Lettre de Mgr Bourget, 15 mars 1862 (mêmes axchiv
2. Lettres du Dr .Beaubien à M. Taschereau, 8 déc. 1860. — id. de M. Taschereau au Recteur de l'U. L., 9 janv. 1681; — id. des docteurs Bibeau et Beaubien, 30 août 1862; — id. de Mgr Bourget, 31 mai 1862; — id. du Dr Beaubien au recteur de l'U. L., 17 oct. 1S62; — id. du Recteur de l'U. L. au Dr Beaubien, 20 oct. 1862; — id. du même(U. L.) à Mgr de Saint-Hyacinthe, 15 nov. 1864; — id. de Mgr de Saint-Hyacinthe au Recteur de l'U. L., 16 nov. 1864; — déclaration du Président de l'Ecole de médecine, 8 nov. 1864; — Lettre de l'Ecole, 16 nov. 1872 (aux mêmes archives).
1865, pour obtenir du Saint-Siège la permission d'avoir son Université. On lui dit encore une fois : Patience1.
Un an plus tard, les Evêques de Kingston et d'Ottawa, sans demander permission à pcr;onne, ob inrent du Parlement Canadien mie charte d'université pour leur collèges respectifs, et cependant ces deux evêques étaient vis-à-vis de Laval dans les mêmes conditions que celui de Montréal, et ces villes pourraient se passer même aujourd'hui, 1886 (c'est-à-dire 20 ans plus tard) d'mie université bien plus facilement que ne le pouvait Montréal dès lors.
Peu de temps après, en 1867, le collège Sainte-Marie suspendit les cours de son Ecole de Droit; cela ne servit malheureusement, qu'à grossir les rangs de McGill, et à jeter nos pauvres jeunes gens entre les bras de l'impie Doutre, Canadien apostat, qui enseignait le Droit avec talent dans cette luniveisité.
Quant à l'Ecole de Médecine, à bout de patience, elle s'adressa, malgré Mgr Bourget, à l'Université (protestante) Victoria de Cobourg (Ontario), qui l'affilia à des conditions avantageuses. Le pauvre ôvêque gémit d'autant plus de ce triste état de chose, que faute d'université catholique à Montréal, les mauvais principes faisaient des progrès effrayants parmi la jeunesse des carrières libérales.
D'un autre côté, l'Université Laval était elle-même loin de répondre aux vœux des Evêques et des parents chrétiens. Sans parler de tels professeurs, protestants, francs-maçons, qui menèrent plus d'un de leurs élèves dans les loges, renseignement du principal professeur de Droit, M. Crémazie, était la théorie pure et simple de l'omnipotence de l'Etat, même quant au sacrement du mariage2.
Nos Pères de Québec cependant, se tenaient tranquillement
1. Lettre du card. Barnabo à Mgr Baiîlargeon, 17 août 18G5 (mêmes archives). i
2. Témoignage du Dr Filiatrault, juin 1881; Enseignement à l'Université Laval.
occupés de leur ministère, lorsque le P. Braun, sollicité à cet effet parle clergé et encouragé par Mgr Baillargeon, prêcha, à la cathédrale, et publia ensuite en brochure ses Conférences sur le mariage chrétien. Indirectement, il faisait par là une critique très sévère de l'enseignement donné à l'Université
Laval.
On ne le lui pardonna pas, et l'on trouva moyen, quelques mois avant la mort de Mgr Baillargeon, en 1870, d'extorquer au bon évêque qui vénérait le P. Braun, une lettre au Père Bapst, Supérieur de la Compagnie en Canada, lui signifiant que le P. Braun devrait être retiré de Québec; le Père fut aussitôt envoyé à Montréal.
III. — Les Jésuites demandent le pouvoir de conférer des diplômes de Droit et de Médecine. — Ils réclament les biens des Jésuites. — Episodes des Noces d'or et de la démolition des Casernes des Jésuites. — Projet Franchi, iSj2-j$.
Le pauvre Evêque de Montréal semblait décidé, après tant cfe refus, à ne plus jamais demander d'Université pour Montréal; ii sentait, du reste, que la fin de sa carrière terrestre approchait à grands pas. Et puis, que de tribulations lui vinrent de toutes parts précisément alors! D'abord ce fut la lutte si longue et si pénible contre les Sulpiciens (aidés de Mgr Taschereau) dans l'affaire de la division de Montréal en plusieurs paroisses; puis les excès de l'Institut Canadien, qui forcèrent I'Evêque à frapper de censure tous ceux qui continueraient à faire partie de cette association impie; enfin le procès Guibord et ses tristes conséquences.
