DOCUMENTS PONTIFICAUX ET EPISCOPAUX
Le soussigné ci-devant était, hélas! encore loin de voir exaucées ses prières.
En effet, je relève à la date du 27 Février 1883, un autre Décret pontifical plus impératif à rencontre de ses vues et de ses espérances. Voici ce document traduit du latin :
Sacrée Congrégation de la Propagande, Rome.
Comme l'Université Laval et sa Succursale établie à Montréal par autorité apostolique se trouvent depuis longtemps en butte à de grandes difficultés à cause des discussions qu'on a soulevées et des inimitiés qu'on a suscitées contre elles à leur très grave détriment, Notre Très Saint Père Léon XIII, par la divine Providence Pape, voulant extirper jusqu'à la racine toutes les dissensions et ramener la paix et la concorde, après avoir examiné de nouveau et pesé la valeur de toutes les raisons exposées jusqu'à présent sur cette affaire, a ordonné, dans l'audience du 18 février 1883, en vertu de son autorité, qu'en tou' ce qui concerne la dite Université et sa Succursale établie à Montréal, tous les fidèles observent scrupuleusement les prescriptions contenues tant dans la résolution ou le décret de la S. C. de la Propagande du 1er février 1876, que dans la constitution apostolique qui érige oanoniquement la dite Université et qui on! d'ailleurs été renouvelées et confirmées par le même Souverain Pontife.
De plus, dans la même audience, Sa Sainteté a ordonné rigoureusement, en vertu de la sainte obéissance, à tous les fidèles, ainsi qu'aux ecclésiastiques de quelque degré et dignité que ce soit en Canada, de ne point oser à l'avenir, par eux-mêmes ou par d'autres, par des actes ou dans des écrite, surtout s'il> sont rendus publics, tramer quoi que ce soit contre la dite Unirersi té et sa Succursale, ou l'attaquer d'une manière quelconque, mais
que plutôt, s'abstenant de mettre le moindre empêchement à l'exécution du dit décret et de la constitution apostolique susdite, tous s'appliquent suivant leurs forces à favoriser la dite Institution et à lui prêter secours et protection.
Enfin, le Saint-Père a ordonné que le présent décret soit publié par tous les Evêques de la province de Québec dans leurs diocèses respectifs, comme ordre absolu du Saint-Siège pour dirimer les susdites questions.
Donné à Rome, de la S. C. de la Propagande, le 27 février 1883. L. f S.
(Signé), Jean Card. Simeoni, Préfet.
(Signé), f D. Arch. de Tyr, Secrétaire.
Or, donc, avec plaisir ou chagrin, selon la position prise dans le litige, les évoques de la province de Québec publièrent le Décret ci-dessus avec plus Ou moins de commentaires.
Il revenait à Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de Québec, qui voyait ainsi triompher sa cause malgré tous, d'ouvrir le feu des communications, et voici de quel mandement il alla à la besogne le 19 mars 1883 :
Par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Archevêque de Québec, Assistant au Trône Pontifical,
Au Clergé Séculier et Régulier et à tous les fidèles de l'Archidiocèse de Québec, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
Déjà, Nos Très Chers Frères, dans notre mandement du 2 février 1882, Nous vous avons rappelé avec quel respect tous les enfants de l'Eglise doivent recevoir et exécuter les décisions du Saint-Siège.
L'Eglise catholique est un temple dont Jésus-Christ est le pontife étemel selon l'ordre de Melcbisédeeh (Ps CIX. 4) et de même qu'ils se sert du ministère de ses prêtres pour offrir le sacrifice non sanglant de nos autels, il parle aussi par leur bouche du haut de la chaire de vérité pour enseigner toutes les nations et leur apprendre à observer tout ce que ce divin Sauveur a enseigné.
C'est aussi un royaume dont le souverain est Jésus-Christ,
le roi immortel des siècles (I Tim. I. 17). « Société visible à laquelle tous les hommes sont obligés de se joindre sous peine de périr éternellement, l'Eglise a besoin d'un chef visible, dont la majesté soit un reflet de celle du chef invisible, et dont l'autorité s'exerce dans tous les temps et dans tous les lieux pour maintenir l'unité et l'ordre au milieu de cette multitude innombrable et la conduire à sa fin dernière. Cette royauté spirituelle du Souverain Pontife a un droit rigoureux à notre respect et à notre obéissance. Ne séparons jamais ces deux sentiments qui ne peuvent être sincères l'un sans l'autre. Et comme cette royauté a une origine et une. fin surnaturelles, notre respect et notre obéissance doivent être de même ordre, c'est-à-dire, avoir leur racine dans la foi et leur sève dans la charité, qui est le lien de la perfection (Col. III. 14). »
« Nous sommes tenus d'honorer nos pères selon la chair et de leur obéir, car dit saint Paul, cela est juste... c'est le premier commandement fait avec une promesse; hoc enim justum est... quod est mandatum primum in promissione (Eph. VI. 1, 2.). Depuis quarante siècles la malheureuse postérité do Cham expie la violation de ce grand précepte (Gen. IX. 23); terrible exemple de l'importance que la justice infinie de Dieu attache à l'honneur que les enfants doivent à leurs parents. »
« A plus forte raison devons-nous honorer celui qui dans l'Eglise exerce visiblement l'autorité du Père de Noire-Seigneur Jésus-Christ de qui dérive toute paternité dans le ciel et sur ki terre, ex quo omnis pateruitas in cœlo et in (orra nominatur (Eph. III, 15.) De même que le Fils de Dieu exerce son pontificat et annonce sa parole par le ministère de ses prêtres et de ses apôtres, ainsi gouverne-t-il son Eglise par le successeur de saint Pierre ».
« Quand donc, N. T. C. F., celte voix paternelle et royale tout ensemble se fait entendre pour juger un différend, donner une direction à suivre, imprimer à une institution naissante l'élan qui doit en assurer le succès; poser des bon
à des aspirations dont la réalisation pourrait empêcher un plus grand bien, ou causer des inconvénients, réprimer un abus ou frapper des- coupables... le devoir de tout vrai catholique est d'obéir à cette autorité tutélaire, sans laquelle» tout serait désordre et confusion dans ce vaste royaume ». (Mand. No. 107, 2 février 1882.)
Voilà ce que Nous vous disions il y a quatorze mois à l'occasion de deux décrets aposto iques dont l'un regard it ce qu'on appelle la question de l'Université Laval. Nous promulguons aujourd'hui sur le même sujet, et par l'ordre exprès du Souverain Pontife, un nouveau décret du 27 février, dont Nous allons vous expliquer les principales parties.
1° Le Souverain Pontife déclare que non seulement l'Université elle-même, mais aussi sa succursale à Montréal, a été établie par autorité apostolique. Il n'est donc plus permis d'entretenir le moindre doute à ce sujet.
2° Voulant mettre fin aux discussions et aux attaques soulevées contre cette institution et aux très graves dommages qui en résultent pour elle, le Saint-Père, plein de sollicitude pour le bien de la religion, n'a pas hésité d'examiner de nouveau et de peser mûrement la valeur des raisons exposées de part et d'autre dans cette affaire; ce qui, d'un côté, indique quelle importance il y attache, et de l'autre, nous fait pressentir avec quelle docilité nous devons tous écouter sa voix.
« On peut dire que jamais cause n'a été 'examinée plus sou- » vent, ni avec plus de soin, ni par une plus haute autorité. » Aucun tribunal au monde n'aurait consenti à pousser la » condescendance jusqu'à ce point. (Mand. No. 107).
3° En vertu de son autorité suprême, il ordonne l'observance scrupuleuse de ce qui est prescrit dans le décret de la S. C. de la Propagande du 1er février 1876, et dans la bulle d'érection canonique de l'Université, documents déjà renouvelés et confirmés par le Souverain Pontife. Dans le premier de ces deux documenls, le Saint-Siège a pour but « d'em-
» pêcher que des écoles de Droit et de Médecine ne continuent » d'être affiliées à des Universités protestantes, et beaucoup » plus encore que les étudiants catholiques ne fréquentent » de telles Universités. » C'est à quoi maintenant il faut tendre par l'unique moyen possible indiqué dans le même décret, savoir : en favorisant la succursale de l'Université à Montréal.
4° Pour manifester sa volonté, le Souverain Pontife se sert aujourd'hui des expressions les plus fortes et les plus générales, puisqu'il ordonne rigoureusement en vertu de la sainte obéissance. Il n'y a non plus aucune exception quant aux peisonnes : archevêques, évoques, prêtres, religieux, ecclésiastiques de tout degré et de toute dignité; fidèles de toute condition et de toute profession... tout catholique qui veut rester tel doit se soumettre.
5° Que défend le décret? Il défend d'oser à l'avenir tramer quelque projet contre l'Université et sa Succursale; l'attaquer de quelque manière que ce soit, par soi-même ou par d'autres, par des actes ou par des écrits, surtout s'ils goint rendus publics, d'où il faut inférer que même des écrits non publics sont défendus.
6° Que commande le décret? Non seulement il commande de s'abstenir de mettre le moindre empêchement à l'exécution du décret du 1er février 1876 et de la bulle d'érection, mais aussi de s'appliquer suivant ses forces à favoriser cetle Institution et à lui prêter secours et protection.
