Lettre de M. Hamel au Dr Landry, du 7 |mai 1S
B. ■ — Injures. — Nous n'entreprendrons pas de les énumérer toutes; il suffira de lire les lettres de M. Hamel pour se convaincre que l'injure coudoie à chaque pas les calomnies.
La position élevée qu'occupe le Dr Landry dans la société, la respectabilité de sa conduite, sa haute réputation, sa réputation proverbiale de véracité, de parfaite honnêteté, tout devait le mettre à l'abri des imputations injurieuses, des sarcasmes et surtout des graves injures dont M. Hamel à su émailler ses philippiques.
M. Hamel lui-même, qui s'appelle un haut fonctionnare ecclésiastique, un homme jugé capable de fonctions ecclésiastiques importantes, un dignitaire ecclésiastique, un ex recteur de l'Université Laval, un Vicaire Général de l'Archidiocèse, se devait à lui-même, à sa position de prêtre, de parler -un langage digne et de traiter ses adversaires avec toute la charité et la justice qu'il prêche si bien aux autres.
Il se serait, épargné d'appeler le Dr Landry un entêté, un calomniateur, un homme qui ne sait plus ce qu'il dit, uu homme qui a perdu l'intelligence ou qui est complètement aveuglé par le préjugé et l'esprit de parti, ui fabricateur de nouvelles, un disséminateur de cancans, un démolisseur à la sourdine au zèle malicieux déployé hors de la voie. Il aurait laissé de côté bien d'autres appellations semblables qui son-, nent bien mal dans la bouche d'un prêtre et qui smt simple ment révoltantes dans la bouche d'un Grand Vicaire.
us laisserons Vos Eminences apprécier le ton de la corres- Lance échangée entre le T. R. M. Hamel et le Dr Landry; mie simple comparaison des lettres de ces deux hommes indiquera de quel côté est le droit, où se trouvent la justice et la vérité.
2° — Manifestation des attaques de M. Hamel. — C'est à la presse que M. Hamel a eu recours pour étendre au loin, aux quatre coins du pays, ses calomnies et ses injures contre le Dr Landry, en les publiant 1 1 is le Journal de Québec du 8 et du 17 mai.
Le Journal de Québec, qui compte aujourd'hui 41 années d'existence, est Pun des plus grands journaux de Québec; il a une circulation étendue qui le fait pénétrer dans toutes les villes et dans la plupart des campagnes de la province de Québec, ainsi que dans un grand nombre de villes en dehors de la dite province.
Ce fait donne la mesure de l'étendue de la diffamation, et ajggrave conséquemment la faute de M. Hamel. En ayant reccurs à ce genre de publicité, M- Hamel a commis deux autres fautes :
A. — Il a enlevé à l'Officialité métropolitaine de Québec une cause dont elle était saisie pour la soumettre au tribunal incompétent de l'opinion publique.
Après l'entrevue du Dr Landry et de M. l'abbé Lemieux, celui-ci alla trouver TOfficial et lui raconta la conversation qu*il venait d'avoir. « En conséquence, M. le Grand Vicaire » Cyrille Etienne Legaré, à la date du 30 octobre 1882, écri- » vit une lettre à M. l'abbé Nazaire Bégin, prêtre du séminaire » de Québec et promoteur de l'Officialité, lui demandant de se » rendre auprès de M. le Dr Landry et le prier au nom de cette » même Officialité diocésaine de Québec de vouloir bien lui » nommer, etc., etc. »
M. l'abbé Bégin s'acquitta de cette partie de sa mission. Il eut une entrevue avec le Dr Landry, qui lui tint cette conversation dont se plaint M. Hamel.
L'Officialité était donc saisie de cette question de franc-maçonnerie. Elle procédait par voie d'enquête, et voilà que M. Hameb sans attendre les résultats, sachant même que le Dr Landry s'offrait de comparaître devant ce tribunal pour y donner, sous la foi du serment, le témoignage qu'il avait communiqué au promoteur, soustrait sa cause à la connaissance juridique du tribunal légitime pour la transporter dans la presse. Là, du moins, il le sait, le Dr Landry ne pourra le suivre, car l'autorité a expressément défendu toute discussion du genre dans les journaux. Si, par impossible, le
Dr Landry voulait lutter daus la presse, on lui refuserait simplement les colonnes du journal.
