Accusation contre le Cardinal Franchi
» M. Hamel a dit que M. le Dr Landry ne s'est pas gêné d'affirmer que le Cardinal Franchi était franc-maçon.
Lorsque M. Hamel écrivit sa première lettre, du 30 avril, il ne savait pas ce fait. C'est entre cette première et la seconde du 5 mai que M. Hamel apprit de MM. Alphonse Lemieux et Bégin ce que M. le Dr Landry avait dit du Cardinal Franchi. Je renvois aux lettres de ces deux Messieurs.
» Elles contredisent si formellement les affirmations de M. A.- C.-P.-R. Landry, à savoir : « Jamais il 01. !'■ Dr Landry) n'a pris
» sur lui d'affirmer que le Cardinal Franchi était un franc-maçon, » pas plus qu'il ne s'est permis de dire qu'il y avait des prê- » très canadiens parmi les francs-maçons qu'il devient nécessaire » de faire la distinction suivante ».
Cette contradiction si positive, dont parle M. Hamel, n'existe que dans son imagination (Nos 154 et suivants).
268. « Ou bien MM. Lemieux et Bégin, qui ne se sont pas entendus pour rendre compte de leuî entrevue avec M. le Dr Landry, ont été assez peu scrupuleux pour aller jusqu'à inventer des détails qui ne seraient que d'odieux mensonges, — ou bien c'est M. le Dr Landry, déjà affaibli par la maladie qui, lui, n'est plus assez sûr de sa mémoire pour se rappeler exactement ce qu'il a dit. »
M. Hamel réunit ici le témoignage de M. Bégin à celui de M. Lemieux pour contredire celui du Dr Landry. Or, il sait que que cela n'est pas juste, la conversation tenue avec M. Lemieux ayant précédé de quinze jours celle tenue avec M. Bégin. Celui-ci n'a jamais été présent à la conversation tenue entre M. Lemieux et le I)r Landry, et M. Lemieux n'était pas présent non plus à l'entrevue que M. Bégin eut avec le Dr Landry. Le raisonnement de M. Hamel tombe donc à faux.
269. « Nous nous trouvons ici dans un cas analogue à c lui de MM. Hamel et Landry : conversation entre deux interlocuteurs et où chacun affirme de son côté ides choses contradictoires ; du reste, Ipersonnes respectables des deux côtés et dont on n'a pas de raison de suspecter la bonne foi. Il faut donc recourir aux probabilités. »
M. Hamel oublie — car M. Lemieux n'a pas dû lui cacher ce fait — qu'il y avait un témoin à cette conversation que M. Lemieux a eue avec le Dr Landry. II vaut donc mieux, c plus légal, interroger ce témoin. C'est ce que nous avons fait et nous offrons ce témoignage au tribunal (N° 158). Le fait réel doit l'emporter sur les présomptions. Voyons les probabilités que nous offre M. Hamel.
270. « Eh bien! d'un côté, ce sont des prêtres dans toute la vigueur de l'âge et de la mémoire, qui n'ont aucun parti-pris, qui ne se sont pas entendus et qui accompagnent leurs affirmations de circonstances et de détails tels qu'ils ont dû les inventer s'ils n'ont pas eu lieu (car on ne peut pas les attribuer à un défaut de mémoire; le défaut de mémoire fait oublier mais ne fait pas inventer). — De l'autre côté, c'est un vieillard, très respectable sans doute (on ne peut pas exagérer sa respectabilité), mais affaibli par les infirmités et la maladie : qui, bien qu'il jouisse de sa raison, n'est plus dans ce qu'on peut appeler toute la vigueur de l'âge, qui n'a rien à inventer, mais qui peut oublier. — De plus, si M. le Dr Landry n'a pas oublié, on est forcément ^conduit à dire que MAL Lemieux et Bégin ont dû inventer délibérément des mensonges qu'ils ne peuvent mettre sur le compte de l'oubli; — Si M. le Dr Landry est supposé avoir pu oublier, tout est dans l'ordre, personne ne perd de la respectabilité qu'on aime à lui reconnaître; il n'y a qu'un simple défaut de mémoire très excusable. — Dans de telles circonstances, quel est l'homme raisonnable qui croira à l'infaillibilité de la mémoire de M. le Dr Landry? » - —
Toutes les probabilités doivent disparaître devant la certitude, et les arguments de M. Hamel ne peuvent en rien changer la nature des Taits.
