‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 46 sur 102 · MÉMOIRE IN RE LANDRY VS HAMEL · texte numérisé non relu

MÉMOIRE IN RE LANDRY VS HAMEL

lr0 Partie. — Choix du Tribunal. — Dans l'exposé sommaire qui accompagne le présent mémoire, nous avons donné à cette question du choix du tribunal, tous les détails qui expliquent la position que nous sommes obligés de prendre aujourd'hui.

Nous n'avons pas à revenir sur ce sujet, et il serait inutile de le traiter plus au long. Qu'il nous suffise de faire remarquer que nous nous sommes tout d'abord adressé au tribunal régulièrement constitué de l'Officialité métropolitaine de Québec.

On a accepté notre « dénonciation juridique » et les pièces à l'appui pour lesquelles on nous a donné un reçu officiel. On a ensuite refusé de nous entendre, et aux efforts répétés que nous avons tentés auprès du président de l'Officialité pour obtenir de lui qu'il suivît la procédure indiquée par le droit canon, on a constamment opposé un refus aussi incompréhensible que constant.

On nous a forcé de nous adresser à Rome, lorsque volontiers nous aurions accepté le tribunal de première instance de notre pays.

Pourquoi? On voulait, sans doute, nous décourager par un déni de justice, par la perspective d'un lointain voyage et par mille insinuations habilement lancées, et allant à dire que nous perdrions certainement notre cause si nous la portions devant la Propagande, pour la bonne raison que le Préfet de cette Congrégation était le Protecteur de l'Université La-

val, que l'archevêque de Québec et les prêtres de son Séminaire étaient puissants à Rome, qu'il serait téméraire de notre part de vouloir prouver que quelques-uns d'entre eux ont pu faillir et commettre l'injustice dont nous nous plaignons.

Peines inutiles. Repoussant comme souverainement injurieuses contre Votre tribunal ces perfides insinuations, faites dans le seul but, croyons-nous, de nous décourager, nous venons, fort de la justice de notre cause, donner la meilleure preuve de notre entière confiance en Vous par la demande que nous Vous faisons aujourd'hui d'agir comme les arbitres de notre différend.

Nous ne voulons pas soumettre aux tribunaux civils de notre pays cette cause importante, tant que nous conserverons l'espeir, mieux que cela, la certitude d'obtenir des juges ecclésiastiques, toute la justice que nous en attendons. Voilà pourquoi, quittant notre pays, franchissant les espaces, nous comparaissons devant le tribunal suprême du Saint-Siège.

2me Partie. — Histoire des événements causes du procès. — Avant de présenter les sujets de nos justes plaintes, il importe, pour la parfaite intelligence de la cause soumise ».u jugement de Vos Eminences, de faire connaître, en quelques mots, l'histoire des événements qui l'ont précédée et qui l'ont fait naître.

Nous ne pouvons mieux faire que de laisser la parole au Dr Landry qui nous les raconte sous la foi du serment.

«M. l'abbé Lemieux1 ayant eu l'obligeance, après son retour d'Europe, de venir me dire la sainte messe chez moi. nous causâmes un peu de la situation vraiment déplorable de la société- actuelle en Europe, grâce aux progrès effrayants que font les soci crêtes par le monde entier. Je manifestai surtout mon étonnement à la vue du concours qu'on affirme être prêté aux sociétés secrètes par des membres du clergé, et cela à Rome même. J'a-

1. Lettre de M. le Dr J. E. Landry au Rev. .M. Hamel, Sem. (de Québec, 5 mai 1883.

joutai que les sociétés secrètes faisaient aussi de grands progrès au Canada, où on dit que quelques prêtres sont affiliés à ces sociétés ennemies de l'Eglise.

» Quelques jours après ma conversation avec M. l'abbé Lemieux, M. l'abbé Bégin vint me trouver et me demander, au nom de l'Officialité diocésaine de Québec, si je voulais lui donner les noms des prêtres canadiens que je disais être francs-maçons et lui dire d'où je tenais ces informations.