Ce qui est advenu à M. l'avocat Livernois, qui a tenté de répondre dans le Journal de Québec à une lettre publiée contre lui par M. Hamel, prouve surabondamment que si M. Hamel avait la liberté d'écrire dans les journaux, ceux qu'il diffamait ne pouvaient certainement pas lui répondre.
B. — La seconde faute commise par M. Hamel, c'est qu'en reccurant à la publicité de la presse, il a agi directement contre l'esprit et contre la lettre des mandements épiscopaux et des décrets conciliaires.
Le décret XXII du cinquième concile provincial de Québec s'exprime ainsi :
« Nomine scriptorum catholicorum intelligendi sunt ii omnes catholici qui, in nostra Provincia, scribunt sive in religiosis, sive in politicis ephemeridibus, vel qui libros aut libelles conficiunt...
» Ut igitur scriptores de rébus religiosis pertractantes finem a SS. D. N. Pio Papa IX intentum attingant, opus est :
» 3° Ut debitam moderationem, prudentiam, cbariîatem erga adversarios, praesertim catholicos, ac congruentem ergo liomines in potestate, sive ecclesiastica, sive civili, constitutos, nec non erga collegia seu gymnasia, seminaria et academias sub directione episcopali constituta sedulo servent;
» 4° Ut ia mutuis conviciis abstineant et cos qui a sua sententia alieni sunt, criminali et contumeliis afficere vereantur; cum haec fieri non possint absque magno fidelium scandalo, sine christianae ebaritatis et pacis dispendio, hacreticorum vero contemptu, qui, digladiantibus inter se catbolicos, plane triumphant. Ne igitur hujusmodi contentiones per ephemeiïdes et libellos a catholicis exerceantur, sed potius omnes unitatem spiritus in vinculo pacis servare studeant. »
Puis viennent les règles tracées par Benoît XIV :
« Quae in posterum scriptores catholici servare debebunt », dit le Concile.
« Exigit nempe Summus ille Pontifex... d) Ut repudientur facetiae aut dicteria quae in perniciem aut praejudicium famae et existimationis aliorum vergunt; ut aliorum opinionea nondum ab Ec-
— 3lJb —
clesia damnatas censura nullus perstringat; ut in défendis opinionibus adhibeantur disceptatio moderata et absit error opinantium se scire quod nesciunt (Aug. in Enchir. cap. I, 59); ut nullus, sub praetextu zeli veritatis, suarum scriptionum mordacitatem excusare praesumat, siquidem habenda est aequa ratio chari'atis evangelicae ac veritatis. » è) Ut cobibeatur ea scriptorum licentia, qui sententiam suam amantes, non quia vera est sed quia sua est, aliorum [opiniones non modo improbant, sed illiberaliter etiam notant. »
Les ordonnances diocésaines sont encore plus explicites, et elles défendent formellement de discuter dans la presse, de soumettre au tribunal incompétent de l'opinion, publique, aucune de ces questions irritantes qui touchent à la religion ou qui regardent directement ou indirectement les institutions religieuses ou les membres du clergé.
Nous n'avons pas actuellement sous la main le texte même du mandement ou de la lettre-circulaire de Sa Grandeur l'archevêque, qui édicté ces dispositions, mais nous obtiendrons à temps ce précieux document pour le porter à la connaissance du tribunal.
3° Interprétation des attaques de M. Hamel. — Les lettres de M. Hamel, les insinuations, les injures, les calomnies qu'elles contiennent, parlent assez d'elles-mêmes pour nous dispenser de chercher ailleurs l'interprétation qu'il faut leur donner. Cependant, il ne sera pas sans intérêt de mettre sous les yeux du tribunal les appréciations faites clans le pays par les journaux qui reflètent ou qui dirigent l'opinion publique et par les autorités qui la doivent contrôler.
