CONCLUSION DE CE QUI PRECEDE
Encore quelques mots sur l'esprit et les tendances du Département de l'Instruction publique.
Un grand nombre de nos concitoyens, continue l'auteur de VEducation ou la grande question sociale du jour, page 167, désirent être mieux renseignés sur Vesprit et les tendances du Département de l'Instruction publique ; plusieurs nous ont même pressé de leur dire notre pensée sur la manière dont quelques uns de nos hommes publics entendent conduire l'éducation de nos enfants au nom de VEtat.
Le dernier document qu'on vient de lire, celui qui porte la signature du R. F. Arnold, ne sera pas sans doute jugé le moins important. Nous n'avons pas hésité à l'inclure ici, persuadé que les Frères, de qui, il c?t vrai, nous ne l'avons pas reçu, ne sauraient cependant, pour les raisons déjà indiquées plus haut, nous blâmer de la publicité que nous lui donnons.
Certaines personnes, dans un but facile à deviner, ne se lassent pas de répéter partout que nous ne voulons pas reconnaître aux laïques le droit d'enseigner. C'est là une calomnie et une absurdité. ^Messieurs le D'" L. E. Des jardins et le curé La vallée devant la Commission royale ; de même, toute la presse catholique du pays, et notamment, à notre connaissance personnelle, le Monde^ la Vérité^ le Journal des Trois- Rivières et V Etendard ont publique-
ment et positivement affirmé le contraire ; et, malgré nos instances réitérées, jamais on n'a pu nous citer le nom d'un seul catholique qui ait parlé autrement. D'ailleurs, com.me il a déjà été dit plusieurs fois aussi, jamais encore il n'a été et jamais probablement il ne sera possible de se procurer des maîtres ecclésiastiques ou religieux pour tous les enfants.
Toujours l'Eglise a encouragé, loué et honoré les laïques pieux et instruits qui mettent leur dévouement au service de l'autorité ecclésiastique et paternelle pour la formation chrétienne de la jeunesse : et, tout en accorda,nt une préférence marquée aux instituteurs ecclésiastiques ou religieux, et cela pour des raisons trop évidentes pour qu'il soit nécessaire de les rapporter ici, l'Eglise laisse aux parents toute liberté de confier leurs enfants à des maîtres laïques, alors même qu'il leur serait facile de les placer dans des écoles ecclésiastiques ou religieuses.
L'Eglise est donc bien loin de rejeter le concours des bons laïques dans l'œuvre de l'éducation. Or, notre sentiment est celui même de l'Eglise sur ce point.
Assurément, un père de famille ne devra jamais mépriser les maîtres laïques qu'une conduite exemplaire et des connaissances religieuses et profanes suffisantes rendent dignes d'être associés à l'importante et très noble action de l'Eglise et des parents pour élever la jeunesse, ni se montrer injuste à leur égard : mais, au moins, faudra-t-il aussi reconnaître à ce père le droit d'accorder sa préférence à des maîtres ecclésiastiques ou religieux, surtout quand à toutes les autres excellentes raisons qui peuvent motiver une telle préférence, vient encore se joindre celle d'une économie considérable.
Et si des familles sont assez heureuses pour obtenir des religieux et des religieuses qui prennent la direction de leurs écoles, de quel droit, en vertu de quels principes ces familles seraientelles privées de leur juste part des deniers publics destinés à aider les écoles ? De quel droit, en vertu de quels principes l'Etat, par ses fonctionnaires, surintendant, inspecteurs ou autres, traiterait-il avec indifférence ou partialité, irait-il même jusqu'à tra-
casser et persécuter sourdement les religieux et religieuses à qui nous voulons confier nos enfants ? En agissant de la sorte, ne serait-ce pas, pour dire le moins, gênex^ la légitime liberté de ces parents-là mêmes qui ont le mérite de procurer à leurs enfants la meilleure éducation chrétienne possible, éducation dont l'Etat sera le premier à bénéficier après la famille et l'Eglise ? Ne serait-ce point là, surtout dans un pays catholique comme le nôtre, un procédé doublement injuste et odieux ? Et pourtant oserait-on soutenir aujourd'hui qu'il ne se fait rien de semblable parmi no us ?
Enfin, qu'on nous permette de relever brièvement quelques affirmations lancées depuis assez longtemps dans le public au sujet de notre situation scolaire.
Pour nous réduire au silence ou nous rassurer, on nous dit, tantôt, que les catholiques de la Province de Québec ne sont pas libres de diriger l'éducation de leurs enfants tout à fait catholiquement^ vu que nous formons une population mixte et que l'on compte parmi nous une assez large proportion de protestants ; tantôt, que notre système d'Instruction publique est quelque chose d'admirable, presque l'idéal du système chrétien ; qu'au moins le monopole de l'enseignement par l'Etat n'existe point chez nous ; qu'en tout cas nos hommes publics qui sont .à la tête de l'Instruction, sont bien disposés^ ayant les meilleures intentions ; et que par conséquent les appréhensions nourries par certains catholiques sont l'effet de \aies mandement exagérées sur notre situation.
Nous répondons :
I. Les catholiques de la Province de Québec peuvent, s'ils le VEULE^'T, diriger l'éducation de leurs enfants tout a fait catho- LiQDEMENT. — Laïssous parler les faits.
