L.tS. t K.A., Arcli. de
A la suite de son mandement :
« A l'égard d'un catholique, l'accusation de francmaçonnorie est certainement assez grave de sa nature pour être la matière d'une calomnie, ou d'une médisance, ou d'un jugement téméraire grave. Les circonstances peuvent y ajouter un nouveau degré de malice, par exemple, s'il s'agit d'un prêtre, d'un grand vicaire, d'un évêque, d'un cardinal... ou de la réputation d'une institution catholique. »
Et comme si ce n'était pas assez d'émettre ces principes généraux qui sont parfaitement vrais, nous n'en doutons jpas, mais qui contiennent des allusions par trop directes, voilà que Sa Grandeur descend sur le terrain des faits :
« Par le temps qui court, dit-elle, certains catholiques semblent avoir mis ent vo;.ubri ces principes élémentaires de justice et de charité, dans leurs conversations et dans leurs écrits, en portant à la légère cette accusation de franc-maçonnerie contre des membres du clergé et contre des officiers publics. »
Mgr l'archevêque affirme là un fait qui n'existe pas au pays. Ce qui, probablement, l'a induit en erreur sur ce point, ce sont les aff innations mensongères de la presse rouge, radicale et malhonnête.
Et c'est ainsi que, mettant sa parole de pasteur au service de ceux-là mêmes qu'il soutient et encourage, il affirme ce qui n'est pas, propage d'autorité une monstrueuse erreur jusqu'aux limites les plus reculées de son archidiocèse et, s'armant de la foudre, frappe sans miséricorde ceux qu'il condamne sans justice.
C'est bien le moment de lui appliquer le passage suivant de son propre mandement : « Si par le temps qui court, les » règles élémentaires de la justice et de la chanté avaient » été respectées, etc. »
Le mandement de Mgr l'Archevêque est non seulement une attaque mal déguisée contre le Dj Landry — et cette attaque devient manifeste lorsqu'on lit la lettre explicative de Sa Grandeur — mais il est encore une protection des plus
efficaces, en faveur, de ceux qui appartiennent aux sociétés secrètes, et il établit en outre une distinction odieuse entre les catholiques et les protestants.
Le mandement, en effet, s'exprime ainsi :- « Et afin que chacun comprenne bien son devoir, etc. »
C'est-à-dire, qu'en pratique, on ne peut jamais dénoncer un franc-maçon catholique. Plus d'un catholique, dans notre province, ja résisté aux sollicitations d'entrer dans la francmaçcnnerie, parce qu'il craignait cette dénonciation salutaire devant l'opinion publique; il ne voulait pas être montré au dcigt, il ne voulait pas passer pour un franc-maçon. Désormais, cette crainte ne l'arrêtera plus, le mandement cle Mgr le protège; comptant sur l'impunité, sans hésitation il pourra entrer dans les loges maçonniques.
Il lui sera alors facile de se moquer de toute dénonciation quelconque. Car ce n'est pas tout de dénoncer : il faut étayor sa dénonciation sur d'irréfutables preuves. « Avez-vous des preuves certaines à fournir? dit le mandement,... allez donner vos informations et surtout vos preuves à l'autorité compétente. »
Mais si je produis des témoins, on aura droit de me répondre : Quoi! ce sont là vos témoins! ces personnes vous ont dit qu'un tel ou tel autre était franc-maçon, qu'elles l'avaient vu dans telle ou telle circonstance...; mais sivez-vous que vos (propres témoins sont coupables de désobéissance? Ils n'avaient pas le droit de vous faire aucune confidence de i;. sorte, et, pour l'avoir faite, ils tombent dans les cas réservés.
Comment, dans une telle perspective, trouver des témoins? Evidemment, les témoins ne peuvent se faire connaître.
Or, comment, sans témoins, faire une dénonciation légitime à l'autorité compétente?
La franc-maçonnerie est donc protégée par le m*mlcmenf. de S. G- l'Archevêque de Québec, et c'est dans ce sens aussi que ce mandement est interprété au pays, au grand scandale du clergé et des fidèles.
Mais, la franc-maçonnerie, nous l'avons toujours cru du moins, est un mal social, défendu non seulement par l'Eglise, mais aussi par les prescriptions du droit naturel.