A. — Par les journaux conservateurs. — A leur louange, disons-le, les journaux conservateurs se sont abstenus de tout commentaire quelconque. Ils ont gardé le silence, observant en cela les prescriptions et les ordonnances diocésaines-
Un seul d'entre eux, l'Evénement, annonçait à ses électeurs en date du 9 mai, la publication, la veille, de l'importante correspondance échangée entre M. le Grand Vicaire Hamel et le Dr Landry. « M. Hamel, dit-il, a amené cet incident
peur mettre fin aux cancans de certaines personnes dévotieuses qui insinuent charitablement qu'il pourrait bien être francmaçon. »
B . — Par les journaux libéraux. — M. Hamel, dans la première de ses lettres, sous le prétexte de vouloir donner la seule explication possible au silence coupable du Dr Landry vis-à-vis de son Ordinaire, trouvait moyen d'arborer ses couleurs politiques, en disant qu'on lui en voulait à lui partie ulièrement, à lui « haut fonctionnaire ecclésiastique regardé comme adversaire de certain parti- »
Puis vient une tirade qu'il termine par ces paroles : «... et » certain parti pourra continuer de se vanter qu'il n'y a pas » de prêtres francs-maçons de son côté, mais qu'il y en a » de l'autre. »
Pour qui connaît M. Hamel, ces paroles sont significatives. En politique, M. Hamel est libéral, et ceux qui ne partagent pas ses opinions, ne sont guère épargnés. C'est ainsi que depuis qu'il est Grand Vicaire, il ne s'est pas gène de dire que tous les conservateurs étaient des voleurs. Or, en injuriant ainsi le parti conservateur, il s'attaquait au parti qui gouverne actuellement le pays, avec une puissante majorité (70 voix de majorité dans une Chambre de 211 membres, la Chambre fédérale, et 36 de majorité dans la Chambre provinciale, qui compte 65 députés.)
Le cri de M. Hamel a été entendu, les couleurs qu'il déployait aux vents du fanatisme ont été vues, et de suite, Y Electeur, le seul journal libéral de Québec, la Patrie, journal libéral et franc-maçonnique de Montréal, la Concorde, le seul journal libéral des Trois-Rivières, la Sentinelle, le seul journal libéral de Montmagny, ont emboîté le pas et ont servi à leurs lecteurs toute une kyrielle d'injures et de calomnies contre le Dr Landry.
Il n'y avait pas à se gêner. Un Grand Vicaire, un \baut fonctionnaire ecclésiastique ne battait-il pas* la marche? . Nous ne reproduirons pas toutes les insanités qui ont vu le
jcur dans celte occasion : quelques extraits suffiront pour faire connaître l'interprétation que les libéraux ont donnée aux attaques de M. Hamel.
L'Electeur, et nous choisissons celui-là de préférence, parce qu'il se publie à Québec, et qu'il a. toujours été le premier à semer dans le public la nouvelle de tout ce qui se passait à l'Archevêché, au Séminaire ou à l'Université, l'Electeur, dans son numéro du 18 mai, s'exprime ainsi :
« liais quels sont les accusateurs? Deux hommes chez qui la saine raison fait défaut. L'un, à cause de son grand âge, n'a plus la jouissance de ses facultés intellectuelles, au point que sa famille a dû lui enlever l'administration de ses affaires temporelles (autant de faussetés que d'assertions!); l'autre, est un jeune homme chez qui l'imagination, surexcitée par une exaltation qui fait partie de son caractère, n'est aucunement contrôlée par le jugement...
» On comprend facilement ce que des illuminés et des roués peuvent faire avec de pareils instruments...
»... Le parti ultramontain a d'abord lancé en campagne le Dr Landry, dont le titre de commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoirele-Grand est propre à en imposer (sic) à ceux qui ne connaissent pas les desseins de ses souffleurs, puis on lui a adjoint comme second un jeune exalté capable de tout oser du moment qu'on lui a monté la tête. Car il faut bien l'admettre, il n'y a que des insensés qui puissent avoir le toupet de classer un homme comme M. Hamel, un prêtre aussi distingué, un théologien aussi orthodoxe, parmi les adeptes de la franc-maçonnerie. Il est vrai que dans le Cercle Catholique, parmi les initiés, on ne se gêne pas de dire qu'il y a tout lieu de croire que l'Archevêque même fait partie des loges maçonniques, et qu'au moins une quarantaine de prêtres de l'archidiocèse appartiennent à l'Ordre de la franc-maçonnerie. Mais, jusqu'à ces derniers temps, on s'était contenté de dire ces choses-là aux tièdes pour échauffer leurs cœurs, etc. »
Parlant de l'Orangisme, société que nous avons ne us-même, comme député conservateur, dénoncée et victorieusement coinbattue à la Chambre des communes, l'Electeur, dans ce même numéro du 18 mai, ajoute :
« Cette secte vient de jurer de nouveau une guerre à mort à la religion catholique, et le Cercle Catholique, qui se donne ostensiblement pour mission de défendre l'Eglise, trouve moyen de faire accuser le Grand Vicaire Hamel de franc-maçonnerie, mais ne trouve pas un mot à dire contre les calomnies et les attaques des organistes. »
La Sentinelle, feuille libérale, publiée dans la ville de Montmagny, s'exprime, dans son numéro du 14 juin, d'une manière encore plus violente, s'il se peut. Qu'il nous soit permis de ne pas reproduire cette insanité- Ces extraits suffisent et au delà à prouver l'interprétation donnée par les journaux libéraux aux attaques de M- Hamel centre le Dr Landry.