» Je répondis à M. l'abbé Bégin que les renseignements que je pouvais avoir en dehors des documents publics sur les francsmaçons canadiens, je les tenais de confidences privées, et que, par conséquent, je ne pouvais pas en parler. Mais, cependant, j'ajoutai que, si on le voulait, je pourrais donner (même au tribunal de l'Officialité) quelques renseignements sur lesquels je ne suis pas tenu au secret et que je tiens de la bouche même de M. le Grand Vicaire Hamel. Ces renseignements portent que lui, M. Hamel, alors recteur de l'Université Laval, avait fait tout ce qu'il avait pu à Borne pour faire comprendre que les francs-maçons du Canada n'étaient pas aussi méchants ni aussi dangereux que ceux d'Europe (et cela sans distinction aucune), attendu qu'ils ne sont considérés que comme des membres d'une société de bienfaisance ou de secours mutuels; mais qu'à Borne on ne voulait pas entendre raison sur ce point et qu'on devenait tout rouge lorsqu'on leur affirmait de telles choses.

» Je dis alors à M. Bégin que sur les opinions de M. Hamel exposées à Borne et communiquées à moi ensuite, j'avais répondu que les francs-maçons sont partout les mêmes vis-à-vis l'Eglise et la société; que M. Hamel m'ayant objecté, comme exemple, que M. le docteur Sewell (l'un des professeurs de l'Université Laval) était un homme honorable, quoique franc-maçon, je lui répondis que M. le docteur Sewell pouvait bien être respectable lorsqu'il n'agissait pas comme franc-maçon.

» Je dis encore à M. Bégin que si M. Hamel était convaincu, comme il le disait, que la maçonnerie n'était en Canada qu'une société de bienfaisance ou de secours mutuels, je ne voyais pas pourquoi on ne serait pas en droit de conclure qu'il, (M. Hamel), pourrait parler dans le même sens aux personnes qui le consulteraient au confessionnal ou ailleurs, à savoir qu'il n'y a pas de mal à faire partie de la franc-maçonnerie en Canada. »

Ce témoignage assermenté du Dr Landry est corroboré

par le Très Rév. M. Hamel lui-même, l'accusé en cette cause, lorsque celui-ci écrit, en date du 30 avril, les significatives paroles qui suivent :

« Je me rappelle, Monsieur le Docteur, que vous me fîtes alors la réflexion (qui était l'expression de votre opinion) que les francsmaçons sont ici ce qu'ils sont partout ailleurs. Comme la question se résumait pour moi en une question de personnes à l'égard desquelles j'avais mes preuves (les professeurs de l'Université), il n'était pas nécessaire de discuter avec vous le principe général, et la conversation entre nous n'alla pas plus loin.

Ce qui veut dire tout simplement que le Dr Landry ayant affirmé, en thèse générale, que les francs-maçons étaient les mêmes partout, cette thèse ne rencontrait pas l'approbation de M. Hamel, qui l'appelait une « expression de l'opinion » du Dr Landry; mais, comme pour M. Hamel, la question se résumait en une question de personnes, et il ne trouva pas nécessaire de discuter le principe général et, comme il le dit, « la conversation entre nous n'alla pas plus loin. »

La conversation est donc prouvée, la divergence d'opinions clairement établie, admise par M. Hamel lui-même. Cette entrevue de M. l'abbé Bégin avec le Dr Landry eut lieu vers la fin d'octobre ou dans les premiers jours de novembre 1882.

Six mois plus taxd, le 30 avril 1883, M. Hamel écrit au Dr Landry une lettre impertinente, remplie de sarcasmes, de fiel, de perfides insinuations, de noires calomnies, et qu'il termine en disant au Dr Landry qu'il est ou un fou ou un homme aveuglé par le préjugé et l'esprit de parti 1.

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