et ordonnait à tous de la favoriser, sous peine d'être rebelles à l'Eglise, et d'être privés des sacrements; le peuple, disons-nous ne pouvait voir, dans cette nouvelle décision de Rome, ainsi présentée et commentée, qu'une condamnation de la conduite de l'Ecole, et une confirmation de la condamnation portée contre elle par l'Archevêque de Québec. Cette impression est augmentée par le regret exprimé immédiatement après, que la dite Ecole ne se soit pas séparée de Victoria. En effet, s'il pouvait y avoir des doutes sur celui qui était coupable d'avoir refusé l'union entre Laval et l'Ecole, il n'y en avait pas pour le peuple; sur ce dernier point l'Ecole seule était coupable, à ses yeux, de ne s'être pas séparée d'avec Victoria, tandis que, de fait, cette séparation n'était possible que si une Université Catholique fût venue au secours de l'Ecole de Médecine de Montréal, ce que Laval a toujours refusé de faire; de plus, l'Ecole étant de fait complètement indépendante de Victoria, l'affiliation ne servant qu'à faire obtenir à ses élèves des degrés académiques, sans que les dits élèves assistent aux séances de Victoria, même pour la collation des {legrés : l'Ecole, disons-nous, n'était pas plus en faute que Laval, qui est également affiliée à l'Université protestante de Londres.

Enfin, d'après cette décision, le Saint-Siège laisse l'Ecole de Médecine et ses hôpitaux dans le statu qao, à cause des circonstances actuelles. Quelles sont ces cir< onslances actuelles? Suivant nous, c'étaient les droits de l'Ecole à l'existence et à ses hôpitaux, droits que Laval et surtout l'Archevêque de Québec et l'Evêque de Montréal n'ont jamais voulu reconnaître; qu'ils avaient niés dans leur sentence de rébellion portée contre l'Ecole; et dont ils avaient toujours caché la connaissance au Saint-Siège. Mais, suivant nos adversaires et la presse qui les favorise, c'est le mauvais esprit de l'Ecole, cet esprit de révolte qui avait déjà nécesssité une excommunication publique. Voilà ce que fous les journaux amis de Laval, qui sont les seuls qui soient libres de parler du Décrel

et de l'interpréter, n'ont cessé de dire, depuis que cette décision a été rendue publique, comme on s'en convaincra par les extraits de journaux publiés dans l'Etendard du 29 Septembre 1884.

Votre Excellence nous a expliqué que le statu quo était celui qui a précédé immédiatement la condamnation de l'Ecole; mais nous ferons remarquer que l'Evêque de Montréal avait déjà, contre le droit, divisé la Maternité et les dispensaires entre l'Ecole et Laval, tandis que l'Ecole y a droit exclusivement, et elle réclame contre cette interprétation, qui viole ses droits. Ils feront aussi observer que le dernier statu qao fait à l'Ecole devant le public, est la condamnation de l'Ecole par l'Archevêque promulguée par quelques-uns des Evoques, y compris celui de Montréal.

L'Ecole se plaint : 2° Que Mgr de Montréal refuse de se soumettre à la dite décision de Rome et y désobéisse ouvertement, et continue à persécuter l'Ecole en refusant de faire connaître aux fidèles que la condamnation qu'il a promulguée dans toutes les Eglises de son diocèse en juillet 1883, est levée; et que les membres et élèves de la dite Ecole ne sont pas sous le coup des censures ecclésiastiques. A l'appui de cette plainte, les soussignés prennent la liberté de mentionner les faits suivants :

Dans une lettre du 12 Septembre, 1884, adressée à M. Thomas E. D. d'Orsonnens, président de la dite Ecole, par l'Evêque de Montréal, celui-ci dit qu'il est de son devoir de lui transmettre les parties de la dite décision qui se rapportent à la dite Ecole; et, dans cet extrait, il a retranché le mot « catholique », qui est joint à celui de l'Ecole.