Suivant ces journaux, c'est le parti conservateur, qu'ils traitent avec dédain du nom de parti ultramontain, qui fait la guerre à l'un des rares prêtres qui appartiennent au parti libéral.
Suiyant eux, le Dr Landry, qui est l'un des membres auxiliaires du Cercle Catholique, et le Cercle Catholique lui-même ont accusé M. Hamel d'être franc-maçon, non seulement M. Hamel, mais encore S. G. l'archevêque de Québec, et qui sait? peut-être aussi quelques Cardinaux de la Propagande*! I En cela, ils ne font que répéter les calomnies de M. Hamel luimême
C- — Par V autorité religieuse. — Tel é ait l'état de la question lorsque S. G. l'archevêque de Québec a cru devoir intervenir, et apprécier lui-môme dans un document public, solennel, autorisé, dans un mandement enfin, la conduite du Dr Landry et celle de M. Hamel. Sachant que les journaux: libéraux du pays dénonçaient le Dr Landry comme accusant M. Hamel et l'archevêque de Québec d'être francs-maçons, n'ignorant pas, d'un auire côlé, que M. Hamel portait contre le Dr Landry une accusation semblable au sujet du Cardinal Franchi. S. G. Mgr Taschereau, dans son mandemenl du 1er juin, s'exprime comme suit :
« A l'égard d'un catholique, l'accusation de fianc-maçonnerie est certainement assez grave de sa nature pour être la matière d'une calomnie, ou d'une médisance, ou d'un jugement téméraire grave. Les circonstances peuvent y ajouter un nouveau degré de malice, par exemple, s'il s'agit d'un prêtre, d'un Grand Vicaire, d'un Evêque, d'un Cardinal... ou de la réputation d'une institution catholique.
» Par le temps qui court, certains catholiques semblent avoir misi en oubli ces principes élémentaires de justice et de charité dans leurs conversations, et leurs écrits, en portant à la légère cette accusation de franc-maçonnerie contre des membres du clergé et contre des officiers publics. »
Certes, l'on devait s'attendre à plus de justice de la part de Mgr Taschereau, et à plus de prudence chez un archevêque.
Il vient déclarer, avec toute l'autorité de sa charge, dans un mandement adressé à tous les fidèles de son diocèse, mandement lu et publié aux prônes de toutes les églises et chapelles parcissiales où se fait l'office public, il vient déclarer que certains .catholiques, par le temps qui court, ont porté à la légère des accusations de franc-maçonnerie contre des membres du clergé dans leurs conversations et dans leurs écrits.
Or, par le temps qui court5 lorsque ce mandement est publié, tout le monde a présent à la mémoire les conversations du Dr Landry avec M. Hamel au sujet de la franc-maçonnerie, les écrits du Dr Landry échangés avec M. Hamel sur ce même sujet.
Le Dr Landry n'est-il pas désigné dans ce mandement, sans erreur possible?
