L. Z., Ev. de Saint-Hyacinthe
Mais Pv.ome avait parlé et la cause était finie.
Cependant une circulaire tendanciruse .alresvée à son c'ergé par Mgr Fabre, évêque de Montréal, amena, de la part de ce clergé, la protestation fondée ci-desssous :
A Son Excellence Dom. Henri Smeulders, Commissaire Apostolique au Canada.
Excellence, Dans une circulaire du 4 novembre dernier au clergé de son diocèse, Mgr de Montréal nous informe qu'il a fait connaî-
tre à Son Eminence le cardinal Siméoni, préfet de la Propagande, entre autres choses, « le malaise qui règne au sein du clergé à l'occasion de la question de la succursale Laval à Montréal, et le peu de sympathie et d'appui qu'il rencontre de la part de plusieurs de ses prêtres, pour le fonctionnement de cette institution, malgré qu'il n'eût en vue que l'obéissance aux volontés du Saint-Siège ».
Et Mgr reproduit la lettre de Son Eminence du 18 octobre 1884, adressée à Sa Grandeur, et dans laquelle on voit que « plurimi ex clero ^de Montréal) eà quà par est reverentià de- » cisionibus S. Sedis non acquiesçant, potissimum cum ad Loc » inducantur ex valde damnandà suspi.ione quod S. Sedes non » a sapientia Dei, sed ab hominum circumventionibus ad res » judicandas cogi possit. »
Les soussignés font partie de ce clergé de Montréal, dont plusieurs prêtres sont si gravement incriminés par leur évêque.
Ils croient que c'est leur devoir de protester contre cette double accusa. ion d'insubordination aux décisions du Saint- Siège, et du soupçon injurieux d'intrigues qui président à ses jugements.
Ils croient servir la justice et la vérité en déclarant :
1° Qu'en effet il y a du malaise et un grand malaise dans le diocèse de Montréal et dans toute la province de Québec, non seulement dans le clergé, mais aussi parmi les bons laïcs; c'est un fait incontestable.
2 Mais que ce malaise ne vient -ïiullement de l'insubordination de plusieurs prêtres aux dérisions du Sain
Pour appuyer ! o:re protes'.ation, nous déclar us que les prêtres accusés sont, comme la masse du clergé dans la province, profondément attachés au Saint-Siège, et qu'ils suivent avec respect ses enseignements; qu'il n'y a que quelques abbés libéraux, amis et partisans d'hommes politiques et de journaux libéraux avancés; mais que ceux-là, cause sérieuse de malaise, ne sont accusés ni par .Mgr de Montréal ni par l'an hevèquc de Québec.
Qu'une autre cause du malaise et de l'affliction du clergé le Montréal, c'est la manière avec laquelle notre évêque nous a communiqué la décision du Saint-Siège du 14 août dernier, dans la question universitaire.
Notre évêque, après avoir reçu de Rome l'ordre de suspendre ses procédés arbitraires et injustes à l'égard des professeurs et des élèves de l'Ecole de médecine de Montréal et envers l'Hôtel-Dieu, obligé de retirer son Mandement comminatoire, calqué sur la lettre illogique de l'archevêque, s'adresse à nous comme à des rebelles et se loue lui-même de sa soumission au Saint-Siège. Il ne rétracte qu'à demi ses injustes prohibitions, et fournit aux journaux libéraux un thème à leurs commentaires, injurieux au clergé et aux. vaillants catholiques.
Une autre cause de malaise, c'est la faiblesse et le imutisme de l'évêque de Montréal devant la mauvaise presse comme devant les excès des libéraux de l'Institut Canadien, société littéraire justement censurée, qui reprend son œuvre; c'est sa rigueur et même son hostilité envers la presse catholique et les journalistes sincèrement dévoués à l'Eglise; c'est la conduite de l'Université Laval dans ses transactions avec l'Ecole de médecine, conduite arbitraire, injuste, contraire aux décrets apostoliques, conduite cependant que notre évêque de Montréal a tolérée et même approuvée, violant ainsi des conditions signées 'de sa main; c'est sa convention avec le Séminaire de Québec, relativement aux édifices projetés pour la succursale, convention contraire au décret de 1876, lequel charge, non l'évêque de Montréal, mais les évêques de la province de pourvoir à son exécution.
