I. LE CAS DE LÉGITIME DÉFENSE
1° — M. Hamel ria pas été attaqué par le Dr Landry. —
118. On ne peut se défendre que si l'oa est attaqué, et le droit de légitime défense suppose nécessairement le cas d'une injuste attaque. Pour que M. Hamel ait le droit de se défendre, il faut donc qu'il soit attaqué et attaqué injustement. Or, a-t-il été attaqué injustement par le Dr Landry? A-t-il été attaqué du tout par le Dr Landry ?
C'est bien là la doubla prétention de M. Hamel et chaque page de son factum affirme et réitère cette assertion. V affirmer et prouver sont deux choses essentiellement distinct*
et si M. Hamel sait ce que c'est qu'affirmer, il ignore complètement ce que c'est que prouver. Nous allons facilement nous en convaincre.
119. « Il ne faut pas perdre de vue, dit M. le grand vicaire, que M. Hamel était accusé depuis plus de huit mois dans un public choisi et que M. le Dr Landry était la seule source connue d'où émanaient ces accusations ». (N° 197).
120. Quelle était la nature de l'accusation, dont parle ici M. Hamel, et dont il se prétend la victime? C'est lui-même qui va nous l'apprendre.
« Elle consistait à propager le bruit que le grand vicaire Hamel, pendant qu'il était recteur de l'Université et depuis, soutenait que la franc-maçonnerie n'est qu'une société de bienfaisance au Canada et qu'il n'y a pas de mal pour les catholiques à en faire partie dans ce pays; de plus que ce ^Monsieur devait (?) en parler dans le même sens à ceux qui le consultaient au confessionnal. Et l'on disait à l'appui de ces accusations que si l'enquête commencée par M. l'abbé Bégin n'avait pas été continuée, c'était parce que l'on s'était aperçu que ~S1. le grand-vicaire Hamel se trouvait gravement compromis. » (N° 240;.
121. En établissant, comme il le fait, la nature de l'accusation dont il se prétendait être l'objet, M. Hamel se trouve nécessairement à assigner ime date à cette accusation. En effet, puisque l'accusation portée contre M. Hamel a pour point de départ, ou pour base, l'enquête discontinuée qu'avait commencée M. Bégin, il suit, comme conséquence nécessaire, que cette accusation ne peut pas être antérieure à la conversation tenue entre M. Bégin et M. Landry. C'ast d'ailleurs l'opinion fermement arrêtée de M. Hamel, qui s'exprime comme suit :
« D'où venait cette accusation? On citait comme autorité la rsation tenue entre M. Bégin et M. Landry. — Cette conversation s'est tenue sans témoins. L'accusation qui s'y est faite n'a donc pu être divulguée que par M. Bégin ou par M. Landry. Or, elle ne l'a pas été par M. Bégin qui déclare lui-même ne l'avoir jamais cru fondée ». (N° 241).
122. Remarquons, en passant, que le fait que M- Bégin aurait déclaré ne pas croire à l'accusation ne prouve nullement qu'il n'en a pas parlé à d'autres personnes. M. Hamel a une singulière logique, lorsqu'il arrive à une telle conclusion. Mais cela lui permet d'ajouter :
« Je maintiens donc que M. le Dr Landry est le premier qui ait accusé M. le grand-vicaire Hamel. Je ne dis pas qu'il ait répété son accusation à bien du monde; mais qu'il l'a dite à plusieurs, lesquels ont ensuite continué à la répandre. Je ne prétends pas qu'il ait parlé ainsi par malice ni avec mauvaise foi; mais, même en admettant sa complète bonne foi, je prétends qu'il a mal calculé l'époque de son accusation ainsi que le mode de la faire. Je ne dis pas que le Dr Landry a été un agent actif de dissémination de l'accusation contre M. Hamel; mais que tous les autres disse»' minateurs remontent à lui et s'appuient sur ses affirmations ». (N° 249).
En deux mois, voici les prétentions de M. Hamel.