Dans son mandement du 14 Septembre dernier, Mgr de Montréal n'a pas non 'plus fait connaître que ce mot se trouve dans la décision. Ce mandement a été lu dans toutes les églises du diocèse, le 21 Septembre. Les soussignés se sont rendus tous leo trois le 22 Septembre à l'Evêché de Montréal, et ont eu une entrevue avec Sa Grandeur Mgr Fabre. ils se

sont plaint de la suppression de ce mot dans les deux dits documents et l'ont informé qu'ils savaient que ce mot se trouvait dans la décision; et qu'il était trop important pour ne pas exiger qu'il fût rétabli publiquement par l'Evêque. ils réclamaient cet acte comme un acte de justice. Le dit Evêque ne fut pas surpris de cette demande et se contenta de répondre qu'il fallait savoir ce qu'on, entendait là, par le mot « catholique ». Les soussignés ont insisté que ce mot était parfaitement compris de tout le monde et qu'il était d'autant plus nécessaire qu'il fût rétabli, par l'Evêque lui-même, que son mandement, lu la veille, laissait encore l'Ecole sous le coup de la sentence qu'il avait portée contre elle, l'année précédente. Il était certain que la décision de Rome révoquait implicitement et virtuellement cette condamnation, quoiqu'elle ne le fît pas en termes propres et suffisamment clairs pour le peuple. Sa Grandeur n'en avait pas dit un mot dans son mandement. Cette condamnation, lue par l'ordre de l'Evoque, dans toutes les églises de son diocèse, avait causé un tort considérable à la dite Ecole, et il devait à celle-ci une réparation aussi ample que l'injure l'avait été. Dans la même occasion, le président demanda aussi un chapelain pour la dite Ecole que le Saint-Siège reconnaissait catholique, ce à quoi l'Evêque répondit qu'il fallait savoir ce que le Saint-Siè entendait par le mot « catholique », dans la circonstance.

En réponse à la première demande de l'Ecole, l'Evêque transmit au président soussigné, un extrait en italien de la dernière décision de Rome, avec le mot « catholique ». Le président communiqua à tous les journaux français cet extrait traduit en français, avec quelques courtes explications, pour dire que le statu quo se rapportait au temps antérieur à la condamnation ; mais des journaux refusèrent de publier ce rectification, soit par la, crainte de déplaire à Mgr de Montréal, soit pouv favoriser Laval, en laissant le peuple sous l'impression produite par le mandement récent 'de Mgr de Montréal, et

par l'interprétation donnée à cette décision dans ces mêmes journaux

Le 26 Septembre, le président reçut de l'Evêque, en réponse à la demande de révocation de la condamnation, la lettre du dit Evêque, en date du 25 Septembre, dont copie est cijointe avec copies des autres documents.

Le même jour, les soussignés sont allés de nouveau voir le dit Evêque, et lui ont représenté respectueusement qu'ils avaient demandé une révocation formelle, claire, loyale et non équivoque de la condamnation de l'Ecole par l'Archevêque; et que cette révocation fût rendue publique, par l'Evêque lui-même, de la même manière que la condamnation; qu'au contraire cette lettre commençait par avertir le président que, comme catholique, les membres de la dite Ecole devaient, non seulement reconnaître l'Université Laval, comme légitimement constituée, mais encore, faire tout en leur pouvoir pour que la même Université accomplît son œuvre; que ceci n'était pas la satisfaction demandée, mais au contraire, une réaffirmation du principe de la condamnation de l':.nnée dernière, et clans des termes presqu'identiques; que c'était pour avoir refusé de se détruire, dans le but de favoriser l'institution rivale de taval que l'Ecole avait été jugée par l'Archevêque coupable de désobéissance au Saint-Siège, et rebelle a l'Eglise; que cette interprétation doctrinale était (réprouvée par la dernière décision du Saint-Siège, qui, tout en maintenant les Décrets de 1876 et 1883, laissait l'Ecole et ses hôpitaux dans le statu quo. L'Evêque maintient dans sa lettre au Président de l'Ecole, sa première interprétation du Décret de 1883, et y ajoute seulement, qu'il n'y a plus faute à fréquenter la dite Ecole, comme s'il y avait eu faute antérieurement à la dernière décision et comme si la icondamnation eût été juste dans le temps, mais que Rome eût voulu, depuis, faire grâce à l'Ecole; enfin, il déclare que les provisions disciplinaires portées contre l'Ecole, dans le mandement du dit Evêque, du 27 juillet, 1883, cessent d'avoir cours; Le mandement du 27 juil-