1° N'est-il pas vrai que nos pères, au milieu du dernier siècle, n'ont consenti à déposer les armes devant une armée anglaise envahissant le pays qu'après nous avoir, par stipulation expresse, obtenu une pleine liberté religieuse ? N'est-il pas vrai que l'exercice de cette liberté religieuse nous a été ensuite garanti sur la foi
d'un traité solennel, conclu entre la France et l'Angleterre en 1763 ? N'est-il pas vrai que depuis près d'un siècle nous possédons une constitution qui nous laisse la faculté de nous gouverner nous-mêmes d'après les enseignements de l'Eglise et les principes du Droit chrétien ? N'est-il pas vrai que notre pleine et entière liberté religieuse a toujours été considérée comme une partie essentielle du Droit public canadien, et se trouve de nouveau reconnue et solennellement confirmée par l'Acte royal de 1867, qui réunit la Province de Québec avec plusieurs autres provinces en Confédération sous le nom de Dominion ou Puissance du Canada ?
2° La province de Québec, comme chacune des autres provinces de la Confédération canadienne, ne forme-t-elle pas un Etat quasi autonome, ayant sa Législature particulière avec plein pouvoir — pouvoir formellement confirmé par l'Acte royal de 1867 — de faire ses propres lois concernant l'administration de la justice, la célébration des mariages, V éducation, la propriété, les droits civils, etc. ?
30 D'ailleurs, comment — même sans toutes les garanties sérieuses que nous venons de mentionner et en sachant seulement profiter de l'avantage que leur donne une immense majorité dans un gouvernement représentatif — comment les catholiques de ce pays ne pourraient-ils pas facilement conserver tous ces droits sacrés de l'Eglise et de la conscience chrétienne, eux dont les ancêtres, encore si peu nombreux (60 à 70 mille), ont su, par leur vaillance et leur inébranlable fermeté, arracher à une puissante nation protestante la reconnaissance et la consécration d'une pleine liberté religieuse ?
D'après le recensement officiel de 1881, la Province de Québec renferme une population totale de 1.359.000 dont 1.170.700 catholiques, et 1.070.000 français d'origine (1).
(1) Depuis 1881, la population de la Province de Québec est :
1891 • popul. tôt. = 1.488.000 dont 1..S48.000 cathol. et 140.000 protest.
1901 • popul. tôt. = 1.648.000 dont 1.429.000 cathol. et 220.000 protest.
1908 : popul. tôt. = 1.860.000 dont 1.600.000 cathol. et 260.000 protest.
Presque tout notre clergé est encore, grâce à Dieu, sincèrement attaché aux doctrines romaines et, par conséquent, justement hostile aux idées modernes ; nos populations, partout animées d'une foi vive et pratique, sont excellentes, et ne désirent rien tant que de prendre les moyens les plus propres à assurer à leurs enfants une éducation profondément chrétienne ; d'un autre côté, les efforts perfides faits à diverses reprises par certains fanatiques ou catholiques de nom pour soulever contre nous les préjugés de l'héiésie, n'ont, en général, guère eu de succès, la masse des protestants honnêtes comprenant parfaitement que le catholicisme ne menace en aucune manière l'exercice du droit qu'ils réclament et qu'ils ont toujours eu de diriger, comme ils l'entendent, l'éducation de leurs propres enfants.
4° Enfin, ajoutons encore que, de fait, les écoles protestantes et les écoles catholiques en ce pays sont absolum.ent séparées, étant dirigées, les premières, par un comité du Conseil de l'Instruction publique exclusivement protestant, et, les secondes, par un comité du même Conseil exclusivement catholique.
Ainsi donc, à quelque point de vue qu'on envisage les choses, il est incontestable que non seulement nos députés catholiques ne sont pas obligés, dans la confection de nos lois, de subir les pernicieuses influences soit de l'hérésie, soit du libéralism.e ou de la franc-maçonnerie, mais qu'ils n'ont pas une raison plausible, y as même un prétexte^ pour agir et légiférer, concernant l'éducation, autrement qu'en parfaite conformité avec les droits et les vrais intérêts de l'Eglise et de la famille.
N'est-ce pas dire, en d'autres termes, que les catholiques de la Province de Québec peuvent^ s^ils le veulent, diriger V éducation de leurs enfants tout à fait catholiquement ?
Oui, seuls nous serons responsables et sans excuse, nous catholiques, si nous souffrons que l'éducation chez nous sorte de sa voie. Dans les circonstances sociales où ils se trouvent nos concitoyens catholiques ne rempliront leur devoir qu'autant qu'ils prendront des mesures efficaces pour que l'éducation de leurs enfants soit conduite en cette Province à peu près comme
elle devrait l'être dans un pays exclusivement catholique. IL Notre système cf Instruction publique est loin de mériter V admiration d'un peuple catholique. — Un volume suffirait à peine pour développer convenablement et mettre en pleine lumière la vérité de cette proposition : et nous avons à notre disposition quelques pages seulement. Ce que l'espace nous permet de dire doit presque se réduire à de rapides indications, indications qui suffiront cependant, nous l'espérons du moins pour porter la con'S'iction dans tous les esprits non prévenus.
