L'INTERVENTION DE S. G. L'ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC
C'est plus qu'une intervention, c'est une complicité. Les pièces justificatives établissent ce fait-
M. Hamel écrit au Dr Landry au sujet d'une rétractation qu'il demande : « Si d'ici quelques jours, je n'en ai pas des nouvelles suffisantes, je me verrai obligé, à regret, de publier la présente lettre, « laquelle j'ai soumise à Mgr l'Archevêque avant de vous l'envoyer. »
Dans une correspondance inspirée par M. Hamel et signée par M- E. Myrand, il est dit : « M. l'abbé flamel, après avoir antérieurement soumis à l'Archevêque la correspondance échangée entre lui et le Dr Landry à ce sujet, la publia en entier dans le Journal de Québec- »
En voilà assez pour établir notre thèse, que nous dévelop-
perons dans le mémoire que nous présenterons à Vos Eminences, et dans lequel nous prouverons, par des documents indiscutables, que la bonne foi de l'arch. de Québec a été complètement surprise et qu'il est devenu le complice de l'accusé, au lieu de rester, comme sa haute position le lui commandait, le juge impartial auquel on devait s'adresser.
Par sa conduite, Mgr l'arch- de Québec nous a privé des avantages des tribunaux de première instance de notre pays, et il nous a forcé, pour obtenir la revendication de notre honneur, la réparation des torts graves qui lui ont été causés, de traverser les mers et de faire un pénible et dispendieux voyage-
Pis que cela : il s'est fait lui-même et sans nécessité diffamateur public et, sans prudence comme sans charité, il a fulminé contre un des citoyens les plus estimés de la province de Québec, une sentence qui fait hausser les épaules de pitié et qu'il devra regretter amèrement lorsque la froide raison aura repris son empire et dissipé les erreurs que la malveil lance a amoncelées autour de lui-
3. — L'intervention de l'Université Laval. — Elle est complètement injustifiable. Sans avertissement quelconque, le conseil de l'Université Laval expulse ignominieusement le Dr Landry de la Faculté de médecine, donnant pour raison... mais laissons parler les documents.
« Québec, 5 juin 1883. M. le Dr J. E. Landry M. D. Québec, » Monsieur, j'ai l'honneur d'être chargé de vous transmettre copie de la résolution suivante, passée au Conseil universitaire, en séance du 4 courant.
» Résolu unanimement « Que vu la conduite tenue par M. le Dr J. E. Landry à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel, ancien recteur de l'Université, le titre de professeur honoraire cesse d'être attribué au dit M. le Dr J. E. Landry.
» Veuillez me croire, M. le Docteur, etc.
» P. Roussel, Ptre, S. c. U. L. »
« Québec, 7 juin 1883. Rév. M. Pierre Roussel, Ptre, Secrétaire de l'Université Laval, Québec.
» Monsieur le Secrétaire, j'accuse réception de votre lettre en date du 5 du présent mois, rne transmettant copie d'une résolution qui m'enlève mon titre de Professeur honoraire à l'Université Laval.
» On donne comme motif de cette décision la ligne de conduite que j'ai tenue tout dernièrement à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel.
» Cette conduite est-elle blâmable? On ne le dit pas. La motion n'apprécie en aucune manière ma conduite. » Je suis simplement destitué.
» Qui a été mon accusateur? quel a été le chef d'accusation? qui a pris ma défense? qui a propose mon renvoi? Impossible de répondre à ces questions. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Le premier avertissement qu'on me donne, c'est la nouvelle que je suis à la porte.
» Je suis l'un des premiers professeurs de l'Université Laval, occupant cette charge depuis sa fondation. J'ai consacré vingtsept années de ma vie à y enseigner la méd ?cme. et après vingt* sept années d'un travail ardu, après vingt-sept années d'un dévouement qui ne s'est jamais démenti et qui m'a valu des éloges publics, voilà que sans forme de procès, d'autorité seule, on me retire uin titre honorifique, dernier lien qui m'attachait à votre institution, seule preuve tangible de la reconnaissance qu'elle voulait me témoigner.
» Et l'Electeur annonce au public ce que vous croyez être ma disgrâce, en même temps que votre lettre m'apporte cette étonnante nouvelle.
» J'ai doublement lieu d'être surpris.
» Je n'ai jamais attaqué l'Université Laval. Bien au contraire, je l'ai défendue.
» On me parle de ma conduite à l'égard de M. le Grand Vicaire Hamel ; mais en quoi cette conduite attaque-t-elle Laval ? Qu'on me le dise.
» M. Hamel m'a demandé de signer une rétractation. » En conscience, je ne pouvais pas mettre mon nom au bas d'un tel document. Je ne pouvais pas signer une pièce allant à dire que M. Hamel n'avait pas tenu une conversation que j'avais entendue, que j'étais certain, que je suis encore certain d'avoir entendue.