C'est le projet d'adresse au Saint-Père que notre évêque a fait préparer à la suite des décrets de 1883, et dans lequel on avait intercalé des aveux vde prétendues fautes qui répugnaient tellement à la conduite toujours respectueuse du clergé, que la plupart des prêtres ne voulurent point signer d'abord et ne consentirent à le faire ensuite que sur une troisième correc-
tion de l'adresse et pour avoir la paix avec leur évèque et ne pas donner même de prétexte de suspecter leurs sentiments de respect et d'obéissance au Saint-Père.
Pour appuyer leur protestation contre l'accusation de leur évèque, et pour prouver les faits mentionnés ci-dessus, les soussignés supplient avec instance Votre Excellence d'instituer à ce sujet mie enquête canonique, et de mettre notre évoque en demeure de prouver par des faits ses accusations.
Ce n'est pas pour une satisfaction personnelle que n^us sollicitons cette enquête, mais à cause de notre caractère sacer-, dotal et du ministère sacré que nous exerçons.
En effet, l'accusation d'insubordination et de soupçons injurieux au Saint-Siège, portée par notre évèque, devenant publique (et elle a déjà un commencement de publicité), çon> ment les fidèles confiés à nos soins pourront-ils nous conserver leur confiance et demeurer eux-mêmes dans la subordination envers leurs pasteurs ?
C'est aussi pour sauver aux yeux de nos populations la réputation de justice et d'impartialité des congrégations romaines.
C'est ici que nos accusateurs s'efforcent de tourner contre nous des faits malheureusement trop réels, mais dont ils sont les auteurs et nous les victimes.
Un mémoire présenté à Votre Excellence le 6 mars 1884, repoussse l'accusation d'intervention indue du clergé dans les élections politiques; et les signataires demandaient une enquête juridique pour leur justification. Quatre documents émanés des Congrégations romaines et publiés dans les journaux par l'archevêque, sont devenus des faits du domaine public. Or, les accusations graves relatées dans ces documents sont péremptoirement réfutées et détruites dans le mémoire précité.
Les soussignés rappellent à Votre Excellence les mots suivants que les évêques de la province disent à propos du premier document :
« La S. Congrégation a été certainement induite en erreur, en prêtant l'oreille à des hommes qui se tiennent dans l'ombre pour porter une accusation aussi odieuse contre le clergé de toute une province, qui, grâce à Dieu, est attachée à ses devoirs. »
Le second document (les Instructions du Saint-Office), daté de la même année, est atteint et réfuté, aussi bien que le premier, par les réclamations des évêques de la province.
Le troisième document réfère au second et n'a pas par conséquent plus de valeur.
Le quatrième document, renfermant les mots : « Certains catholiques cherchent à fomenter des dissensions, soit par rapport à l'ingérence indue dans les élections, 'soit par rapport à la succursale » de... a provoqué de la part des évêques la justification du clergé.
Les renseignements contenus dans les cloeumen's romains d'une part, et d'autre part les renseignements donnés parles évêques de la province, étant contradictoires, il en résulte que les uns ou les autres sont faux et mensongers.
Dans ce conflit de renseignements, nous pouvons dire ce que disait l'archevêque de Québec au Gard. Franchi en 1876 :
« Quantacumque sit auctoritas eorum a quibus reclamatio- » nés factso fuerunt, inauditi ,non sumus vcondemnandi. Nos au- » teni defendere non poterimus quamdiu illee accusationes in » specie nos latuerint. »
Voilà pourquoi nous référons par la présente supplique notre demande d'enquête juridique et pour notre justification et pour l'honneur du Saint-Siège, qu'on a cherché à induire en erreur.
