L. A. E. Desjardins, Ecr. M. D., Montréal
Monsieur et dévoué ami, Pour me conformer à l'ordre exprès que j'ai reçu de Sa Grandeur Monseigneur de Montréal le 7 du courant, je suis obligée de vous informer qu'il ne vous sera pas
permis d'admettre au dispensaire aucun élève de l'Ecole de Médecine; et de Chirurgie de Montréal, après le 20 dei ce mois.
Connaissant comme nous, monsieur, les ordres si péremtoires de la part du Vicaire de Jésus-Christ qui obligent Sa Grandeur de nous intimer cet ordre, je n'ai aucun doute que vous voudrez bien vous y soumettre.
Ce faisant, vous obligerez et édifierez beaucoup
Votre très humble et reconnaissante servante,
(Signé), Sr. Deschamps, Sup. Gén.
Mais ces procédés ne manquaient pas de brutalité. Aussi dès le 15 mai, l'Ecole, voulant sauvegarder ses droits p. la direction médicale de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, fit présenter un Protêt, selon toutes les formalités légales, aux Rév. Sœurs Hospitalières de Saint- Joseph. Le surlendemain son président recevait encore la notification d'une autre exclusion qu'on devait aux diligences de Mgr Fabre :
Couvent de la Miséricorde, Montréal, 17 mai 1883.
M. Th. E. d'Orsonnens, M. D., Présid. de l'Ecole de M. et de C. de Montréal.
Monsieur le Président, Il nous est un devoir de vous communiquer l'ordre que nous avons reçu de Sa Grandeur Monseigneur de Montréal, de ne plus recevoir, à notre Maternité, de nouveaux élèves de votre Institution; ceux déjà reçus jouiront de leur engagement.
Nous n'avons aucune réflexion à faire; d'ailleurs vous connaissez toutes choses aussi bien et mieux que nous.
Nous prions Dieu qu'il veuille bien vous protéger dans vos travaux et votre famille.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Président, Votre humble servante,
(Signé), Sr Ste-Thérèse de Jésus, Supre.
Le 19 mai, une nouvelle assemblée spéciale de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, avait été tenue chez son Secrétaire, dans laquelle, encore à l'unanimité, il fut résolu de répondre comme suit à la lettre officielle que Mgr Fabre avait adressée à l'Ecole le 30 avril écoulé :
— solo L'Ecole regarde comme un devoir pénible mais impérieux pour elle de protester tout d'abord respectueusement, mais énergiquement contre l'imputation « qu'elle tient à ne faire aucun arrangement avec Laval. »
Comme elle a déjà eu occasion de le déclarer unanimement à Monseigneur, l'Ecole a désiré et voulu sincèrement et efficacement un arrangement avec Laval; et cet arrangement l'Ecole le désire et le veut encore, mais à la condition qu'il se fasse conformément à l'ordre formel du Saint-Siège qui a désigné les Evêques de la Province pour régler, en union avec Lava], l'établissement de la Succursale en cette ville, et aussi conformément au désir implicite du Saint-Siège que la justice soit respectée, désir qu'il faut nécessairement supposer sous peine de faire une grave injure au Souverain Pontife luimême.
2° Les médecins de l'Ecole considèrent la Succursale comme fondée de droit par le Décret de 1876 qui vient d'être de nouveau confirmé. Aussi les dits médecins reconnaissent-ils pleinement la succursale établie de droit par autorité apostolique.
Quant à la fondation ou établissement de fait de la Succursale, l'Ecole croit qu'il faut distinguer.
La Succursale a été fondée de fait avec l'Ecole comme sa faculté médicale. La succursale a été ainsi fondce dans l'origine non assurément d'une manière conforme à la lettre du Décret de 1876, puisqu'il est constaté aujourd'hui qu'au lieu de tous les Evêques de la Province, NN. SS. l'Archevêque de Québec et l'Evêque de Montréal seuls ont concouru à cette fondation; mais d'une manière qui a pu paraître conforme à l'esprit du Décret, du moins en ce que, grâce à l'intervention du Délégué Apostolique, la dite Ecole fut, sans pour cela se dépouiller de ses droits civils, acceptée comme Faculté médicale de la Succursale. C'est pourquoi Mgr Fa lue. Evêque de Montréal, annonçant aux Fidèles, dans son Mandement du
22 Décembre 1877, l'établissement des Facultés de l'Université Laval à Montréal, disait :
« L'Ecole de Médecine de Montréal, qui a bien mérité du Diocèse et de la Province tout entière, à cause du dévouement de ses Professeurs, continuera l'œuvre par laquelle elle a contribué jusqu'ici à former tant de médecins qui font honneur à leur profession. »
Mais Laval ayant bientôt destitué l'Ecole arbitrairement et sans consulter les Evêques, et formé eu dehors d'elle une autre Faculté Médicale, a, par là, replacé sa Succursale sur la base injuste que M. le Recteur T. E. Hamel avait entrepris de lui donner d'abord, lorsque comme il vient d'être dit, la défense formelle du Délégué Apos'olique l'arrêta, défense dont il n'a plus été tenu aucun compte jusqu'à ce jour; en sorte que depuis, la Succursale est et reste fondée de fait, mais contrairement à la justice et au droit. De là la plainte de l'Ecole et la source véritable des difficultés présentes qui durent depuis cinq ans. Sans doute le Décret de février dernier déclare la Succursale établie par autorité apostolique — ce que l'Ecole reconnaît pleinement — mais ce Décret parle évidemment de l'établissement de droit, puisque pour dirimer les questions actuelles sur l'établissement de la Succursale, il renvoie au Décret de 1876 dont il urge l'exécution.
