L'AFFAIRE LANDRY VS LAVAL
Voilà donc élucidés, aux torts manifestes de l'Université Laval et de ses protecteurs quand même, nombre de conflits, i
Cela fait, je pensais aborder immédiatement la question non moins troublante de la Division du diocèse des Trois-Bivières, réalisée au préjudice matériel et moral du vénérable évêque, Mgr Laflèche, coupable, aux yeux d'Elzéar Taschereau, son métropolitain, d'avoir défendu sans faiblesse comme sans compromission, la doctrine romaine dans toute sa pureté, comme aussi les intérêts généraux et particuliers de l'Eglise et des fidèles soumis à sa haute juridiction. Personne n'ignore avec quelle faci'i é, libéraux et francs-ma?ons déclarent vénérables, béatifient et canonisent les prêtres complaisants qui favorisent leurs manœuvres ténébreuses. Or, selon les pontifes occultes qui opéraient sur les rives du Saint- Laurenl, Elzéar Taschereau, par leur grâce Recteur de Laval, puis archevêque de Québec, et enfin, par leurs intrigues, membre très obscur du Sacré-Collège1, était un saint : le
1. \ oici comment avec plus ou moins de sincérité et d'exactitude, M. l.angelier, dans « Les Souvenirs », pp. 245-247, nous a donné l'histoire jusque-là inédite de l'élévation de Mgr Taschereau à la dign té cardinalice.
« Mgr Cyrille-E. Légaré, l'ancien Vicaire Général du diocèse, aimait beaucoup l'archevêque, qui de son côté avait la plus grande confiance en lui. ^ .
» Dès son ascension sur le trùne archiépiscopal de Québec, Mçr Taschereau l'avait appelé auprès de lui comme son Vicaire Général. Or. Mgr Légaré avait à Rome un ami, un prêtre, Le secrétaire de l'Aumonene pontificale-, qui logeait avec Mut Mocenni, t.iire d'Etat et aujour-
d'hui cardinal. Ce prêtre tenait Mgr Légaré au courant de tout ce qui se passait au Vatican; il le fit de même nommer Vicaire-Général de l'arche-
saint de Québec : c'est ce qu'on m'affirmait dans les milieux canadiens à Paris, où on me faisait grief de porter atteinte à la vénération profonde qu'inspirait ce personnage dont la silhouette planait sur les destinées du Dominion, aussi bien que le flambeau de la Liberté sur les abords de New-York, la plus belle conquête de la démocratie triomphante-
De la sainteté très particulière d'Elzéar Taschereau, je connais surtout une souplesse prodigieuse envers ses protecteurs; mie rudesse incomparable envers ses contradicteurs et subordonnés. Ajoutez à ces vertus, peu appréciées en des milieux pourtant respectables, une fourberie souvent éprouvée, une absence de scrupules déconcertante, et vous comprendrez l'attachement qu'avaient pour lui, leur ange tutélaire, les libéraux, les protestants sectaires et les francs-maçons. Il était, après tout, leur œuvre, et pour cela, il devenait leur refuge, leur espérance, comme aussi leur moyen de domination Eprouvaient-ils une résistance; à nous! hurlaient-
vêque de Vérone, un. honneur très prisé et très (élevé dans le monde ecclésiastique. Mgr Légaré lui demanda s'il ne serait pas possible de faire conférer à Mgr Taschereau les honneurs cardinalices et quels moyens il fallait prendre pour y arriver. Son correspondant lui répondit qu'après avoir sondé le terrain, il avait appris que Mgr Taschereau jouissait à Rome d'un immense crédit, puis il ajoutait que sa nomination était très possible. Mais, disait-il, il faut que cette faveur soit sollicitée par le maire de votre ville et aussi par le gouvernement de votre pays. A ce moment, l'hon. Frs. Langelier, le beau-frère de Mgr Légaré, était le maire de Québec. Il se fit un plaisir d'obtempérer à la demande de Mgr Légaré : il adressa au cardinal Jacobini une leltre dans laquelle 51 exposait les raisons qui militaient en faveur de Québec; il représentait que notre siège épiscopal était le plus ancien du pays, et qu'enfin Mgr Taschereau était, et par sa science et par ses vertus, digne de recevoir le chapeau de cardinal.