Depuis trop longtemps et dans trop de questions, des accusateurs audacieux abusent des ténèbres dent ils s'enveloppent : il faut faire la lumière sur leurs agissements. Il faut qu'une enquête sévère et juridique révèle au Saint-Siège la situation vraie du pays;
Que les abus d'autorité dont se sont rendus coupables l'ar-
chevêque de Québec et l'évêque de Montréal soient redressés;
Que l'union des esprits et des cœurs soit rétablie par la condamnation énergique et précise des erreurs et des torts, et par une direction ferme et claire donnée par le Saint-Siège.
Et les soussignés ne cesseront de prier pour le triomphe de la vérité, la prospérité de l'Eglise et la conservation de N. S.-F. le Pape. —
Les soussignés prient Votre Excellence de déposer la présente réclamation devant Sa Sainteté.
Montréal, 9 décembre 1884.
(Suivent les signaturess.) .
La solution équitable, donnée au conflit pendant, entre l'Ecole de Médecine et Laval ne fit pas le bonheur de tous. L'archevêque et l'Université, confondus, gardèrent le silence; mais leurs porte-paroles habituels exhalèrent leur colère et s'y prirent surtout en abreuvant le digne commissaire d'outrages. On en lira quelques spécimens avec écœurement en s'étonnant toutefois que l'archevêché, si puissant dans les bureaux de Québec, ne tenta rien pour mettre fin à ce scandale :
(De YElccteur, numéro du 29 décembre 1884). — « M. l'abbé Smeulders, l'ancien délégué apostolique, a quitté Montréal, ce matin, pour retourner à Rome.
« On a tenté de lui organiser une démonstration à son départ, mais le savant religieux a refusé, et avec beaur. ■ de raison suivant nous.
« Non* savons, en effet, de bonne source que la mission •Je M. l'abbé Smeulders est terminée depuis quelque temps déjà. L'avis de son rappel est parti de Rome le 3 novembre et il a dû 1*' Recevoir vers le 20 novembre.
«M. l'abbé Smeulders n'était donc plus délégué a; oîtolique lors de l'entrée de Mgr l'archevêque <!<• Québec eu cette ville, le lundi 1er décembre, ni lorsqu'il recevait l'adresso des citoyens de Trois-Rivières.
« Avis aux journaux qui ont prétendu que M. l'abbé Smeul*
ders avait eu raison de refuser de s'associer aux réjouissances de notre population au retour de son archevêque, parce qu'il n'aurait pas été convenable pour un supérieur d'aller à la rencontre d'un inférieur ».
(De l'Événement du 29 et du Canadien du 30 décembre 1884). — « L'Électeur annonce que Mgr Smeulders a reçu, vers le 20 de novembre dernier, avis de son rappel à Rome. Depuis ce temps il gavait donc .qu'il ne représentait plus le Saint- Siège au Canada. »
(De l'Electeur du 3 janvier). — « Le Star fait le récit des circonstances qui ont amené le rappel de Mgr Smeulders à Rome. La version que nous donne notre confrère est incomplète sur plusieurs points, 'et sur d'autres il y a lieu à correction.
«Ainsi, il est parfaitement établi que, lorsque l'ex-délégué apostolique a quitté Québec pour la première fois, il semblait dès lors avoir pris le parti bien, arrêté de contrecarrer les vues de nos ultramontains. C'est ce qu'on a pu du moins conclure d'une conversation qu'il eut dans le temps avec un personnage distingué de cette ville qui allait partir pour l'Europe; Mgr Smeulders le pria d'aller répéter a Rome le langage très significatif qu'il venait de tenir contre les ultras.
» Mais une fois à Montréal, le révérend abbé fut circonvenu de toutes parts par des adversaires de Mgr Taschereau qui s'appliquèrent à détruire les impressions favorables qu'il s'était déjà formées sur 'le compte de l'archevêque. Des gens vinrent de partout pour l'exciter contre celui-ci. L'une de ces personnes n'est pas M. Pagnuelo, avocat de Montréal, comme dit le Star, mais le frère de ce dernier, épicier à Saint-Hyacinthe ».