Que si une erreur pouvait arriver, Sa Grandeur Mgr l'archevêque de Québec en écarte toute possibilité en écrivant à M. Hamel une lettre qui a été envoyée à toute la presse de Québec et publiée par elle le même jour que le mandement archiépiscopal, lettre dans laquelle Monseigneur explique son jnandement de la manière suivante :
. « Monsieur le Grand Vicaire, Quoique dans mon mandement du ,1er courant j'aie déjà fait connaître implicitement ce que je
pense de la manière injuste, déloyale et peu chrétienne dont vous avez été traité par des personnes de qui on était en droit d'attendre plus de justice, je crois devoir dire aujourd'hui explicitement que vous n'avez rien perdu de mon estime et de ma confiance. »
Encore une fois, le Dr Landry était loin Je s'attendre à un pareil traitement de la part de son archevêque, qui s'est seivi ni plus ni moins de son autorité pastorale pour dénaturer les faits et porter contre un homme honorable et universellement respecté la plus fausse des accusations !
A l'heure présente, grâce aux lettres de M. Hamel, grâce aux articles des journaux, grâce surtout au mandement et à la lettre explicative de Sa Gr. Mgr l'arch. de Québec, le Dr Landry est désigné dans le public, dans tout l'archidiocèsè de Québec comme ayant à la légère, dans ses conversations et dans ses écrits, porté des accusations de franc-maçonnerie contre les membres du clergé, ce qui est essentiellement contraire à la vérité.
Comme on peut le voir, la diffamation commencée par M. Hamel a pris mie extension incommensurable. A lui la responsabilité d'une grande partie des conséquences, comme à lui seul la responsabilité de la cause qui les a produites.
D. — Par le Conseil universitaire. — Il est un autre corps qui, à l'exemple de S. G. l'archevêque de Québec, a apprécié, et de a | ème manière, les lettres de M. Hamel contre le Dr Lan tryl. Ces*. !e Conseil de l'Université Laval.
La 4 juin, c'est-à-dire le môme jour où Mgr l'archevêque écrivait à M Hamel sa lettre explicative de son mandement, e l'Université, convoqué en séance extraordinaire, ï une heure inaccoutumée, passait la résolution s ni vaille :
« Que vu la conduite tenue par M. le Dr .T. E. Landry à l'égard le M. le Grand Vicaire Hamel, ancien recte r ;!c l'Université, le litre de professeur honoraire cesse d'être att ibué au dit M.
le Dr J. E. Landry. »
Tout cela, parce que le dit J. E. Landry, cet homme que
M. Hamel proclame être de bonne foi, ne veut pas agir
trairement aux dictées de sa conscience, et déclarer n'avoir pas entendu une conversation que réellement il a entendue et que, sous la foi du serment, il déclare avoir entendue.
Xcus reviendrons dans un instant sur cet acte singulier de l'Université. Qu'il nous suffise, pour le moment, de le citer, afin d'établir la manière dont l'Université h apprécier les attaques de M. Hamel contre le Dr Landry.
A la suite de cette double exécution faite par Sa Gr. Mgr l'areh. de- Québec et par le Conseil de l'Université Laval, on entend im long cri d'allégresse. Il s'élève du camp libéral. st l'Electeur qui dit. en date du 11 juin :
« Le Conseil universitaire a vengé M. le Grand Vicaire Hamel, l'un de se^ membres, des fausses imputations portées contre lui par le Dr Landry, en retirant à ce dernier le titre de professeur honoraire.
C'est la Sentinelle du 21 juin qui jette aussi la fausse note de sa criarde voix :
« Malgré les mensongères et perfides accusations portées par le Dr Landry courre le Grand Vicaire Hamel, nos lecteurs pourront voir, par la lettre de Mgr l'Archevêque, que M. le Grand Vicaire conserve encore, comme il l'a toujours conservée la confiance la plus entière de son digne Archevêque.
» C'est là la plus belle vengeance (s'e) que M. Hamel pouvait espérer. . .
[. le Grand Vicaire voit aujourd'hui s°s accusateurs écrasés sous le mépris public, tandis que lui reçoit de toutes parts les marques les plus touchantes d'estime et de confiance; et il en faudrait des légions de Landry, de Livernois, etc., pour rapetisser d'une linne la réputation d'honorabilité, de capacité et d'orthodoxie de M. le Grand Vicaire Hamel, quand bien même ces tristes personnages emploieraient des moyens encore plus vils que ceux dont ils se sont servis jusqu'à ce jour. »
La presse conservatrice a gardé le silence. Elle a publié le mandement de l'archevêque et sa lettre explicative, parce
qu'en lui avait envoyé ces deux documents avec prière de les publier, mais elle n'a fait suivre cette publication d'aucuns cemmentaires.