» Bien qu'adversaire politique de l'hon. M. Chapleau, M. Langelier, son ancien compagnon de classe, était toujours resté avec lui dans les termes de la meilleure amitié. Il s'adressa donc à lui, et le pria en sa qualité de Secrétaire d'Etat, d'écrire à Rome au nom du gouvernement. M. Chapleau consulta Sir John Macdonald qui accueillit le projet de la manière la plus favorable. M. Chapleau écrivit à Rome et quelques mois après la bonne nouvelle nous arrivait que Mgr Taschereau avait été nommé cardinal. »
Voilà l'histoire vraie de cet événement qui jeta tant de lustre'sur notre pays (?!).
ils, en leur détresse; et Taschereau, à coups de crosse et de mandements, dispersait leurs adversaires- C\tait donc un alio précieux.
J'ai osé dire cela! Je crois qu'il y a déjà plus qu'un commencement de preuve, et je songeais en arrivant, à l'aventure de Mgr Laflèche, à Tr-ois-Rivières, à achever, incontinent, ma démonstration. Mais, au cours du Tome IV des Voix Canadie::nes, dans une simple note, j'avais incidemment touché à l'affaire du Dr Landry, sénateur, professeur honoraire de Laval et victime, comme tant d'autres, de cette Aima Mater dénuée de tendresse. A la fin de cette note, je manifestai le désir d'être documenté sur cette affaire obscure où le bon Hamel et le vindicatif Taschereau me semblaient aussi tenir les premiers rôles. Je fus entendu; les documents affluèrent et comme tout y a trait à Laval, je m'en sers pour terminer ce volume : le lecteur ne le regrettera pas.
Sans m'exposer à m'é tendre indéiiniment, je ne saurais reproduire in extenso tous les documents reçus- Un grand nombre ont été publiés au cours d'écœurantes polémiques; il me suffira de renvoyer aux sources, en retenant seulement les pièces et passages utiles pour l'intelligence de la cause-
Voici donc un long 'Mémoire Landry vs Hamel, par A- C. P. R. Landry, député de la Chambre des Communes du Canada, Lt. Colonel du 61me, président de l'Association conservatrice de Québec, Rome, 1883. (M. Landry est actuellement sénateur).
Cet important travail débute par cette lettre à Son Em. le Cardinal Siméoni, préfet, aux Emmes Cardinaux de la S. C. de la Propagande.
Emineutissimes Seigneurs,
Un citoyen honorable, jouissant dans son pays d'une ré] tion la plus belle qu'un homme puisse désirer, entouré du respect, de l'estime et de l'affection de ses compatriotes, occupant dans la société une position éminente, honoré de la confiance de
ses supérieurs ecclésiastiques qui lui ont obtenu du Pontife Suprême la glorieuse distinction de Commandeur de l'Ordre de Saint- Grégoire-le-Grand, a vu, tout à coup, fondre sur lui le plus inattendu des orages, la plus injuste des persécutions.
Et c'est un haut fonctionnaire ecclésiastique, Vicaire Général dans l'archidiocèse de Québec, qui, demandant à la presse une arène où les ordonnances conciliaires et diocésaines lui défendaient de pénétrer, fourbissant dans une aveugle colère des armes que sa position élevée et sa dignité de prêtre lui faisaient un devoir de ne pas utiliser, foulant aux pieds tout sentiment de reconnaissance, de charité et de justice, s'est ainsi lancé, tète baissée, en avant, frappant sans merci et cherchant à détruire par les injures et les calomnies la réputation de son prochain.
Victime d'un traitement indigne, persécuté par ceux-là mêmes qui auraient dû venger son honneur, le docteur Landry, de Québec, a demandé aux tribunaux ecclésiastiques de son pays une protection qu'il n'a pu obtenir, une justice qu'on lui a impitoyablement refusée.
Il se tourne maintenant vers le Tribunal suprême, et s'adressant au Saint-Siège il lui demande le redressement des torts immérités qu'il a subis, la réparation de son honneur gravement outragé.
Ne pouvant lui-même, grâce aux infirmités dont il souffre, entreprendre un long et pénible voyage, il a confié ce souci à son fils, le constituant son procureur général et spécial pour toutes les fins de la cause qu'il soumet aujourd'hui au jugement éclairé de Votre auguste Tribunal.
Enfant dévoué de l'Eglise, catholique sincère, c'est en Vos mains qu'il remet le bien mille fois précieux de son honneur et le soin de sa réhabilitation.
Il demande justice.
