CHAPITRE XV DES STATUTS REFONDUS POUR LE BaS-CaNADA, et
se rendre rendre compte de la portée de son abrogation ? C'était, pour les 99 centièmes, voter les yeux fermés. — Comme d'un coup d'escamotage, M. Chapleau, commandeur de la Légion
d'honneur de par la République française, dépouille les commissaires de leurs droits qu'il fait passer aux mains des inspecteurs, dirigés par le Surintendant, et met poliment à la porte de l'école le curé, qui, désormais, n'aura plus rien à voir à l'école, même pour le choix des livres ayant rapport à la religion et à la morale ! a C'est, dit Jules Ferry, le principal, le plus important. »
L'article 3 est une œuvre de centralisation au préjudice des droits des pères de famille et du clergé pour le bénéfice de M. le Surintendant ou plutôt de la Révolution.
Et nos évêques, ne sont-ils pas tous au Conseil ? vont objecter nos libéraux.
Nos évêques, disent MM. Mousseau et Ouimet, ce sont « des auxiliaires compétents et éclairés dont on sera bien aise de mettre à profit les suggestions, » entendez, si elles sont conformes aux mes du gouvernement et du Département de V Instruction publique.
Nos évêques ! combien de temps pourront-ils demeurer dans une situation analogue à celle qui, en 1850, alarmait le Saint- Siège pour l'Eglise de France ? Combien de temps le gouvernement consentira-t-il à recevoir leurs précieuses suggestions ?
On sait déjà le cas qu'ont fait M. le Surintendant Ouimet et les gouvernements Chapleau et ]Mcu?scau des réclamations de NN. SS. au sujet du bill de 1880 sur l'uniformité de livres, et des bills déposés frauduleusement devant les Chambres. La présence des évêques au Conseil, au jugement de l'école Ch^uveau, peut paraître encore nécessaire au succès de son entreprise ; mais le temps est-il bien éloigné où l'Etat croira pouvoir retirer à NN. SS. les droits qu'il prétend leur avoir conférés ?
Chez nous, les choses vont vite. Hier, MM. les Inspecteurs prônaient et imposaient Montpetit ; aujourd'hui, le Journal DE l'Instruction publique, organe des Instituteurs catholiques de la Province., recommande les publications pédagogiques de J.-J. Rousseau, So'i.quet, Dittes, etc. : qui peut nous assurer que demain peut-être M. le Surintendant ne répandra pas les manuels civiques qu'il trouve « bien faits quant à la forme et au style ? »
Le Canada est étonné de se trouver tout imbu des idées du Idicisme moderne, des principes mêmes de la Convention nationale. « C'est la Convention, dit Guillaume, membre de l'Institut de France, qui a posé, sans restriction, les bases de l'instruction telle qu'elle est aujourd'hui. » « Un de ses caractères, dit Comppayré, c'est l'esprit de propagande. » D'où Albert Babeau tire eette évidente conclusion : « Les décrets de la Convention ont créé les mots d'' instruction primaire, d'instituteurs, de fonctionnaires publics, qui n'étaient pas encore entrés dans le vocabulaire officiel, et qui s'y sont maintenus. Ils ont soulevé, sans les résoudre, les grandes questions de l'obligation et de la gratuité ; ils ont introduit le principe du salaire des maîtres par VEtat ; mais leur action véritablement efficace ne s'est affirmée que pour épurer le personnel des instituteurs dans le sens révolutionnaire et pour introduire dans les écoles un enseignement conforme aux doctrines nouvelles. »
Qu'elle est juste, cette réflexion de Renan ! « Si Marc-Aurèle, dit-il. au lieu d'employer les lions et la chaise rougie, eût employé l'école primaire, un enseignement d'Etat rationaliste, il eût bien mieux prévenu la séduction du monde par le surnaturel chrétien.
« Celse n'enleva probablement pas un seul disciple à Jé?us. Il avait raison au point de vue du bon sens naturel ; mais le simple bon sens, quand il se trouve en opposition avec les besoins du mysticisme, e&t bien peu écouté. Le sol n'avait pas été préparé par un bon ministre de V Instruction publique. )>
Telle est l'œuvre de laïcisation entreprise par M. Chauveau et continuée par ?\I. Ouimet. C'est en vain que ces 'MM. protesteront de leurs sentiments catholiques, qu'ils écriront au frontispice de leurs docum^ents officiels : « Enseignez à l'enfant la morale. Pas d'école sans Dieu. » Les nombreux textes que nous avons cités déchirent les masques de religiosité dont s'affublent nos laïciseurs. Ces hommes passeront aux yeux de l'Histoire impartiale pour de véritables onspirat^urs, conspirateurs contre la religion et la patrie. En effet, quoi qu'on dise, ils ne sont pas au.tre
chose ; et nous croyons sincèrement faire acte de patriotisme en les dénonçant comme tels à nos concitoyens.