Disons d'abord que notre système d'Instruction publique, si vanté par certaines gens, devra nécessairement paraître assez suspect aux catholiques qui considéreront tant soit peu :
1° Son origine. — Ce système ne date pas de loin : et dans l'idée de ceux-là mêmes qui l'ont fait ce que nous le voyons il n'a pas encore reçu son dernier complément tant s'en faut. Mais^ tel qu'il est aujourd'hui, déjà, à première vue, il nous offre extérieurement du moins, une ressemblance frappante avec les systèmes européens nés de la Révolution, principalement avec le système français. En effet, de part et d'autre, à peu près même hiérarchie scolaire, même subordination des pouvoirs, même dépendance de l'Etat, même mode de fonctionnement, même genre de programmes, de diplômes, presque même terminologie officielle, souvent mêmes lois formulées en termes absolument identiques, etc. Que si Ton songe à pénétrer à l'intérieur, à rechercher V esprit qui anime un tel système, la pensée se présente tout de suite que les idées de Tépoque ont bien pu exercer sur lui quelque influence funeste et y laisser leur empreinte, comme elles le font généralement pour les autres œuvres naissantes. Et cette pensée tend à s'imposer avec d'autant plus de force, qu'on se rappelle que M. Chauveau est bien en réalité chez nous, le principal auteur du système en question ; car I\I. Chauveau est assez connu pour ses principes dangereux. Il est difficile même de prononcer son nom sans se rappeler, en même temps, que nous avons en lui un libéral de vieille date — un libéral qui, dès sa jeunesse, a mérité d'être appelé mon cher ami Chauveau par le libre-penseur
Frédéric Gaillardet, et qui, comme nous disait ce même Gaillardet, il n'y a pas deux ans, « a débuté dans la carrière politique comme correspondant secret de mon journal, le Courrier des Etats-Unis ». M. Chauveau était déjà un libéral assez avancé il a longtemps pour voir dans « la Réçoliition française un des développements progressifs des sociétés chrétiennes ». Ce sont les propres paroles de M. Chauveau {Vide Darveau, Nos hommes de Lettres^ p. 147). Son. zèle pour la diffusion de ses idées, spécialement en éducation, semble n'avoir fait que s'accroître avec le temps. Aussi devenu surintendant de l'éducation, il y a une trentaine d'années, se montra-t-il visiblement enclin à introduire parmi nous tout le système scolaire de France. Deux fois depuis, il est allé en Europe, aux frais du public, afin de voir de ses yeux en France, en Italie, en Allemagne, etc., le fonctionnement des systèmes d'éducation inventés par les loges et de l'importer ici ! il a été en rapport d'intimité avec le trop célèbre ministre français Victor Duruy, le promoteur des lycées de filles en France. C'est M. Chauveau qui a fondé et rédigé longtemps notre Journal de V Instruction publique^ où bien des idées fausses se sont fait jour pour de là se répandre jusqu'au fond de nos campagnes, et où l'on peut encore relire aujourd'hui des Rapports officiels de M. V. Duruy prônant, entre autres pratiques malsaines, l'instruction obligatoire. "SI. Chauveau enfin, est l'auteur d'un livre sur V Instruction publique au Canada^ ouvrage où presque tout serait à relever et en cent endroits duquel perce une folle et dangereuse admiration pour les théories modernes d'éducation.
2° L'esprit et les tendances de ceux qui, depuis le surintendant et le personnel de son Département jusqu'aux écrivains de la Patrie, journal du franc-maçon très avancé, défendent mordicus notre système d'intruction publique : esprit et tendances que le lecteur saura apprécier, s'il se rappelle des faits indéniables comme ceux-ci entre autres :
Hostilité du Département du surintendant, M. Gédéon Ouimet (successeur de M. Chauveau comme surintendant de V Education)^ vis-à-vis de nos communautés religieuses enseignantes : exemples, le
collège des Pères Jésaites privé deux ou trois ans de suite de la médaille d'honneur offerte par Son Excellence le gouverneur général, et cela grâce à l'influence personnelle de M. le surintendant Gédéon Ouimet, comme a pu s'en convaincre Son Excellence elle-même, qui a récemment donné des ordres pour faire cesser l'injustice ; injuste accusation portée par le même surintendant, dans un docament officiel, contre l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, accusation comportant une diffamation grave dont souffrent les Frères depuis cinq ans, et que le surintendant n'a pas encore consenti à réparer ; refus systématique d'approuver les livres et les méthodes des Frères, les meilleurs qui existent au jugement des hommes les plus compétents, même des experts protestants d'Angleterre et des Etats-Unis ; refus implicite, de la part du même surintendant, de rectifier, dans son rapport officiel, l'assertion injurieuse et mensongère dont s'est plaint le R. F. Arnold ;
Conduite injuste envers les contribuables de Montréal, en maintenant la commission scolaire unique de cette ville, même après la constatation publique et écrasante, devant le comité d'enquête royal, de ses nombreux errements, de ses dépenses extravagantes et de son odieuse partialité en faveur des écoles laïques ;
Réception des demoiselles Loisillon et Couturier, {les envoyées de Jules Ferry), par ^LM. U.-E. Archambault, surintendant local, et Gédéon Ouimet, surintendant universel ; et défense des mêmes demoiselles entreprise par le Département de l'Instruction publique dans les colonnes du Journal de f Instruction publique et de quelques autres feuilles par trop complaisantes ;
Diffusion de certains livres pédagogiques de la pire espèce, par la maison Rolland, de livres importés de France à la demande « ni des Frères ni des maîtres laïques de nos campagnes » comme M. J.-B Rolland l'assura un jour à an prêtre de nos amis, mais à la demajide d'une institution de Montréal comme M. Rolland l'avoua un peu plus tard dans les bureaux de la Vérité (inutile de faire observer ici que V institution en question n'est ni le collège Sainte^ Alarie ni le Séminaire Saint-Sulpice).
Opposition aux vues et aux désirs de NN. SS. les évéques -. ■exemples, les vilains bills frauduleusement déposés devant les chambres açec la signature du surintendafit ; la clause sur l'uniformité de livres, clause censurée par tous NN. SS. il y a plusieurs années, et qui n'a pas encore été effacée de la loi ; un pourcentage retenu par le surintendant, G. Ouimet, sur les allocations du gouvernement faites aux séminaires, collèges, etc., pendant encore un an ou deux après la désapprobation unanime de NN. SS. les évêques.
Enfin les sympathies et les encouragements que les francs-maçons du gouvernement français prodiguent aux officiers et au amis du Département de M. Ouimet : exemples, les décorations de France ; plus spécialement, les paroles élogieuses adressées naguère à notre surintendant par le journal La République Française, organe de Jules Ferry, etc.