let, 1883, reproduisait la lettre de l'Archevêque, qui contenait une interprétation doctrinale des Décrets antérieurs et une condamnation de l'Ecole, comme coupable de désobéissance aux Décrets et rebelle à l'Eglise, et une censure ecclésiastique, comme conséquence de cette condamnation; la lettre de l'Evêque ne contient pas un mot au sujet de la condamnation, et ne parle que des provisions disciplinaires, ce qui signifiait probablement l'Ordonnance de l'Evêque aux hôpitaux d'expulser l'Ecole et ses élèves, et la défense à la dite Ecole de continuer ses cours, aux jeunes gens de les fréquenter, et aux parents de les y envoyer. Mais il faut remarquer que le peuple ne comprend pas la portée des expressions propres à la science théologique; et par conséquent cette prétendue réparation à termes couverts, outre qu'elle est partielle et imparfaite, est encore la moins importante; car le mandement du 27 juillet, 1883, ne décrétait la privation des sacrements, que comme l'une des suites de la condamnation de rébellion. Une seconde conséquence qu'en tirait l'Archevêque était que le contrat entre l'Hôtel-Dieu et l'Ecole était brisé. Les soussignés ont. représenté au dit Evêque que la condamnation n'était pas levée d'une manière formelle; les tribunaux civils pourraient à l'occasion refuser de reconnaître que la condamnation avait été levée et que l'Ecole avait cesssé d'être rebelle à l'Eglise. Or, le contrat, entre l'Hôtel-Dieu et l'Ecole est soumis à la condition que l'Ecole ne serait point déclarée rebelle à l'Eglise: les droits de l'Ecole peuvent donc être mis en danger, si cette condamnation n'est point levée d'une manière formelle, claire et positive.

Les soussignés sont convaincus que la persécution qui se continue d'une manière sourde, deviendra bientôt ouverte et publique, sur le moindre prétexte, et en invoquant que les circonstances sont changées. Ils tiennent par conséquent à avoir en mains une preuve non équivoque que l'Ecole n'est point condamnée par l'autorité religieuse, comme rebelle à l'Eglise; en outre, le public a besoin d'une déclaration formelle

et claire; et l'Ecole réclame comme un droit, en vertu de la morale chrétienne, la réparation par l'Evèque lui-même, de l'injure et du tort qu'il a causés à la bonne réputation de l'Ecole, afin que les parents ne craignent pas d'y envoyer leurs enfants.

L'Evèque répondit qu'il lui semblait que sa lettre contenait une réponse à notre demande, et que nous pourrions la publier.

Les soussignés ont aussi vivement protesté que la plupart des journaux, amis de Laval, refuseraient toutes communications venant de l'Ecole; et que la réparation devait être faite par l'Evèque lui-même; que c'était la seule manière digne de la faire. Que la presse amie de Laval, c'est-à-dire, la presse libérale et libérale-catholique nous reprocherait la publication de nos explications comme contraires aux Décrets et aux mandements; nous serions entraînés dans une discussion sur la portée du Décret, il y aurait lutte; ce qui serait contraire aux intentions du Saint-Siège, et une source 'de nouveaux troubles. Cependant nous serions obligés ,de nous défendre; et alors l'Evèque interviendrait probablement pour nous condamner de nouveau, comme si nous attaquions au lieu de nous défendre; que nous appellerions de ces condamnations nouvelles et que la contestation n'aurait jamais de fin, au grand dommage de l'Ecole et au scandale du public.

Nous nous sommes plaint de sa conduite à l'égard de la presse, nous laissant injurier par les journaux libéraux et même protestants, qui se donnaient comme des organes de l'Université et de l'Evêché, et cela non sans raison et fondements; car ces journaux se sont toujours montrés partisans de l'Université, et se sont dits en rapports intimes avec l'Evêché de Montréal, et ils avaient toujours la primeur des nouvelles, mandements et autres documents qu'ils publiaient quelquefois avant l'autorité ecclésiastique et avec commentaires injurieux pour la presse catholique; et leurs nouvelles se sont presque toujours trouvées vraies. (Voir Star 3 octobre, 1884).