Or, si tel est le cas, un protestant ne peut pas faire partio (Je ces sociétés secrètes. Tout comme le catholique, il commet une faute contre le droit naturel en s'affiliant à la franc-maçonnerie.
Le mandement de S. G. l'Archevêque de Québec détruit toutes ces notions. « Afin que chacun, dit-il, comprenne bien son devoir sur ce grave sujet, nous déclarons cas réservés dans le diocèse de Québec, les fautes suivantes : »
Et quelles sont-elles?
1° Accusation gratuite de franc-maçonneri? contre, un catholique ;
2° Faire connaître à d'autres qu'à l'Ordinaire ou à l'Official cette accusation — l'accusation de franc-maçonnerie contre un catholique — quand on la croit bien fondée.
Voilà la disimetion que nous signalons. Elle tend à faire croire que c'est une faute grave pour un catholique de faire partie des sociétés secrètes, cette faute cesse d'en être une du moment qu'il s'agit d'un protestant.
Accuser, en effet, un catholique d'être franc-maçon est une faute (grave, un cas réservé, pourquoi? Précisément parce que l'accusation porte sur une matière grave.
Accuser un protestant d'être franc-maçon n'est pas du tout un cas réservé.
Ce n'est donc pas une faute grave. L'accusation ne porte donc pas sur une matière grave. Un protestant pourrait donc être franc-maçon. Etre affilié aux sociétés secrètes n'est donc pas, en soi, une faute bien grave.
Voilà les conséquences que l'on tire, dans l'archidiocèse de Québec, de la distinction faite par l'Archevêque entre les francs-maçons caiholiques et 1"S francs maçons protestants.
Elles n'intéressent pas directement la cause soumise à votre tribunal. Nous en parlons toutefois à titre de renseignement,
afin de pouvoir établir que le mandement de S- G. l'archevêque de Québec est un document malheureux à plus d'un titre, et que ce n'est pas sans raison qu'il a été reçu par le public avec une stupéfaction qui est facile à comprendre.
4° — Une lettre qui explique tout. — Descendu dans l'arène qu'il s'était lui-même librement choisie, M. l'abbé Hamel y bataillait avec une ardeur digne d'une meilleure cause.
Il demanda d'abord une rétractation au Dr Landry, tout en (proclamant que le Dr était parfaitement de bonne foi en rapportant une conversation qu'il avait entendue.
Naturellement, l'exigeant abbé éprouva un échec, le Dr Landry lui refusant la signature de son nom au bas ,d'un acte déshonorant.
Pour se venger, M. Hamel publie dans le Journal de Québec, toute la correspondance échangée entre lui et le Dr Landry.
Un adversaire surgit, et celui-là un ami intime de M. Hamel, un avocat de Québec qui a fréquenté assidûment le Grand Vicaire, et qui a eu, avec lui, en plus d'une occasion, des discussion*? sur différents sujets-
M. Livernois, c'est son nom, voyant que le Dr Landry était indignement traité, sachant qu'il l'était injustement, donne son témoignage contre M. Hamel et affirme que M. le Grand Vicaire a tenu à lui-même les propositions que lui attribue le Dr Landry.
Cette seconde affirmation fut un échec pour M. Hamel-
Craignant de nouvelles révélations que méritait sa conduite imprudente, et qui certainement auraient eu lieu, il se tourna vers l'autorité, et Mgr Taschereau lança le mandement que l'on vient d'étudier.
Mais, pour ne pas faire les choses à demi, pour écarter toute fausse interprétation de son mandement et lui donner le sens véritable qu'il lui voulait devant le public, S. G. l'Archevêque de Québec écrivit, en date du 4 juin, la plus compromettante comme la plus incompréhensible des lettres, dans la-
quelle il déclare que son mandement a été fait pour M. Hamel.
L'assertion semble incroyable, mais la lettre est là, et il est facile d'en peser toutes les expressions1.
A propos de cette lettre, nous nous permettrons deux ou trois -suppositions.
Supposons que l'on accuse M. Hamel d'avoir un jour dit à un prêtre que Mgr Taschereau lui inspirait des craintes continuelles dans ses procès à Rome, parce qu'il était « un homme