Mais notre système d'instruction publique doit-il nous paraître seulement suspect ? Ne serait-il pas peut-être simplement, positivement mauvais en plusieurs points ? Que pourraient bien répliquer tous les gens qui le prônent ici sans restriction, et qui cependant voudraient être pris au sérieux lorsqu'ils se disent sincèrement catholiques ? que pourraient-ils répliquer, disons nous, si quelqu'un venait leur prouver solidement, lois en main, que notre système renferme dans le détail plusieurs choses fort répréhensibles au point de vue chrétien ; que ce système repose même tout entier sur une base absolument fausse, sur le principe fondamental assigné à l'éducation par la franc-maçonnerie elle-même partout où elle commande ? Car quoi qu'on puisse dire, ce système ne tend que trop réellement au but poursuivi par les loges, dans le monde entier, c'est-à-dire à V école neutre.
Eh ! bien, voici cette preuve :
Elle est sommaire, mais nous la croyons absolument irréfragable, surtout si l'on considère de qui elle nous vient. Elle nous est fournie par M. Chauveau lui-même, que nos adversaires n'accuseront point certes de chercher à présenter notre système — qui est le sien — sous un jour défavorable. Et M. Ferdinand
Buisson, protestant, né en Suisse et actaellement inspecteur général de V enseignement primaire en France, c'est-à-dire le très humble valet de la maçonnerie française, confirmera le témoignage de M. Chauveau, en disant franchement aux FF.*, de là-bas toute sa pensée sar notre système. Citons M. Chauveau :
« Dans toutes les provinces (de la Puissance ou Dominion au Canada), les écoles sont sous la direction immédiate de svndics chargés de faire exécuter les règlements de l'autorité centrale et surçeillés pour cela par les surintendants et les inspecteurs. A ces syndics ou commissaires appartient le choix des maîtres parmi ceux qui ont été aamis à l'enseignement pcrr une autorité supérieure (i), la fixation de leur traitement^ la construction des maisons d'école, leur ameubleme?it, leur entretien, la perception et V administration des coniributioris locales, ainsi que de la part de la subvention du gouvernement qui revient à la municipalité. » {V Instruction publique au Canada, p. 274).
Comme on le voit déjà par les paroles de M. Chauveau que nous soulignons tout, ou à peu près, en matière d'éducation^ tombe sous le contrôle et la dépendance de l'Etat et de ses fonctionnaires.
Mais il faut entendre M. Chauveau nous parler de notre catholique province de Québec en particulier.
Dans son premier rapport annuel au gouvernement, (25 février 1856), le nouveau surintendant, M. Chauveau, faisait plusieurs recommandations importantes qu'il résume lui-même comme suit {VInstr. publ. au Canada, p. 87 et suiv.) :
« Je résume en peu de mots quelques-unes des choses à faire les plus essentielles, comme déduction pratique de ce rapport. Je crois donc que l'on devrait :
« 1^ Assurer à l'instruction publique dans le Bas-Canada (aujourd'hui la Province de Québec) un budget invariable quand à son minimu m.
(1) C'est-à-dire par des fonctionnaires de l'Etat, qui sont dans la province de Québec, le surintendant, les principaux d'écoles normales et les membres des divers bureaux d'examinateurs.
2*^ Former un fonds différent de celui destiné à être partagé entre les bureaux de commissaires d'écoles, lequel fonds serait à la disposition du surintendant pour être réparti, avec l'approbation de l'exécutif, en faveur des objets suivants : 1. Allocations ordinaires en faveur des collèges ; 2. Etablissement d'académies ou écoles secondaires transitoires ; 3. Etablissement d'écoles normcdes ; 4. Formation de bourses pour les élèves pauvres de ces écoles ; 5. Formation de bourses dans les collèges pour les enfants pauvres des écoles secondaires, que les inspecteurs désigneront de temps à autres parmi les élèves des écoles primaires ; 6. Primes graduées, annuelles et progressives, en faveur des instituteurs ; 7. Formation cVun fonds de pension pour les instituteurs âgés et infirmes (1) ; 8. Publication du journal de L'instruction publique (2) ; 9. Achat de cartes, globes et autres objets (3) ; et de livres à être donnés en prix (4) ; 10. Formation de bibliothèques de paroisses ; 11. Aide pour la construction de maisons d'école ; 12. Allocations spéciales aux municipalités dont la part d'octroi est trop petite ; 13. Poursuites du département contre les officiers récalcitrants ; 14. Formation d'une bibliothèque du département.
« 3" Donner au surintendant le droit 'A. De destituer les instituteurs et les institutrices incapables, négligents ou immoraux ; 2. De retenir sur ia part de l'octroi de chaque municipalité une somme pour l'établissement d'une école modèle ; 3. De répartir sur les autres arrondissements d'une municipalité la part de celui qui n'aura rien ou presque rien contribué au fonds commun ; 4. De régler exclusivement le choix de livres pour toutes les écoles sous contrôle (du Surintendant, officier du gouvernement).
ii^° Donner au gouverneur en conseil le droit, sur la recommandation du surintendant : 1. De faire tous les règlements nécessaires pour rétablissement et la régie des écoles normales ',.2. De fixer le minimum de salaire des instituteurs et des institutrices ; 3. De confisquer la part d'octroi de toute municipalité récalcitrante (5) et de la réunir aux sommes
(1) Pour les instituteurs laïques seulement, bien entendu, comme on n'osera nous le dire ouvertement que plus tard, dans la loi proposée par M. le principal U. E. Archambault sur les pensions de retraite.