Au milieu de toutes ces tribulations, le digne Evêque ne pouvait cependant oublier la chère jeunesse de Montréal. Voulant cette fois suivre l'exemple des Ëvêques de Kingston et d'Ottawa, il demanda à nos Pères du collège Sainte-Marie de réclamer du Parlement de Québec (1872) le pouvoir de conférer des diplômes de Droit et de Médecine. Les Pères firent la de-
mande et le Parlement était prêt à l'accorder, quand l'Archevêque (Taschereau) fit insérer dans les journaux un document où il disait « qu'il fallait être aveugle et insensé pour prétendre qu'on peut fouler aux pieds de la sorte les décrets de Rome. » Mgr Bourget répondit avec calme qu'il ne connaissait aucun décret de Rome qui défendît cette demande, puis il rappela que le Cardinal Barnabo lui avait non seulement permis, mais presque commandé de revenir à la charge, si les circonstances l'y forçaient; que très certainement Montréal, après 20 ans d'attente, avait droit à quelque chose et ne pouvait plus s'en passer; qu'il fallait bien obtenir une charte du pouvoir civil avant de demander l'érection canonique au Saint-Siège, (du reste, il ne s'agissait nullement d'établir une Faculté de théologie) : c'est ainsi qu'avaient agi l'archevêque de Québec, il y a 20 ans et les évoques de Kingston et d'Ottawa il y a 6 ans1.
L'Archevêque répliqua dans les journaux que « l'on ne pouvait, sans désobéir au Saint-Siège, voter en faveur d'un projet qui revient à l'érection d'une nouvelle Université; » puis il envoya à Rome le télégramme suivant, qui, en dénaturant totalement l'état de la question, trompa le Saint-Siège : « Décrets sur U. L. sont-ils révoqués? Evêquo Bourget peut-il s'adresser au Parlement avant révocation formelle? » La réponse fut négative, et nos Pères retirèrent leur demande surle-champ.
Le digne Prélat était destiné à voir l'amertume se mêler même à ses plus grandes joies. Un mois avant ces tristesses, il célébrait ses noces d'or. Quiconque n'a pas été témoin de l'enthousiasme déployé par le clergé, les communautés religieuses et les fidèles ne saurait s'en faire une idée. L'humble
1. Quelques remarques (1er Factura) par L'U. L., nov. 1872. Lettre do l'Arch. de Québec au Recteur de l'U. L., 17 nov. 1872. Lettre de Mgr Bourget à l'Arch. de Québec, 21 nov. 1872. Lettre de l'Arch. de Québec à Mgr Bourget, 22 nov. 1872. Lettre de Mgr Bourget au « Nouveau-Monde », 13 mars 1S73 (mêmes archives). i
Evêque aurait bien voulut se soustraire à tant de marques de respect et d'amour, il ne put le faire.
Or, dans la fête solennelle qui se célébra dans l'église Notre- Dame, en présence d'un nombre considérable de Prélats, d'un millier de prêtres et de 10.000 fidèles, le P. Braun, choisi à cet effet par suite d'un malentendu à la place de Mgr Laflèche, prononça un discours fameux.
Sans réfléchir aux conséquences et en toute simplicité, il prit pour sujet d'éloge du digne Evêque, la pureté de sa doctrine et le zèle qu'il avait toujours déployé pour répandre les principes du Syllabus. Indirectement et même assez ouvertement, le Père flétrissait le libéralisme catholique. L'effet du sermon fut extraordinaire, mais tandis que la presque tota lité des auditeurs (ceux du moins qui y comprirent goutte) furent enchantés, l'Archevêque et son entourage se prétendaient insultés; ils épuisèrent toutes leurs ressources pour faire censurer le sermon et bannir du pays le prédicateur. Ils ne réussirent point en cela, mais ils vouèrent une antipathie bien profonde au P. Braun, qui les avait déjà tant offensés par ses « Conférences sur le mariage chrétien. »
Vers ce temps-là, nos Pères du Canada informèrent le R. P. Général que le Parlement de Québec étant presque tout entier composé de catholiques (pratiquants), il leur semblait que le moment était favorable pour réclamer une indemnité pour les Biens des Jésuites confisqués par le Gouvernement anglais en 1800, à la mort du dernier Jésuite canadien de l'ancienne Compagnie. Le Saint-Père accédant à la demande du P. Général, lui accorda un Induit l'autorisant à réclamer cette indemnité pour l'Eglise. Le P. Charaux, supérieur de notre Mission, réclama en conséquence, mais le Premier Ministre, l'Honorable M. Ouimet (sans aucun doute, après avoir consulté qui de droit) déclara que « les revenus des Jésuites étaient appliqués, selon la loi, à l'éducation supérieure, et qu'ainsi le "Gouvernement ne devait rien aux Jésuites. »
Peu de temps après, le même Premier Ministre écrivit au
Caidinal Antoneili que « les Jésuites étaient trop impopulaires au Canada, pour que le Gouvernement put songer à traiter avec eux sur cette question; le Gouvernement se déclarait disposé à traiter avec l'Archevêque au premier moment favorable. » Là-dessus, le P. Général supplia le Saint-Père de reprendre l'Induit. Le Saint-Père accéda à la demande du P. Générai et chargea les Evêques du Canada de faire cette réclamation, se réservant à lui-même le droit de faire la distribution équitable de l'indemnité, dès qu'on l'aura obtenue.