3° Il est donc de toute évidence que la nécessité où se voit Mgr de Montréal de ne plus compter sur l'accord désiré doit être attribuée, non à l'Ecole, mais avant tout à Laval, qui, au lieu d'entrer sincèrement dans les vues du Suint-Siège et de concourir efficacement à l'exécution du Décret de 1876 tout en respectant les lois de l'équité et de la justice, veut dépouiller l'Ecole de ses justes droits, même de son existence, et ainsi ruiner à tout jamais une de ces institutions existantes que, selon la déclaration expresse de Mgr le Délégué Apostolique, le Saint-Siège avait en vue de secourir et d'aider par l'établissement de la Succursale Laval à Montréal. .
Laval ne semble pas comprendre que le dernier Décret,
loin de condamner l'Ecole, qui, dans son appel au Saint-Siège, a demandé l'exécution du Décret de 1876, lui donne en réalité gain de cause sur ce point capital, puisque ce Décret de février dernier ordonne précisément de la manière la plus formelle et la plus absolue d'exécuter le Décret de 1876.
Il faudrait ajouter que la nécessité de ne plus compter sur l'accord désiré, doit être justement attribuée en second lieu, à Mgr de Montréal lui-même qui, croyant obéir au Saint- Siège, persiste, malgré nos protestations énergiques, à traiter l'Ecole comme si elle était en révolte contre le Saint-Siège, et qui, encore récemment, en même temps qu'il prenait le plus sûr moyen de l'exterminer par son expulsion de l'Hôr.ital et des autres maisons religieuses, venait lui proposer un arrangement avec la Faculté Médicale de Laval, arrangement en contradiction formelle avec ce Décret de 1876, dont l'Ecole réclame, avec le Saint-Siège, la pleine exécution.
4° La seule conséquence qui découle de l'exposé çles principes et des faits, comme du devoir que sa position impose à Mgr de Montréal, ce serait pour lui, il semble, de prendre des moyens efficaces pour empêcher la consommation de l'injustice au nom du Saint-Siège.
Monseigneur ne tirant pas cette conséquence, l'Ecole croit qu'il est de son devoir de>se défendre, par tous les moyens légitimes en son pouvoir, contre des agressions qui lui semblent tout à fait injustes.
Et ce devoir, l'Ecole le croit d'autant plus impérieux, qu'il y va, non seulement de ses intérêts matériels, de son honneur et de sa réputation, vu l'impression générale sous laquelle on a mis le peuple qu'elle est coupable de désobéissance et de révolte envers les ordres du Saint-Siège, mais de l'honneur même de l'Eglise qui se trouve grandement exposée dans la personne de son Chef Suprême que l'on représente comme voulant et ordonnant l'injustice.
Enfin l'Ecole, par la présente, informe officiellement Mgr de Montréal qu'elle en appelle au tribunal des Evoques de la
Province désignés dans le Décret de 1876 pour régler, en union avec Laval, ce qui concerne l'établissement de la Succursale à Montréal.
Montréal, 19 mai 1883.
(Signé) Th. E. d'Orsonnens, Président.
(Signé) J. Emery Coderre, Secrétaire.
Et l'Ecole faisait ensuite réponse à la Supérieure du couvent de la miséricorde :
Montréal, 21 mai 1883.
Madame la Supérieure, Votre lettre du 17 mai courant, adressée au Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, a été soumise aux professeurs de l'Ecole réunis en assemblée spéciale samedi dernier, 19 courant. En conséquence, je suis chargé en ma qualité de Secrétaire de cette institution, de vous prier, Ma« dame la Supérieure, de vouloir bien nous faire la faveur de répondre aux quelques questions qui suivent :
1" L'Ecole, avec l'agrément de l'Ordinaire, n'a-t-elle pas été chargée du service médical de votre Maternité depuis sa fondation?
2° N'a-t-elle pas dans les premières années de votre établissement fait ajouter à ses propres frais, une aile à votre maison, tout en y meublant à diverses reprises un appartement à l'usage de ses élèves, admis aussi dans votre hospice avec l'agrément de l'Ordinaire pour leur faciliter leurs études médicales?
3° M. le Professeur E. H. Trudel n'a-t-il pas, dès votre début, donné gratuitement des leçons à vos sœurs durant plusieurs années sur l'art obstétrical, et donné ses soins professionnels aux malades de votre institution; le Dr Beaudry, devenu plus tard associé de M. le Dr Trudel, n'a-t-il pas, lui aussi, continué ces mêmes services ?
4° L'Ecole ayant toujours eu la direction médicale de votre institution, y a-t-il d'autres raisons que celle de l'Ordonnance de Mgr l'Evêque de Montréal pour refuser aux médecins et aux élèves de notre Ecole leur admission, comme par le passé, dans votre établissement?
En répondant à ces diverses questions, Madame la Supérieure, et en nous transmettant une copie de cette Ordonnance, ainsi que l'a fait une autre communauté, vous nous obligerez beaucoup. J'ai l'honneur d'être avec respect,
Votre très humble serviteur,
(Signé), J. Emery Coderre, Sec
Les questions étaient manifestement embarrassantes pour celles auxquelles elles étaient successivement posées, et, mettant à nu une flagrante injustice, elles ne facilitaient guère les réponses directes qu'on attendit naturellement en vain. En tous cas, même par obéissance respectueuse, en certains milieux et dans certaines circonstances, on n'étrangle pas ses dévoués serviteurs qui furent des bienfaiteurs et des maîties, et ne demandaient qu'à le demeurer gratuitement.