Ce serait désobéir gravement à ces ordres si précis et si généraux que de chercher, directement ou indirectement, à diminuer le prestige d'une Institution que le Souverain Pontife prend si solennellement sous sa protection.
Il ne serait pas bon catholique celui qui mettrait des obstacles au fonctionnement régulier de la succursale, soit en soulevant ou entretenant d'injustes préjugés contre elle, soit en créant de nouvelles difficultés civiles dans l'espoir de rendre inutiles les décisions du Saint-Siège
Ce serait agir contrairement à l'ordre du Saint-Père que de recourir à la presse ou de publier des écrits pour formuler des accusations contre l'Université Laval, au lieu de s'adresser au tribunal régulièrement établi pour la juger.
Il y aurait désobéissance flagrante à la bulle d'érection, et aux décrets de 1876, de 1881 et de 1883, que de chercher à détourner les jeunes catholiques d'aller soit à l'Université de Québec, soit à la succursale de Montréal.
Bien plus, le Souverain Pontife 'Ordonne strictement que tout laïque ou membre du clergé profite des occasions qui se présentent pour aider et protéger suivant la mesure de ses forces cette Institution en y dirigeant les jeunes catholiques.
En insistant de cette manière, N. T. C. F., sur les divers points de ce nouveau décret apostolique et sur les fautes où tombent ceux qui les enfreignent, Nous sommes loin de vouloir vous adresser un reproche. Au contraire, Nous sommes heureux de pouvoir rendre au clergé et aux fidèles de l'archidiocèse le témoignage que ce n'est pas à eux qu'il faut attribuer la triste nécessité où s'est trouvé le Saint-Siège de revenir à la charge d'une manière si sévère et si solennelle. Il n'y a pas ici d'école catholique affiliée à une Université protestante contrairement à une défense du Saint-Siège qui date déjà de sept ans. Nos élèves catholiques, à part quelques rares et déplorables exceptions, ne fréquentent que des institutions catholiques. Ce n'est pas parmi nous qu'ont pris naissance ces obstacles et ces procès qui ont été suscités à la Succursale, contrairement à la volonté du Saint-Siège. Dans ses actes publics, le clergé de l'Archidiocèse s'est constamment montré fidèle à ses traditions de respect et de soumission envers l'Episcopat, les Sacrées Congrégations romaines et le Souverain Pontife : aussi voyons-nous ses travaux couronnés de succès, son zèle récompensé par le respect et la soumission des fidèles. Nous avons la ferme confiance que ces excellentes dispositions ne feront que prendre chaque jour de nouveaux accroissements. Unissez vos prières aux Nô-
très, N. T. C. F., afin qu'il en soit ainsi jusqu'à la consommation des siècles.
A ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, nous réglons et ordonnons ce qui suit :
1° Le décret apostolique du 27 février 1883 sera lu et promulgué en langue vulgaire, dans ce diocèse, à la suite du présent mandement;
2° Nous recommandons au clergé et aux fidèles de ce diocèse, de faire ce qui dépendra d'eux pour que les intentions du Souverain Pontife obtiennent leur plein effet.
Sera le présent mandement lu au prône de toutes les églises et chapelles paroissiales et autres où l'on fait l'office public, ainsi qu'en chapitre dans les communautés religieuses, le dimanche qui suivra sa réception.
Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de l'archidiocèse, et le contre-seing de notre secrétaire, le dix-neuf mars mil huit cent quatre-vingt-trois, douzième anniversaire de notre consécration épiscopale.
t E. A. Arch. de Québec.
Remarquez l'insistance apportée à faire bien ressortir ce que le Saint-Siège ordonne et défend, et la tendance à exagérer ces commandements; voyez surtout l'accusation directe portée contre l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, et aussi contre ses professeurs auxquels est imputée à crime Ja défense naturelle qu'ils ont présentée à qui de droit en faveur de leurs immunités méconnues, de leurs intérêts lésés.
Mgr Duhamel, évoque d'Ottawa, récemment décédé, fut le second à publier le décret pontifical par la lettre pastorale, plus sobre, qui suit :
Joseph-Thomas Duhamel, par I :<" de Dieu
Grâce du Saint-Siège Apostolique, Evoque d'Ottawa, Assistant au Trône Pontifical, etc., etc.
Au clergé, aux communautés religieuses et aux fidèles du diocèse d'Ottawa, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.
Nos Très Chers Frères,
Nous nous faisons un devoir de publier, le jour même que nous en recevons la copie, un décret concernant l'Université Laval et sa succursale à Montréal. Ce document pontifical trace à tous leurs devoirs envers cette Institution et sa succursale établie par autorité apostolique; il exprime en termes très précis qu'elle est la volonté expresse et suprême du Souverain Pontife, le Pape Léon XIII, et fait connaître l'ordre absolu du Vicaire de Jésus-Cbrist. Ce décret a une importance telle que, dans cette province ecclésiastique, tout enfant soumis de l'Eglise doit s'empresser d'en prendre connaissance et.de s'y conformer en tous points.
(Suit le décret que nous avons déjà publié.)
N. T. C. F., votre prompte obéissance dans le passé à tous les ordres et même aux simples désirs du Chef de l'Eglise Nous est une sûre garantie que ce décret aura dans le diocèse d'Ottawa sa pleine et entière exécution. Quand le Vicaire de Jésus-Christ parle, toute discussion doit cesser; quand il impose une obligation, il est urgent de l'accomplir; quand il défend, il faut s'abstenir; quand il approuve, personne ne doit trouver à redire. Que tous donnent donc secours et protection à l'Université Laval, et à sa succursale, selon que le veut le Pontife qui a tant à cœur la diffusion de toute saine doctrine.
Sera notre présente Lettre pastorale lue au prône de toutes les églises et chapelles paroissiales, et au chapitre dans les communautés religieuses.
Donné à Ottawa, en notre palais épiscopal, sous notre seing et le sceau du diocèse et le contre-seing de Notre Secrétaire, ce vingt-deuxième jour de mars mil huit cent quatre-vingttrois, qui se trouve être, cette année, le Jeudi-Saint.
f Thomas, Ev. d'Ottawa.
Naturellement Mgr Fabre, évêque de Montréal, fut plus prolixe; aussi bien voyait-il nombre d'inquiétudes apaisées, bien des efforts, dignes d'une meilleure cause, couronnés de succès. Il mandait, le 25 mars 1883, ce qui suit, d'accord, du reste, avec Mgr Taschereau, sans lequel il ne s'aventurait guère :
Edouard-Charles Fabre, par la Grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Evêque de Montréal, etc., etc.
Au Clergé séculier et régulier, aux Communautés religieuses et à tous les fidèles de Notre Diocèse, salut et bénédiction en Notre-Seigneur,
ï\os Très Chers Frères,
Nous venons aujourd'hui accomplir un devoir de la plus haute importance, et Nous ne saurions trop vous exhorter à prêter toute votre attention à ce que Nous allons vous communiquer, j
En vertu de l'obéissance que Nous avons jurée au Souverain Pontife au jour de Notre consécration épiscopale, et en vertu de la responsabilité que Dieu a mise sur nos épaules en Nous élevant sur le siège épiscopal de Montréal, Nous avons du Nous charger de la mise en pratique des ordres du Saint-Siège dans une question vitale, et qui a agité longtemps et qui préoccupe encore les esprits au plus haut degré, Nous voulons dire, la question de l'établissement de la succursale Laval à Montréal. Depuis l'année 1877 surtout, tous Nos efforts ont convergé vers ce but. Fort de l'appui du Siège Apostolique et de l'approbation de notre conduite, qui Nous a été donnée depuis cette époque, et à plusieurs reprises, par l'entremise de la S. C. de la Propagande, Nous avons mis tout en œuvre et Nous avons affronté bien des obstacles pour asseoir sur des bases solides cette Institution, que le Saint-Siège Nous imposait pour mission d'implanter à Montréal.
Malheureusement, des difficultés de tous les genres ont été suscitées dans diverses classes de la société contre Nos dé-
marches, qui étaient pourtant conformes aux volontés du Siège Apostolique. Les journaux n'ont relaté qu'une partie de ces obstacles, et cependant, vous savez, N. T. C. F., combien ils ont été nombreux.
A plusieurs reprises, Notre Père commun a daigné Nous faire connaître ses désirs d'abord, et ensuite ses volontés. La plupart d'entre vous ont eu connaissance, par la presse, des avis, que la S. C. de la Propagande, organe de Notre Saint-Père le Pape, Nous a transmis sur cette question. La voix de Notre Père commun, qui n'a fait entendre au commencement que des exhortations salutaires et bienveillantes, est devenue de plus en plus impérieuse. C'est que les esprits d'un grand nombre, dominés par le souvenir des luttes du passé, ne se sont pas soumis et n'ont pas fait acte d'adhésion aux volontés du Saint-Siège.