Il y a de cela huit ans, et nous avons eu depuis lors ie Gouvernement de Boucherville, que tout le monde disait bien disposé envers l'Eglise.
Or, au ïïeu de fui demander une indemnité, pour les « Biens des Jésuites, » l'Archevêque de Québec, parait-il, réclama de lui, ou du moins lui permît la démolition des Casernes des Jésuites : c'était l'ancien collège de la Compagnie qiù ava'it servi de casernes aux soldats anglais Jusqu'à ce que, dans ces d nièies années, l'Angleterre retirât ses troupes de Québec. Pour faire approuver cet acte de vandalisme, on s'adressa à Mgr Conroy, le délégué apostolique, dès son arrivée en 1877, et on lui demanda la permission de « démolir cet édifice qui menaçait ruine (? !) » Or, il menaçait si peu ruine, (et le Gouvernement et l'Archevêque' le savaient d'avance et les architectes l'attestaient) que pour le démolir il fallut employer pendant des années entières d'énormes quantités de dynamite.
Puis les ouvirers ayant trouvé, sous les dalles de la chapelle, les tombeaux de nos anciens Pères, on recueillit leurs ossements. Le P. Sache, supérieur de notre résidence de Quel* les réclama; on les lui promit; puis on vint lui dire qu'ils avaient disparu; on les avait volés!!!
Cependant la demande 1 que nos Pères avaient faite au Parlement de Québec en 1872, puis retirée à la suite des télégrammes mentiomiés plus haut, avait produit à Rome un chan-
1. Il s'agit de la demande de pouvoir conférer des diplômes de Dnil < l de Médecine.
gement considérable : la Propagande semblait être bien convaincue à présent que Montréal avait droit à son université, et que cette université, pourvu qu'on prît certaines précautions, ne nuirait point à l'Université Laval. De là vint, en 1874, le projet de deux Universités indépendantes, l'une à Québec, l'autre à Montréal, toutes deux sur le même plan et toutes deux sous le contrôle des Evêques de la Province. Ce projet, proposé par le Cardinal Franchi, sans être parfait, plaisait à tout le monde, excepté à l'Archevêque et à l'Université Laval l. • Ces derniers recommencèrent donc de plus belle à répéter leurs objections. Ils y en ajoutèrent de nouvelles : la charte de l'Université Laval s'y oppose! (cette fameuse charte d'une Université catholique, destinée à toute la Province, et d'où le contrôle des Evêques est exclus.)
Pendant les deux années qui suivirent, Mgr Bourget était cloué le plus souvent sur son lit de douleur (1874-76); il croyait du reste que le projet Franchi était sûr de triompher. Mais l'Archevêque et Laval parvinrent à le faire mettre de côté, et à le remplacer par le projet de la succursale.
On avoua alors qu'il était temps d'accorder quelque chose à Montréal; on prétendit prouver que « l'affiliation des Ecoles de Droit et de Médecine rainerait Laval tout autant qu'une université indépendante, » et l'on affirma qu'on ne voyait par conséquent rien de mieux que d'offrir (c'est-à-dire d'imposer) à Montréal une succursale de Llaval.
Ce beau projet avait déjà été soumis dès 1870 à Mgr Bourget par les autorités de l'Universtié Laval. « Pour sauver l'honneur de Laval et de l'Archevêque, » le bon Evêque, qui ne pouvait s'empêcher de le trouver insultant, n'en souffla mot à personne; et lui, si imbu des principes de la plus exquise politesse, se dispensa même d'accuser réception du document et de dire ce qu'il en pensait. L'Archevêque ne l'en accusa