Les soussignés l'ont averti que l'Ecole était décidée de faire cesser les persécutions et d'avoir justice de tous ceux qui l'attaquaient; que s'il nous refusait la justice demandée, nous nous en plaindrions de suite au Saint-Siège; crue nous verrions de plus à sauvegarder nos ^droits et à faire respecter l'Ecole en invoquant l'aide de tous les tribunaux compétents dont la protection était assurée à tous les sujets de Sa Majesté la Reine.

Le 30 septembre dernier, veille de l'ouverture des cours de la dite Ecole, les soussignés n'ayant rien reçu du dit Evoque, sont retournés à l'Evêché, où ils ont appris que Sa Grandeur était partie pour une semaine en tournée pastorale. Le 1er octobre, le président lui télégraphia, lui demandant une réponse immédiate; mais il ne reçut aucune réponse. Le 6 octobre, les soussignés se sont rendus de nouveau à l'Evêcvc, mais le dit Evêque était encore absent. Le 7 octobre, le président soussigné y retourna, et les jours suivants, mais sans jamais pouvoir le rencontrer.

Enfin, samedi le 11 octobre, le président de l'Ecole, soussigné, a réussi à rencontrer, à l'Evêché, Mgr de Montréal, qui l'informa qu'il avait envoyé mie circulaire à son clergé et que cette circulaire contenait sa réponse à notre dernière demande; il n'en avait pas d'autres à donner. Le président lui demanda copie de cette circulaire, mais Sa Grandeur éluda la question et n'en donna pas.

Les soussignés l'ont obtenue d'ime autre source; elle porte le N° 64 et est datée du 28 septembre, 1884. Elle n'a jajamais été rendue publique dans les journaux, ni lue dans les églises; elle n'a même été distribuée aux curés qu'après l'ouverture des cours et lorsque l'impression défavorable à l'Ecole de Médecine était produite pour les cours de cette année. Dans le cas où elle contiendrait une rétractation de La condamnation, l'Ecole n'aurait donc pas obtenu la réparation exigée et due, puisque ce document est pour ainsi dire d'une patwpe privée, qu'il n'a pas été rendu public et que les curés ne sont

pas tenus d'en donner lecture au peuple. C'est ce qui appert de la circulaire même où il est dit : « vous pouvez informer les fidèles confiés à vos soins du fait des nouvelles conditions dans lesquelles se trouve l'Ecole de Médecine ». L'Ecole insiste et réclame comme un droit que la réparation soit aussi publique que l'offense l'a été; elle le réclame comme un acte de justice et au nom de la morale chrétienne.

Riais cette circulaire ne contient pas plus de rétractation que la lettre de l'Evêque de Montréal au Président de l'Ecole. Elle est rédigée dans le môme esprit et dans le même ordre d'idées; ainsi, elle commence par interpréter la décision du mois d'août 1884, comme l'Archevêque de Québec avait interprété les décrets de 1876 et de 1883, c'est-à-dire obligeant les membres de l'Ecole de la même manière que tous les catholiques, à tout faire pour favoriser Laval; c'est, nous le répétons, le principe même en vertu duquel les membres de l'Ecole de Médecine ont été déclarés rebelles à l'Eglise, comme coupables de désobéissance, en refusanc de détruire leur Ecole pour faire place à Laval. On y répète que l'Ecole, vu les circonstances actuelles, reste libre d'ouvrir ses cours aux étudiants et que les provisions disciplinaires portées contre elle cessent d'avoir cours; mais il n'y a pas un mot, pour lever ou révoquer la sentence de condamnation contre l'Ecole.

Nous apprenons aussi que l'Université Laval a publié la dite condamnation dans son annuaire de 1883-1884; et nous exigeons qu'elle publie en entier la décision du mois d'août dernier. >

A. ces causes, l'Ecole catholique de Médecine et de Chirurgie de Montréal, protestant de son dévouement au Saint-Siège et de sa soumission sincère aux décisions de la Sacrée Congrégation de la Propagande, aussi bien que de sa détermination de travailler constamment à mériter de plus en plus les faveurs du Saint-Siège, par son enseignement et sa discipline, prie Votre Excellence et l'Em. Préfet de la Propagande de lever tous doutes sur les droits de l'Ecole de vivre sans être

molestée de la part de qui que ce soit et sur celui d'avoir le contrôle exclusif de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, de la Maternité des Sœurs de la Miséricorde et des dispensaires servis par les Sœurs de la' Providence et les Sœurs-Grises; qu'il soit enjoint à l'Archevêque de Québec et à l'Evêque de Montréal, ainsi qu'aux autres Evoques qui ont publié la condamnation susdite, de la révoquer publiquement, formellement, en termes clairs et non équivoques, et de publier la dite décision et les autres qui suivront dans leur intégrité et de ne plus molester la dite Ecole, ni sourdement ni publiquement; mais, au contraire, de respecter ses droits; enfin, d'obéir aux dites décisions et de les exécuter sincèrement et loyalement.