Et son fils, à qui il a confié la noble mission de l'obtenir pour lui, se présente aujourd'hui, plein de confiance, devant Votre haut Tribunal et sollicite de Vos Eminences la faveur de prendre une entière connaissance du présent mémoire qu'il vous soumet et qui contient un exposé fidèle de la cause sur laquelle Vos Eminences auront à se prononcer.
Dans cet espoir, il prie Vos Eminences d'agréer l'hommage du plus profond respect
de leur très humble et très dévoué serviteur A. G P. R. Landry.
Rome, ce 25 août 1883.
Vient alors ce sommaire du mémoire dont il s'agit :
Sommaire : Le but du présent sommaire est d'exposer à Vos Eminences :
1° Pourquoi nous portons devant Votre tribunal, en première instance, une cause qui aurait dû être dirimée par un jugement de l'Officialité métropolitaine de Québec;
2° L'historique des événements qui ont précédé et fait naître la présente cause;
3° La nature même de la cause que nous demandons à soumettre à Votre jugement éclairé et impartial.
I. Le tribunal de l'Officialité de Québec a été érigé par un décret de S. G. Mgr E. A. Taschereau, arch. de Québec, en date du 1G février 1882. Sa ci nsiitut;on, sa juridiction lui ont été données par deux décrets : l'un, celui du 16 février 1882, crée sa juridiction criminelle; l'autre, en date du 20 février 1883, établit sa juridiction civile.
Le personnel du tribunal de l'Officialité — juridiction civile -- est nommé par ce dernier décret; celui de l'Officialité — juridiction criminelle — lui est donné par S. G. l'arch. de Québec, dans deux circulaires à son clergé, l'une en date du 18 février 1882, l'autre en date du 21 octobre 1882. L'Officialité de Québec est métropolitaine. Ses justiciables, si ce tribunal leur était fermé, doivent nécessairement s'adresser au tribunal immédiatement supérieur, à celui du Saint-Siège lui-même.
C'est ce qui a lieu aujourd'hui, précisément parce qu'on nous ferme tout accès aux tribunaux ecclésiastiques de première instance de notre pays. Il nous faut chercher justice ailleurs.
Le 23 juillet 1883, la pièce suivante était déposée au tribunal de l'Officialité métropolitaine de Québec :
Province ecclésiastique de Québec, archidiocèse de Québec,
Tribunal de l'Off icialité,
No
Landry vs Hamel
« Par devant le Très Rév. Cyrille-Etienne Legaré, docteur en théologie, Vicaire général et Officiai de l'archidiocèse de Québec, comparaît Jean-Etienne-Joseph Landry, docteur en médecine, ancien professeur de l'Université Laval, membre correspondant de la Société d'Anthropologie de Paris, membre honoraire de la Société d'Emulation de Louvain, Chevalier Commandeur de l'Ordre de Saint Grégoire de-Grand, demeurant à Québec, rue Sainte-Anne, n° 135.
» Lequel se plaint d'avoir été gravement injurié et odieusement calomnié dans des lettres écrites, signées et publiées à Québec dans les mois d'avril et mai de la présente année, par le Très Rév. Thomas-Etienne Hamel, Vicaire Général, maître es arts, membre de la Société Royale du Canada, professeur de l'Université Laval, aujourd'hui recteur de cette institution, à Québec.
» En raison de quoi il le dénonce judiciairement dans le but pur et simple d'obliger le dit Thomas-Etienne Hamel à faire réparation d'honneur. Et le dénonciateur proteste que pour l'amour de Dieu-, il pardonne l'injure reçue, n'ayant ni la volonté ni l'intention de faire punir publiquement ou privément celui qui l'a ainsi injurié et calomnié, mais voulant seulement qu'il soit condamné à réparer l'injustice commise, avec dépens. Il donne comme témoins : (la liste suit).
La nature de la cause que l'on voulait porter devant l'Ofiicialité métropolitaine de Québec étant maintenant connue, on se rendra facilement compte de la correspondance échangée entre S. G. Mgr l'arch. de Québec, le Très Rév. M. Cyrille- Etienne Legaré, président du tribunal de l'OfficiaHté, les RR. MM. L. N. Bégin, prêtre, et C. A. Aliarois, prêtre, le premier promoteur, le second, chancelier de l'OfficiaHté, d'une part, et le soussigné, député à la Chambre des Communes du Canada, agissant au nom et pour les intérêts de mon père, de l'autre part.