Aujourd'hui, N. T. C. F., la circonstance est plus solennelle que jamais, et les consciences catholiques se trouvent en présence d'une obligation, devant laquelle ils ne peuvent reculer. L'obéissance est commandée; l'obéissance est le devoir; l'obéissance est la loi; l'obéissance est la route et 4a seule route à suivre.
Ecoutez bien attentivement le Décret du 27 février dernier, que Nous publions à la suite de ce Mandement, et qui vous sera lu en entier, et vous vous convaincrez que l'heure des tergiversations est passée pour ne faire place qu'à la soumission.
En effet, « en vertu de la sainte obéissance, jl est ordonné à tous les fidèles de ne point oser à l'avenir, par eux-mêmes ou par d'autres, par des actes ou dans des écrits surtout s'ils sont rendus publics, tramer quoi que ce soit contre la dite Université (Laval) et sa Succursale, ou l'attaquer d'une manière quelconque ».
Ce n'est pas tout; Notre Saint-Père le Pape veut plus que cela; il ordonne toujours en vertu de la sainte obéissance que « tous s'appliquent suivant leurs forces à favoriser la dite
» Institution et à lui prêter secours et protection » et c'est là « l'ordre absolu du Saint-Siège pour diminuer les susdites » questions. »
Nous avons donc deux devoirs à remplir : cesser de lutter contre cette Institution, et lui prêter secours et protection.
Ce n'est pas le silence seul qui nous est imposé, c'est l'action, et cette action en conformité avec les ordres du Saint- Siège, c'est de favoriser par tous les moyens en .xotro pouvoir le bon fonctionnement et la réussite de la Succursale de Montréal; c'est pour ceux qui ont des enfants se livrant à l'étude des professions libérales, de diriger ces 'jeunes gens vers l'Institution que le Saint-Siège nous recommande; c'est pour les classes dirigeantes de la société d'user de leur influence, pour dissiper les préventions semées contre cette Institution, et encourager les étudiants à venir y puiser la science nécessaire aux diverses professions qu'ils veulent embrasser.
Devrons-nous croire ici que le Saint-Père a trop compté sur votre esprit de foi, N. T. C F., et sur votre profond attachement au Vicaire de Jésus-Christ, et qu'il vient vous imposer un fardeau au-dessus de vos forces? Non, Nos Très Chers Frères. Votre esprit religieux est assez grand pour accepter les sacrifices, que quelques-uns auront à s'imposer peutêtre, pour se soumettre entièreu^-ut ; et ceux qui jusqu'ici ont suivi cette route de la soumission ont assez de chanté chrétienne au cœur pour rendre l'obéissance douce et légère à ceux qui ne les ont pas encore imités.
Accueillons donc avec joie ce nouveau Décret du Saint- Siège. C'est le salut, sans nul doute, qui nous vient de Rome; c'est le salut de notre société, parce que c'est la garantie d'une éducation chrétienne et solide, et, nous le savons tous, l'éducation est la base de la société.
Pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à jeter les yeux sur d'autres pays, où l'on élève la jeunesse en dehors de Dieu et de l'Eglise, et notre vue sera terrifiée du spectacle qu'ils V résentent .
Avec le Pape, avec l'Eglise, sous la direction du Pape et de l'Eglise, Nous n'avons pas à craindre qu'un semblable état de choses nous arrive. Le bonheur, la paix et la concorde toutes les classes de notre société nous viendront avec la soumission à Notre-Père commun.
C'est dans le ferme espoir que tous vous allez contribuer de cœur et d'âme à la réalisation des ordres du Saint-Siège, que Nous vous bénissons en Notre-Seigneur.
Seront le présent Mandement et le Décret du 27 février dernier y annexé lus et publiés au prône de toutes les églises paroissiales ou autres, où se fait l'office public, ainsi qu'au Chapitre dans les Communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.
Donné à Montréal, en Notre Palais épiscopal, sous Notre seing et sceau et le contre-seing de Notre Chancelier, en ce jour de la Résurrection de Notre-Seigneur (25 mars) de l'année mil huit cent quatre-vingt-trois.
f Edouard Chs., Ev. de Montréal.
Ce Mandement ne semblait pas suffisant pour une affaire aussi importante et la circulaire que voici ne parut pas superflue pour soumettre les cœurs et convaincre les espri's qu'on craignait trouver hésitants ou rebelles.
L'évêque s'adresse à son clergé.
Evêché de Montréal, Jour de Pâques, 25 Mars 1883. Mes Chers Collaborateurs,
Avec la présente, vous recevrez un Décret solennel du Saint-Siège, du 27 février dernier, concernant la question universitaire.
La voix de Notre Très Saint Seigneur et Père le Pape Léon XIII devient impérative et ne laisse lieu à aucune tergiversation. Pour les membres du clergé comme pour les laïques, l'obéissance et l'obéissance seule, est la ligne de
conduite qu'ils aient à adopter et à suivre désormais sur ce sujet débattu depuis tant d'années, dans les conversations privées, dans les colonnes des journaux et dans les mémoires nombreux présentés au Saint-Siège. Tout a été pesé, tout a été mis en ligne de compte et par Notre Très Saint-Père le Pape, et par la Sacrée Congrégation de la Propagande, et, en présence des hésitations d'un grand nombre, de l'hostilité ouverte de plusieurs, le Vicaire de Jésus-Christ, voyant que ses exhortations et ses Décrets n'ont pas eu encore leur entière acceptation dans les esprits de tous, ordonne, pour « extirper jusqu'à la racine toutes les dissensions et ramener la paix et la concorde », que «tous les fidèles observent scru- » puleusement les prescriptions contenues tant dans la Ré- » solution ou le Décret de la Sacrée Congrégation de la Pro- » pagande du 1er février 1876, que dans la Constitution Apos- » tolique, qui érige canoniquement la dite Université (Laval). »
C'est la plus éclatante confirmation du fait que le Décret du 1er février 1876 a été bien interprété par votre Ordinaire. On a réclamé contre cette application; on l'a taxée d'illégale et d'anti-canonique, et l'on a écrit dans ce sens. Moi-même j'ai interrogé le Saint-Siège à plusieurs reprises h ce sujet, et sa réponse invariable a été que ce Décret si important a été mis en pra'ique d'une manière conforme à son esprit.
« Tout ce que vous avez fait par le passé », m'écrivait S. E. le Cardinal Siméoni, en date du 25 février 1880, « en conformité avec les dispositions émanées du Saint-Siège, pour la Succursale susdite, me donne la certitude que c'est avec un zèle semblable que vous mettrez tout en œuvre pour rendre stable une telle institution (la Succursale) pour l'avantage de la jeunesse catholique dans votre pays. Et j'ai confiance que dans ce travail le concours du clergé et de tout bon catholique... ne nous manquera pas. »
D'autres lettres du Cardinal, du mois de juin 1880, et de janvier et février 1881, sont venues confirmer le même fait. Et dernièrement encore, sur l'exposé que je présentais au
Cardinal, des objections soulevées contre la légalité et ça-, nonicité de l'application du susdit Décret, du 1er février 1876, Son Eminence me répondait, en date du 5 décembre 1882 $ « Pour ce qui concerne ensuite votre lettre sur les affaires de l'Université Laval et sur la Succursale établie chez vous, je n'ai qu'à vous répéter ce que je viens d'écrire à l'Archevêque de Québec, c'est-à-dire que le Décret de 1876 confirmé jusqu'à deux fois par le Souverain-Pontife Léon XIII cette année dernière, est dans toute sa pleine vigueur, et qu'en conséquence les exceptions de nullité qui ont été faites contre lui ne méritent aucune considération. Je loue ensuite le zèle avec lequel Votre Grandeur a constamment mis en pratique les ordres du Saint-Père, et j'ai lieu d'espérer que vous continuerez aussi à l'avenir à vous montrer obéissant concernant ces mêmes ordres, en passant par-dessus les difficultés qui s'y opposent ».
Fort de l'appui du Saint-Siège, j'ai fait entendre ma voix à plusieurs reprises; j'ai indiqué aux membres du clergé dans mes circulaires, et aux laïques, dans plusieurs circonstances, la route qu'ils avaient à suivre, la route de l'obéissance, qui leur était toute tracée par les ordres de notre premier Père et Pasteur.
Aujourd'hui, c'est plus qu'une recommandation, plus qu'une exhortation, plus qu'un pressant conseil, que je vous adresse, c'est un ordre de Celui à qui nous devons la plus parfaite obéissance, si nous voulons rester dans la bergerie et faire partie du troupeau dont il est le souverain Pasteur.
C'est en vertu de la sainte obéissance que Léon XIII nous parle. C'est devant Dieu et devant la conscience que nous avons tous à peser ces paroles solennelles, en vertu de la sainte obéissance, que les prêtres ont jurée au pied des autels d'une manière expresse, que les laïques ont acceptée comme un devoir des plus graves et des plus urgents; c'est devant Dieu, je le répète, et devant notre conscience, et non pas en présence de nos préjugés, de nos ressentiments, que
nous devons réfléchir sur la gravité de l'obligation que cet ordre positif du Saint-Siège nous impose.