Les soussignés, délégués et avocat de la dite Ecole, à qui ils désirent rendre compte de leurs travaux, sollicitent instamment de Votre Excellence et de l'Em. Préfet de la Propagande, mie décision écrPe, communiquée cà eux, sur leurs demandes et requêtes, pour -qu'ils la transmettent à la dite Ecole et la déposent dans ses archives.

Et les soussignés ne cesseront de prier.

Ths E. d'Odet d'Orsoxxexs, Prés., Ls E. Desjardixs, M. D., S. Pagxuelo, Avocat, C. R.

Montréal 17 octobre 1884.

Voici les documents produits par l'Ecole de médecine à l'appui de ses requêtes :

Evèché de Montréal, 12 septembre 1884.

M. Ths. E. d'Odet d'Orsormens, Président de 1 Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Monsieur le Président,

Il est de mon devoir de vous transmettre la partie suivante d'une décision du Saint-Siège relativement à la question entre l'Université-Lavai et sa Succursale à Montréal d'une part, et l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal d'autre paît.

Après avoir décidé que les Décrets de 1876 et de 1883 sont maintenus, le Saint-Siège, entre autres choses, me communique ce qui

suit, et qui a trait à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Le Saint-Siège déplore hautement .que l'union de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal avec la succursale et la séparation de la dite Ecole d'avec l'Université Victoria n'aient pas eu lieu. L'Eme Préfet de la Propagande m'a informé que va les circonstances actuelles j'ai à laisser l'Ecole de Médecine de Montréal et ses Hôpitaux dans le Statu quo.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Président, Votre très respectueux serviteur.

f Edouard Chs., Ev. de Montréal.

A cette première démarche devait s'ajouter une action publique capable de fixer l'opinion et "Mgr Fabre publia le Mandement restrictif qui suit :

Edouard-Charles Fabre, par la grâce de Dieu et du siège Apostolique, Evêque de Montréal, etc., etc., etc.

Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les fidèles de Notre Diocèse, salut et bénédiction len Notre-Seigneur.

Nos Très Chers Frères.

La volonté du Chef Suprême de l'Eglise et du Premier Pasteur de nos âmes se manifeste avec plus de force que jamais par rapport à une question, qui agite depuis longtemps les esprits parmi nous, je veux dire la question universitaire. Ces jours derniers, il Nous était communiqué par une voie autorisée, une nouvelle décision du Saint-Siège, et cette décision est tellement péremptoire et finale que, non seulement elle n'admet aucune réplique, mais qu'encore elle demande un acte loyal et chrétien d'obéissance à ceux, dont elle contrecarre les vues et opinions le plus directement.

Après avoir de nouveau discuté cette question, la S. Congre tion de la Propagande, le 11 août dernier, en est venue à la conclusion qu'on devait s'en tenir aux décisions déjà données en conformité avec les décrets de 1876 (1er février) et de 1883 (27 février), — In decisis juxta Décréta 1876 et 1883, et ad mentent. — Dans l'expression de ses intentions, la S. Congrégation expose qu'elle reconnaît comme unique université catholique dans la Province l'Université Laval et sa Succursale à Montréal; et là-dessus elle donne aux Evêques les avis qu'elle croit opportuns, en-

tr'autres choses, qu'ils aient soin d'amener l'affiliation de leurs collèges et séminaires à l'Université Laval, si déjà cette affiliation n'est pas effectuée.

Le Saint-Siège déplore hautement que l'union désirée de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal avec la Succursale et sa séparation d'avec l'Université Victoria n'aient pas eu lieu. L'Ecole de Médecine et ses Hôpitaux vu les circonstances actuelles seront laissés dans le statu quo.