123. Il se prétend dénoncé par le Dr Landry à M. Bégin, dans une conversation tenue entre ces deux Messieurs. Cette conversation ayant été répandue dans le public, M. Hamel affirme que M. Bégin n'est pas coupable de cette indiscrétion, parce que (I) M. Bégin lui-même ne croyait pas à la vérité de l'accusation portée contre M. Hamel. Il faut donc que ce soit le Dr Landry- M. Hamel, facilement le conclut et décrète le Dr Landry source première des accusations portées contre lui. Il affirme en outre que le Dr Landry a répété l'accusation à plusieurs personnes, que tous les dissêminateurs remonta au Dr Landry et s'appuient sur ses affirmations pour aj » user M. Hamel. (
124. Comme on le voit, M. Hamel, lâchant bride à s.< n imagination, affirme beaucoup^ affirme toujours. Mais pr< U ve 1-il au moins? Nous sommes encore à trouver la moindre des preuves à l'appui, qu'une seule de ses affirmations plus que hasardées.
A notre bour maintenant. En quelques lignes, nous allons
démantibuler l'échafaudage construit par le grand-vicaire Hamel.
125. M. Bégin n'a divulgué à personne la conversation qu'il a eue avec le Dr Landry. C'est là la prétention de M. Hamel. Les faits prouvent le contraire.
126. a) — Voici ce qu'écrivait M. Hamel, en date du 30 avril 1883, dans sa première lettre au Dr Landry :
« Monsieur l'abbé Bégin m'avait bien répété, il y a quelque temps, ce que vous lui aviez dit comme reproduisant une conversation qui a eu lieu entre nous, il y a dix ans ». (Mémoire, page 63).
M. l'abbé Bégin a donc parlé, au dire môme de M. Hamel.
127. b) — Nous avons affirmé dans notre mémoire, (page 10), que M. l'abbé Bégin, envoyé en mission officielle par l'official auprès du Dr Landry, avait dû faire rapport à l'official du résultat de sa mission. M. Hamel ne nie pas nôtre affirmation. Il se contente seulement de faire remarquer que
« Quand même M. Bégin en aurait parlé (de cette conversation entre lui et le Dr Landry) à M. Legaré et même à Mgr l'Archevêque, ce ne serait pas une divulgation comme celles que certains laïques font remonter iusqu'au Dr Landry. » ÇN°. 242).
La question n'est pas de savoir si la divulgation est la même ou non, mais simplement de savoir si M. Bégin a rap- I orté cette conversation à l'official et nous défions M. Hamel de nous contredire sur ce point.
12S. c) — M. Myrand affirme que :
•a De retour au Séminaire. M. l'abbé Bégin n'eut rien de plus pressé que de raconter à M. le grand -vicaire Hamel l'étonnante conversation du docteur. Ils s'en amusèrent beaucoup. Elle fit rire davantage l'archevêque à qui M. le grand-vicaire Hamel la rapporta lui-même. » (Mémoire, page 10).
Que répond M. Hamel à cette affirmation positive de jM. nid, affirmation qui le met en cause et qui nous montre
M. Hamel lui-même publiant la conversation en question? Il la laisse intacte. Il insère, dans son factum, une lettre de M. Myrand dans laquelle ce monsieur assume complètement la responsabilité de ses assertions. C'est-à-dire que M. Myrand réaffirme ce qu'il a dit en juin 1883 et M. Hamel est incapable de le contredire.
129. d) — Et même en ne supposant aucune divulgation quelconque de la part de M. Bégin, les opinions entretenues par M. Hamel sur la franc-maçonnerie et qui sont si intimement liées à l'accusation portée sur le grand-vicaire, n'en seraient pas moins connues dans le public. En effet, M. Hamel lui-même nous apprend que cette conversation qu'il a tenue il y a onze ans avec le Dr Landry, il l'a tenue avec d'autres personnes dans le temps (Mémoire page 11).
Or, le Dr Landry, dans sa conversation tenue avec M. Bégin, ne fait pas autre chose que de relater la conversation qu'il a tenue plusieurs années auparavant avec M. Hamel. D'autres personnes que le Dr Landry, savaient donc — c'est M. Hamel qui le dit — quelles étaient les opinions de M. le grandvicaire sur la franc-maçonnerie, et ce avant la conversation tenue entre M. Bégin et le Dr Landry.