Toute cette correspondance annexée au présent mémoire comme pièces justificatives, comprend les pièces n° 8. 9, 10,
11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 2i, 22, 23, 24, 25, 26, et 27 1. En voici l'historique en deux mots.
Je me suis adressé simultanément à Mgr l'Arch. de Québec, et au Rév. M. L. N. Bégin, promoteur de l'Officialité métropolitaine de Québec, pour obtenir l'autorisation de citer le Très Rév. M. Thomas-Etienne Hamel devant le tribunal de l'Officialité et pour confier au dernier la conduite du procès qui devait être la suite de cette citation.
Sa G. Mgr l'arch. mei népond, le 21 juin dernier, que « s'il a s'agit de quelque chose se rapportant au démêlé entre le » Dr Landry et M. Hamel, je dois m'adresser au St-Sijège,
1. N° 8. Lettre de M. Landry au Promoteur de l'Officialité, 12 juin 1883; M. Landry dit vouloir porter plainte contre un membre du clergé; constitue ses procureurs : MM. L G. Bossé et Cyrios Pelletier, conseillers de la Reine, il demande les documents nécessaires pour l'introduction régulière de son instance.
N' 9. Réponse du Promoteur de l'Officialité à M. Landry; il informe M. Landry que les documents qu'ils désirent sont à sa disposition aux bibliothèques de l'Université et de l'archevêché, où il peut en prendre copie. Les procureurs proposés sont agréés : la première chose à faire est de porter plainte, "(lettre du 13 juin 1883, signée L. N. Bégin, prêtre).
N° 10. 2e lettre de M. Landry au Promoteur de l'Officialité, datée du 17 juin 1883; M. Landry est disposé à porter plainte,, mais il désire savoir préalablement s'il doit être autorisé à le faire par l'Ordinaire; et si l'accusation devant être formulée contre un grand vicaire, esl cevable par l'Officialité; — car il veut sans détours ni retards s'adresser à l'autorité compétente. i
No 11. Lettre de M. Landry du 18 juin 1883, à Mgr Taschereau, arch. : Il demande à son archevêque, l'autorisation de citer M. Hamel, vie .gén devant le tribunal de l'Officialité; dans le cas où le vicaire général ne serait pas justiciable de ce tribunal, il demande à qui il doit s'adresser : son intention n'est pas d'attaquer un acte fait par M. Hamel en sa qualité de vicaire général.
No 12. Réponse de Mgr Taschereau à M. Landry, datée du 21 juin 1883. Une autorisation à citer n'est pas nécessaire; mais s'il s'agit de quoique chose se rapportant aux démêlés entre son père et M. Hamel, il doit s'adresser au SainUSiège, parce qu'il s'est déjà prononcé mit l'affaire et que l'Officialité ne peut réformer le jugement de l'ardcvêque.
N° 13. Réponse du Promoteur à M. Landry, daté* du 22 juin 1883; Il s'efface derrière l'archevêque qui a répondu à la question posée par M. Landry.
N° 14. 2« lettre de M. Landry à Mgr Taschereau. Puisqu'il y a eu jugement de l'archevêque que l'Officialité ne peul réformer, M. Landry demande où se trouve ce jugement qu'il ignore. Y a t il eu sentence juridique, jugement extraordinaire, ou simplement expression d'opinion; s'il
» parce que Sa G. s'est déjà prononcée sur cette affaire et que » YOfficialité ne peut réformer son jugement. »
A ma demande où était ce jugement que le tribunal de l'Ofiicialité ne saurait réformer, Sa Gr., dans une lettre en date du 12 juillet, affirme :
1° Qu'il n'y a pas de jugement de sa part;
2° Qu'en conséquence du fait qu'Elle « s'est prononcée dans » une lettre destinée à devenir publique, » il me faut « re- » courir au Saint-Siège, comme au tribunal de première ins- » tance. »
Une troisième fois, j'écrivis à Sa Gr., attirant son atten-
y a eu jugement, le recours au Saint-Siège semble s'imposer par voie d'appel, comme à un tribunal de 2e instance; s'il n'y a eu qu'expression d'opinion, alors il ne faudrait recourir à Rome qui statuerait en première instance pour cause d'incompétence du tribunal inférieur. M. Landry, ne sachant de quelle façon l'archevêque a dirimé la cause Landry-Hamel, demande ce qu'il doit faire pour saisir Rome valablement de l'incident.