En vertu donc de la mainte obéissance, tous les fidèles et les membres du clergé « de quelque degré et dignité que ce soit en Canada », non seulement n'auront pas l'audace de tramer quoi que ce soit contre l'Université Laval et sa succursale, mais encore tous devront s'appliquer « suivant leurs forces » à favoriser la dite institution et à lui prêter secours et pro- » tection. »
Ce n'est donc pas le silence que l'on demande aux opposants, ce silence respectueux qui a été l'erreur d'autres opposants à d'autres époques; c'est l'action qu'il faut, c'est « prêter secours et protection », qui est commandé; conséquemment, se déclarer publiquement en faveur de cette Institution, et, pour les membres du Clergé, se servir de leurs lumières, de leur influence, de leur position, pour d'abord détruire les préjugés semés dans bien des esprits, peut-être par eux-mêmes, contre cette institution et ensuite engager les élèves de leurs paroisses ou de leur connaissance à ne plus fréquenter soit les Universités protestantes, soit les écoles affiliées à des universités protestantes.
Tel est le devoir, telle est l'obligation expresse, qui s'impose à l'heure présente à toutes les consciences catholiques; et ceux-là auront forfait à leur devoir et auront agi contre la sainte obéissance, qui se permettront désormais d'aller en contravention contre ce Décret solennel du Saint-Si?ge.
Ici, je me demande, mes chers Collaborateurs, si, outre ces actes d'obéissance que nous allons tous faire (je ne puis supposer qu'un seul prêtre s'y refuse^, nous n'avons pas un autre devoir à remplir. N'est-il convenable que tous nous ayons, pour quelques-uns, le courage, pour d'autres, la satisfaction de mettre aux pieds de Léon XIII le témoignage solennel de notre assentiment parfait à ce Décret?
Oui, c'est un devoir qui s'impose dans la circonstance actuelle. Une adresse au Saint-Père renfermant l'expression de
notre attachement au Saint-Siège sera propre à consoler notre Père commun des hésitations de quelques membres du Clergé ; ce sera une démarche honorable pour tous. Il y va de l'honneur du Clergé de ce 'Diocèse, et tous les membres de ce Clergé ont assez de vertu et de grandeur d'âme pour entrer volontiers dans ce plan.
En conséquence, j'invite tous les prêtres résidant dans ce Diocèse à venir signer, dans le cours d'Avril, à l'Evêché, cette adresse ou à autoriser quelqu'un à signer en leur nom leur adhésion à ce projet. Les prêtres qui, appartenant à ce diocèse, résident à l'étranger, à qui la présente circulaire est adressée, sont invités à faire de même. Une copie de cette adresse vous est envoyée avec la présente.
Mes chers Collaborateurs, l'honneur de votre Eve que est aussi le vôtre; et il en rejaillit d'autant plus sur chacun d'entre vous que vous vous serez montrés plus empressés £i l'aider dans les œuvres que la Providence a mises sur sa route avec mission de les accomplir.
Vous n'ignorez pas que l'établissement de la succursale à Montréal en conformité avec les vues du Saint-Siège, est l'œuvre spéciale dont votre Evoque a poursuivi la réalisation depuis son élévation sur le siège de Montréal. Il a soutenu pour cela les luttes les plus ardentes, et bien des obstacles, qui lui sont souvent venus de ceux qui auraient dû être ses auxiliaires. Le Saint-Siège, à plusieurs reprises, est venu relever son courage, et, aujourd'hui, par ce Décret, Notre Saint- Père le Pape lui prête l'appui le plus solennel que jamais de son autorité.
Pouvons-nous hésiter un seul instant? Non, mes chers Collaborateurs; nous ne le pouvons pas; et chacun d'entre vous prêtera maintenant aide et protection à son Evêque, et contribuera, dans la mesure de ses forces, à lui servir d'appui, et par là même à participer à l'honneur d'avoir établi à Montréal une Institution forte et durable, une Institution qui relèvera le niveau des études et qui, tout en donnant aux étu-
diants la science nécessaire pour les professions, leur inculquera surtout, la grande science, la seule science véritable, l'amour de la Religion avec l'amour de la patrie. Je demeure bien sincèrement, Mes chers Collaborateurs,
Votre tout dévoué serviteur,
f EDOUARD CHS., Ev. de Montréal.,
L'idée de cette adresse collective revêtue de toutes les signatures du clergé de Montréal, dont la majorité était hostile à Laval, n'est-elle pas une trouvaille? Nous verrons plus tard la protestation de la meilleure partie de ce clergé contre la pression de son évêque, ou plutôt de son entourage, Et arrivons à la lettre pastorale de Mgr Moreau, évêque de Saint- Hyacinthe, lettre datée du 25 mars :
Louis Zéphirin Moreau, par la Grâce de Dieu et du Saint- Siège Apostolique, Evêque de Saint-Hyacinthe, etc., etc.
Au Clergé séculier et régulier, aux Communautés religieuses et à tous les fidèles de Notre diocèse, salut et "bénédiction en Notre-Seigneur.
Nous nous empressons, N. T. C. F., de porter à votre connaissance un Document très grave qui Nous arrive de la Ville Eternelle, par l'intermédiaire de Notre vénérable Métropolitain. Ce Document Apostolique, en date du 27 février dernier, est un Décret de la S. C. de la Propagande, qui renferme et formule les volontés finales et absolues de Notre Très Saint-Père Léon XIII, concernant l'Université Laval et sa Succursale établie à Montréal.
Avant d'aller plus loin, arrêtons-nous un instant, N. T. C. F., pour payer notre filial tribut d'admiration et de gratitude à la sollicitude toute paternelle que les Papes ont de tout temps déployée pour le bien religieux et social de notre jeune pays. Depuis son berceau jusqu'à nos jours, ils ont entouré notre petit peuple des soins les plus attentifs et des marques les
plus ostensibles de leur sincère affection. Notre histoire en fait foi, N. T. C. F., et cette si encourageante persuasion est dans les cœurs de tous. Notre Très-Sain t-Père Léon XIII, comme ses prédécesseurs, a aussi dans son grand cœur un amour tout particulier pour le Canada. Quoiqu'il soit accablé de sollicitude de toute sorte, et qu'il ait à traiter avec les puissances du vieux monde les affaires les plus difficiles et les plus délicates, il prend néanmoins connaissance des misères qui peuvent régner parmi nous comme du bien qui peut s'y opérer, il se rend compte de nos différends avec une minutieuse attention, et enfin, quand il le juge opportun, il donne ses avis et impose ses volontés, afin de nous faire jouir des douceurs de la paix divine, qui surpassent tout sentiment et qu'il désire ardemment pour tous ses enfants.
C'est ce que ce Bienheureux Père vient de faire, N. T. C. F., à l'occasion de l'Université Laval. Il vous est déjà connu que cette question agite malheureusement notre province depuis au delà de vingt ans, et que sur cette question il s'est dit et répété, tant privément que publiquement, une foule de choses qui ont péniblement affecté les cœurs catholiques et soucieux des intérêts et de la gloire de notre sainte religion en ce pays. Et pourtant, N. T. C. F„ il n'y avait pas lieu à tant de bruit et à tant de réclames, puisqu'il est constant que l'Université Laval a été demandée par les Evêques de la province, et qu'ils ont instamment prié les Messieurs du Séminaire de Québec de se charger de cette grande œuvre, dont l'honneur et le fardeau leur revenaient de droit, tant parce qu'ils étaient les dévoués continuateurs et soutiens de la première et plus florissante Institution ecclésiastique de notre pays, que parce qu'ils étaient largement dotés sous le rapport du personnel et des ressources temporelles que nécessitait une aussi vaste entreprise. Ces dignes ecclésiastiques acceptèrent généreusement, mais non sans une certaine frayeur, la mission de zèle et de sacrifices qui leur était confiée, et résolument se mirent à l'ouvrage. Pour asseoir solidement leur œuvre, ils
obtiennent du gouvernement Impérial une charte qui reconnaît l'existence civile de la nouvelle Université et lui confère les prérogatives les plus amples. De spacieux et grandioses bâtiments sont construits par leurs soins et à leurs frais et dépens, pour v recevoir les élèves et fournir les locaux requis pour le^ cours, les musées, les bibliothèques : tout enfin est mis sur un pied des plus convenables, pour attirer la jeunesse et lui procurer une éducation universitaire aussi complète que possible. Quelques années après, le Souverain Pontife Pie IX, de sainte mémoire, appréciant à leur juste valeur les précieux et utiles services rendus à la religion et au pays par l'Université Laval, la confirma et lui donna l'existence canonique par une Bulle solennelle, dont lecture vous a été donnée dans le temps. Comme vous le voyez, N. T. C. F., il y a eu concert des autorités religieuses et civiles pour donner à cette grande Institution les gages les plus sûrs de prospérité et de stabilité.