(2) Ce journal, qui a longtemps propagé de mauvaises idées, vient enfin de disparaître sous le coup du mépris qu'il a mérité. La Minerve de Montréal et le petit journal de M. Cloutier, professeur de l'école normale Laval, s'efforcent de combler la lacune.
(3) Mais pas de planchettes, puisque les instituteurs qui suivent la méthode de dessin de Smith, la seule approuvée par l'Etat, n'ont pas besoin de planchettes.
(4) Ces livres, comme l'expérience le prouvera, seront siu-tout ceux des auteurs qui auront chanté les bienfaits de l'éducation d'Etat et qui se montreront bien affectionnés envers le surintendant et son département.
(5) Récalcitrante, c'est-à-dire ne se pliant pas assez aux exigences du fonctionnaire
appropriées pour d'autres objets ; 4. De faire tous les règlements nécessaires pour la régie intérieure des écoles^ la conduite des officiers chargés de V exécution de la loi et, en général, pour tous les cas non prévus PAR LA LOI (1) ; Tous ces pouvoirs devant être partagés, dès qu'il sera constitué, par le Conseil de l'instruction publique dont mon prédécesseur a déjà recommandé l'établissement.
« 50 Donner aux municipalités le droit de se cotiser pour un montant plus élevé que leur part de l'octroi ; obliger les institutrices à se qualifier (2) ; comme les instituteurs ; rendre exécutoires les décisions du surintendant sur les appels portés devant lui, et imposer de fortes AMENDES pour toutcs les infractions aux règlements approuvés par le gouverneur en conseil.
« 6° Statuer sur la qualification pécuniaire des commissaires d'écoles ; exempter les syndics dissidents de l'assermentation de leurs certificats, ou bien astreindre à cette formalité tous les commissaires ; élever la rétribution des secrétaires-trésoriers et mieux définir leurs devoirs et remédier à d'autres clauses obscures et insuffisantes des lois actuelles.
« 70 Exiger des commissaires d'écoles qu'ils lisent et écrivent leur serment d'office, et donner au surintendant le pouvoir de les remplacer par d'autres plus habiles, quand ils ne le pourront faire, et qu'il croira prudent de ne pas ratifier l'élection par ce motif, et fixer un temps après lequel la même condition sera attachée à toute nomination ou élection pour un emploi quelconque dans cette province. »
« Deux projets de loi, ajoute M. le surintendant Chauves u, furent présentés dans la session de 1856, par M. Cartier (depuis sir Georges Etienne-Cartier), qui remplissait alors les fonctions de secrétaire de la province dans l'administration Me Nab-Taché. II.S étaient fondés sur le rapport que nous venons de citer et, devenus LOIS, permirent d'en jnettre à exécution presque toutes les recommandations. »
Tout commentaire, pensons-nous, serait ici inutile. Dès 1856, M. Chauveau lançait notre pauvre pays dans la voie qui, avec le temps conduit logiquement et nécessairement à la laïcisation
de l'Etat : on sent déjà que cette parole n'a pas d'autre sens ici ; mais on en comprendra bien toute la portée avec le temps.
(1) Il eût été difficile d'ouvrir la porte plus grande, avouons-le.
(2) Entendez : à se faire estampiller par l'Etat.
des écoles, à l'école neutre et impie. Malgré les artifices qui voilent encore un peu le fond de la pensée de M. Chauveau dans l'extrait ci-dessus, tout esprit tant soit peu clairvoyant ne saurait manquer de reconnaître que déjà, à cette époque, le système scolaire, implanté dans ce catholique pays par M. Chauveau, portait bel et bien le cachet maçonnique, puisque, en définitive, ce système n'est rien autre chose que l'éducation organisée en dehors des droits de l'Eglise et de la famille. C'est l'éducation d'Etat organisée, jusque dans ses détails, selon les idées que propagent les loges avec tant d'ardeur, depuis un siècle, dans le monde entier.
Notez que M. Chauveau vient de nous faire connaître seulement quelques-unes des choses à faire les plus essentielles. Aussi, quel développement n'a pas été donné, depuis 1856, à ce funeste système scolaire sous les règnes Chauveau et Ouimet. Qu'on se rappelle, seulement, la déclaration officielle du premier ministre Mousseau (23 déc. 1882) ; les paroles significatives qu'osait écrire M. le surintendant G. Ouimet au sujet de la déclaration Mousseau dans son rapport officiel de 1881-82 ; le bill de 1880 sur l'uniformité de livres et plusieurs autres actes déjà signalés.
Nous voudrions trouver place ici pour des extraits textuels de quelques-unes, au moins, de nos plus mauvaises lois, qui figurent encore dans le projet de codification en voie de préparation, mais il faut, sans plus de délai, céder la parole à M. Buisson ; citons textuellement :
« Les Etats dont les lois scolaires ont consacré le principe de Z'ÉcoLE NEUTRE sont la Hollande, la Suisse, V Autriche, Vltalie, V Angleterre, V Ecosse, V Irlande, la Russie {pour les écoles du ministère), et tout récemment la Belgique {projet de loi présenté aux chambres en janvier 1878), et en Amérique, les Etats-Unis et le Canada. » {Dictionn. de Pédagogie, par F. Buisson (1), I, p. 473).