La presse libérale seule, les journaux rouges chantaient leur triomphe, tout en reprochant aux journaux conservateurs de garder le silence. Qu'on en juge. Voici une plainte que Y Electeur du 9 juin fait entendre : « L'Electeur est le seul journal français de Varchidiocèse qui ait épousé la cause de Mgr l*archevèque et de l'Université Laval!! »
C'est là un bien triste aveu, bien compromettant aussi pour ceux auxquels Y Electeur s'intéresse. Mais, enfin, il est bon à noter, car, d'un seul trait, il peint la situation.
On ne saurait mieux faire comprendre que la réprobation publique est attachée aux actes arbitraires dont le Dr Landry a été la victime.
II. — L'intervention de S. G. Mgr l'arch. de Québec. — Elle s'est manifestée de deux manières différentes, elle a assumé un double caractère. En effet, Mgr l'archevêque, intervenant dans le débat, a usé de son autorité épiscopale pour dénaturer les faits et répandre l'erreur, et en cela son intervention a été agressive.
Il est aussi intervenu pour nous empêcher d'obtenir justice et pour étouffer une enquête qui aurait établi ce que l'on doit penser de l'orthodoxie et du caractère de son Grand Vicaire, M. Hamel.
Et, en tout cela, Mgr l'archevêque s'est fait le complice de sen Grand Vicaire. Le prouver est facile.
1° — Une assertion de M. Hamel. — M. Hamel termine sa lettre du 30 avril par le paragraphe suivant :
« Je n'ai pas besoin de désigner aucun mode spécial de faire cette réparation; seulement si d'ici à quelques jours je n'en ai pas des nouvelles suffisantes, je me verrai obligé, h regret, de publier la présente lettre, laquelle j'ai soumise à Mgr l'Archevêque avant de vous l'envoyer. »
Les commentaires sont parfaitement inutiles. Cet aveu de M. Hamel, signé de sa main, prouve à l'évidence ce que nous avons affirmé.
2° — Deux nouvelles assertions de M. Hamel. — C'est M. My ranci qui nous les donne dans sa défense de M. Hamel, mais il les tient directement, soit de M. Hamel, soit de S. G. Mgr l'archevêque, car le fait qu'il affirme à deux reprises différentes, et avec une assurance qui exclut tout doute, ne s'est passé qu'entre l'archevêque de Québec et son Grand Vicaire. Nous citons :
« M. l'abbé Hamel, après avoir antérieurement soumis à l'Archevêque la correspondance échangée entre lui et M. le Dr Landry à ce sujet, la publia tout entière dans le Journal de Québec. »
Et plus loin, revenant sur cette question, M. Hamel, par la plume de M. Myrand, nous dit :
« Quand M. le Grand Vicaire s'est présenté devant Mgr Taschereau pour lui soumettre la correspondance qu'il jugeait nécessaire de publier en faveur de sa bonne réputation salie, il n'y avait pas devant Sa Grandeur de plaintes portées contre sa personne. »
Il appert donc par ces preuves :
1° Que la première lettre de M. Hamel, avant d'être envoyée au Dr Landry, a été soumise à l'approbation de Sa Grandeur l'archevêque de Québec;
2° Que toute la correspondance échangée ensuite a été de nouveau isoumise à Mgr l'archevêque, qui en a autorisé la publication dans le Journal de Québec.
Nous attirons spécialement l'attention du tribunal, sur ces deux faits, d'une gravité exceptionnelle, et sur lesquels une lettre que nous a écrite l'archevêque nous forcera de revenir pour détruire une assertion de S. G.
3° — Le Mandement sur les sociétés secrètes. — C'est là^ qu'on nous permette de le dire, un bien triste document,
et qui a causé dans tout l'archidiocèse de Québec une stupéfaction impossible à décrire1.
Lcrscrue ce mandement a été lu au nrône de toutes les églises, lorsqu'il a été publié dans tous les journaux du diocèse de Québec, la question alors à l'ordre du jour éiait précisément
1. Mandement de Mgr E.-A. Taschereau, Arch. de jQuébec, sur les sociétés secrètes paru dans Le Canadien, n° du 11 juin 1883.