Mais il est décrété que les grandes œuvres catholiques ne se font qu'avec beaucoup de difficultés et à travers mille orages. Celle-là devait avoir son sceau divin comme toutes ses devancières, pour qu'elle fût solide et pût résister à l'effort des passions humaines et à la malice de l'enfer. Il arrive donc que la ville de Montréal forme le projet d'avoir comme Québec une Université à elle seule, indépendante de l'Université Laval. L'affaire est portée à Rome, et se discute pendant des années devant le Saint-Siège. Finalement le Saint-Père Pie IX décide dans sa sagesse que, pour rencontrer 1rs exigences et les besoins de Montréal et de son vaste et populeux district, et afin d'empêcher la jeunesse d'aller solliciter ses diplômes à des institutions protestant', l'Université Laval multipliera ses chaires d'enseignement et établira à Montréal une Succursale qui, comme l'Université-m?" re, comprendra les facultés de Théologie, de Médecine, de Droit et des Arts. Cette décision apostoliquo est confiée dans un décret de la Sacrée Congrégation de la Pro-
pagande du 1er février 1876. L'année suivante, le 6 janvier 1877, la Succursale voulue et commandée par le Saint-Siège est publiquement et solennellement inaugurée au Grand Séminaire de Montréal, au milieu des joies religieuses de la belle fête des Rois, et en présence de Son Excellence lé Délégué apostolique, Mgr Conroy, de tous les évoques de la province, d'an nombreux clergé et de bon nombre des citoyens les plus marquants et les plus distingués de la ville de Montréal. Mais à ce beau jour devaient succéder des jours sombres, et il était statué que la Succursale comme l'Université devait avoir ses tribulations et ses épreuves. Une opposition sourde au nouvel état de choses commence à se faire sentir, et on trame dans l'ombre pour essayer, s'il est possible, de le renverser, afin d'en arriver à la réalisation du projet toujours caressé par Montréal d'avoir son Université indépendante. Les adversaires de la Succursale ne tardèrent pas cependant à s'afficher en public, et à reprendre le chemin de Rome, avec force documents pour gagner leur cause. Quel fut le résultat, N. T. C. F., de tout ce brait, de toute cette agitation, de toutes ces menées, et de ces plaidoyers fameux produits devant le Saint-Siège? Le voici en peu de mots, N. T. C F. Le décret du 13 septembre 1881, 'qui confirme l'existence de la Succursale, et le décret que Nous vous communiquons aujourd'hui, dans lequel le Saint-Père clôt la discussion en confirmant derechef l'Université Laval et sa succursale, et enjoint à tous une- obéissance entière et absolue sur la matière. Borna locuta est, causa finita est, Rome a parlé, la cause est finie. Que Dieu en soit loué et béni, et qu'il veuille dans sa bonté mettre au cœur de tous l'adhésion la plus complète aux ordres de son Vicaire sur la terflel
De tout temps, N. T. C. F., les souverains pontifes ont donné leur haut et puissant encouragement aux universités catholiques, qu'ils envisagent toujours comme des institutions très précieuses pour la religion et pour l'avancement des sciences sacrées et profanes. C'est, en effet, dans les univer-
sites qui portent dûment leur nom, que se donne le complément do toutes les sciences, dont on ne fait pour ainsi dire que l'ébauche et l'essai dans les maisons inférieures d'éducation, et que l'on acquiert ces palmes et ces lauriers, dont l'obtention accuse des travaux sérieux et des luttes énergiques et constitue un ^acheminement plus facile aux emplois honorables et aux fonctions importantes, tant dans l'Eg'ise que dans l'Etat Mais de tout temps aussi les papes se sont appliqués à ne pas laisser multiplier outre mesure les universités catholiques dans les mêmes pays, et i!s ont constamment vu à ce que ces grandes institutions fussent assez distancées les mies des autres pour qu'elles ne se nuisissent pas, et que leur trop grand nombre ne fût pas une cause d'affaiblissement dans le niveau des sciences que l'on doit y enseigner.
Malgré cette vigilance des papes à ce sujet, il est arrivé que le fait s'est produit dans certains pays, et notamment en France, où on a établi cinq universités catholiques. On s'aperçoit aujourd'hui que ce nombre est trop élevé, et qu'au lieu de cinq, on n'aurait dû n'en ériger que deux, qui auraient suffi pour le pays tout entier, sans compter que les ressources, étant moins subdivisées, auraient permis de les mettre sur mi pied plus complet et de leur assurer une prospérité plus solide et plus réelle. C'est ce que Nous ont déclaré plusieurs Evêques de diverses parties de la France, que Nous avons vus chez eux, et que Nous avons rencontrés à Rome à Notre dernière visite ad Limina. Si, au dire de ces juges bien compétents en cette matière, deux universités suffisent en France, où la population et les moyens d'action dépassent, de beaucoup les nôtres, qui osera soutenir (qu'il faut deux universités dans notre seule province de Québec? Remercions donc les Souverains Pontifes Pie IX et Léon XIII de s'être montrés si soucieux de nos véritables intérêts en ce point comme en tout autre qui nous concerne, et croyons donc fermement que leur conduite en cette affaire leur a été inspirée par le Ciel. Nous n'en serons que plus calmes, et
notre obéissance et notre soumission mettront un baume salutaire dans le cœur du Chef de l'Eglise, qui est notre Guide et notre Père.
Laissez-Nous maintenant, N. T. C. F., vous entretenir plus spécialement du document apostolique qui fait l'objet de la présente Lettre, et du devoir que vous avez à remplir visà-vis cette question Laval débattue depuis si longtemps, et sur laquelle le Saint-Père vient de porter son jugement de la manière la plus intelligible et la plus claire qu'il soit possible de le faire. De ce décret, il résulte :
1° Que l'Université Laval et sa succursale établie à Montréal sont maintenues et confirmées dans leurs droits et leurs privilèges par le Souverain Pontife ;
2° Qu'il n'est plus permis à aucun séculier ni à aucun ecclésiastique, de quelque rang et dignité qu'ils soient, de s'opposer en paroles ou par des actes, ou par des écrits, aux susdites institutions;
3° Que ce serait pécher grièvement contre l'obéissance due au Vicaire de Jésus-Christ que de vouloir continuer à s'opposer à ces institutions et de prendre les moyens de leur nuire en quelque chose;
4° Qu'il est du devoir strict de tout séculier et de tout ecclésiastique de travailler à favoriser ces institutions et à les rendre prospères;
5° Qu'il incombe enfin à chacun de soumeltre pratiquement son jugement sur cette question à celui du Souverain Pontife, jugement qui est définitif, et qu'il est enjoint à tous les Evêqùes de la province de le faire connaître dans leurs diocèses, afin que la question soit pour toujours dirimée.
Il est aussi d'autres conséquences, N. T. C. F., que nous devons tirer de ce grave document, et que Nous Nous faisons un devoir de mettre sous vos yeux.
1° Dans les séminaires et collèges affiliés à l'Université, et qui devraient l'être s'ils ne l'y étaient déjà, on doit s'efforcer de rehausser devant les élèves le mérite et l'excellence
de cette grande institution. On doit de plus stimuler d'avance les étudiants à se rendre forts dans leurs études et dans le3 sciences qu'ils doivent acquérir, pour pouvoir être facilement admis aux premiers degrés universitaires, et les professeurs doivent, dans leurs paroles et leurs actes, faire envisager ces premières étapes dans les honneurs académiques comn:e quelque chose de très appréciable et de bien avantageux à quiconque veut se faire une position honorable par la suite. On comprend que s'il en était autrement, l'affiliation ne serait plus qu'un vain mot, et qu'elle ne produirait aucun des résultats dont Nous avons voulu faire bénéficier notre jeunesse, en urgeant cette mesure pour toutes Les maisons d'éducation de Notre diocèse, et auxquelles elle pouvait et devait être appliquée. Nous avons la douce confiance qu'on entrera aussi fidèlement que possible dans Nos vues à ce sujet. Mais si, ce qu'à Dieu ne plaise, il y avait des faiblesses ou défaillances quelque part, Nous espérons qu'on s'animera d'un, nouveau zèle pour mieux rencontrer à l'avenir Nos désirs et Notre volonté.
2° Il est. du devoir des parents dont les enfants, au sortir de leur cours classique, veulent étudier des professions libérales, de diriger ces enfants vers les Facultés de Laval ou de la Succursale, où ils recevront un enseignement plus substantiel et plus sûr, et où ils seront conduits et dirigés avec un soin plus attentif que dans toute autre institution séculière du même genre. L'enseignement et la direction morale, ce sont, N.'T. C. F., les deux points capitaux pour un jeune homme qui se destine à une profession dans le monde. Si ce jeune homme acquiert la vraie et solide science de la carrière qu'il veut embrasser, et qu'il se conduise honnêtement et chrétiennement, on peut dire que de suite sa position est faite, puisque des jeunes gens de cette trempe sont partout recherchés et trouvent très facilement à se placer. Les parents ne doivent donc pas oublier, quand il s'agit de procurer à leurs enfants la fréquentation des cours de médecine, de
droit ou des arts, de les placer dans des institutions les plus recommandées et les plus recommandables. Il suit de là que ce doit être à l'Université Laval ou à la Succursale de Montréal, toutes deux encouragées et recommandées par le Souverain Pontife lui-même, plutôt que clans les Universités séculières, où la religion n'exerce pas son contrôle immédiat, et qui par là même ne peuvent inspirer aux parents la confiance que leurs enfants y seront bien sous tout rapport. Nous avons l'espoir que tous les pères de famille Nous comprendrons, et qu'ils se feront un bonheur de se conformer ,à ce que Nous demandons présentement d'eux, persuadés qu'en cela Nous agissons pour le plus grand bien de leurs chers enfants, et que Nous les aidons à accomplir d'une manière salutaire un de leurs plus graves devoirs.