Après une déclaration aussi formelle de la part d'un franc-maçon parlant aux siens à cœur ouvert et parfaitement renseigné
(1) Ce Ferdinand Buisson, calviniste d'origine suisse, depuis longtemps employé par le gouvernement français comme inspecteur général des écoles, etc. Franc-maçons de haut grade, encore vivant à Paris et y prospérant.
sur notre situation véritable au point de vue scolaire ; après cet accablant témoignage rendu par un homme qui, nous le savons, a eu de fréqaents et intimes rapports lors des expositions universelles de Philadelphie (1876) et de Paris (1878) avec plusieurs de nos autorités scolaires et spécialement, avec M. le principal U.-E. Archambault qu'il a daigné visiter à l'école du Plateau, à Montréal, en 1876 ; après ce terrible jugement porté sur nos lois scolaires par M. F. Buisson, ce sectaire impie, que Mgr Dupanloup dénonçait en 1871, à l'Assemblée nationale, comme ablument indigne du poste d'inspecteur primaire, à cause de ses écrits sur les dangers de renseignement de la Bible et de V Histoire Sainte dans les écoles^ ce vil agent des loges que la République maçonnique de France décorait de la Légion d'honneur le 15 jançier 1879, et que le maçon Jules Ferry « appelait à la direction de renseignement primaire le 19 février 1879 (G. Vapereau, Dictionnaire des Contemporains, Paris, 1880) — après cela, il faut l'avouer, la lumière est complète ; et ceux de nos concitoyens qui (comme l'ont fait, dans des écrits ou des discours publics, les Chauveau, les Ouimet, les Chapleau, les Mousseau, les P. S. Murphy, les L. A. Jette, les Mercier ; les abbés Verreau, Rousselot, Sorin, Desmazures, Jules Archambault, D. Lévêque, G. Lesage, ainsi que les écrivains de la Minerçe, du Nord, du Canadien, et de la Patrie) prétendraient encore que notre système d'Instruction publique est vraiment catholique et digne d'' admiration, sont des aveugles volontaires.
Le lecteur voudra bien nous pardonner, si nous ne pouvons pas nous défendre d'une certaine émotion en écrivant sur un tel sujet ; et si, malgré notre extrême répugnance à en agir ainsi, nous signalons nommément certains hommes, qui paraissent avoir perdu jusqu'à la notion même de l'éducation chrétienne et du patriotisme. Ces hommes, dans des circonstances que nous ne voulons pas rappeler aujourd'hui, ont étrangement abusé de la parole publique et de leur haute position sociale pour tromper l' opinion ; et chaque jour et dans les mille rapports de la vie privée, ils ont exercé une influence plus funeste encore, comme il nous
serait facile d'en donner 1-a preuve au besoin. Tous ces hommes nous sont parfaitement connus ; plusieurs ont même été poar nous des amis et, nous le confessons volontiers, sont encore sous plus •d'un rapport des citoyens vraiment estimables. Mais, enfin, dès qa'il s'agit d'un intérêt public,d'un intérêt majeur pour la société, de l'avenir religieux et national de notre race sur ce continent d"* Amérique, le devoir veut qa'on s'élève au-dessus des intérêts de partis et de toutes considérations personnelles.
III. Le monopole de V enseignement par VEtat n'existe pas encore chez nous, il est vrai ; mais nous y marchons rapidement. — Le monopole est désastreux, spécialement le monopole en éducation, et, plus que tout autre, le monopole de l'enseignement par l'Etat. Voi'à, croyons-nous, un principe évident, un principe admis de tous nos concitoyens, sauf une poignée de radicaux et de libéraux.
Donc, pouvons-nous conclure de suite, il faut éviter à tout prix ce qui peut conduire au monopole, surtout ce qui doit y conduire immanquablement, nécessairement.
Personne ne songera certainement à constater la légitimité ou la force de la conséquence.
Or, nous ajoutons sans hésiter que notre système scolaire, le système Chauveau, nous conduit tout droit au monopole de l'Etat ; il nous y conduit nécessairement, et il nous y conduit rapidement.
Ah ! c'est ici que nous entendons bien des gens se récrier et même, parmi eux, un certain nombre qui sont sans doute de bonne foi. C'est là, à mon avis, un phénomène qui s'explique, il semb'e, sans trop de difficulté.
Nous marchons rapidement vers le monopole de l'enseignement par l'Etat ; notre système scolaire y mène infailliblement ; voilà pour nous un fait inconstestable, évident, clair comme le jour : et, si des personnes de bonne foi ne le voient pas, c'est parce que, même pour voir l'évidence, il faut ouvrir les yeux. Or, combien peu d'hommes, même parmi ceux qui passent généralement pour sérieux et instruits, cherchent réelleni' nt à voir clair dans
nos questions d'éducation ? Disons-le franchement, on n'étudie pas, on n'observe pas, on ne se renseigne pas, on n'ouvre pas les yeux ! Nous pouvons l'avouer ici. nous, mieux qu'un autre ; car longtemps nous avons été nous-même dans ce cas. Nos lois d'éducation sont ignorées ; personne ou presque personne ne songe à dénoncer certains agissements suspects ou positivement hostiles contre nos meilleures écoles ; on a vu même récemment des projets de lois scolaires, visiblement marquées au coin de la franc-maçonnerie, être déposés devant les Chambres par des hommes connus pour leurs principes dangereux et, après trois lectures, arriver au Conseil législatif, sans que nos députés aient songé à s'en émouvoir, sans qu'ils se soient donné la peine d'en prendre connaissance.
C'est un grand malheur.
Mais, du moins, le lecteur sait à quoi s'en tenir maintenant. Pour lui, nous n'avons pa> à prouver que notre système tend au monopole de l'Etat ; il en est déjà convaincu. Mais nous le supplions de ne pas s'arrêter là : nous voulons qu'il fasse lire notre travail à tous ses amis ; qu'il parle fréquemment de la grande question de l'éducation ; qu'il étudie, s'il est possible, par luimême, nos lois scolaires ; qu'il en signale les principes erronés et les tendances dangereuses.