En pénétrant les mystères qai s'opèrent dans le Département de l'Instruction publique, on est stupéfait de tant d'audace, et on se demande si les $ 4.000 que le pays alloue chaque année aa Surintendant le sont pour une telle besogne. Nous connaissons la suffisance de M. Ouimet, sa souplesse de caractère selon les circonstances ; mais nous ne l'aurions jamais cru capable de conduire, sous le couvert de la religion, notre catholique pays à l'abîme de la Révolution. Et pourtant l'œuvre néfaste, nous l'avons vu, est en train de se consommer et se consommerait sûrement et bientôt : il n'y aurait qu'à laisser faire encore un peu.
Attachant sans doute à son titre le privilège de l'infaillibilité, M. Ouimet réclame pour lui seul la réforme de nos lois scolaires. « Il sera mieux, dit-il, de laisser au Surintendant le soin de codifier nos diverses lois d'éducation. Il pourra y consacrer le temps nécessaire, en tenant compte des lois des autres peuples et en s'' aidant de V expérience des personnes compétentes. »
Quelles autorités ont apporté à M. Ouimet l'appoint de leurs lumières, de leur expérience ? Nous l'ignorons ; mais assurément, ce ne sont point des autorités catholiques. Quant aux peuples qu'il a pris pour modèles, il n'y en a c{u'un : c'est, comme chacun peut s'en convaincre, le peuple français dans les plus mauvaises périodes de son existence, c'est-à-dire sous la Convention nationale, sous la royauté maçonnique de juilllet et sous les républiques des maçons Carnot et Ferry.
Mais voilà que les réformes de M, Ouimet, suspectes à plus d'un égard, sont mises en quarantaine. Une commission spéciale est chargée de la codification de nos lois scolaires. Il ne reste donc au Surintendant que la faculté d'exprimer un vœu : or, ce vœu, le voici dans toute sa simplicité : « C'est que la commission entre
RÉSOLUMENT DANS LA VOIE DES RÉFORMES, QU'eLLE OSE COURA- GEUSEMENT METTRE LA HACHE EN ROIS. » {Rapport de 1876-1877). Ce mot renferme toute la pensée de M. Oaim.et : achever de détruire ce que, grâce à nos vieilles lois, il y a encore de chrétien
dans notre éducation, et réformer tout notre système scolaire jusqu'à ce qu'il soit en tout conforme aux principes de la laïcisation moderne.
Un tel but, nous l'avons, croyons-nous, surabondamment mis en lumière par les nombreux accouplements de textes que nous avons faits. Toutefois, qu'on le remarque bien, nous n'avons guère étudié qu'une des faces de nos réformes scolaires, celles des lii^res élémentaires. Il y aurait beaucoup à dire encore, en envisageant le travail maçonnique sous d'autres points de vue, et toujours dans le domaine de l'éducation : il serait facile d'établir que, sur toute la ligne, MM. Cliauveau et Ouimet, marchent côte à côte avec les modernes laïciseurs de France. Espérons que des concitoyens animés d'un zèle vrai pour le bien de la patrie et disposant d'un temps que nous n'avons pas, voudront bien continuer ce que nous n'avons pu que commencer.
Comme conclusion de cette première étude, nous croyons devoir formuler ces trois propositions :
1° Presser vivement nos députés de demander au gouvernement l'institution d'une enquête sérieuse et approfondie au Département de l'Instruction publique, afin que le pays sache nettement à qui incombe la responsabilité des funestes Bills de 1880, 1881 et 1882 et de toutes les réformes maçonniques opérées dans le domaine de l'éducation depuis une quarantaine d'années ; — afin qu'il voie ce qu'il y a de sincère dans les dénégations publiques de M. Ouimet au sujet des Bills précités dont on trouve, quatre ou cinq ans à l'avance, toutes les principales idées dans ses rapports ou circulaires.
2° Que MM. les curés, qui ont encore de par la loi « le choix des livres touchant la morale et la religion », rétablissent le Devoirs du chrétien dans toutes les écoles d'où, par ordre de M. Ouimet, les Inspecteurs l'ont banni.
3° Enfin, que tous les canadiens sincèrement attachés à leur Foi et à leur patrie se fassent un devoir de recueillir, pour les transmettre à leurs curés ou directement à leurs Evêques respectifs, tous les faits qui, de près ou de loin, tendent à détruire nos
vieux usages chrétiens pour leur substituer les principes de h pédagogie moderne, c'est-à-dire révolutionnaire. Le Saint Père, qui tient la place même de Jésus-Christ sur la terre, nous demande à tous sans exception d'arracher à la maçonnerie le masque dont elle se couvre et de la faire voir telle qu'elle est : « que tous donc remplissent consciencieusement un aussi grave, un aussi impérieux devoir envers la société religieuse et civile.
Oui, que chacun s'arme de courage, ferme l'oreille aux complaintes des endormeurs comme aux cris de rage de la secte, et réagisse vigoureusement contre les tendances mauvaises ; que chacun joigne la prière à Vaction ; et, bien que le mal soit déjà grand, il sera guéri ; et nous échapperons à la Révolution. Léon XIII aura sauvé nos enfants, notre race, le Canada français.
VIIî. — Vebs l'Abîme