3° Les pasteurs des paroisses s'empresseront à Favenir, Nous en avons l'assurance, de diriger leurs jeunes paroissiens, au sort futur desquels ils portent un si paternel intérêt, dans les institutions que recommande si particulièrement le Souverain Pontife, et que Nous recommandons Nous-mêmes à la suite de Notre Bienheureux Père. Il ne peut plus être question d'opinion propre, de prédilection personnelle. Le Pape a parlé, cela suffit au Prêtre. Aussi ne prolongerons-Nous pas ce paragraphe de Notre lettre, et n'iusisterons-Nous pas auprès de Nos bien-aimés auxiliaires sur une question que leur profond respect et leur filiale soumission au Pape ont déjà toute résolue.
4° Nous attendons de vous tous, N. T. C. F., que sur cett^j matière, vous ne ferez plus désormais qu'un cœur et qu'une àme et que quelqu'aient été jusqu'à présent vos opinions là-dessus, vous vous appliquerez en toute circonstance et en tout lieu à faire concorder vos pensées et vos sentiments avec ceux de N. S. P. le Pape. Vous prierez aussi, N. T. C. F., pour que la paternelle action que le Souverain Pontife vient d'exercer à notre égard ait toute son efficacité et qu'elle
nous apporte la paix, et une paix que rien ne vienne plus troubler.
Nous vous la souhaitons, cette paix divine, ,en ce grand jour de la Résurrection de notre Divin Maître, comme il la souhaitait à sa Bienheureuse Mère, à ses apôtres et à tous ses disciples, après sa sortie triomphante du tombeau et pendant les quarante jours qu'il demeura encore sur la terre.
Nous terminons, N. T. C. F., en ordonnant que le Décret apostolique du 27 février dernier, annexé aux présentes, soit lu et promulgué en langue vulgaire dans ce diocèse à la suite de la présente Lettre pastorale.
Sera la présente Lettre pastorale lue au prône de toutes les églises et chapelles paroissiales où se fait l'office public, et au chapitre des communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.
Donné à Saint-Hyacinthe sous notre seing, le s^eau du diocèse et le contre-seing de Notre Assistant-Secrétaire, en la fête de Pâques, vingt-cinq mars de l'année mil huit cent quatre-vingt-trois.
t L. Z., Ev. de Saint-Hyacinthe.
A la date du 27 mars, Mgr Racine, évêque de Sherbrooke, porte ce Décret pontifical à la connaissance de ses diocésains en ces termes :
Antoine-Racine, par la Grâce de Dieu et du Saint-Siège Apostolique, Evêque de Sherbrooke.
Au clergé, aux Communautés religieuses, et à tous les fidèles du diocèse de Sherbrooke, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.
Nous nous empressons, Nos Très Chers Frères, de promulguer le Décret Cum Universitas Lavallensis ejusque Succursalis, que le Souverain Pontife Léon XIII nous a transmis par la Sacrée Congrégation de la Propagande : — (Suit le décret).
Ce décret par lequel le Saint-Père déclare que dans sa sol-
licitude pour le bien de la religion, il a bien voulu, pour ramener la paix et la concorde, examiner de nouveau et peser la valeur des raisons exposées jusqu'à présent sur l'Université Laval et sa succursale établie à Montréal 'par autorité apostolique, doit être reçu avec le plus profond respect et exécuté avec la soumission la plus prompte et la plus entière.
En vertu de son autorité suprême, il ordonne qu'en tout ce qui concerne l'Université Laval et sa Succursale établie à Montréal par autorité apostolique, tous les fidèles observent scrupuleusement les prescriptions contenues tant dans le décret de la S. C. de la Propagande du 1er février 1876, que dans la bulle d'érection canonique de l'Université Laval.
Par conséquent, pour observer scrupuleusement le décret du 1er février 1876, il est nécessaire 1° d'empêcher que les écoles de Droit et de Médecine existant dans la ville de Montréal ne continuent d'être affiliées à des Universités protestantes, et beaucoup plus encore que les étudiants catholiques ne fréquentent de telles universités;
2° Pour observer scrupuleusement ce décret, les Evêques de la Province de Québec doivent « faire en sorte que leurs » Séminaires et Collèges soient affiliés à l'Université Laval qui » a fourni et fournit encore tant de preuves de sa saine doctrine » et de l'intégrité de sa foi ; afin que les élèves soient de mieux » en mieux préparés à fréquenter cette institution ».
Ils doivent de plus « faire leur possible pour envoyer à » cette Université les jeunes gens de bonne espérance qui » pourront y faire leur cours d'études. » (Bulle d'érection canonique de l'Université Laval).
3° Pour observer scrupuleusement ce décret, non seulement tous les fidèles, mais les ecclésiastiques de tout degré et de toute dignité, sont tenus, en vertu de la sainte obéissance, « do ne point oser à l'avenir, par eux-mêmes ou par d'au- » très, par des actes ou dans des écrits, surtout s'ils sont ren- » dus publics, tramer quoi que ce soit contre la dite Université » et sa Succursale, ou l'attaquer d'une manière quelconque. »
4° F.ïifi'i, pour obteivej- scrupuleusement ce d&iret pontifical, tous les fidèles et les ecclésiastiques de quelque degré et dignité que ce soit en Canada doivent non seulement s'absteny* « de mettre le moindre empêchement à l'exécution du dit décret et de la constitution susdite, mais plutôt s'appliquer suivant leurs forces à favoriser ladite institution et lui prêter secours et protection. »
Ce décret oblige-t-il en conscience, sous peine de pé mortel? Oui; il oblige en conscience et sous peine de péché grave, parce que la matière de ce décret est grave en ellemême, et parce que le législateur, c'est-à-dire le Souverain Pontife, commande en vertu de la sainte obéissance. Ce n'est pas un avis, un conseil; c'est un décret, un jugement pratique, une loi; c'est l'expression officielle de la volonté souveraine du Saint-Père pour la province ecclésiastique de Québec.
Comment devons-nous obéir? Nous devons obéir promptement et volontairement, avec simplicité et avec joie, avec humilité et courage, avec constance et persévérance. L'homme vraiment obéissant, dit saint Grégoire, ne discute pas l'intention de celui qui lui donne des ordres; il ne discute pas entre les diverses choses qui lui sont prescrites. Celui qui obéit fidèlement, dit saint Bernard, ne sait pas user de délai; jl fuit le lendemain, il ignore le retard, il prévient celui pui commande. C'est ainsi que nous devons tous obéir aux ordres si précis et si absolus de Notre Saint-Père, le Pape Léon XIII.
Car pour être véritablement catholique et uni au Souverain Pontife, il ne suffit pas de reconnaître et de confesser qu'il est le successeur de Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ; ce n'est pas assez de dire qu'on veut vivre dans la communion du Saint-Siège, il faut de plus être soumis d'esprit et de cœur aux décrets et aux décisions de celui qui a reçu la puissance pleine et entière de paître, régir et gouverner l'Eglise universelle. Puisque le Souverain Pontife est le chef de
l'Eglise, tous ses membres ne lui doivent-ils pas, comme le dit Pie VI, la promesse solennelle de l'obéissance, seule capable de conserver l'unité dans l'Eglise, et d'empêcher que ce corps mystique ne soit déchiré par des schismes.
C'est pourquoi, nous souvenant qu'au jour de notre consécration épiscopale nous avons juré d'observer nous-mêmes scrupuleusement et de faire observer par tous ceux qui nous sont soumis tous les décrets, ordonnances et constitutions apostoliques, Nous déclarons adhérer pleinement d'esprit et de cœur à ce décret de Notre Saint-Père le Pape Léon XIII, et Nous déclarons que c'est l'impérieux devoir de tous les fidèles de se soumettre à ce décret avec une entière et filiale docilité de leur intelligence et de leur volonté.
À ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, Nous réglons et ordonnons ce qui suit :
1° Les ecclésiastiques de tout degré et de toute dignité et les fidèles de ce diocèse se conformeront scrupuleusement à toutes les prescriptions et à toutes les défenses contenues dans le décret Cwm Universitas Lavallensis e jusque Succursales.
2° Le clergé et les fidèles se feront un devoir de favoriser l'Université Laval et sa Succursale établie à Montréal et de lui prêter secours et protection.
3° Les étudiants catholiques de notre diocèse sont rigoureusement obligés d'observer le décret du 1er février 1876 qui défend de fréquenter les Universités protestantes.
Sera la présente Lettre Pastorale lue au prône de toutes les églises, chapelles paroissiales et autres où l'on fait l'office public.
Donné à Sherbrooke, sous notre seing, le sceau du diocèse, et le contre-seing de notre Secrétaire, le vingt-sept mars mil huit cent quatre-vingt trois.
t Antoine, Ev. de Sherbrooke,
Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, mieux informé que tous sur la cause en elle-même et ses dessous lamentables, publie le Décret sans enthousiasme, comme suit :
Louis- François Laflèche, par la miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint-Siège Apostolique, Evêque des Trois-Rivières, etc.