Il est, après tout, facile de montrer à un esprit droit, à tout homme de bon sens, que le système scolaire de ce pays, le système de Chauveau et des Ouimet, ne différant pas, au fond, du système français, du système des loges, des Duruy, des Ferry et des Goblet, doit nécessairement, si nous continuons à laisser, faire, nous conduire au même but, à Vécole neutre, au plus odieux de tous les monopoles, au monopole de l'enseignement par l'Etat.
Et ne pourrait-on point prouver que, ce monopole, nous l'avons déjà dans une grande mesure ? Il existe, en vertu de la loi, e?i droit légal, puisque, d'après la loi, tout, en éducation, ou à peu près, relève de l'Etat : presque toutes les écoles élémentaires, avec leurs programmes d'études, le choix de leurs livres et de
leurs méthodes et leurs règlements pour la discipline intérieure ; de même, la plupart des écoles modèles, plusieurs académies et écoles spéciales, ainsi que toutes les écoles normales et la seule école polytechnique du pays ; les inspections et les conférences pédagogiques ; les examens de tous les maîtres et maîtresses laïques avec la collation des brevets de capacité ; les bibliothèques scolaires et les pensions de retraite ; les droits corporatifs de toutes nos communautés religieuses enseignantes et de leurs écoles, de nos collèges ecclésiastiques, même de nos séminaires ; la répartition de tous les deniers publics destinés à aider l'œuvre de l'éducation ; enfin, la nomination de tous les membres du haut Conseil de l'Instruction publique, même les Evêques qui en font partie aujourd'hui en vertu de la loi, mais que l'Etat pourra congédier demain pour les remplacer tous par des laïques, catholiques de nom seulement, ou par des libéraux dangereux, tels qu'il y en a déjà dans le Conseil, par des hommes comme MM. Jette, P. S. Murphy, Ouimet et Chauveau. Oui, nous le répétons, tout ou presque tout relève déjà de l'Etat, dépend de l'Etat, est sous le contrôle de l'Etat. Et cet état de choses tend à s'aggraver chaque jour. Le nombre de nos écoles libres ou indépendantes diminuent tous les ans. On sent comme un vent de laïcisation souffler dans les rangs des instituteurs laïques de nos villes, parmi les inspecteurs et, par-dessus tout, au sein du Département et du Conseil de l'Instruction publique. Impossible d'oublier, par exemple, ni la suggestion, faite récemment par l'inspecteur McMahon, d'exiger une autorisation spéciale de l'Etat pour ouvrir une école libre ou indépendante ; ni la proposition, faite par M. Chauveau en plein Conseil de l'Instruction publique, de soumettre nos couvents à l'inspection des fonctionnaires de l'Etat ; ni le perfide article de l'abbé Verreau publié dans le Journal de V Instruction publique, et tendant à démontrer que nos collèges ecclésiastiques et même nos séminaires devraient, eux aussi, subir l'inspection de l'Etat.
En un mot, vienne bientôt un Ferry en cette belle et catholique province de Québec, et il y trouvera tout préparé déjà pour
le monopole absolu de l'Etat, pour la laïcisation à outrance et un article 7.
Quel est le canadien de cœur qui, à cette pensée, n'éprouverait le besoin d'exiger le rappel de plusieurs de nos lois scolaires, de surveiller davantage les agents de l'Etat enseignant, et de réagir avec force, ensemble et persévérance, contre les tendances ac tuelles au monopole absolu ?
IV. Les hommes publics, préposés par VEtat à la direction et au contrôle d-e l'instruction en ce pays, sont loin d'être bien disposés, comme on cherche à nous le faire croire ; et les catholiques ont grandemeîit raison de nourrir les appréhensions les plus graves sur notre situatiofi scolaire.
Voilà encore, il nous semble, une proposition assez évidente pour quiconque a parcouru les pages qui précèdent.
L'impie Renan l'a déclaré récemment : si le monstre du paganisme romain, malgré l'appel à toutes les passions mauvaises, malgré la diffusion des sophismes, les ressources d'immenses richesses, et l'emploi du fer et du feu, ne put remporter définitivement la victoire sur le Christia,nisme, c'est simplement selon Renan, parce que le sol n'avaii pas été préparé par un bon minis-tère de V Instruction publique !...
Quelle révélation qu'une telle parole dans la bouche d'un tel homme, dans la bouche d'un blasphémateur du Christ, d'un coryphée des Loges ! Et que faut-il de plus pour dévoiler à la fois et la manœuvre maçonnique et la puissance effroyable, pour le mal, de l'enseignement d'Etat ?
Or, cet enseignement officiel, cet enseignement d'Etat, nous l'avons bel et bien. Oui, il importe de le redire, cet enseignement, nous l'avons : qu'il relève d'un ministre ou d'un surintendant de l'Instruction publique ; au fond, c'est toujours la même chose ; c'est toujours l'enseignement d'Etat. Et cet enseignement, nous l'avons déjà avec son but manifeste, avoué (déclarations Mousseau et Ouimet), qui est de refuser à l'autorité ecclésiastique et paternelle leur droit inaliénable de contrôler l'éducation ; nous l'avons avec ses principes et ses pratiques funestes, avec son orga-
nisation propre, son budget, sa législation, ses écoles normales, son département officiel, ses nombreux fonctionnaires hiérarchiques, tous ses moyens d'action particulière, ses expositions scolaires, ses pensions de retraite en faveur des maîtres laïques seulement, ses conférences pédagogiques, ses organes spéciaux dans la presse, ses écrivains salariés, ses défiances traditionnelles vis à vis du clergé, ses procédés sournois, ses allures hypocrites, ses tendances plus que suspectes vers la centralisation ; nous l'avons même avec son esprit de sourde hostilité à la famille, à l'Eglise et à ses Congrégations enseignantes, exactement comme en France, bien que tout cela ne se produise pas encore ici au grand jour avec la même impudence et la même brutalité que dans notre malheureuse mère patrie, sous le règne exécrable et exécré de la République maçonnique.