» Et c'est parce que je n'ai pas consenti à me déshonorer, à
agir contre les dictées de ma propre conscience, qu'on m'enlève aujourd'hui le titre de professeur honoraire de l'Université Laval!
» Soit, j'y consens.
» J'aime mieux perdre le titre de professeur honoraire d'une institution pour laquelle j'ai combattu près de trente ans que de voir amoindrir celui d'homme honorable.
» Je tiens encore plus à ce dernier titre qu'au premier.
» L'Electeur, qui annonce au public — à quel titre? je l'ignore — mon expulsion du corps universitaire, donne aussi à entendre, dans un autre entrefilet, que le Cercle catholique de Québec doit recevoir de Mgr l'Archevêque l'ordre de m'expulser de son sein.
» Le Cercle n'aura pas cette peine.
» J'occupais dans cette institution, tout comme à l'Université depuis deux ans, une position purement honorifique; on m'avait nommé membre auxiliaire.
» Mais comme je tiens à ce que personne ne souffre à mon occasion, je donne ma démission de membre auxiliaire du Cercle catholique de Québec.
» J'appartiens aussi à la Congrégation N.-D. de Québec; je suis prêt à m'en retirer pour ne pas compromettre \ lus longtemps les serviteurs de Marie, si on l'exige.
» J'ai appris — quelques indiscrets me l'ont dit — que j'avais fait un peu de bien, pécuniairement et professionnellement parlant, à des institutions religieuses.
» Je suis prêt à me tenir tranquille, à ne plus seconder les efforts des autorités ecclésiastiques, si celles-ci ne le veulent pas.
» Mais il est une chose dans laquelle je veux vivre et mourir : c'est ma religion, et j'espère qu'on me la laissera.
» Que ceux qui veulent me dépouiller de tout, des honneurs de ce monde du moins, consentent à ne pas m'enlever cette dernière consolation, et je trouverai encore assez de force et assez de charité pour les bénir.
» En terminant, je prie Dieu qu'il protège Laval, qu'il lui donno des professeurs plus capables que je ne l'ai été, un conseil qui marche toujours dans les sentiers de l'honneur et de la justice.
» C'est tout le mal que je vous souhaite.
» Je suis Monsieur le aire, etc.
» (Signé) J. E. .). Landry. »
Nous n'avons aucun commentaire à ajouter. L'acte du Conseil universitaire est simplement injustifiable.
4. — La conduite de l'Officialité. — Elle est pour le moins étrange.
Après avoir évoqué toute cette question de franc-maçonnerie à son propre tribunal, en donnant à son promoteur la mission officielle d'aller prendre le témoignage du Dr Landry, voilà qu'elle cesse tout à coup ses perquisitions, elle étouffe sa propre enquête, et loin de chercher à jeter de la lumière sur le sujet, elle se refuse au contraire à toute action qui pourrait contribuer à faire jaillir la vérité.
Plus que cela, elle se rend coupable d'un déni de justice en refusant de procéder sur la dénonciation juridique du Dr Landry- En vain lui demande-t-on un jugement quelconque, interlocutoire ou définitif : elle garde le silence et cache son ignorance de la procédure à suivre, ou son mauvais vouloir, sous les dehors d'une prudence excessive, ridicule.
Elle va même jusqu'à remettre à l'une des parties en cause le dossier et toutes les pièces à l'appui, sans même demander un accusé de réception, et tout cela après avoir provoqué et accepté la dénonciation.
Au lieu de procéder régulièrement et de remettre le dossier au tribunal supérieur en la forme indiquée par le droit canon, au lieu de procéder à sa propre récusation d'une (manière régulière, au lieu de fournir aux parties, qui se seraient sans doute entendues sur ce point, le moyen de vider leur querelle en Canada, l'Official, foulant aux pieds toutes les règles de la prudence, de la justice, a agi de manière à jeter le ridicule le plus profond sur le tribunal qu'il préside, et nous a contraint, lorsqu'il pouvait si bien amener un résultat contraire, de franchir les espaces, d'endurer toutes les fatigues et les dépenses d'un voyage lointain, uniquement parce qu'il lui a manqué la science et la prudence : ces au poste
important qu'il occupe.
Il nous a même imposé silence lorsque nous avons voulu discuter avec lui, et par écrit, les difficultés de la position qu'il nous faisait.
Pour toutes ces raisons, Eminences, agissant au nom et dans les intérêts du Dr Landry, mon père, je viens m'adresser à Vous pour obtenir 'de Votre tribunal cette justice que les tribunaux ecclésiastiques de mon pays nous a refusée, que nous aurions certainement des tribunaux civils, mais que nous ne voulons pas leur demander avant d'avoir épuisé tous les moyens qu'un catholique sincère et dévoué à l'Eglise, sa Mère, doit tenter.
Rome, ce 25 août 1883.
A- C. P. R. Landry, 'procureur.