« Si M. le Dr Landry est suppose avoir pu oublier, tout est dans l'ordre, personne ne perd de la respectabilité », dit M. Hamel. Mais c'est précisément pour faire perdre de la respectabilité que M. Hamel accuse calomnieusement le Dr Landry devant tout un public d'avoir mis le cardinal Franchi au rang des francs-maçons; c'est pour la même raison que S. G. l'archevêque de Québec tente de jeter sur le nom du Dr Landry toute la honte possible, en le dénonçant dans un document épiscopal. Si c'est là l'ordre que rêve M. Hamel, nous n'en voulons pas.
Quant à l'infaillibilité de la mémoire, nous n'avons jamais prétendu qu'elle existât chez le Dr Landry, mais à notre tour nous demandons quel est l'homme raisonnable qui pourrait croire à l'infaillibilité de M. Bégin, même lorsqu'il s'agit de
déclarer, en sa qualité officielle, que le tribunal de l'officialité est en vacances ? ! !
Qu'il vienne devant le tribunal et qu'il le dise au juge celui qui, dans tout Québec, pourrait un instant croire que l'on devrait douter de la parole du Dr Landry pour ajouter foi à celle de M. Bégin !
271. « Mais au moin? M. le Dr Landry peut-il probablement avoir dit ce qu'on lui attribue? — Si l'on mettait dans la bouche de M. Hamel ce que M. le Dr Landry prétend avoir dit. pavoir « on dit », « on affirme » que le Cardinal Franchi était francmaçon, qu'il y a des prêtres canadiens francs-maçons, on pourrait soutenir que M. Hamel, persuadé et convaincu que de telles a sériions sont d'atroces calomnies, n'a pas pu s'échapper à dire : « le cardinal Franchi est franc-maçon, il y a des prêtres canadiens francs-maçons » mais qu'il a dû dire au plus « on dit », « on affirme » ces choses. — Quant à M. le Dr Landry, c'est autre chose. C'est sa persuasion que la franc-maçonnerie fait des ravages partout, au Canada comme en Italie, crue cette société pénètre jusque dans le sanctuaire et jusqu'à la pourpre cardinalice; il est étonné, non pas qu'on dise que des membres du clergé en fassent parti", mais du concours qu'on affirme lui être donné par des membres du clergé. »
M. Hamel voudrait ici fendre des cheveux, et il ne peut y réussir, malgré toute la peine qu'il se donne. En vérité, quelle différence peut-il y avoir entre les deux phrases suivantes : « je suis étonné du concours qu'on affirme être donné »; « je suis étonné qu'on affirme qu'un concours est donné »; je suis étonné qu'on dise », etc.
Toutes ces expressions se valent, et il faudrait le microscope de M. Hamel, pour trouver entre elles, sinon cette différence, du moins cette distance qui frappe le savant abbé, mais qui nous laisse indifférents, nous, avec le reste des mortels. El pourquci cette question insidieuse, mal posée : « M. le Dr Landry peut-il probablement avoir dit ce qu'on lui attribue? » — Nous n'avons rien attribué au Dr Landry; c'est lui-même qui, sous la
foi du serment, déclare q;u"il s'est servi des expressions que M. Hamel ne peut digérer.
272. « Ses amis, ce certain groupe qui l'entoure, l'entretiennent dans ces mêmes idées. Donc, même en supposant qu'il se défie de ses interlocuteurs à qui il parle des ravages de la franc-maçonnerie et qu'il ait l'intention d'user avec eux de la plus grande prudence dans ses paroles, il ne peut pas être surprenant qu'il s'oublie à dire ce qui est naturellement sa conviction, bien qu'il puisse avoir des raisons de prudence pour tâcher de ne pas dire tout ce qu'il pense. »
Ce qui n'est pas surprenant du tout, c'est que M. Hamel ait recteurs à toutes ces arguties, à toutes ces suppositions, à toutes ces probabilités purement imaginaires, pour essayer d'embrouiller une cause pourtant si claire.