(De l'Électeur du 7 janvier, reproduisant avec complaisance le Star, journal protestant et maçonnique de Montréal). — « Mgr Smeulders a-t-il été véritablement rappelé par le Saint- Siège, ou est-il parti de son bon gré, parce qu'il croyait sa mission terminée?
» Il a été virtuellement rappelé. La lettre du cardinal Siméoni lui annonçant son rappel, est partie de Rome le 3 novembre et a dû lui être remise le 20 du même mois.
» Savez-vous pourquoi il a été rappelé?
» Parce que les cardinaux de la Propagande étaient convaincus d'après les rapports de Son Excellence lui-même et probablement par les informations transmises par Mgr l'Archevêque de Québec, que son Excellence était devenu involontairement la victime innocente d'une clique, et qu'il était ccnséquemment dans l'impossibilité de remplir convenablement sa mission.
» On considère donc à Rome que Mgr Smeulders a complètement failli dans sa mission?
» Tout le monde est parfaitement convaincu de cela, et on ne se gêne pas de dire qu'il a fait le fiasco le plus complet qui ait jamais été signalé dans les annales de la Propagande.
» Il avait autorisé Mgr fLaflèche à faire chanter un Te Deum dans toutes les églises de son diocèse et à recevoir des adresses favorables au statu quo du diocèse.
» Blâmé sévèrement par le Saint-Siège.
» Sur la foi de certaines personnes, Mgr Smeulders formula certaines accusations.
» Le Saint-Siège en demanda la preuve, et comme il ne put en fournir aucune, il fut, selon l'expression d'an cardinal cucinato in œternum. »
(De l'Électeur du 8 janvier). — « L'ex-commissaire apostolique n'est donc pas même invité à aller rendre compte de sa mission au Saint-Siège,. Il retourne paisiblement à son monastère,
» Ceux qui ont voulu surprendre la bonne foi de cet excellent religieux sont-ils assez punis? »
(Du Canadien du 10 janvier). — « Une chose est certaine entre toutes : Uex-délégué n'a réglé aucune de nos difficultés religieuses. Au contraire, sa présence ici a tout aggravé. Excellent moine, religieux d'une très austère vertu, il a donné
l'exemple d'une abstention complète de diplomatie et de clairvoyance. Il s'est laissé entourer par quelques intiigants désireux de prolonger les discordes desquelles ils vivent.
» Les uns disent qu'il a été rappelé, d'autres soutiennent qu'il ne l'a pas été. S'il a été rappelé, il est heureux qu'il ait quitté cette province, car sa présence ne pouvait que faire porter à la cour pontificale des responsabilités regrettables et perpétuer des malentendus qui, espérons-le, ne tarderont pas à cesser.
» Tous les catholiques éclairés pensent et disent ce que nous venons d'écrire. C'est évidemment aussi l'avis du Saint-Siège, puisque, rappelé ou non, M. l'abbé Smeulders est reparti du pays. »
La vérité est que Mgr Smeulders, en rentrant à Rome, y avait été tellement calomnié et vilipendé par les tenants de Laval que l'accueil qui lui fut réservé dans la Ville Eternelle fut des plus réfrigérants et parfaitement de nature à éprouver douloureusement une vertu très exercée. Il fut tenu à Técart, ne put aborder le Saint-Père. On triompha envers et contre lui... mais pas jusqu'au (bout, car quand il fallut mettre la dernière main à l'œuvre de Laval à Montréal on se rappela en bon lieu de Mgr H. Smeulders; on rendit hommage à son expérience acquise sur place en lui confiant le soin d'élaborer un programme qui, tout en laissant subsister la fiction de Succursale, pour Montréal, donnait à cette ville en réalité, avec des réserves fort réduites, mie Université Laval indépendante.