Au Clergé, aux Communautés religieuses et à tons les fidèles de notre diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nos Très Chers Frères,
Le Souverain Pontife, Léon XIII, glorieusement régnant, a émis le 27 de février dernier, en faveur de l'Université Laval et de sa Succursale à Montréal, un décret dont nous nous empressons de vous donner connaissance.
En entendant la lecture de ce document, vous comprendrez tous sans peine les intentions et la volonté du Saint-Père, qui y sont si clairement exprimées qu'il n'est point nécessaire de vous les expliquer davantage.
Votre foi et votre piété bien connues, votre fidélité constante à suivre les enseignements que nous vous avons donnés sur le respect et la soumission dus au Saint-Siège, Nous sont un sûr garant que vous vous conformerez avec empressement et fidélité à ces ordres de celui qui a mission de diriger nos âmes, puisqu'il tient pour nous sur la terre la place de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Voici ce décret : (Suit ici la traduction du décret).
Sert Notre présente Lettre Pastorale lue au prône de toutes les églises et chapelles où se fait l'office divin le premier dimanche après sa réception et en chapitre dans les communautés religieuses.
Donné aux Trois-Rivières, en Notre palais épiscopal, sous Notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing de Notre
Secrétaire, le vingt-septième jour du mois de mars mil huit cent quatre-vingt-trois.
f L. F., Ev. des Trois-Rivières, Par ordre, Jos. Ferd. Béland, Ptre., Secrétaire.
L'évêque de Chicoutimi est plus expansif naturellement et ne croit pas superflu de s'entourer de quelque autorité, disant :
Dominique Racine, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Evêque de Chicoutimi, Assistant au Trône Pontifical.
Au Clergé, aux Communautés religieuses et à tous les Fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ
Nos Très Chers Frères,
C'est un devoir pour nous de porter aujourd'hui à votre connaissance un document important que nous avons reçu du Saint-Siège et qui concerne l'Université Laval.
Pour se rendre à la demande plusieurs fois réitérée de tout l'Episcopat de la Province de Québec, qui ne voyait pas sans de justes craintes les grands dangers encourus par un bon nombre de nos jeunes gens dans la fréquentation d'Universités protestantes, le Séminaire de Québec consentait, en 1852, à prendre sur lui la lourde charge en même temps que la grande responsabilité de doter notre cher pays d'une Université catholique, « où la jeunesse pourrait fortifier ses études et parvenir aux grades académiques » sans péril pour sa foi et ses mœurs. Mus par le seul désir de seconder les religieuses intentions de leurs Premiers Pasteurs en travaillant à procurer la gloire de Dieu, l'honneur de notre sainte religion et le salut des âmes, Messieurs les Directeurs du Séminaire se mirent donc courageusement à l'œuvre sans regarder aux
sacrifices de toutes sortes que leur imposerait une si vaste entreprise.
Dans leur Lettre Pastorale du mois d'août 1851, les Pères du premier Concile de Québec avaient dit : « Nous nous sommes aussi occupés de vos enfants qui sont l'espérance de la société et de la religion. Avec la tendresse d'une mère, l'Eglise voudrait les tenir toujours par la main et les presser sur son cœur ; elle désire éloigner d'eux le venin des mauvaises doctrines... Oh! comprenez-le bien; il faudra qu'ils reçoivent avec les leçons de la science profane les leçons plus importantes encore de la crainte de Dieu et la connaissance de leurs devoirs envers lui. Mais en attendant que nous puissions vous parler plus complètement sur ce sujet, vous ne manquerez pas de les éloigner de toute école, où leurs principes religieux pourraient recevoir quelqu'atteinte, où leur innocence serait imprudemment exposée, et où leurs esprits ingénument ouverts à toutes espèce de doctrine, seraient inévitablement faussés par les sophismes de l'erreur. »
Le 8 décembre 1853, Mgr l'Archevêque Turgeon annonçant dans une Lettre Pastorale l'érection de l'Université Laval, fait connaître aux Fidèles la réalisation des vœux que les Evêques avaient formulés en termes à demi-voilés.
« Le respectable Séminaire de Québec, entrant dans la pensée des Pères du Concile, a entrepris de la mettre à exécution, en établissant une Université où la jeunesse catholique pourra fortifier ses études et se préparer à recevoir les degrés académiques, sans s'exposer à perdre sa foi et ses mœurs.... » Plus tard, en 1854, les Pères du second Concile provincial s'exprimaient ainsi au sujet du danger que courent les enfants dans les écoles qu'ils fréquentent : « Si les pères et mères sont tenus d'éloigner soigneusement leurs enfants des écoles catholiques qui ne présentent pas toutes les garanties pour les principes et les mœurs, à plus forte raison doivent-ils craindre les écoles protestantes... Oh! nous vous en supplions, N. T. C. F., si vous avez quelque souci du salut
de vos enfants, ne les exposez pas aux effets désastreux du doute et de l'infidélité en permettant qu'ils entrent dans ces institutions, où ils apprendraient à mettre en question les dogmes les plus positifs de la révélation. »
« Aucune raison ne pourrait vous excuser, quand même ces institutions seraient supérieures aux institutions catholiques ; car la foi est un bien qui doit être plus estimé que tous les avantages temporels... Nous pouvons à côté de leurs meilleurs collèges dans la province, et même dans les Etats voisins, placer avec honneur nos Séminaires Catholiques; et, grâces à Dieu, nous pouvons aujourd'hui offrir à la jeunesse studieuse une institution qui commence sous les plus heureux auspices, nous voulons parler de l'Universi'é Laval, sur laquelle nous appelons les bénédictions les plus abondantes de l'Esprit de lumières ».
Le douzième décret du troisième Concile provincial, tenu en 1865, nous apprend que les Pères de ce Concile approuvent les statuts de l'Université Laval et sa discipline, reconnaissent que son enseignement est en tout conforme à la vraie foi et aux saines mœurs, forment des vœux solennels pour son développement et sa prospérité et expriment le désir d'y voir accourir tous les jeunes .catholiques du pays. Ils manifestent hautement le regret qu'ils éprouvent de voir un grand nombre de nos jeunes catholiques s'obstiner à suivre les cours d'universités et de collèges protestants au grand péril de leur foi et de leurs mœurs. Enfin ils avertissent tous les parents et les conjurent de veiller au salut de leurs enfants en ne permettant pas qu'ils aillent puiser les eaux de la science ailleurs qu'à la source la plus pure.
Les Pères du cinquième Concile voulant mieux faire comprendre la portée du décret que nous venons d'analyser, reviennent sur le même sujet et défendent absolument aux parents d'envoyer leurs enfants à des écoles protestantes ou athées, et ils ordonnent aux confesseurs de refuser l'altsolution aux parents qui, ne se rendant pas aux graves avertisse-
ments qu'ils ont reçus, et souvent pour des raisons les plus futiles, permettent à leurs enfants de les fréquenter et les exposent ainsi au grand danger de se perdre.
Soutenu par des approbations si nombreuses et provenant d'autorités si hautes et si compétentes, on est porté à croire que le Séminaire de Québec aurait dû établir son œuvre et la voir grandir et prospérer dans le calme et la paix. Malheureusement il n'en a pas été ainsi. A peine l'Université Laval était-elle née que déjà on voulait l'étouffer dans son berceau, et cette lutte, loin de diminuer avec le cours des années, est devenue de plus en plus acharnée. Comme toutes les institutions établies à l'honneur de notre sainte religion et pour le salut des âmes, l'Université devait recevoir le baptême des épreuves; et ces épreuves ne lui ont pas fait défaut puisque depuis sa. fondation elle n'a cessé de lutter pour défendre son honneur, ses droits et même son existence.
Appelé plus d'une fois à prononcer entre l'Université Laval et ceux qui la combattaient, le Saint-Siège, après avoir mûrement pesé et examiné les raisons alléguées de part et d'autre, a toujours et sur tous les points rendu ses jugements en faveur de cette grande et importante institution. Voilà pourquoi, en 1876, le Saint-Siège, voulant faire comprendre aux adversaires de l'Université Laval que la guerre soulevée contre elle était vaine et injuste, lui conféra l'honneur insigne de l'érection canonique par la Bulle Inter varias sollicitudines et lui donna pour Protecteur l'Eminentissime Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et pour Chancelier l'Archevêque de Québec. Il est pénible de le dire, mais, par quelques-uns, ce document si grave et si solennel, émané directement du Souverain Pontife, ne fui pas mieux compris que ceux provenant des Pères de nos divers Conciles; aussi recommencèrent-ils bientôt leurs injustes attaques contre l'Université. En septembre 1881, le Saint- Siège fut. donc de nouveau obligé d'élever la voix en faveur de l'Université Laval par un décret qu'il prit soin de nous
signaler comme sa volonté expresse, mais qui ne mit pas encore fin aux débats, puisque le Souverain Pontife, par la Sacrée Congrégation de la Propagande, vient de nous faire connaître sa volonté formelle, absolue et finale, dans le décret du 28 février dernier, que nous publions aujourd'hui.