Le paragraphe que nous venons de lire est rempli d'assertions gratuites, cent fois niées déjà, mais que M. Hamel se plaît à répéter, car au bruit monotone de cette fastidieuse répétition, insensiblement l'hypothèse se change en thèse, graduellement les suppositions prennent un corps et deviennent la réalité, et, à un moment donné, M. Hamel se réveille parfaitement convaincu de la vérité de ses assertions.
Par exemple où sont les preuves des assertions suivantes, qu'un certain groupe entourait le Dr Landry, que ce groupe l'entretenait dans certaines idées, que ce qui est naturellement la conviction du Docteur, c'est que le Cardinal Franchi est franc-maçon, que des prêtres canadiens sont francs-maçons, etc.? Vox praeterea nihil.
273. « Donc, en définitive, M. Hamel en répétant .ce qu'il fait dire à M. le Dr Landry sur le cardinal Franchi, est appuyé sur de bons témoignages qui lui permettent de l'affirmer sans manquer aux règles de la prudence ordinaire et par suite sans faire de calomnie. »
M. Hamel n'est pas appuyé sur de bons témoignages. Il a contre lui ceux du Dr Landry et de M. Ernest Landry; il n'a
pas pour lui celui de M. Lemieux; il ne lui reste plus que celui de M. Bégin, qui n'est pas donné sous serment, et qui' jest formellement contredit par celui du Dr Landry donné sous serment. Nous savons quelle valeur peut avoir le témoignage de l'impartial M. Bégin, qui ne fait pas des rapports officiels, mais qui sait écrire, au besoin, des lettres officieuses.
274. « 6° L'insinuation relative à Mgr l'archevêque (page 13). » M. Hamel n'a jamais cru, n'a jamais dit qu'aux yeux de M.
le Dr Landry, Mgr l'archevêque fût un franc-maçon; il ne l'a pas mêma insinué, mais il a insinué que c'était l'opinion étrange pour ne pas dire absurde de certains membres 'du groupe, de certain parti, plus ou moins en rapport avec M. le Dr Landry. — Mais alors que veulent donc dire ces paroles de M. Hamel dans sa lettre du 5 mai : « J'avoue cependant que vous pouvez être sous une im- » "pression contraire? » (page 14). — Cela veut dire simplement que M. Hamel venant d'apprendre que M. le Dr Landry avait affirmé que le Cardinal Franchi était franc-maçon et croyant alors (« aujourd'hui ») que M. le Dr Landry se le rappelait, comprit que ce Monsieur, ayant ce fait présent à la mémoire, avait dû naturellement interpréter la première lettre de M. Hamel (du 30 avril) comme insinuant que lui, le Dr Landry, croyait Mgr l'archevêque franc-maçon. »
Si M. Hamel a compris, comme il le dit, que M. Landry a dû naturellement interpréter la première lettre de M. Hamel comme insinuant que^ lui, le Dr Landry, croyait Mgr l'archevêque franc-maçon, cela prouve que cette interprétation naturelle, donnée par le Dr Landry, par le public, par la presse, à la lettre de M. Hamel est bien la véritable et que, partant, notre accusai iotn con're M. le grand-vie lire est parfaitement fondée.
275. « C'est là le sens de ces autres paroles de M. Hamel : « Car vraiment, qui fait plus, peut parfaitement s'imaginer qu'on le soupçonne de moins. »
Non, pas pour le compte de M. le Docteur, mais pour le Compte de son imagination. Si M. Hamel donne un soufflet au Dr Landry, un de ces soufflets de première classe dont parle
M. Myrand (page 97) et que seul peut donner le bras, pardon, le levier de troisième genre, (style Myrand), d'un ancien professeur de physique, le Dr Landry aurait mille fois tort d'en tenir compte à M. Hamel; il devrait en tenir compte, non à M. Hamel lui-même, mais à son bras, levier de troisième genre ! ! ! C'est là le raisonnement de M. Hamel, c'est son plaidoyer justificatoire.