Cette décision de la S. Congrégation a été approuvée dans tous ses points par Notre Très Saint-Père le Pape, et communiquée aux Evêques de cette Province avec ordre de la mettre à exécution.

C'est l'heure ou jamais de montrer notre esprit de foi et d'obéissance, non pas de cette obéissance chagrine et ergoteuse, qui se soumet' à force majeure en public, et qui discute dans son particulier, qui proteste hautement de sa soumission, tout en faisant de secrètes réclamations et en laissant échapper de sourds murmures ou des blâmes amers contre les volontés du Saint- Père. Non, telle ne doit pas être notre obéissance. Elle devra être franche, sincère, loyale et ne verra rien de mieux que ce que le Pape ordonne, comme aussi elle se pliera volontiers à mettre en pratique les moyens, qui seraient suggérés, de réaliser les vues du Prince de l'Eglise.

Pour Notre part, Nous nous soumettons de tout cœur et toute âme aux ordres du Vatican. Ayant marché jusqu'ici, malgré les obstacles, les tracasseries, les oppositions sans nombre, que nous avons rencontrés sur notre route, dans la voie de l'obéissance au Saint-Siège, Nous continuerons, quoi qu'il puisse arriver, à suivre ce sentier; et Nous avons la ferme confiance que tout le Diocèse, Clergé et fidèles, hommes des classes instruites comme des classes ouvrières, journalistes et écrivains, tous se feront un bonheur de marcher sur nos pas. Si quelque voix discordante venait à s'élever, il y a assez d'hommes de bonne volonté, Nous en sommes convaincus, parmi les catholiques humbles, sincères, convaincus que leur rôle est de se soumettre à l'autorité et non p;is de la contrecarrer, pour imposer, par leur attitude ferme et leur soumission, le silence à ces autres catholiques, qui veulent voir, en dépit de tout, l'autorité passer par leurs visées et par leurs opinions.

En conséquence, Nos Très Chers Frères, Nous vous exhortons dans le Seigneur à mettre de côté tout esprit de contention, et

de dispute, tout sentiment de rancune, de regret ou de mécontentement, pour ne vous laisser guider que par l'obéissance à Notre Saint-Père le Pape. C'est là une consolation, une satisfaction, que nous devons donner comme catholiques au Captif du Vatican, au Vicaire de Jésus-Christ.

1. Nous regarderons comme une faute tout écrit qui portera le blâme, la suspicion ou la désobéissance ouverte contre la dernière décision de Saint-Siège relative à la question universitaire.

2. Nous regarderons comme péchant gravement ceux qui feront sortir de semblables écrits, ou qui en favoriseront la dissémination, soit en aidant les auteurs de ces écrits, soit en s'abonnant à leurs organes, soit en achetant les publication désignées dans le paragraphe précédent.

3. Il sera donc du devoir de tout catholique sincère de renvoyer les journaux, qui se feraient les propagateurs des opposants aux idées du Saint-Siège et de l'autorité diocésaine, dans les matières qui toucheront à l'obéissance au dit Décret.

En ce jour du Saint Nom de Marie, invoquons la patronne de Ville-Marie; demandons-lui de réunir tous les catholiques de ce diocèse sous la même bannière de l'obéissance au Saint-Siège, obéissance qui est notre force, et qui seule peut être notre sauvegarde dans les temps malheureux que nous traversons.

Nous vous bénissons avec effusion de cœur et Nous prions le ciel de continuer à vous protéger, à vous combler de ses dons et de ses faveurs les plus insignes.

Sera le présent Mandement lu et publié au prône des églises paroissiales ou autres, où se fait l'office public, ainsi qu'au Chapitre des Communautés Religieuses, le premier dimanche après réception.

Donné à Montréal, en Notre Palais Episcopal, en la fête du Saint Nom de Marie, (14 septembre 1884), sous Notre Seing et Sceau, et le Contreseing de notre Chancelier.

f Edouard Chs., Ev. de Montréal,

Par Mandement de Monseigneur,

T.-HAREL, Ptre, Chancelier.

Ce Mandement fut suivi pour le clergé du diocèse de Montréal de la circulaire ci-dessous dont copie fut refusée à l'Ecole de médecine.

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