N° 15. Réponse de Mgr Taschereau à M. Landry, 12 juillet 1SS3; L'affaire ne doit pas être portée à Rome par voie d'appel, car le public étant saisi du conflit, l'archevêque s'est prononcé dans une lettre destinée ,à être rendue publique.
No 16. ' 3e lettre de M. Landry à Mgr Taschereau, 19 juillet 1883; M. Landry prenant acte des renseignements fournis par l'archevêque lui fait remarquer pourtant qu'il a lui-même institué deux tribunaux : l'Officialité, et le tribunal de l'archevêque et il demande par surcroît de prudence, si ces deux tribunaux sont également incompétents pour {tout ce qui concerno la cause Landry-Hamel.
A* 17. 3e réponse de Mgr Taschereau, 9 juillet 1883; Il maintient que M. Landry doit recourir à Rome.
No 18. Lettre de M. Landry à l'Official, 23 juillet 1883; Résume la question selon la correspondance octroyée jusque-là et avec dénonciation juridique- de l'incompétence invoquée, demande acte de la récusation de l'Officialité avec les motifs qui la déterminent.
No 19. Ire lettre de M. Landry au chancelier : conformément à la lettre du Rév. M. Bégin, promoteur de l'Officialité, datée du 13 juin. M. Landry demande : 1° copie certifiée du rapport fait par M. Bégin sur sa mission officielle auprès du Dr Landry ; 2° une copie certifiée du mandement de l'archevêque, en date du 1er juin 1883; 3° copie certifiée de la lettre de l'archevêque du 4 juin, même année à M. Hamel, vie. gén.; i° copie certifiée de la correspondance échangée entre Mgr Taschereau, les RR. Légaré, Marois et lui-même.
No 20. Réponse du Chancelier à la précédente de M. Landry (23 juillet 1883). Il n'y a pas de rapport du Rév. Bégin; il envoie les autres pièces réclamées, dûment certifiées.
No 21. Réponse de l'Official à M. Landry, 25 juillet 1883; Il renvoie
tion sur le fait de l'existence distincte de deux tribunaux ecclésiastiques dans son archidiocèse, celui de l'Officialité pour les matières criminelles et disciplinaires, et celui de l'Archevêque pour toutes les autres causes, et je lui demandai « si le recours à ces deux tribunaux nous était légale- » ment refusé, parce que Sa Grandeur se serait prononcée » tel qu'Elle le dit dans ses deux lettres du 21 juin et du 12 » juillet. »
Sa Gr. me répond le 19 juillet : « Dans les circonstances » présentes, c'est au Saint-Siège que vous devez avoir recours. »
Je m'adressai alors au Président du tribunal de l'Officialité et, lui rapportant toujs les faits que je viens ■ d'énumérer, lui remettant en même temps la dénonciation juridique du Dr J. E. J. Landry, je lui demandai son opinion.
Le T. R. M. Legaré, officiai, me répond, en date du 25 juillet : « Dans le cas actuel, vous n'avez pas d'autre voie à su ivre » que de vous adresser au Tribunal suprême de Rome »;
la dénonciation juridique dont il est question ci-dessus et indique Rome comme seul recours possible, les pièces transmises devant faciliter cette démarche.
No -22. Lettre de M. Landry à l'Official (27 juillet 1883); 11 insiste pour avoir une preuve juridique de la récusation de l'Officialité el des motifs qui la déterminent, ce qu'il n'a pas obtenu. Il demande quel sort est j réservé à son dossier.
No 23. Réponse de l'Officialité par le Chancelier (27 juillet), elle annonce le renvoi de la dénonciation juridique et tout le dossier du Dr Landry. |
No 24. 2e lettre de M. Landry au Chancelier (27 juillet 1883); Il demande copie certifiée du décret de Mgr Taschereau établissant le tribunal de l'Officialité. Juridiction civile, et copie d'une circulaire au clergé, en date du 23 juillet 1883.
No 25. Réponse du Chancelier à M. Landry, 28 juillet 1883; Remise des pièces demandées au n" 24.
No 26. Lettre de M. Landry à M. Et. Légaré (Officiai. 31 juillel Il demande si le renvoi pur el simple du dossier Landry vs Hamel esl W refus définitif d'accorder la preuve juridique réclamée par lui, ou la déclaration officielle que l'Official n'entend pas saisir son tribunal de la cause qu'a fait naître la dénonciation juridique du Dr Land rement produite le 23 du présent mois (juillet 1883).
