‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 83 sur 102 · Le silence coupable · texte numérisé non relu

Le silence coupable

» M. ,A--C-P.-R. Landry se plaint de ce que M, Hamel a accusé M. le Dr Landry d'avoir gardé un silence coupable. Cette accusation, dit-il, est calomnieuse, car M. le Dr Landry n'était tenu ni à la dénonciation judiciaire, ni à la dénonciation évangélique.

» Il est singulier que M. le Dr Landry n'eût pas jusqu'à tout dernièrement de preuves suffisantes pour faire une dénonciation juridique et qu'il s'en trouvait assez pour en parler à des amis et cela depuis plus de huit mois, à l'époque où il. Hamel lui écrivit sa première lettre. »

Ce qui est plus singulier, c'est que M. Hamel prenne pour fait admis ce qui est nié, et nié sous la foi du serment. M. Landry n'a pas été le disséminateur des accusations portées contre M. Hamel. Le Dr Landry n'était pas d'ailleurs tenu à la dénonciation juridique (Mémoire, page 11).

257. « Reste la dénonciation évangélique. — De deux choses l'une : ou M. le 'Dr Landry recevait du Séminaire de Québec un gros salaire, ou il n'en retirait que de faibles émoluments. Dans le premier cas, il se trouvait donc que M. le Dr Landry recevait l'équivalent de ce qu'il donnait, ce qui (soit dit en passant) devait diminuer la grande obligation de reconnaissance de l'Université pour M. le Dr Landry. Dans le second cas, (et c'est plus probablement la vérité), il faudra convenir que les émoluments île M. le Dr Landry à l'Université apportaient un bien faible appoint à une fortune qui lui permettait de faire des dons vraiment princiers aux communautés religieuses (soit dit à sa grande louange). Dans ce cas, le danger de perdre des émoluments relativemi faibles (auxquels du reste il a renoncé lui-même dans les dernières années, lorsque les infirmités accumulées ne lui permirent plus de se rendre à l'Université) devraient être de peu de consi dération pour empêcher un homme, comme M. le Dr Landry, de faire une dénonciation d'un" si grande importance pour la jeu nesse, surtout si l'on considère l'honneur qui en aurait rejailli sur lui devant l'Eglise et devant les vrais catholiques. »

S'il n'y avait que la crainte de perdre quelques avantages pécuniaires qui dispensât de la dénonciation évangélique, nous comprendrions l'argumentation de M. Hamel; --- mais, i! le

sait lui-même, il y a plusieurs autres raisons qui peuvent dispenser de la dénonciation évangélique. Son argumentation, ne s'appliquant qu'à un seul des motifs qui peuvent être invoqués, est trop restreinte et, partant, ne vaut rien dans l'espèce (No 150).

258. « M. A.-C.-P.-R, Landry voudrait-il par hasard insinuer que M. le Dr Landry se serait senti moins gêné de parler à quelques amis laïques et même à des prêtres, lorsque, par suite de sa résignation comme professeur actif, il s'est trouvé n'être plus exposé àperdrî les quelques piastres qu'il touchait auparavant comme professeur? M. Hamel est dans ce cas moins cruel que M. A.-C.-P.-R. Landry; car s'il accuse M. le Dr Landry d'être coupable d'avoir gardé le silence, la culpabilité qu'il lui reproche n'est que celle d'une prudence mal calculée et sans réflexion suffisante dans la poursuite d'un but de zèle catholique, bien que hors de la voie. »

M. Landry n'insinue rien; mais il affirme que la crainte de perdre quelques piastres, un seul centin, n'a jamais .'té pour le Dr Landry le moindre empêchement qui l'arrêtât de faire une dénonciation évangélique. Si'. Hamel sait cela aussi bien que nous. Il sait aussi que le Dr Landry n'était pas obligé à la dénonciation évangélique. Il l'a donc calomnié en le dénonçant, comme coupable, pendant dix ans, d'un silence criminel (.Mémoire page 11 et 12).

259. « Au reste, le danger était-il bien à craindre? Y a-t-il parité entre la manière dont les choses se sont faites, l'année dernière et celle qui aurait eu lieu, si, par suite d'une conviction erronée sans doute, mais franche, il y eût eu, à qui de droit, une dénonciation vraiment évangélique? La conduite de l'Université, dan3 ces dernières années, a montré qu'elle savait endurer de la part de ses professeurs. »

Je distingue : de certains professeurs, oui; de n'importe quel professeur, non. Ainsi, quand M. Langelier alléguait dans ses contestations d'élection l'ingérence du prêtre, l'Université endurait. Quand M. Langelier participait avec les hérétiques

in sacris, l'Université endurait. Quand feu M. Lucien Turcotte, un conservateur, voulait poser sa candidature dans le comté de Charlevoix pour la chambre fédérale, l'Université n'endurait pas et faisait savoir à M. Turcotte qu'il y avait incompatibilité entre le mandat de député fédéral et la charge de professeur. Quand M. Langelier se présente, comme il le fait actuellement dans le comté de Mégantic, l'Université endure, quoique la même incompatibilité existe encore. Quand M. Hamel attaque le Dr Landry dans les journaux, l'Université endure. Et parce que. M. Hamel publie lui-même la réponse du Dr Landry, pour cet acte dont M. Hamel est seul responsable, l'Université ne veut plus endurer le Dr Landry. Elle le met à la porte. Elle endurera que ses professeurs assistent aux enterrements de francs-maçons, mais elle n'endurera certainement pas que le plus ancien de ses professeurs combatte ouvertement ces sociétés maudites, ces tendances funestes que le Souverain Pontife vient tout dernièrement encore de dénoncer à l'univers entier. On sait ce que vaut la tolérance de l'Université, c'est celle du Séminaire.

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