Dans ce document si important, le Saint-Père déclare d'abord que l'Université Laval et sa succursale à Montréal ont été établies par l'autorité apostolique et ensuite que, dans l'intérêt de la religion et pour mettre fin aux discussions sans cesse renouvelées au sujet de ces deux Institutions, Il a examiné de nouveau et pesé dans sa profonde sagesse toutes les raisons alléguées de part et d'autre, afin de rendre justice à qui de droit. Après ces déclarations formelles, Il porte son jugement suprême en nous ordonnant, en vertu de la sainte obéissance, d'observer très fidèlement tout ce qui a été prescrit par le décret de la S. C. de la Propagande, en date du 1er février 1876 et par la Bulle tinter varias sollicitudines, et nous défendant d'oser tramer, par nous-même ou par d'autres, par des actes ou par des écrits, quelque projet contre l'Université et sa succursale. Enfin il nous ordonne à tous sans exception, et dans la mesure de nos forces, de prêter notre concours à cette Institution.
Nous vous le demandons, N. T. C. F., après avoir entendu les paroles si claires et si énergiques de Sa Sainteté Léon XIII, comment pourrions-nous nous dire encore les enfa:its soumis et obéissants du Saint-Siège, comment pourrions-nous nous vanter de notre respect et de notre attachement inviolables à la Chaire de Pierre, si nous ne nous soumettions pas humblement et fidèlement à tout ce qui nous est prescrit et ordonné par ce dernier décret? En agir autrement, ne serait-ce pas fournir à nos frères séparés l'occasion de se rire de nous et de toutes nos protestations de respect, de dévouement et d'obéissance envers l'autorité suprême de l'Eglise?
Mais qu'avons-nous besoin en cette circonstance de vous parler du respect et de la soumission dus au Saint-Siège?
Ne devons-nous pas au contraire vous féliciter de l'attitude si sage et si chrétienne que vous avez toujours conservée au milieu du tumulte et des récriminations qui parvenaient sans cesse à vos oreilles au sujet de l'Université Laval? Nous sommes heureux de le constater; toujours vous avez compris, et pratiqué, N. T. C. F., l'obéissance que vous devez, sur ce point comme sur tous les autres, et à vos Evêques et au Saint-Siège; toujours vous avez compris que notre devoir, comme Canadiens et catholiques était, non pas de diviser nos forces et d'entraver ainsi le progrès d'une Institution qui a déjà fait et qui est appelée à faire encore tant de bien parmi nous en formant des hommes vraiment savants et surtout de bons chrétiens, mais bien de lui prêter tout notre concours dans l'accomplissement de son, œuvre qui est tout à la fois nationale et religieuse. <
Sera notre présente Lettre pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises et chapelles de notre diocèse, jle premier dimanche après sa réception et suivie de la lecture en langue vulgaire du susdit décret apostolique.
Donné à Chicoutimi sous notre seing et le sceau de nos armes et le contre-seing de notre Secrétaire, le 28 mars
t Dom., Ev. de Chicoutimi.
Mgr Langevin, évêque de Rimouski, estimant sans doute comme Mgr Laflèche, que le dernier mot n'avait pas encore été dicté par la vérité et la justice se contente de dire le 1er Avril :
Jean Langevin, par la Grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Evêque de Saint-Germain de Rimouski.
Au Clergé et aux Fidèles de Notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Soigneur.
Vos Pasteurs, Nos Chers Frères, viennent de vous lire la traduction d'un Décret approuvé de N. S. Père le Pape, con-
cernant l'Université Laval et sa Succursale établie à Montréal par autorité apostolique. Toujours plein de sollicitude pour la bonne et saine éducation de la jeunesse à tous ses degrés; intimement convaincu que de là dépendent la conservation de la foi et la prospérité de la, religion chez %m peuple; le Souverain Pontife insiste plus que jamais dans ce Décret, et même par un ordre formel et en vertu de la sainte obéissance, à ce que tous les jeunes gens qui se destinent surtout à l'étude du droit ou de la médecine, soient dirigés vers cette Université catholique, et cessent absolument de fréquenter les institutions soit protestantes, soit affiliées à des Universités protestantes; en même temps que Sa Sainteté ordonne à tous de favoriser de toutes leurs forces l'Université Laval et sa Succursale à Montréal.
Grâce à Dieu, il ne nous sera pas difficile de nous conformer tous à cette volonté du Chef visible de l'Eglise, puisque nous n'aurons qu'à persévérer dans la conduite que nous avons constamment tenue jusqu'ici dans ce diocèse à cet égard. Mais, lors même qu'en aucune circonstance les ordres de nos Supérieurs, surtout ceux du Vicaire de Jésus-Christ, contrarieraient en quelque point nos idées ou nos sentiments, rappelons-nous cette parole de nos livres saints : « L'obéissance vaut mieux que les sacrifices ». Meiior est... obedientia quam victimae (I Rois, XV, 22). « C'est un crime affreux, dit saint Cyrille d'Alexandrie, un crime capital devant Dieu, que de se révolter contre son Chef et ses Supérieurs et de ne vouloir pas se soumettre à ceux qui, par la volonté de Dieu, tiennent la première place vis-à-vis de nous ». Saint Bernard nous propose même en cette matière l'exemple de Notre-Seigneur, « qui a préféré perdre la vie que de perdre l'obéissance. »
Bien persuadé de votre respect et de votre docilité envers tous vos pasteurs, particulièrement envers le Souverain Pasteur de l'Eglise, Nous nous bornerons à vous exhorter à y
persévérer constamment, non seulement en paroles, mais en toutes vos actions.
Sera la présente Lettre pastorale lue au prône le premier dimanche après sa réception.
Donné à Saint-Germain de Rmiouski, en notre demeure épiscopale, le dimanche de Quasimodo, premier avril mil huit cent quatre-vingt-trois.
f Jean, Evêque de Saint-Germain de Rimouski.
C'est Mgr Lorrain, vicaire apostolique de Pontiac, qui clôt la série de ces documents, par le mandement qui suit :
Narcisse-Zéphirin, par la Grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Evêque de Cythère et Vicaire Apostolique de Pontiac.
Au Clergé, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de Notre Vicariat, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
Nos Très Chers Frères,
Nous avons reçu, il y a quelques semaines, par l'intermédiaire du Métropolitain de la Provi ice Ecclésiastique de Québec, un Décret très important, émané de la Sacrée Congrégation de la Propagande, concernant l'Université Laval et sa succursale à Montréal. Nous aurions désiré vous en donner connaissance avant aujourd'hui; mais les travaux du ministère curial, auxquels Nous sommes obligés de Nous livrer, plus pressants encore dans le temps pascal qu'à d'autres époques de l'année, ne Nous l'ont pas permis.
Vous n'ignorez pas que cette question universitaire occupe les esprits dans la Province de Québec depuis bientôt vingt ans. En 1852, tous les Evêques de la Province, pour relever le niveau des études classiques, ecclésiastiques et professionnelles, et en même temps pour protéger la foi et les mœurs des étudiants pendant le temps si dangereux de leur cléricature, conçurent l'idée de fonder pour tout le pays une grande
Université Catholique; et ils en confirmèrent la réalisation aux Messieurs du Séminaire de Québec. Le 8 décembre 1852, des Lettres Patentes, données à Westminster, érigeaient civilement la nouvelle université et la dotaient de prérogatives les plus amples. D'un autre côté, sur la demande des Evêques, Notre Saint-Père le Pape Pie IX, par un induit du 6 mars 1853, permettait à l'Université d'exercer les droits que lui accordait sa charte royale et de conférer les degrés ordinaires v en théologie.
Cependant, dès 1862, le vénérable Evêque de Montréal. Mgr Ignace Bourget, crut devoir demander à Rome la permission d'ériger dans sa ville épiscopale une Université indépendante. Rome refusa. De nouvelles instances furent faites à quatre reprises différentes, en 1863, 1864, 1865 et en 1872, mais toujours sans succès. Enfin, en 1876, le 13 de février, après avoir entendu mie sixième fois les avocats des deux parties contestantes, la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour subvenir aux besoins religieux de Montréal, d'une part, et de l'autre, pour ne pas blesser les droits acquis de Québec, et sans doute aussi pour ne pas affaiblir les études universitaires en multipliant les universités, donna une décision motivée, approuvée du Saint-Père dans toutes ses conclusions, par laquelle il était réglé qu'il serait établi une succursale de l'Université Laval à Montréal. En conséquence, le 6 janvier 1878 Son Eminence Mgr Conroy, délégué apostolique au Canada, en présence de tous les Evoques, au Grand Séminaire de Montréal, inaugurait solennellement la dite succursale; et tout le monde paraissait se réjouir de voir enfin réglée une question qui avait créé tant de malaise et d'inquiétude.
Bientôt, cependant, les oppositions recommencèrent plus vives que jamais; l'existence légale de la succursale fut mise en question; de nombreux mémoires furent présentés en Cour de Rome. Or, c'est après avoir bien voulu examiner de nouveau une question déjà débattue et étudiée depuis