Elzéar-Alexandre Taschereau par la grâce de Dieu et du Siège apost. Arch. de Québec, Assistant au Trône Pontifical, au Clergé séculier cl régulier, et à tous les Fidèles de l'Arch. de Québec, Salut et Bénédictior en Notre-Seigneur.
Personne d'entre vous, N. T. C. F., n'ignore que pour de très solides raisons, la Sainte Eglise Catholique défend à ses enfants de s'enrôlei dans les sociétés secrètes, soit que l'on y exige un serment, soit que l'on s'y contente d'une simple promesse.
La peine d'excommunication qu'encourt par le fait même celui qui violé cette défense, montre assez quelle importance l'Eglise y attache « L'expérience, disaient en 1868 les Pères du Quatrième Concile de Que bec, prouve le danger qu'elles offrent pour la religion et pour la so ciété. D'ailleurs, le simple bon sens ne dit-il pas que la vérité et 1? justice ne redoutent point la lumière, et qu'une association dont le but serait honnêta et avouable ne s'envelopperait pas ainsi de mystères impénétrables? « Fermez donc l'oreille, dit le Souverain Pontife Léon XII, d'heureuse mémoire, fermez l'oreille aux paroles de ceux qui pour vous attirer dans leurs assemblées, vous affirment qu'il ne s'y commet rien de contraire à la raison et à la religion. D'abord, ce serment coupable que l'on prête, même dans les grades inférieurs, suffit pour que vous compreniez qu'il est défendu d'entrer dans ces premiers grades et d'y rester. Ensuite, quoique l'on n'ait pas coutume de confier ce qu'il y a de plus criminel et de plus compromettant à ceux qui sont dans les grades inférieurs, il est cependant manifeste que la forée et l'audace de ces sociétés pernicieuses s'accroissent en raison du nombre commettent. » (Let. Apost. de Léon XII, 13 mars 1826..
Le même IVe Concile nous met en garde contre certaines autres sociétés, moins secrètes, il est vrai, mais encore trop dangereuses. « Sous prétexte de portéger les pauvres ouvriers contre les riches et les puissants qui voudraient les opprimer, les chefs et les propagateurs de ces sociétés cherchent à s'élever et à s'enrichir aux dépens de ces mêmes ouvriers, souvent trop crédules. Ils font sonner bien haut les beaux noms de protection mutuelle et de charité pour tenir leurs adeptes dans une agitation continuelle et fomenter des troubles, des désordres et des injustices... Croyez-le bien, N. T. C. F., concluent les Pères du Concile, lorsque vos pasteurs et vos confesseurs cherchent à vous détourner de ces sociétés, ils se montrent vos véritables et sincères amis; vous seriez bien aveugles si vous méprisiez leurs avis pour prêter l'oreille à des étrangers, à des inconnus qui vou* flattent pour vous dépouiller, et qui
cette discussion survenue entre M. Hamel et le Dr Landry au sujet de la franc-maçonnerie ; on ne parlait que de ces conversatiens que les journaux rapportaient, que de ces écrits qu'ils publiaient.
Un laïque et un Grand Vicaire étaient en cause, et le Grand
vous font do séduisantes promesses pour vous précipiter dans un abîme, d'où ils se garderont bien de vous aider à sortir. »
De cet enseignement de l'Eglise, il résulte, N. T. C. F., comme première conséquence, que c'est toujours une faute très grave que de s'enrôler dans les sociétés secrètes proprement dites., connues sous le nom générique de franc-maçonnerie, quelle que soit la dénomination particulière qui les distingue les unes des autres.
Cette première conséquence conduit à une autre sur laquelle je crois devoir appeler aujourd'hui votre attention et donner une règle précise et pratique pour mettre fin à l'aveuglement funeste dans lequel tombent un trop grand nombre de personnes, qui ne réfléchissent pas assez suies consénquences de leurs actes et de leurs paroles.
La théologie nous enseigne que le dommage injustement causé à la réputation du prochain, soit par calomnie, soit par médisance, est un péché mortel de sa nature, contre la charité et la justice (Gury, de dccaJogo, N. 446). Elle nous dit encore que le jugement téméraire est une faute mortelle de sa nature contre la justice CN. 466).