Et cet enseignement d'Etat, cet engin par excellence de la Franc- Maçonnerie, nous le demandons à tout homme de bonne foi, qui l'a importé en ce pays, sinon nos hommes publics soidisant bien disposés ? En effet, ne sont-ce pas principalement les Chauveau, les P. S. Murphy, les Chapleau, les Dunn et les Ouimeb qui l'ont peu à peu organisé, prôné et développé parmi nous, en poussant, sans relâche et de toutes leurs forces, dans un sens absolument contraire à nos belles traditions nationales et religieuses, malgré les trop justes défiances du clergé et les réclamations réitérées de la presse, et marchant droit, sans jamais dévier, vers l'idéal maçonnique ?
Eh bien ! qu'on explique, si l'on peut, un tel ensemble d'actes, tendant sans cesse et systématiquement au même but, au but maçonnique, sans être forcé d'admettre la perversité, une -perversité réfléchie, au moins chez les meneurs.
Nous avons été attaqués et lâchement trahis ; attaqués, trahis, dans ce que nous avons de plus cher, dans l'éducation chrétienne de nos enfants ; et cela, par des hommes qui ont constamment les mots de Religion et de patriotisme sur les lèvres !
A la vue de ce qui se passe sous nos yeux depuis quelques années surtout ; au souvenir des petits bills perfides, des déclarations
Mousseau et Ouimet, du silence profond, calculé, qui continue de se faire sur les plaintes si graves des pères de famille de Montréal et les agissements du fameux bureau scolaire de cette ville, unique^ ainsi que sur les réclamations unanimes de l'Episcopat contre le bill de 1880 concernant l'uniformité de livres, bill non encore rayé de nos lois scolaires ce 20^ jour de mai 1886, il faudrait grandement nous étonner, si au moins les principaux personnages qui ont une m.ain dans nos affaires d'éducation n'étaient pas tout naturellement soupçonnés d'être ou des affidés ou de dociles instruments des Loges.
Non ! nous ne cédons point à un sentiment de crainte exagérée, lorsque nous jetons ici le cri d'alarme : le danger que nous signalons est aussi réel, aussi évident, qu'il est grave.
Toutefois nous ne désespérons pas encore de l'avenir, tant s'en faut ! Nous croyons même qu'il serait encore facile, dans un pays comme le nôtre, de déterminer un retour à des idées plus saines, à une pratique plus conforme au droit de la Famille et de l'Eglise. Nous avons une immense ressource dans la Foi encore si vive de nos populations.
Eclairons l'opinion, et agissons !
Nous ne demandons pas des changements brusques, une sorte de révolution violente. Si nous le voulions vraiment, une réforme immédiate, soudaine, profonde, radicale, serait possible : mieux vaut éviter toute secousse sociale.
Et pour préciser davantage notre pensée, que faut-il faire enfin relativement à cette grande et vi+ale question de l'éducation ? Quel est, à l'heure présente, l'impérieux devoir de tout bon citoyen ? Quelle voie suivre pour ramener les choses prudemment, mais sûrement et prochainement, à leur état normal ?
Voici, à notre humble avis, ce qu'il serait facile et suffisant de faire pour atteindre bientôt le but :
1° Eclairer le peuple^ et former une saine opinion sur tout ce qui touche à la formation de la jeunesse^ aux devoirs et aux droits de chacun en matière d'éducation. Pour cela, appuyer de toute son influence la bonne presse qui a déjà beaucoup fait pour projeter
la lumière sur notre situation scolaire, lui fournir des renseignements sûrs, la lire attentivement, faire lire aux amis surtout ce qu'elle publie sur la question de l'éducation, et, en toute occasioD en parler comme de la chose qui doit décider de notre avenir national ; en parler toujours, sans jamais se lasser ; c'est ainsi qu'une idée se popularise et devient une puissance : le silence est le plus sûr moyen de donner la mort aux bonnes causes ;
2° S'' entendre^ dans chaque comté^ pour écarter impitoyablement^ lors des élections provinciales, tout candidat favorable à Venseignement d'Etat ; et ne pas permettre que les députés perdent jamais de vue une question aussi importante^ que la question de V éducation : c'est le temps ou jamais, de remplir le grave devoir, qui incombe à tout citoyen, enfant de l'Eglise, et que nous rappelait naguère avec tant de force et d'autorité N. S. Père, le Pape Léon XIII, savoir : de se montrer catholique dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée, et d'user de toute Tinfluence de sa position pour ramener les gouvernants au respect de la justice et du droit ;
3° Forcer VEtat enseignant à désarmer^ sans délais vis à vis des pères de familles^ des évêques et des congrégations enseigtiantes soit de Frères soit de Sœurs.
En conséquence, qu'il soit reconnu, en fait comme en droit, que les commissions scolaires relèvent, comme les écoles ellesmêmes, non de l'Etat, mais des Pères de famille et des évêques ; qu'une part équitable des deniers publics soit attribuée aux écoles dirigées par des ecclésiastiques ou des religieux, aussi bien qu'aux écoles dirigées par des maîtres laïques ; que les écoles normales soient mises sous le contrôle exclusif des évêques, puisque le but de telles écoles est de former des maîtres chrétiens, des maîtres qui soient avant tout les auxiliaires du curé, selon la parole d'un Concile rappelée naguère par Léon XIII ; enfin, l'éducation étant avant tout une ma>.tière, de sa nature, religieuse, que le gouvernement ne donne son approbation à aucun projet de loi scolaire que sur l'avis formel et d'après la direction des évêques ;