No 27. Réponse de l'Official à M. Landry (leI aoûl 1883) : elle prie M. Landry de s'en référer à sa lettre du 25 juillet 1883 et déclare l'incident clos.
et il ajoute : « Les trois lettres que Sa Grandeur vous a écri- » tes vous. suffiront pour introduire votre cause à Rome. »
Le recours au tribunal de Vos Eminences nous étant ainsi clairement indiqué, personne d'ailleurs ne voulant nous rendre justice au pays, nous adoptons une ligne de conduite, la seule possible, et nous demandons à porter devant Votre tribunal, en première instance, une cause qui aurait dû être dirimée par un jugement de l'Officialité de Québec.
II. L'historique des événements qui ont précédé la cause et qui l'ont fait naître, exige quelques développements que volontiers nous donnerons, lorsque la cause aura été acceptée. Qu'il nous suffise, pour le moment, des quelques détails qui suivent.
En octobre 1882, le Dr Landry eut, avecTVI. l'abbé Lemieux, une conversation sur la franc-maçonnerie, sur ses ravages considérables en Europe, sur ses progrès alarmants au Canada. Cette conversation fut rapportée par M. Lemieux à l'officiel. Celui-ci envoya le promoteur de son tribunal, le Rév. M. Bégin (actuellement archevêque de Québec) trouver le Dr Landry pour lui demander des renseignements.
Le Dr Landry eut ainsi une seconde conversation, celle-là avec M. Bégin. Au cours de cette seconde conversation, le Dr Landry fit connaître à M. le Promoteur les opinions que M. Hamel, V. G., entretenait sur la franc-maçonnerie, à savoir : « que les francs-maçons du Canada n'étaient pas aussi méchants ni aussi dangereux que ceux d'Europe; qu'en Canada, la franc-maçonnerie n'est considérée que comme une société de bienfaisance et de secours mutuels. »
M. Bégin donna immédiatement connaissance à M. Hamel de ce qu'il venait d'apprendre. Six mois plus tard, M. Hamel écrit au Dr Landry une lettre impertinente, dans laquelle il l'insulte et le calomnie odieusement et lui demande une rétractation.
Le Dr Landry envoie son gendre auprès de M. Hamel solli-
citer de lui la faveur d'une entrevue, afin de terminer à l'amiable et le plus pacifiquement du monde, une difficulté qui a été la source des plus grands scandales. M. Hamel refuse.
Le Dr Landry répond à M. Hamel en lui faisant l'historique des événements, affirme avoir entendu la conversation, s'en rappeler parfaitement et termine en offrant de donner son témoignage sous la foi du serment. Et de fait, ce témoignage est maintenant assermenté.
Yl. Hamel réitère ses injures dans une troisième lettre, et porte, contre le Dr Landry, de nouvelles accusations diffamatoires. Le Dr Landry maintient ses assertions premières dans une seconde lettre de quelques lignes seulement.
Vient une dernière lettre de M. Hamel qui contient l'admission de la bonne foi du Dr Landry, et qui demande à cette bonne foi une injurieuse et impossible rétractation.- M. Hamel fait ensuite publier, dans le Journal de Québec du 8 mai, toute la correspondance échangée entre le Dr Landry et lui, moins la lettre dans laquelle il refuse l'entrevue demandée par le Dr Landry.
Toute cette pièce diffamatoire est suivie de réflexions ex parte, faites par Hamel en forme de résumé, réflexions injurieuses et calomnieuses comme les lettres elles-mêmes.
S. G. Mgr l'arch. de Québec intervient alors dans le débat et publie un mandement et une lettre explicative. Dans ces deux pièces, il frappe sur le Dr Landry, et se sert de son autorité pastorale pour porter contre lui des accusations essentiellement fausses.
Le conseil de l'Université Laval vient à la rescousse de M. Hamel, et d'autorité seule, chasse le Dr Landry de la faculté de médecine à laquelle il appartient depuis vingt-sept ans comme professeur titulaire et depuis trois comme professeur honoraire.
M. Landry veut se plaindre. L'arch'. de Québec el son Officialité opposent un déni de justice et refusent d'écouter sa voix.
Voilà pourquoi, traversant les mers, nous venons au pied
du Tribunal suprême réclamer la justice qu'on nous refuse dans notre pays. ,