A l'égard d'un catholique, l'accusation de franc-maçonnerie est certainement assez grave de sa nature pour être la matière d'une calomnie, ou d'une médisance, ou d'un jugement téméraire grave. Les circonstances peuvent y ajouter un nouveau degré de malice^^ par exemple, s'il s'agit d'un prêtre, d'un grand vicaire, d'un évêque, d'un cardinal... ou de la réputation d'une institution catholique.
Par le temps qui court, certains catholiques semblent avoir mis en oubli ces principes élémentaires de justice et de charité, dans leurs conversations et dans leurs écrits, en portant à la légère cette accusation de franc-maçonnerie contre des membres du clergé et contre des officiers publics. Sous le plus futile prétexte, on soupçonne d'abord, puis on affirme et l'on jette aux quatre vents du ciel cette atroce accusation à laquelle on finit par croire fermement, parce qu'elle revient de cent côtés divers et souvent sous le couvert d'un secret hypocrite que l'on reçoit et que l'on communiriue sans le moindre remords.
La plus élémentaire bienséance, aussi bien que la charité et la justice, exigerait que les réclamations des victimes de ces calomnies fussent acceptées comme une justification suffisante; mais une fois entrés dans la voie de l'injustice et de la haine, les calomniateurs ne voient dans ces protestations qu'un nouveau motif de croire à la vérité de leurs accusations. '
Serait-on bien aise de se voir soi-même dénoncer de cette manière
comme coupable de désobéissance à l'Eglise en matière aussi grave?
Si on n'a pas de preuves de ce qu'on soupçonne ou de ce qu'on a
entendu dire, la charité et la justice exigent rigoureusement que l'on
garde le silence. La calomnie et la médisance en matière grave tuent
Vicaire, et avec lui tous les journaux libéraux, disaient que le laïque portait des accusations de franc-maçonnerie contre des membres du clergé, contre des prêtres, un archevêque, un cardinal ! ! ! Or, tout cela est essentiellement faux, comme le prouvent, d'ailleurs, les pièces justificatives.
L'archevêque parle. Il s'adresse au clergé séculier et régulier et à tous les fidèles de l'archidiocèse de Québec, et que leur dit-il?
du même coup et celui qui la propage et celui qui la reçoit yolontairement.
Avez-vous des preuves certaines à fournir? Si vous comprenez tant soit peu votre devoir de chrétien, ce n'est pas aux oreilles d'amis et de confidents impuissants à remédier au mal que vous ferez part de ce que vous savez, car ce serait une médisance, un péché grave de sa nature; mais après avoir consulté votre confesseur, si vous avez quelque <loute, allez donner vos informations et surtout vos preuves à l'autorité compétente. \
Si, par le temps qui court, ces deux règles élémentaires de la justice et de la charité avaient été respectées, combien de fautes graves auraient été évitées ! combien de consciences faussées par un zèle mal avisé pour la religion, seraient restées dans le droit chemin! combien de scandales et de discordes épargnés à la cause catholique !
Que les coupables examinent donc sérieusement s'ils n'auraient pas à réparer des dommages à la réputation et à la fortune peut-être de leur prochain? Et afin que chacun comprenne bien son devoir sur ce grave sujet, nous déclarons cas réservés dans le diocèse de Québec, les fautes suivantes : '
1° Répandre ou répéter de vive voix ou par écrit une accusation gratuite de franc-maçonnerie contre un catholique quelconque, même étranger au diocèse ;
2° Faire connaître de vive voix ou par écrit à d'autres qu'à V Ordinaire de V accusé ou à son Officiai cette accusation, quand on la croit bien fondée. Il est entendu que le pénitent peut toujours consulter son confesseur;
3' Jusqu à nouvel ordre, ces deux cas réservés ne pourront être absous que par l Archevêque ou ses grands vicaires, ou par les prêtres à qui la faculté en aurait été spécifiquement donnée pour des cas particuliers.
La réserve ayant pour effet direct de restreindre le pouvoir du confesseur atteint même les pénitents qui l'ignorent.
Elle atteint aussi les fautes commises avant la promulgation du présent mandement; toutefois, jusqu'au 1er septembre prochain exclusivement, nous autorisons tous l^s confesseurs à en absoudre, mais non pas de celles qui seront commises après la promulgation.
Sera le présent mandement, etc.
Québec, le 1" juin 1883.